LIVRE IV
consommation in mariage préalable), et que, pour le recouvrement d'Urbin, il foumiroit à la moiiié des frais, excepté de ceux de la gendarmerie du roy, parce qu'elle estoit à sa soulde ofrdînaîre.
Néantmoins ce pourparler de mariage, sî estce que le Sainct-Père n'osoit tenir pour asseuré ny se persuader que le roy luy voulust tant faire d'honneur que d'entendre à la consommation d'iceluy. Mais cesle confirmation de propfos, offerte de nouveau par iceux cardinaux, dont l'un avoit esté à la première ouverture qiiî en avoit esté faicte, le resjouit merveilleusement, et le rasseura qu'il ne se laissast du tout aller à la dévotion et appétit de l'empereur, ainsi accorda Pentreyeue et parlement àrecques le roy, auquel il en escrivit de sa toain, priant toutesfoys que la chose fust tenue secrett^ jusques après le parlement de l'empereur ; et que desjà il peust estre arrivé en Espagne. Et rasseuré qu'il fust, nos cardinaux, au plus dexlrement qu'il fust possible, luy exposèrent ledemourantde leur créance, et principalement de l'affaire du roy d'Angleterre, pour lequel ils avoient ordinairement recharge du roy une fois ou deux la sepmaine, avecques expresse commission de ne s'employer moins aux affaires de luy qu'aux siens propres et particuliers ; et mesmemènt qu'en ses propres ils rie traîltassent ny arrestassent rien de chose' qui leur fust mise en avant sans le sceu, vouloir et consentement des ambassadeurs dudit roy d'Angleterre, auxquels ambassadeurs iceux cardinaux communiquèrent toujours, non-seu lement ce qu'ils entendoient mettre en avant, mais toutes les lettres qu'ils recevoient dudit seigneur roy très chrestien. Lesquels ambassadeurs, après avoir considéré Testât présent des choses, firent d'advis que pour lors on nepou- Toît moins faire pour le roy leur maistre que de ne ^iens précipiter, et remettre le tout jusques après le parlement de l'empereur; et ce pendant donner ordre seulement que le Sainct- Pèfe ne passast outre, au préjudice et grief de la cause de leurdît maistre.
Quelques jours après la venue d'iceux cardinsjix, Fempcrenr cogiieut bien, aux propos et contenances de nostre Sainct-Père, qu'il estpit mobs enclin à luy qu'auparavant, et se doubta hîeti d'où estoit cela procédé; car autrefoys t'oît-il entendu quelque chose de ces pfoporf
de mariage; mesmemènt ledit Sainct-Père les luy avoit faict déclarer, et sur iceux demander son ad vis; et estimant toutesioys que la chose jamais ne vint à fin, ledit empereur Favoit grandement conforté d'y entendre. À ceste cause, pour en scavoir la vérité et pour rompre le dessein du roy, l'empereur feit, par les seigneurs de Cauves et Granlbelle, mettre en avant audit Sainct-Père le rtiariage de ladite duchesse d'Urbin avecques le duc Francisque Sforce. Laquelle offre nostre Sainct-Père monstra tien de la trouver grande et te party bon ; toutesfoys, il leur déclara ouvertement l'autre party dont il estoit en propos : bien,aisoit-iI, qu'il le trouvoit si hautt et si honorable pour sa maison, ayant égard aux dignités et degrés des maisons, que, sans point de faulte, il n'osoit espérer tant de bien et d'honneur ; mais puisque les propos en estoient si avant, qu'il ne pouvoit Ce nonobstant, sans oflencer le roy, qui tant d'honneur luy présentoit, entendre ailleurs à quelconque autre party, si la rupture ne venoit premièrement da costé dudit seigneur; joinct que sa niepce avoit du bien en France jusques à cinq ou six cens mille escus vaillant, qu'elle confisqueroit au roy, en prenant hors de son royaume party de mariage sans son consentement et congé.
A cela fut répliqué par les dessusdits Cauves et Grantbelle que, quant à la perte et confiscation du bien , Fempereur avoit bon moyen de Fen récompenser, car il luy bailleroit, en contrechange de ce qu'elle avoit en France, autant et plus vaillant au duché de Milan pour estre propre d'elle et des siens, et dont il Finvesliroit dès lors, du consentement d'iceluy duc , lequel à ce tenir et observer inviolablement s'y obligeroît, et ses successeurs après luy, par toutes obligations et seuretés que Sa Sainctelé demanderoit; quant au mariage d'Orléans , qu'ils ne vouloientne pouvoient nier que ce party ne fust trop plus honorable et avantageux que Fautre , mais il ne falloit que Sa Saincteté en fist fondement , ne qu'elle espérast que le roy en mist les propos en avant, sinon en intention de Famuser , pour ce pendant faire son prouffit de luy , puis le quitter quand il auroit faict. Au demourant, ils conseilioientà Sa Saïnçteté que, pour s'en éclaircir promptement, il demandast auxdils (cardinaux s'ils avoient pouvoir de iraitter d'iceluy mariage; et au cas qu'ils ne FeuS'
sent , que c'estoit bien suffisant indice pour évidemment cognoistrc l'intention du roy esire jtelle qu'ils alléguoient. Ainsi qu'ils conseillèrent il fut faict. Et à ce respondirent les cardinaux que pouvoir et mandement avoient-ils bien , mais par lettres missives et verbalement, et non point soubs les seing et scel dudit seigneur; tou • tesfoys ils offroient à Sa Saincteté de l'envoyer quérir , et de l'avoir en peu de jours signé et scellé.
L'empereur néantmoins continuoit ce pendant sa poursuite de faire confirmer, déclarer et amplifier ceste ligue, y comprenant Testât de Gennes; et nostre Sainct-Père toujours se couvroit de l'excuse devantdile , qu'estant juge accepté par les parties , il ne pouvoit ne devoit se ranger de l'un ny de l'autre costé. Le duc d'Urbin, comme ayant intérest en l'affaire, print charge d'aller vers la seigneurie de Venise, de la part de l'empereur, essayer s'il pourroit attirer les Vénitiens à cest effect ; mais il n'y peut riens obtenir, car les Vénitiens déclarèrent absolument qu'ils n'y vouloient entrer plus avant qu'ils y estoient. Leurs ambassadeurs firent sçavoir à nos cardinaux que lesdits Vénitiens avoieht faict ceste response, ne voulans comme en rien offencer ny irriter le roy : au Sainct-Père et à F empereur ils alléguoient autre raison, c'est à sçavoir qu'ils ne pouvoient le faire sans irriter le Turc , avecques lequel ils avoient trefves ou paix jurée , et contre lequel André Dorie avoit faict rigoureuse guerre, qui de sa nation estoit Gennois : ainsi en divers lieux ils se servirent de diverses raisons pour une mesme response , et à mesmes propos. Le duc de Ferrare y vouloit bien entrer, voire en pressoitbien fort,«spérant, aumoyen decestedéclarations'asscurerdes seigneuries de Rhège et Modène ; et offroit à nostre Sainct-Père, outre et par dessus la sentence donnée par l'empereur en son conseil, de luy payer cent mille escus comptant; mais le Sainct-Père n'y voulut entendre ny consentir , ny approuver ladite sentence. Or avoit l'empereur, dès le commencement qu'il mist ceste déclaration de ligue en avant, requis, aux confédérés et alliés que tous ensemble fissent une taxe entre eux pour contribuer à la soulde des gens de guerre qu'il remonstfoit estre requis d'entretenir en Italie, pour la seureté du repos et tranquillité d'icelle , à ce que surprise n'y fust faicte inopinément; laquelle soul-
de pouvoit montera la somme de six-vingt mille escus par chacun mois. Et , pour l'entretenemeut desdits gens de guerre , il demandoit expressément que l'on consignast promptement le payementdu premier mois entre lesmainsd'on banquier gennois, fondant ceste contribution et entretenement de gens de guerre sur le danger des invasions du Turc; et, quant à sa part, il ne vouloit estre subject à ladite contribution, alléguant les grands frais jet despence qu'il luy conviendroit faire au cas que l'on vint quelquefois à la guerre , ainsi qu'il estoit assez apparent et croyable ; et tellement avoit jà persuadé , que la chose valoit presque autant que conclue. Mais depuis qu'il eut commencé à faire si grande instance d'y comprendre Testât de Gennes, il Ait contraint d'oster le masque, et d'avouer que c'estoit seulement pour crainte du roy , et proposa contre luy de grandes et griefves plainctes, comme contre un turbateur ordinaire delà paix et tranquillité publiques.
Sur quay I«s cardinaux françoiset Tambassadeur du roy ne faillirent de chaffauder et bastir des remonstrances à un chacun à part, et puis à tous en général , en alléguant et déduisant, par bonnes et vives raisons , coDime la chose que demandoit Tempereur estoit pour mettre le trouble et non le repos en Italie ; et qu'indubitablement il ne tendoit à ceste poursuite, sinon pour entretenir son armée en Italie aux despens d'autruy, prest à marcher contre le roy à toutes occasions et opportunités , sans y frayer un escu du sien. Quoy advenant, il ne falloit point doubter que le roy, ayant ceste occasion de se tenir sur ses gardes, n'entretinst une autre armée en la frontière d'Italie, sur le marquisat de Saluées et sur ses pays de Dauphiné , de peur que Tempereur à Timproviste luy vint courir sus; en quoy il estoit grandement à craindre que deux armées ne fussent long-temps si prochaines, sans que, par la coulpe de Tune ou de Tautre, elles s'attsquassent ensemble, et que d'une petite estincelles'allumast un grand feu , au danger évident de toute l'Italie : joinct que les potentats d'icelle auroieut cependant entretenu à leurs despens une armée, laquelle par adventure serait un jour employée contre eux mesmes pour les opprimer et leur tollir la liberté. Car ils pouvoient assez juger et recueillir, par la praticque oblique qu'il avoit faicte, que les Genoois entrassent
cncestc ligue, non comme répablicque et membre d'Italie, mais comme ses subjects particuliers; et, par tant d'autres divers et apparens indices, que son intention aspiroit entièrement à réduire et remettre la totale monarchie en sa main.
Ces remonstrances leur touchèrent si avant, et furent prinses par eux de telle sorte, qu'à la longue il fut arresté de ne &ire point de consignation , mais que seulement chacun des confédérés se quottiseroit à ce quUl devroitîfournir advenant la guerre en Italie, et bailleroit banques respondantes de sa taxe et quottisation , laquelle contribution montoit de cent à six-vingt mille escus par chacun mois en temps de guerre. Aussi fut arresté que Tempereur osteroit son arméehorsdeLombardie, afin de ne donner au roy occasion d'en dresser une autre sur la frontière; et que seulement il laisseroit Antoine de Lève pour capitaine] général de la ligue , et avecques luy aucuns capitaine pour estreprests àlevergens quand besoing en seroit^pourFestat desquels capitaine général et capitaines particuliers iceux confédérés payeroient vingtcinq mille escus pour chacun mois. L'empereur, après ces choses ainsi conclues, renvoya en Espagne trois mille hommes de sadite armée, autant ou environ à Naples, et au surplus il donna congé. Le duc de Ferrare entra en cesle ligue, moyennant la suspension pour dix-huict mois, que luy accorda nostre Sainct-Père de ne riens entreprendre sur luy à cause des villes de Rhègeet de Modène,sans toutesfoys approuver la dessusdite sentence de l'empereur : aussi y entrèrent les Gennois, mais comme contrahan8,et non comme subjects de l'empereur, encores que de rechef ils fussent très instamment recherchés et sollicités. L'ambassadeur des cinq cantons , lequel estoit allé demander au Sainct-Père et à l'empereur ayde et secours, au cas que les autres cantons soubstraicts de rol)éis$ance de TÉglise romaine leur feissent guerre, fut pareillement recherché d'entrer en ligue au nom de ses supérieurs; à quoy il feit response de n'en avoir charge ny mandement.
Durant ce temps , et dès environ la my-février, estoit arrivé le pouvoir du roy adressant aux cardinaux et à son ambassadeur, avecques clause expresse de traitter et conclure le mariage du duc d'Orléans avecques la duchesse d'Urbin ; dont l'eqtipereur se trouva moult es^