‹ Le loyal serviteur [pseud.] Chronique de Bayart.--Guillaume de Marillac. Vie du connétable de Bourbon.--Antoine de Laval. Continuation de Marillac.--Jacques Buonaparte. Sac de Rome in 1527.--R. de La Marck, sgr de Fleurange. Mémoires du jeune adventureux.--Louise de Savoye. Journal.--Martin et Guillaume du Bellay. MémoiresChapitre 299 sur 428 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

«este mort en la sorte qu'il la prenoU, par les lettres pl^es d'expostulation qoe Sa Majesté luy en avoit escrites, d'autant que ledit Mervdlies n'estoit ambassadeur, et n'en avoit ordre ne Uen , ny estoit estimé ne tenu tel en la coar dn doc sondi t maistre ; maisqa'il y estoit eomme stm snbject et vassal , et pour ses propres affiiires et négoces, ainsi que les autres vassaux et subjects de sondit maistre; lequel jamais n'avoit seeu ne pensé qu'iceluy Merveilles fust domestique ou serviteur, non qu'ambassadeur ou messager du roy ; et que quand ill'eust seeu, il luy eust porté le respect qu'il convient porter aux serviteurs de si grand prince, et de la pet- BOûne du monde à laquelle il avoit autant d'obligation , et à laquelle il vouloit porter autant d'honneur et de révérence ; et qu'il n'eust souffert estre touché à la personne dudit Merveilles sans préalablement en advertir ledit seigneur toy ; mais, ignorant qu'il fost autre que son subject et vassal, il avoit permis et souffert que la procédure et justice fust &icte contre luy comme contre tel, et comme contre homme méritant telle punition , pour le conflict et homicide commis à l'encontre d'un gentilhomme de la maison de Castillon , Tun des gentilshommes ordinaires de la maison d'iceluy duc; aussi que ledit Merveilles estoit homme vicieux , séditieux , scandaleux , réceptateur ordinaire d'homicidaires et autres gens mal vivans, et mesmement d'aucuns lesquels avoient conspiré en la mort d'iceluy duc son maistre, et d'aucuns autres ses prochains et privés serviteurs; et tellement que ledit duc par plusieurs foys luy avoit faict dire qu'il n'avoit sa demeure agréable à Milan. Adjoustant ledit diancelter avoir luy-mesmes dit souvent audit Merveilles que le duc vouloit et besoing estoit qu'il seretirast ;à quoy il n'avoit obtempéré; pendant lequel temps estoit avenue la mort dudit de Castillon, laquelle iceluy chancelier récita lors, ensemble la prise et exécution dudit Merveilles, presque de mot à mot, ainsi ^'elle est cy-devant couchée ; seulement obmist et ne voulut mentionner la reqûeste dont nous avons parlé, faicte par ledit Merveilles au capitaine de justice, et les justifications présentées par ks amys de luy estant prisonnier.

Geste légation et remonstrance fut trouvée par le conseil incrédiblement estrange et mal à propos, d'autant que ledit chancelier estoit -propre nepveu et fils de la jsœur <ludit Mer-

veilles, et que hy plus que nul autre estoit informé du contraire de ce qu'il mettoit en avant. Ce que luy fut alors remonstré de poinct en poinct, et premièrement que le duc sondit maistre ne pouvoit ignorer que ledit Merveilles ne fust serviteur, voire ambassadeur auprès et devers luy, et qu'il en apparoissoit assez, tant par les propres lettres dudit Merveilles escrites estant à Boulongne, desquelles le roy avoit le double, et par la response que luy fdt le duc» dont ledit seigneur avoit l'original en sa puissance ; joinct que ledit Merveilles avoit demeuré premièrement au service du feu roy, et depuis à cduy du roy présent, l'espace au moins de vingt-cinq ans ; par quoy il estoit impossible que le duc n'en fust adverty , lequel n'avoit esté si jiégligent que de ne sçavoir les noms et les biens de tous les gentilhommes du duché de Milan qui en estoient hors; aussi qu'il n'estoit vraysemblable que ledit chancelier, qui bien scavoit les causes de sa dépesche, et qui l'avoit présenté au duc, et avoit ordinairem^t hanté avecques hiy, n'en eust adverty ledit seigneur duc, afin de ne luy laisser commettre un tel err^mr à l'encontre d'un tel et si puissant prince que le roy. Sur ce poinct confessa bien ledit chancelier que voirement s'estoit Merveilles adressé à luy pour le faire parler au duc son maistre, mais ne luy avoit aucune chose déclaré plus avant; etqu'il n'avoit jamais pensé qu'il s'adressast à luy que comme oncle à nepveu en ses aflkires, ne qu'il eust à parler d'autres négoces au duc, sinon par avanture en intention de tirer quelque chose de luy pour en escrire au roy, et pour s'entrennettre, s'il estoit possible , d'estre médiateur de bonne et seure amitié entre eux. Si la première remonstrance de ce chancelier avoit semblé à tout moult estrange, encores plus qu'impertinente sembla ceste réplique , et luy fbt remonstré combien à " luy séolt mal d'user de ce langage, attendu qu'il scavoit bien que ledit Merveilles avoit lettres de créance au duc, et sa créance portée par instruction signée du roy; aussi que luymémcs, au lieu de Fontainebleau, avoit procuré sa dépesche, et mis en avant ce moyen de luy donner autres lettres de recommandation particulière pour servir d'ombre et couverture aux fins et intention qu'il a esté dit cy-devant. Et quand tout ce ne seroit, si n'estoit-il excusable ni soustenable en droit et justice, ven la préci-

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pitation de h pMcééure &icte amtre I97» lequel fiit seulement par souspecon, et comme préeomptiTemeiit consentant de l'homicide faict par ses gens, emprisonné le vendredj, et le di*manche jagé et eiécuté dandestinement et de nnict ; chose pour monstrer évidemment que le due eust peur et crainte qu'en le faisant exécuter publiquement la pluspart du peuple y mist empesohement et 6èt tumulte* poui^ crainte que le roy s'en ressentant contre le duc, ik se sentissent aussi sans eoulpe de la retigeatice qu'il en Youdroit et pourreit fUre « et que à Milan ihèsmei en estoit le bruit commun. C'est grande forée que de conscience^ et qui merveilleuse ment latci perdre sens et propos à eeui qu'elle oondamne*

U me souvient avoir veu en mes jeunes ans ledit chancelier eêtre estimé l'un des plus sublàs et pnxripts advoeats, et plus argut en ses req^sesi qui fiist pour lors en Lombardie; mais à oeste objection le sens luy faillit au be^ eoing, ou le sang, qui ne peult mentir^ le feit respondrs si mal à propos» et contredisant à tout ce qu'il avoit dit auparavant, que, pour eseuser eeste e&éisution noetume et clandestine, il alléguA que le duc son maistre l'a voit ainsi voulu, non pour la peur et erainte des susditesi mais» pour autant que ledit Merveilles esloil au service d'un si grand roy, il luy avoit porté cerespectde ne luy faireceste honte que de Teié^ter publiequeraent A ceste cause on kiy Irofiipit alors la broche, en luy remonsirani puis que pMr son dire il oonfessoit le duc avoir bien seeo que ledit Merveilles estoit serviteur do roy (oe qu'auparavant il avoit nyé), la raison vouloitqu'à Thomme nyant chose si manifeste Û n'en fiist disputé plus amplement, et que le roy avoit très bien entendu ses excuses fondées en paroles^ sans jusliûcalion aucune; et qu'au contraire le roy luy avoit monstre par lettres et autrement, deuement et clairement, que le due son maistre ne ponvoit sou^nir l|u'il igaoràst ledit MerveiUes estre son serviteur et ambassadeur. Et partant, ilvouloitque réparation de eeste injure luy fus! £aicte, selon que premièrement il luy en avoit escrit ; auUrement il la se feroit faire en tempç et lieu.

Telle fut la responseet dépescbe baillée audit ehaneelier ) et n'y avoit homme du conseildu roy qui ne jugeast œst outrage si grand et inlame, que non seulement il avoit juste la cau«e d^en

entreprendre la vengeance contre le ^œ, mais qu'à grand peine s'en pouvoit-il passer à Mm honneur: et pensoit bien un chacun que si à ceste entreveue ne s'y en moyennoit qaeiq^ réparation, le printemps ensuivant ne se passeroit sans qu'il y eust de la mesiée.

Le mots d'octobre, fut, de la tour d'If et de Nostre-Dame^-la»Garde, descouvert l'armée de mer, laquelle apportoit nostre Sainct-Pire: desquels lieux fut fiîict le signal ( lequel veo de Marseille, partirent du port un iwn nombre de brigantins et frégates pour aller au devant de Si Saincteté, dedans lesquds y avoit bonne eom^gnie de noblesse, avecques force trompettes, elairons et baulxbois« Arrivé qu'il fiit à l'eih trée du port, fîit salué de la Majour de Nesire Dame-de-la-Garde, de la tour SaiDCt-iesn* de l'abbaye de Sainot-Victor, et de plusieurs autres lieux éminents, de plus dé trois cens grosses pièces d'artillerie, auxquelles les galère rendirent leur salut; de sorte que tout k port et les environs se monstroient estre en fea. Ce faict, Sadite Saincteté descendit en terre de costé de Sainct- Victor, à l'oppositedela ville, le part entre«deux, en un palais estant au seigneur de Montmorency, grand-maistre et maresobal de France; lequel il avoit £aict préparer podrh réception de Sadite Saincteté, attendant fpi'ii feroit son entrée* Pareillemeot ledit siredeMsntmorency, sur lequel le roy s'estoit reposé de toutes choses pour la réception de Sa Sainoteté, avoit faict préparerdedans la ville deux palais, l'un pour le pape, l'autre pour le roy : et y avoit entre les deux une rue sur laquelle il atoit feict édifier» de charpenterie, une grande saUe par laquelle on alloit d'un logis en l'autre; et estoit ladite salle grande, et fort à propos pour tenir le consistoire du pape et des cardinaux, et aussi pour faire les assemblées de Sa Saincteté et du roy I et le tout tendu 4e fort riches tapisseries*

Sa Sainoteté le pape» après avoir esté coaduitte jusques au palais que j'ay dit lay atoir esté préparé delà le port, chacun se retira en son quartier, jusques au lendemain, queSadiic Saincteté se prépara pour faire son entrée. Laquelle fut faicte en fort grande somptuosité et magnificence, luy estant assis sur une cbaii^^ portée sur les espaulles de deux hommes, et en ses habits pontificaux, hormis la tiare» «mchant devant luy une hacquenée blanohe» avr

laquelle reposoit le saeremeQt de Tautel ; et esr (qU ladite feçquepéç W^^^lMÇ Pfiy ^^^ hoaxu^es»à ^ed eu faft ^q équipp^ge, avecqu^ devp^ resnes de soye Uaiiche. Puia après maroboient tous les eardmaux en leurs babits, piont^s sur leurs mules pontificales, çt madame; U d^* chesse d'Urbin séparément e^ grande magnificence, accompagnée d'un grand nombre de dames et de gentilshommes tant de France que dltalie. £n ceste compagnie estant le Sainct- Père au lieu préparé poor son logis, chacun se retira, et tout ce fut ordoxmé et conduit sans 9ul désordre ny tumulte. Or, ce pendant que le papefaisoitson entrée, leroy passaFeaue dans une frégate, et alla loger au lieu dont \^ pape estoit party, pour de ce lie^ le lendemain venir faire F obéissance auSainct-Pèfe, comme roy trèi^ cbrestîen. Or avoit-il esté ordonné de long-temps que maistre Guillaume Poyçt, président en la cour département de Paris, et depuis chancelier, feroit l'oraisoi^ ^u pape quand le roy luy feroit la révérence. £t estait ledit Poyet le plus éloquent advocat de son temps, et mieux p^l9.nt la langue firançoise ; mais je pense bien que la latine ne luy estoit si commune, et pour ceste raiso{)i avoit &ict forger son oraison de longue main par les plus doctes hommes de ce royaume, et Tavoit étudiée. Mais il ^dvi;it autrement qu'il ue pensoit; car le matin, ^u lever du n>y« le maistre des cérémonies vint devers Sa Majesté luy faire entendre la subsUBffiCe sur laquelle Sa Saincteté prioit ledit seigneur qu'on fist ladite oraison, afin de u'offenoer les autres princes et potentats, laquelle instruction estoit toute contraire à ce qu'avoit projeté ledit Poyel. P^ quoy se voyant surpris, suppU^ le roy de donner charge à un autre, remonslrant que c'estoit le fait d'un prélat, ^tr tendu que ç'estoit pour l^'union et bien de VEsglise ; mais, à^bien dirCiC'eslpit qu'il n'avqit le temps de pouvoir changer le langage ne la substance de sadite oraispn : par quoy en fut baillée k cbarge à Jean du Sellay, évesque de Paris, lequel, encores qu'il fust prins à Timpror yistiQ, i^'ep deschargea au contentement tant des estraugers que^ de ceux de sa nation. Estant le roy préparé, partit pour venir au

Salais où estoit le pape, accompagné des princes e son sang, comme monseigneur le duc de Vendosmois, le comte de Samct-Pol, messieurs de Montpensier et de la Rochesuryoni le duc

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