‹ Le loyal serviteur [pseud.] Chronique de Bayart.--Guillaume de Marillac. Vie du connétable de Bourbon.--Antoine de Laval. Continuation de Marillac.--Jacques Buonaparte. Sac de Rome in 1527.--R. de La Marck, sgr de Fleurange. Mémoires du jeune adventureux.--Louise de Savoye. Journal.--Martin et Guillaume du Bellay. MémoiresChapitre 306 sur 428 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

aussi peu de cas de lay que du moindre de la cbrestienté , se sépara, luy et son royaume , de l'obéissance de FEglise romaine, se faisant, immédiatement après Dieu, chef de Téglise anglicane. Voilà en somme ce qui en advint, et à-tant mettray fin à ce propos.

Le roy, voyant Tindignité dont avoit usé envers luy le duc de Milan par la mort de son ambassadeur Merveilles, et cognoissant que pat justice il n'en pouvoit avoir raison, et mesmesque l'empereur n'en avoit faict grand cas quand il leur en avoit faict sa plainte, délibéra par armes en avoir réparation ; et parce qu'il estimoit bien que l'empereur voudroit estre de la partie, voulut pourveoir à ce qu'il fust suffi^nt et préparé pour soustenir l'effort de ceux qui le voudroient empescber d'avoir sadite réparation ; et cognoissant qu'il pouvoit tirer des estrangers, se voulut toutesfoys fortifier de sa nation. Et afin que soudain il eust les hommes à son premier mandement, ordonna avecceux. de son conseil de dresser, à l'exemple des Romains, en chaque province de son royaume, une légion de six mille hommes de pied, dont il baiileroit la charge à six gentilshommes, lesquels auroient pour chaque mille hommes deux lieuteuans, et soubs chacune enseigne cinq cens hommes ; et donna grands privilèges auxdits légionnaires, tant aux capitaines que soldats, Içsq^els dévoient une fois l'an, en temps de paix, &ire une monstre générale. Et afin que les capitaines peussent respondre de leurs soldats, ils dévoient sçavoir le nom et surnom de chacun, et Je lieu de sa demeure, tant pour les avoir soudainement prests à tous mandemens, que pour les chastier s'ils feisoient faulte; et pour cest efifect dépescha les commissaires à ee nécessaires.

Environ le mois de may 1534, estant ledit seigneur adverty que les légions estoient prestes, voulut bien aUer visiter les prochaines de luy ; et pour cest eflect se trouva en sa ville de Rouen, capitale de Normandie, auquel lieu les monstres de la légion d'icelle province furent faictes en sa présence, dont estoient capitaines six gentili^ommes, scavoir est le seigneur de Bacquevile, le seigneur de la Salle, le seigneur de Sainct-Âubin l'hermite, le seigneur de Sainct-Âubin Gobellet, le seigneur de Cantdou aux deux Amants, et le seigneur de SanueveHes, Ayant veu ladite l^on de Norman-

die, de laquelle il se contenta fort, print le chemin d'Amiens, pour là faire le semblable de la légion de Picardie ; et environ le vingtiesme jour de juin, se trouva ladite légion en armes en la plaine d'Amiens à Sainct-Fuscien, de la* quelle estoient capitaines le seigneur de Sercu, Jean de Mailly, seigneur d'Auchy; Jean de Brebançon, seigneur de Cany ; le seigneur de Saisseval, le seigneur de Hailly, surnommé de Pisseleu. A ladite monstre se trouvèrent toutes les dames, en la présence desquelles se dressèrent plusieurs escarmouches feinctes, tant à cheval qu'à pied, tant de la gendarmerie que de la noblesse de la cour. En ce temps là estoit l'empereur à son voyage de Tunis.

Ayant le roy faict la monstre de Picardie, print son chemin par la Champagne, pour veoir faire la monstre de la légion de ladite province, laquelle fut faicte près de la ville de Reims. Après laquelle monstre il dressa son chemin par Mésières, pour visiter la frontière tant de Champagne que de Bourgongne. Mais estant arrivé à Mésières, fut adverty qu'un gentilhomme de la maison d'Aspremont, seigneur de Buzancy, avoit fortifié une sienne maison nommée Lûmes, à demie lieue près au-dessus de Mésières, sur la rivière de Meuse, tirant à Sedan ; et après l'avoir fortifiée, se descognoissant, ne la voulut relever du roy ne du comte de Retheil, dont elle estoit mouvante à cause de la seigneurie de Mésières et comté de Retheil. Le moyen pour lequel on lui avoit souffert de la fortifier fut que son père estoit gouverneur de Mésières et de Rethelois, estant en tel crédit près du seigneur d'Orval que toutes choses luy estoient permises pour l'asseurance qu'il avoit de sa fidélité. A ceste occasion les officiers dudit Mésières avoient toléré ladite fortification; au surplus ledit gouverneur, père dudit seigneur de Buzancy, ayant les tiltres du comté de Retheil, avoit desrobé ceux qui concemoient la fidélité qu'il devoit de ladite maison de Lûmes.

Le roy, de ce adverty, et qu'il avoit refusé l'ouverture de la porte à ses officiers qui estoient allés devant pour habiller son disner, trouva ce refus de mauvaise digestion; par quoy feist équipper six canons, et manda faire marcher la légion de [Champagne, déliliéré de se faire obéir à son subject rebelle. De laquelle chose adverty ledit seigneur de Buzancy, et

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voyant les Ibroes do roy tcmrner sur iay, craignant y perdre la vie, se ramodéra, et par le moyen et à la reqneste de messire Robert de la Marche, seigneur de Sedan, obtint gracedu roy, moyennant qa'il remist sa place entre les mains du seigneur de Sainct- André, chevalier de Tordre du roy, au nom de Sa Majesté. En laquelle place depuis le roy, en la faveur dudit seigneur de Sedan, le restablit, hiy donnant estât pour la garde d'icelle, taisant le serment de la garder au nom de Sa Majesté envers et contre tous. Mais depuis, estant la guerre survenue, diverty de PaRéction du service du roy par la persuasion de sa femme, laquelle estoit natifve des pays de Tempereur, se révolta, faisant le serment à Tempereur. Pour punition de ladite rébellion, le roy Henry, à présent régnant, a prins depuis ladite place et faict raser et confisquer ladite terre.

Vous avez entendu comment le roy se préparoit pour avoir raison de l'injure qui hiy avoit esté faicte en la personne de son ambassadeur; et pour cest effect dépescha le comte Guillaume de Fustemberg en Allemagne , pour faire levée de vingt enseignes de lansquenets ; puis envoya ambassadeurs devers le duc de Savoye pour hii demander passage par ses pays, pour avoir raison de Toffence à lui faicte par le duc de Milan : ce que le duc de Savoye luy refusa, à la persuasion , à ce que Pon dit , de la duchesse son espouse : chose que le roy trouva fort estrange, veu Tancienne aÛiance et prochaineté de parentage qui estoit entre eux , et aussi la grande patience qu'il avoit eue , depuis le trespas de madame Louise de Savoye sa mère, de demander le partage de ladite dame , dont il estoit héritier par la succession du duc Philippe, père de ladite Louise et du duc de Savoye. Or estr il dit que ledit duc PhiKppe en premières nopces espousa une fiHe de Bourbon , de laquelle il eut le duc Philebert de Savoye et ladite Louise, mère du roy; puis en secondes nopces espousa une fille de Pontièvre , dont il eut le duc Charles de Savoye, dont à présent est faicte mention, et le comte de Genève, depuis duc de Nemours: par qupy le roy maintenait qu'à luy appajrtenoit une grande portion de ladite succession, attendu que sa mère estoit du premier lict et seule héritière du duc Philebert, qui estoit mort sans enfans. Pour ceste occasion , le roy envoya devers ledit due de Savoye mais-

tre Guillaume Poyet, quart préÂdent de k i de parlement de Paris, avec autres gensdel pour luy demander raison et luy fik« aj des droicts du roy : à bqu^ chose k Sa vove en façon du monde ne voulat et levinlrent les<léputésdufoy saas rknj B*autre part , le roy fet adverty comi tous moyens il taschoit de divertir toi de TaHiance de France : aussi sçavoit avantle partementderempereurpoorl de Tunis, il avoitobtenude rempereuri le comté d'Ast, qui est l'aBcien fV\Mf\ maison d^Orléans.

Le roy, voyant toutes ces diosei{ tes, cogneut bîmi par les effects b volonté que lui portoit ledit ^c del oncle ; par quoy hiy manda , pour ki foys, qu'il eust à luy fave raison, <pi'il la chercheroitpar armes. A mation le roy n*eut response où il peMi fondement; et sçachant aussi que de Savoye avoit assiégé Genève, seigneur de Yérez , gentilhomme de sa^i bre, et natif de Savoye, avecques nae la compagnie du seigneivRencedeGife,( dedans Genève pour donner secooniO' gés ; aussi messieursde Berne, qoiaivitfll viHe de Genève en leur protection, i par leurs ambassadeurs au due <k qu'il eust à laisser en patience ceux de leurs alliés Mais n*ayant eu dudit due sufiAsante, se mirent aux chan^ avec douze mille hommes pour secourir lesi mais ledit duc de Savoye, n'osant att puissance, se retira : ce que nefeirent i de Berne , car ils entrèrent dedans les duc, et le spolièrent d'une bonne part leur pays qui fçust en son obéissance, attribué à eux : puis passans à chassèrent Tévesque, et l'ont jurisdiction, en faisant quelque paiti liés, et de présent en jouissent.

Estant le roy en Bourgo^e, il de la victoire de Feœpereur à T>A'^ s'en congratula avec le sie«r de ambassadeur dudit empereur prèshff' n'eut advertissement du chemin (ffi sinon peu après qu'il ftit adverty de vée à Palerme, du retour de son la grande ruine de son armée, peu* N travaux et (Valeurs qu'ibav9itB(<

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comme il avoit hkH mie aéleifdrfée^pMr ftire demande d'mie somme de deilfers ab pays. A sa re^^esle lay fureilt acoordés deux c^ns cin^quante milleescos, outre dix mille hommes que ledit payft luy aroit soudoyé Testé précédent pour trois mois. Estant eneofes le roy à Dijon, dépescha de rechef devers monseigneur de Savoye, pour entendre de luy sa dernière résolution ; mats ledit duc de Sa voye , se confiant à r heureuse victoire de l'empereur , ne luy feit response sur quoy bn eust peu feite fondement.

L'empereur, estant arrivé à Palerme environ la tny-octobre 1534i feit grande démonstration au seigneur de Yelly , ambassadeur pour le roy, du contentement ^u'il atoit de TappareDce de la joye et plaisir que le roy avoit eu de sa vic^ toire de Tunis , et aussi de Tentreveue de la ro^ne Aléonore sa soBur^ ^i de la royne de Hongrie son âtitre soeur; puis luy conta la perte qu'il avoit receue à Minorque par Barberousse, et le désir qu'il avoit d'en nettoyer la mer; et que pour eest effect il désiroit faire avecques le roy son maistre de plus estroittes alliances , à ce que eun deux participassent à l'honneur et au proufGt qui pourraient advenir des conquestts qu'eujL deux ensemble pourroient faire sur la Grèce : et puis le laissa sans conclusion , le remettant à ce que le seigneur de Granvelle luy en diroit.

Or je pense bien que e'estoit le fondement que l'empereur vouloit prendre pour abuser le roy et l'amtiser, craignant que, ce pendant que ses forcesestoient débiles et l'armée du roy préparée, le vint assaillir au duché de Milan , détenu, contre raison, par ledit empereur, de l'héritage de messeigneurs les enfans de France ; car ledit seigneurtle Yelly parlant à Granvelle, ledit Grativelle luy renouvella les offres que par cy-devailt l'emperetir avoit faict au roy d'une pension de cent mille escus sur ledit duché de Milan, au nom de mesdits seigneurs les en&ns, ou de oelluy d^eux que le roy voudroit nommer; puis luy parla du mariage de madame Marie, îille d'Angleterre, satis autrement ( quelque instance ou poursuitte que feit ledit seigneur de Vfclly ) luy déclarer l'intention de l'empereur. Au moyen de quoy vous pouvez conjecturer ce que j'ay dit cy-dessds, qui; l'empereur avoit touspeçon, pendant qu'il n'avoit le moyen de secourir le duché de Milan, que le roy le vint

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