Livre iv
de France et d* Angleterre, et n'avoit quasi aucun espoir d'estre favorisé ny soustenu du roy de France, et d'autre part se veoit pressé de l'empereur, une fois par offres et douceur, autre par menaces et rigueur, de consentir à ceste déclaration de ligue, avoit presque résolu en sa délibération de condescendre à la volonté dudit seigneur empereur, et de se jetter entièrement entre ses bras, pour avecques luy courir une mesmes fortune; et alloit tant seulement un peu temporisant et délayant, attendant veoir que luy apporteroit la venue de ses cardinaux.
Iceux cardinaux, quand ils entendirent, à leur arrivée, comment les affaires se portoient, et combien il estoit à craindre que s*ils alléguoient audit Sainct-Père tout le malcontentcment des roys, ils luy augmentassent son désespoir, et que l'empereur, au moyen de ce, le fist précipiter en sa dévotion, et en faire à son appctitcontreleroyd'Angleterre(chose qui l'aigrit plus fort, et dont s'ensuivit un trouble de la clirestienté), se délibérèrent d'entrer à l'exécution de leurs instructions par le dernier article d'icelles; et, au lieu de commencer par la voye de rigueur et finir par douceur, ainsi qu'il leur estoit ordonné, prindrent le chemin du tout contraire, et commencèrent à luy faire entendre, comme désirans ( ainsi que de faict ils désiroient ) le bien de luy et du siège apostolique, combien il devoit tascher à entretenir le roy très chrestien au bon vouloir qu'il avoit, tant envers Sa Saincteté qu'au bien et repos d'Italie; et que ledit seigneur roy, outre le bon office qu'il avoit faict pour adoucir l'aigreur où il avoit trouvé le roy d'Angleterre son bon frère, en quoy il n'avoit peu prouffité( comme ils remettoient à luy dire par après ), et qu in* continent qu'il avoit entendu la délibération dudit Sainct-Père touchant la pacification et repos d'Italie, et que Sa Saincteté craignoit que ledit seigneur, à cause de la querelle qu'il prétendoit à la seigneurie de Gennes, ne vinst quelquefois à troubler ledit repos, il leur avoit donné charge que là où il ne tiendroit à autre chose que le faict de ceste pacification ne fust bien et entièrement asseuré, ils offrissent à Sa Saincteté de soubmettre au jugement d'icelle tous les différends et querelles qu'il a^oit avec les Gennois ; et que toute la réservation qu'il en faisoit n'estoit que pour sculemc^nt chastier
aucunes particulières offenc^ d'iceux Gennois, que Sa Saincteté n'ignoroit.
A ceste cause, qu'elle se devplt \Àm garder de comprendre Gennes en aucune ligue en laquelle Sadite Saincteté fust contrabente, pour autant que Tempereur et le roy, par le trailté de Cambray, s'estoient soubmis aux censures apostoliques, et avoient consenty que Sa Sainetélé peust user d'icelles à l'encontre de celuy qui premier contreyiendroit audit traitté; en quoy gisoit cognoissance de cause, laquelle luy appartenoit. Par quoy Sa Saincteté demoureroit juge entre lesdits seigneurs s' il advenoit que, le roy entreprenant quelque cbose contre les Gennois, l'empereur voulust à ceste cause prétendre que ce fust enfreindre ledit traitté ; de laquelle cognoissance, et du moyen de faire ce bien à la cbrestienté, jugeant ce différend, de la mettre en paix, Sa Saincteté se priveroit ; et se feroit partie, s'esloignant de l'office et devoir de pape et père commun, si elle entroit en ligue ou les Gennois fussent comprins.
Offroient davantage iceux cardinaux audit Sainct-Père que ç'il vouloit, en ensuivant la parole qu'autrefoys il avoit faict porter au roy de parlementer avecques luy à Nice ou Avignon, ou autre partes environs, ledit seigneur s'y trouveroit, et le feroit juge de tout le différend qu'il avoit avecques lesdits Gennois, et mettroit peine, autant que luy seroit possible, d'y faire aussi trouver le roy d'Angleterre son bon frère, ou personnage ayant de luy toute puissance démettre fin à la difficulté Oe son divorce; prians iceux cardinaux Sa Saincteté de ne riens innover cependant contre ledit roy d'Angleterre. Plus, luy offrirent, de par le roy, qu'à ladite entreveue, si elle se faisoit, on pourroit conclurre et mettre à exécution certains propos autrefoys mis en avant entre Sa Saincteté d'une part, le duc d'Albanie et le cardinal de Grantmont d'autre, au nom du roy.
Toutes ces choses pleurent grandement au Sainct-Pçre, principalement parce qu'il pouvoit encores espérer appuy du costé de France ; et fut très aise d'avoir trouvé ceste eschappatoire pour s'excuser envers l'empereur, qui tant le pressoit et incitoit d'entrer en ceste déclaration et ampliation de ligue. Et fault entendre que les propos que ramenlurent iceux cardinaux, aqparavant mis en avant par ledit Saiiict-Père avecques les dessusdits duc et cardinali estoient
merveilleusement avantageux et honorables audit Sainct-Père, pt à U grande eo^altation et appuy de sa maison, laquelle i} avoit en recomnoandation singuliè]re; et tel$ estoient les propos que maintenant vous entendre?.
Estant le duc d'Albanie, aimiue il est dit cy? dessus, envoyé vers nostre Sainct-Père pow, avecques les ambassadeurs des autres princes et potentats chrestiens, traitter des choses conctfnans le bien et repos de la cbrestienté, et de la résistance contre le Turc et autres ennemysd'icelle, après que les ambassadeurs de l'empereur et autres eurent déclaré n'avoir commission o; pouvoir de ce faire, ledit Sainct-Père, ayant opportunité de parler et fîonférer privementdesat faires de sa niepce la duchessed'Urhin avec ledit duc d'Albanie, proche parent, et qujautresfoys avoit espousé la tante maternelle de ladite duchesse, entrèrent, entre autres propos, sur ceux qui d'autrefoys avoient esté mis en avant par le pape Léon , et depuis refireschis par Sa Saincteté, du mariage de monseigneur Henry, alors duc d'Orléans, second fils de France, avecques ladite duchesse; offrant ledit Sainct-Père au duc d'Albanie d'accroistre le bien d'icelle par ces-: tuy mariage, faisant des seigneuries de RhègCf Modène, Rubière, Pise et Ligorne, et davantage de Parme et de Plaisance, sinon à meilleure condition, à tout le moins par escbange et récompense d'autres terres. Outre laquelle donation ainsi par luy accordée, et après que lesdits d'Albanie et cardinal eurent le consentement du roy et charge d'y consentir en sou nom, dès le mois d'avril 1531, ledit Sainct- Père promist de donner audit futur espoux l'ayde et secours qqi entre eux seroit advisé pour le recouvrement de son estât de Mikm à luy appartenant, en partie à cause de l'investiture donnée au feu roy Louis XU par le feu empereur Maximilian; et pour autre partie luy appartiendroit par le transport et cession que luy en dévoient faire le roy et messeigneurs les dauphin et duc d' Angoulesme, ses anues enfans ; aussi tout ay de et secours à sadite niepce, future espouse, pour le recouvrement de sondit estât et duché d'Urbin. Et le neufviesme jour de juin ensuivant. Sa Saincteté feit ladite donation par lettres signées de sa main, et dès lors comme maintçn^^nt promist dç T^chef, sxff sa foy, délivrer au roy lesdiles villes et terres aux termes qui seroient entre eux ad visés (I9