‹ Le loyal serviteur [pseud.] Chronique de Bayart.--Guillaume de Marillac. Vie du connétable de Bourbon.--Antoine de Laval. Continuation de Marillac.--Jacques Buonaparte. Sac de Rome in 1527.--R. de La Marck, sgr de Fleurange. Mémoires du jeune adventureux.--Louise de Savoye. Journal.--Martin et Guillaume du Bellay. MémoiresChapitre 301 sur 428 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

mesmes à pitié et compassion; car certainement l'un, pour l'cxigeance du crime, a suffisamment souffert ,«t l'autre , pour son innocence, a esté trop misérablement traitté. Mais, à dire la vérité , autant que toutes ces considérations enflammoient le roy très chrestien de les secourir, autant l'en refroidissoit le bruit commun d'aucuns, qui n'entendoient les desseings de vos af&àres, ainsi que maintenant il se peult juger, et avoient faict courir jusques à ses oreilles que, par édict perpétuel, aviez transporté au roy Ferdinand tous leurs biens et Estats; tellement qu'il luy estoit à craindre que, prenant en main la tuitlon et deffence de ceste cause, il offensast ceux avec lesquels il est lié de très estroitte alliance et confédération. Davantage, il sçavoit fort bien que, pour le respect et honneur du roy Ferdinand , et mesmes pour le regard de vostre estimation, il ne devoit penser qu'un prince non ambitieux voulust usurper les biens de ses voisins et alliés sans estre jugés par les lois et coustumes, ny que vous , tant estimés prudens et vertueux , deussiez sans occasion imposer et estendre la peine du forfaict du père sur le fils innocent; car si cela n estoit couvert de quelque exécrable indignité de crime, ce vous seroit à jamais une tache d'inhumanité et de cruauté» et à luy pareillement d'impiété et d'avarice. Mais ayant depuis entendu, et en général et en particulier, par les lettres du duc Çhrestofle, en queHe sorte a estécest affaire entreprins et commencé, et en quelle estât il est de présent , après y avoir soigneusement pensé, il n'a voulu refuser secours à ses alliés, princes dignes de commisération, en l'endroict mesmement où il est question de tous leurs biens et fortunes ; ou , pour mieux dire , les voyant fovorisés de tant de seigneurs qui se joignent à leur cause, il n'a voulu faillir de les congratuler de ce que le recouvrement de leurs Estats n'est point fondé et assis sur une opinion incertaine et douteuse, mais despend de vous et de vostre clémence, et de la bénignité du roy Ferdinand. Et pour vous faire bien entendre la charge qui m'a esté commise de ceste congratulation, j'espère vous monstrer clairement qu'ils ne doivent seulement estre remis en leurs biens, et principalement cestuy pauvre innocent, mais qu'ils le doivent estre par vous, et tellement par vous , que si plus long-temps ils en demourent privés, toute

la coulpe doresett&vaiit en tombera ^or vous, et nullement sur le roy Ferdinand.

M Et si je vous mpnstre évidemment, et aussi que le roy mon maistre, vous estimant tels que ne pouvez avoir oublié Féquité, la miséricorde» la prudence et autres vertus qu'il a oogneuet en vous, à très bon droict il a peu et deu con^ gratuler à eeux-^^ et à vous ; à ceux-cy» de ce qu'ils cmt trouvé un port gratieux pour s'as* seurer après qne tant impétueuse tourmente el tempeste ; et à vous au^i est à bqn droict deue ceste congratulation, d^autant qu'avez prins oq bon advia et très samct conseil de vouloir user de démence et miséricorde, par laquelle il me semble que les hommes s'approchent de Dieu. Je viens donc au fait, auquel je ne voy point avoir besoing de l^eaucoup de paroles ; car ib vous peult sDuv^ir à tous qu'après la mort du père àe cestuy-^y , alors que ce duché par vou^ fut transporté à Tempereur, et par luy, peu après, au roy Ferdinand son frère, vous adjoos* tastes par mots exprès ceste condition, qu'il en appoinetast avec Ulrich ; et au regard de cest innocent, qui, en Tâge de quatre ans où il estoit, n^a peu commettre crime ne faire acte deshonnestp, vous luy reservastes la poursuitte de tous ses droiets, et nommément des chas-' teaux de Tubinge el de Neyffen. Non long^ temps après qu'il vint à demander d'estre remis en la possession d'iceux, lesquels estoient en-t tre les mains du roy Ferdinand, et voulant poursuivre ce qui luy appart«aoit , iceluy roy déclara ouvertement qu^iî luy permettoit tout ce qui seroit de droiot et d'bonncsteté -, et n'a pas consenty seDlisment que ceste journée sdt assignée pcnir vuidev ce clifEér«Qd , majs il en a voulu estre le principal- ancteinr.

ff Cest acte certes du roy Ferdinand, tant plus je le considère, tant plus je cognoy qu'il n'a peu faire plus prudemment; car s'il eust délibéré de leav rendre et restituer leurs bimis et Estats, lesquels il tient par vostre moyen, sans vous en communiquer, je dis à vous, qui estes aucunement cause de la fortune à laquelle teg ducs sont maintenant réduits, il eust peu sembler qu'il n'eust tenu compte de vostre bien^ ftiict, <m qu'il se fust voulu séparément acqu^ rir leur bonne grâce, et les rendre obligés à luy s«il, les laissant cependant irrités contre vous, comme s'il eust désiré et pourchassé que œ qu'ils avQient perdu par voui ils pensassent.

MÉMOIRES m DU BELLAY, ^535]

sans TOUS et^peult-estre malgré voufi, l'avoir recouvert de U main de celuy auquel estoit commode et prouf&table le retenir. Mais fmspe k% choses sont eneores en teur entier, et qu'il remet en vostre voiiloir de restituer en hm £9tats les ducs de Wittasiberg, las deux ea^ somUe 00 l'un «eul, je vous laisse à jug»* m quelles de lecurs seigneuries vous semble qn'ila doivâQt e^tDt re^tablis, aymant mieux que roa estime qu'ils y soient rentrés par vostre jngement que par son bienfaiot. Pni» aussi qu'il s voulu avoir tel égard qu'il doit, tant au \m qu'il a reoeu de vous qu'à vostre repos et à YQitre réconciliation avec eux, et estant coetent de ceste seule louange, que, n'aysnt sué trop arrogant ny présomptueux en recevant an bieniaict de vous, il a voulu apparoistre n'eslie point tant inique détenteur dn Tautruy qœ libéral du sian, il 9e peult feicilement joger qu'il ne .vous a point cependant osté par envie ne U bonne grâce ny l'honneur : la bonne grâce, qm l'un tienne de vous les ornemens de sa jpmm et l'espérance de son plus fort lige, et que l'satre vous doive Fayse et la tfanquiUité de h vieillesse. Hais l'honneur sans donte sera entièrement vostre, et non comnae aux fsiets de guerre, où les gens d'armes s'attribuent un^ grande partie de la gloire ; car en cecy vous n'aurez point de compagnon, d'autant que chacun peult veoir et cognoistre que vo^s ^yez aydé et secouru le fils innocent de vostre ennemy, et tendu la main pour relever vostre ennemy abattu et vaincu. Et certes le roy Ferdinand œ faisant, combien qu'il ne le vous ayt expressément dédairé, si est-ce qu'il monstre asso^per effiect qu'il vous a voulu tellement laisser toute la gloire et la bienvueillance qui se peult attendre d'un tel acte, qu'il n'en puisse cy-après en aucune manière encourir blaame ou rq>rocbe, en quelque part que puisse tourner vostre jugement. Car il est nécessaire que cekiy-li le condamne de soy-mesmes, qui n'ose remettif sa cause à Topinion de personne ; et cehy qni se veult soubmettre aux loix et coutumes monstre qu'il espère de deux choses l'une i ou qu'il n'a volonté de retenir le bien d'autruy contï» raison, ou que ceux auxquels il s'est socÂmisioT feront injustement gaigner sa cause ; dont l'un je crois facilement, et l'autre est trop eskmga* et indigne de sa réputation et de la vostre. Et, de fcict, quant à ce qui hiy ^mshe, je n'aw«y

Jamais o]î)tnioh gu*U VdtifetÉ, éûèbifè's ^^a èii eust la puissance, entreprendre chose iliitite et déraisonnable, âîhs iyinerôit beaucoup mieux monstret- son authorité et employer au secours de ses alliés qu'à leut ruine : il m'est certainfeinent àdvis qu'il né J)rétend aufcilnfe chose etl leurs biens, mais plustdst veult entendre s'il les peult justemerit retehir; bb si, de vt)stre consentement, Il les leur doit laisser. Et quoy qu'il en soit, jfe he pehseroy jamais que vous puissiez trouver bon ny t*aisohnable de dépouiller ceux desquels ne se dît pbint que l'uil ayt commis fatilte excessive, et l'autre n'a rien falct; plustost je pen^roy, veu qu'il faut distinguer les crimes, et que lei peines sont diverses, que rbn ne sçauroit mieux faire que vous eslire pour juger si Ulrich le père (car dii fils qui en peult dbbbter?) ll'a JiaS assez souffert en dix- ^ept ans, et s'il n'a pals tkict suffisante pénitence pour la qttalité du criihe qu'il a cotiimis. Car, nonobstant qu'il ayt faict faulte envers vous, il est certain néantmoîns que ce n'a eSié eh haine de voitre ligttls, ains contre son ^ë H sans y penser, par uti désir ardent de se venger, et par une juste je ne sçay quelle douleur. Et peult-estre, je dlray de mot avec vostre (Songé et petmisàîoil, qu'il a tellement failly, qu'il n*y a personne d'entre voua estant en àa placé qui ti'eil eilst aul^tlt faict . Car vous savez, înessiétirs, 4bé les habitatis de Reuthling, chàâteau en Stlave, lequel est maintenant de ceste n^é, ont porté longues et grossel^ ihimitiés aux prédécesseurs d'Ulrich, et les ont éontïnués en son endroict, teltement qu'aûcutts d'eux ont malheiireusemeiit tué et tnassacré les habitans coustumiei^ dé seâ forésts, dotlt il a tt^s instammetit requis luy estre falcl f'aisoii par tes gouverneurs dû cha^téau, nîàis tant s'en feult qu'ils ayént fkict démonstiratioti exemplaire des meurlrierfe, que plustost les ont retiréis dedans \Mt viDë, et les ôntnôùfrrys et soustenus. Au moyen de quoy, se voyant ihdigneméilt olfensé, il hé âé tault esmer veiller s'il s'est enflanltoé dé colère, et st promptériàetit eh flartuné,J5[ue vous avéi pltistokt entétidu lé chasteâii avoir testé )prls et âssâllly. Èh cecy, messieurs, je ne dis tien de la vengeance qu'aVei faicte de luy ; car j'ai délibéré de déduire seulement les raisons pour lesquelles j'estime qu'il est raisonnable qu'elle soit modérée, vous prtant, devant toutes choses, vt)uloir ré-

LIVRÉ IV. 48

j^teèentér à VAS ^ehi VéÈ boti^h &drb dé fèèéà qui estbient en sa protection, estans fertiéllehient hachés en pièces et jettes devant ^s pieds.

« Considérez aussi, tf il Vous plaist, les plehrs elplainctes de leurs paretis, femkhe et enfans, Se jettanfe à genoux devant luy ; et réduisez eh vostre mémoire quel dueil il pouvoit avoir d'estre ainsi cohtémhé, et quels propos tenoient ses subjects, qui le persuadoient de se Tengerj autrement ou luy feroit encores pis. Je me rap* porte à vous, fet vous laisse à pehser quel courage là -dessus, il pouvoit avoir. Quant à moy;

{e suis d'advis que s'il y a quelque temps d'o- )éir à une juste douleur et de se Vettger (comme je crois que vohs me confesserez en estre quelquefoys temps entre les hommes) cestuy-là certes est aucunement nécessaire, quand, aprèà avoir demandé justice d'utt forfaict, eh lieu d'en feire la raison, on voit les malfaicteurs nonseulement mis en sauve-garde dedans les murailles de la ville, maiS estre appelles aux bonheurs pubKfcs. Certainement il feict grand mal à toutes personnes, et singiilièrement àul grands seigneurs, de veblr leur authorité éon-^ temnée et méprisée ; et cognolssons que nature nous a apprihs dé nous esmouvoir à la defiFehdre par armés, si autrement il hNest commode d'en âVbir Satisfaction. Lisez les hystoîrés ûei anciens, et il se trouvera que peu de gUerres ont esté entréprlasés par noS prédécesseurs, si* non pour ceste occasion. Et afih que, par vustrti eongé, il mé soit permis de VOUS dire dé rechef ce que j'en ay sur le cuéUr, j'estime qUe Si voUà eussiez esté au lieu de Ulrich, les mesmes causes qui l'oht méù eussent eu pareille jpuissancé sur vous que sur luy : il a esté esmeu de juste douleur, estant tttttraééusemént offehcé et in^ jttrié, de sorte c^u'il ne s'est petl commâhder qu'H n'ayt vengé la mort des siens. Ce qlie je Vous supplie he penser estré dit par moy pour vous rendre reprochable ce qui votis doit estré honorable, ayant faIct la venjgeanée de celuy qui a destruictvos confédérés; je né voudrois aussi l'avoir dit pour faire comparaison de la ûitilté d^Ulrich avecques Vostre acte tant vértUeu*, et ehcoréS moins pour hyer qU*il h*ayt fiiilly, veu que luy-mesmes le confesse; car il devoit faire plainctê du tort qu'il avoit récéu eh fceste assemblée, soubs l'auctorité de laquelle il s'en fast beaucoup plus commodément ressenty;

parquoy il a &illy et témérairement faict. II le confesse et s'en repent, il en porte la peine dure et longue; son recours est à vostre bonté; il demande pardon,\ et promet que doresenavant il sera paisible; et si autresfoys il a esté bouillant et trop outrageux, Tâge maintenant, le long exil et ses adversités l'ont refroidy et modéré.

« Pardonnez donc, s'il vous plaist, Messieurs, à ceiuy qui déteste son délict ; pardonnez à celuy qui le confesse; pardonnez -luy à ceste heure que l'envie est moindre sur luy , puisque en la chaleur de son meffaict luy avez laissé quelque espérance de miséricorde. Vous avez faict vostre devoir, et n'ayant peu à temps secourir et sauver vos confédérés, vous avez prins la vengeance de l'oulrage qu'ils ont enduré ; et cela est le prochain remède de la deffence et tuition qui leur estoit due. Vous avez tiré vos alliés hors de servitude, et avez chassé hors de sa maison et de son pays celuy qui leur avoit osté leur liberté. Vous avez faict jusques icy tons M0ies de magnanimité et de vertu ; vous avez fait cognoistre que vous n'estes ceux desquels on doive outrager les amys et confédérée. Je vous prie. Messieurs, ne prendre garde aux paroles de ceux que j'ay entendu à mon arrivée en ce lieu, lesquels toutesfoys ne veulent qu'on pense qu'ils en soient aucteurs, et vous font soufQer aux oreilles que, pour conserver la réputation de vostre constance, vous ne devez aucunement recevoir en vostre bonne grâce ceux desquels vous ayez quelquefoys voulu prendre vengeance ; mais ad visez plustost que ce qu'ils veulent maintenir pour constance ne soit droictement une opiniastre cruauté et cruelle opiniastreté. Les constans sans doute ont accoustumé de pardonner, ainsi qu'avez faict ; et à mesure que celuy qui a mérité vengeance se retire de ses mauvaises entreprinses, aussi se Cault-il retirer de toute sévérité et rigueur ; et a-l'on cogneu par expérience que plusieurs grands et illustres personnages, de la mémoire de nos antécesseursetdelanostre, ont au comr mencement esté fort vicieux, et à la fin se sont changés et rengés au bon chemin; de manière qu'après leur feu de jeunesse passé, ils ont récompensé leurs folies de plusieurs vertueux actes, et de grands mérites envers la république. Jelespourroy icy nommer, si je ne pensoy esxre odieux de réduire en souvenance des f aultes

des gens de bien, jà par le temps abolies et oubliées.

« Vous avez aussi leu que vos nuijeurs, après s'estre vengés de leurs ennemys, et après les avoir vaincus, leur ont souvent pardonné, et qui plus est aux estrangers ont quelquefois restitué leurs biens, et en ont rapporté, tant en la guerre qu'en la paix, non-seulement grande gloire , mais grand prouffit. Combien devez-vous plus espérer et attendre de cestuy-cy, et ne doubter qu'il ne doive et qu'il ne puisse pas cyaprès estre paisible à ses voisins et proi^table à la répubUque, veu qu'au moyen d'une juste douleur, et pour TafTection qu'il porte aux siens, faisant une fsiulte commune, il a troublé . une foys senlement le repos public, et a plustost pensé faire chose digne de luy, qu'il n'a craint qu'on luy en sceust mauvais gré et qu'on le prist en mauvaise part. Et encoresque son crime fust si grand qu'il ne deust estre aboli par le temps, ny adoucy par la peine, ny remis pour les prières de ceux qui sollicitent pour luy, si est-ce qu'il appartiait à vostre constance d'entretenir la condition promise à ces ducs, estant le crime récent et nouvellement perpétré, alors que, leur estant leur duché, vous le donnastes à un autre; car, comme il vous a esté honorable de prendre les armes contre celuy qui a destruit vos alliés et confédérés, il est plus honorable, au mesmes cours de la victoire, d'avoir donné lieu de repentance et espoir de miséricorde, suivant l'exception ai^posée dedans l'appoinctement par vous &ict. Je diray davantage : comme il vous a esté très honorable d'avoir secouru le fils innocent de vostre ennemy , ainsi sera-il maintenant deshonneste qu'il ne jouisse par vostre moyen du bien de ceste exception, et que l'envie se renouvelle, laquelle par le temps se devoit envieillir et oublier \ et sera plus deshonneste d'adjouster à la première peine ceste calamité, c'est à sçavoir que, pour son erreur ou crime, il voye son fils unique innocent estre à jamais participant de ses adversités, en lieu d'estre l'appuy et le repos de sa vieillesse. Je puis dire davantage qu'il sera très deshonneste que cest innocent en temps de paix soit despouillé des reliques des biens de ses ayeux , que vous luy avez laissé durant la guerre; et que la peine de la faulte d'autruy soit transmise sur celuy qui n'en fut jamais souspeçonné, tant s'en faull qu'il Tait perpétrée. Vos majeurs,

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