‹ Le loyal serviteur [pseud.] Chronique de Bayart.--Guillaume de Marillac. Vie du connétable de Bourbon.--Antoine de Laval. Continuation de Marillac.--Jacques Buonaparte. Sac de Rome in 1527.--R. de La Marck, sgr de Fleurange. Mémoires du jeune adventureux.--Louise de Savoye. Journal.--Martin et Guillaume du Bellay. MémoiresChapitre 307 sur 428 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

An mois de novembre ensuivant, l>mpereur faisant doubte que le roy ne cogneust les abuA et dissimulation dont il ^isoit len son endroict^ el que cela^lnvitast le roy à se haster ; attendu mesmement qu'il se préparoit pour demanda par armes au duc de Savoye ce qu'il n'avoit scfeu obtenir par douice et amiable composition, et pbur encore^ tousjours Tabuser , iceluy Granvelle s'eslargit envers ledit seigneur de Vellyi aHihassadeur, de luy déclarer la volonté qu'il disoit qu'avoit l'empereur de faire le mariage de la fille de Portugal, fille de la royne Aléonore» avecques monseigneur le dauphin, disant que la princesse d'Espagne estoit trop jeune pour mondit seigneur. Et parce qu'il vouloit estreindre les alliances plus fermes, d'autant que la fille d'Angleterre, rtladàttie Marie, eitoit trop âgée pour monseigneur d'Atigôulesme, Tempereur présenteroit autre party , dont le roy se contenteroit ; et sembloit à ces propos qu'il voulUst parler de la princesse d'Espagne.

Peu de temps après survint la mort de Francisque Sforce, duc de Milan; et l'empereuf ayant nouvelles que le roy se préparoit de plus en plus pour avoir la raison du duc de Sâvoye« et craignant qu'il marchast jusques à Milan ( comme il estoit aisé), ledit seigneur de Gtanvelle, parlant au nom de l'empereur, proposa au seigneur de Yelly, ambassadeur du roy, comme estant mort le duc de Milan, et ayans tous les capitaines dudit duché relevé tes places de l'empereur, alors se pouvoit faire une ferme et estroitte alliance entre l'empereur et le roy $ paVce qu'estant mort ledit duc de Milan , Fempereur n'estoit plus obligé et pouvoit disposer à son plaisir dudit duché. Par quôy furent mis en avant les mariages que par cy-après vous entendrez, et par là cognoistrez amplement que tout le faict de l'empereur ne tendoit qu'à toute dissimulation pour £aire temporiser le roy, ainsi qu'il feit, et faire entendre à tout le monde qu'il avoit cherché la paix, et remettre sur le roy l'infraction d'icelle. Aussi voua iq>paroistra comme les choses se passèrent et quelle fut l'issue,

Finablement, vot» pouvez avoir entendu comme j'ay procédé à réduire pat* mémoires ce qui est adtenu depuis l'an 1513, espérant con<» tinuer jusques au trespas du roy François, de bonne mémoire, pour supplier et amender aucuoemept la perte irrépar^le de ce ^'a^oit ea^.

crit mon frère avant son trespas, non si an long, ny du stile dont mondit frère avoit usé, ainsi que par évidence le démonstrent ces œuvres ; mais ce que j'ay veu et peu entendre, je l'ay discouru au mieux et plus près de la vérité qu'il m'a esté possible, pour laisser mémoire aux autres qui le pourront mieux faire que moy , mais malaisément plus fidellement ny plus près de la vérité. Vous verrez par cy-après trois livres que j'ay recueillis des fragmens de ceux qu'avoit composé feu messire Guillaume du Bellay, mon frère; puis après je suivray au mieux qu'il me sera possible, et au plus vray de la vérité, ce qui est advenu jusques au trespas du feu roy François, de bonnemémoire, premier dece nom.

Extrait d'une lettre écrite sur l'ordre et cérémonie observéeê à lentreveue des rois de France et d'Angleterre,

La présente sera pour vous advertir de la grand chère, triomphe et festins qui se sont fiiicts depuis trois jours en ça en cette ville de Boulongne,en laquelle dès samedy dernier, dixneuviesme jour d'octobre, le roy arrriva, et le jour d'après s'en alla à Marquise, qui est une petite ville moitié chemin de Boulongne et de Calais. Auquel lieu de Marquise ledit sieur, adverty de la venue du roy d'Angleterre, séjourna tout le jour jusqu'au lundy. Et environ dix heures du matin, qu'il partit pour aller au devant dudit roy d'Angleterre, accompagné de messieurs de Vendosme, de Guise, Sainct-Pol, grand-maistre et amiral, avecques la bandedes deux cens gentilshommes, et autres gros seigneur^ de France, rencontra ledit roy d'Angleterre, après avoir chevauché environ une lieue, tirant vers Calais. Et de si loin que lesdits deux roys se virent, si sortirent hors de leurs trouppes, et piquèrent droit l'un à Fautre; et eux arrivés près, se prindrent à se embrasser ; après lequel embrassement se laissèrent et piquèrent outre, et vinrent embrasser, c'est à sçavoir le roy les princes d'Angleterre, et le roy d'Angleterre les princes de France. Et iceux &icts, se reprindrent l'un l'autre, et chevauchèrent ensemble; et bailla la main droite le roy au roy d'Angleterre, à toute force, car il la refusa souvent ; et en cet ordre chevauchèrent environ deux lieues, tirant à Boulongne, et par les chemins prindrent leur vin sur un petit taillis, sm une fontaine qui est à l'entrée de»

terres de France. De laquelle ville, environ one heure après midi, sortirent messieurs les enùms de France, accompagnés de messieurs les^égat, cardinaux et prélats de France, en moult bel ordre et richement accoustrés; et allèrent une lieue au devant desdits deux roys, lesquels se rencontrèrent à une lieue près dudit Boulongne; et sitost que mesdits sieurs les apperceurent, piquèrent vers eux, et l'un après l'autre feirent la révérence au roy d'Angleterre, et luy feirent chacun une harangue; et les embrassa ledit roy d'Angleterre, et leur feit merveilleusement bon accueil, et à tous messieurs dessosdits prélats.

Cela faict, toute la dessusdite compagnie tira à Boulongne, lesdits deux roys tousjours par ensemble, lesquels furent salués de plus de milte coups de canon. Et à la descente de cheval, le roy mena le roy d'Angleterre jusqu'à sa chambre ; lequel soupa tout seul, et le roy d'un snXre costé. Et après le soupe le roy vint en la salfe commune, qui estoit ordonnée pour faire les festins; et se retirèrent eux deux ensemble a un cabinet qui est près de ladite salle, où ïb furent long-temps. Et fault entendre que le logis desdits deux roys est dans raM)aye de cette ville, où il y a une grande cour environnée de deux grands corps de maison, dont en l'un, sur la porte, est logé le roy d'Angteterre» et en l'autre le roy. Et y a quasi au milieu desdits corps de maison une salle qui est le réfectoire des moines, qui est tendue, le plandier qui est de taffetas incarnat, en cornette de ta^ fêtas de couleurs du roy, et tapissée de quatre pièces de tapisseries principales, qui sont des victoires de Scipion l'Afriquain, faict de hantelice, tout de fil d'or et de fil de soye, ces personnages les mieux faicts et au naturel qu'on pourroit faire, et n'est possible à peintre du monde les £Biire mieux sur tableaux de bois; et dit-on que l'aune en couste cinquante escus. A un bout de la table est un buffet de six degrés, chargé de vaisselle d'or et d'argent doré, avec de grandes coupes d'or enrichies de pierres précieuses, et en grande quantité, qui fait merveilleusement bon voir : et dessus ledit buffet est pendu un ciel de satin cramoisi, semé de lyons et autres bestiaux faits de perles. A l'autre bout est la table pour manger, sur laquelle est tendu nn autre ciel, auquel est dame Charité,- faite an naturel, et toutdeûld'or etde soye. En cettedite

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