LIVRE IV
salle, maTdyausoir,soupèrentlesditsdeQxroys, et au-dessus le roy d'Angleterre, servi par ses gens à tête nue et à genoux, et le roy pareillement des siens, àsa mode accoustumée. Et quant aux habillemens desdits deux princes, le roy, ledit jour de mardy , envoya au matin au roy d'Angleterre pourpoint, saye et robe, et le reste des habillemens, bonnet et autres choses, en tout pareil à ceux qu'il porta ledit jour. Qui étoitun pourpoint et saye de satin cramoisy, découpés et faits en triangles, lesquels estoient tenus et lassés de perles jointes ensemble ; et y avoit merveilleusement grande quantité desdites perles. Dessus avoient une robe de velours blanc, brochée de fils d'or, doublée de crespines d'or, faites quasi à filets à prendre poisson. Et en ces habillemens, ledit jour, le roy d'Angleterre vint le premier à la messe, accompagné de ses gens, tous de l'âge de trente à soixante ans, dont il a I>on nombre habillés richement, et mesmement de grosses chaînes; et sont en sa compagnie, entre autres, le comte de Richemont, le duc de Suflbrd et le duc de Nortfort.
Or, y avoit près du grand autel de Nostre- Dame de Boulongne deux oratoires, dont au costé dextre estoit celuy dudit roy d'Angleterre, tendu de drap d'or et d'argent frisé, avec le ciel de mesmes ; et en l'autre cousté celui du roy, tendu de velours parsemé de fleurs de lys d'or. Audit oratoire, du costé droit, se mist le roy d'Angleterre, et ouit une messe basse ; et en fit recommencer une autre en attendant le roy, lequel vint à l'église vers le commencement de l'évangile de la seconde messe dudit roy d'Angleterre; accompagné de tous les princes de France, cardinaux et gentibhommes, ayans robes la pluspart brodées de fin or. Ainsi que le roy estoit au milieu du chœur devant ledit grand autel, ledit roy d'Angleterre sort de son oratoire, et vient embrasser le roy, en lui donnant le bonjour, et à messieurs les en- Ceuis et princes ^ et s'en retourna avec monsieur le cardinal de Lorraine en son oratoire, pour achever d'ouïr sa messe, et le roy au sien pour ouïr la sienne, pendant laquelle les chantres chantoient des motets. A la fin dèsdites deux messes lesdits roys se reviennent prendre, et s'en retournent à ladite abbaye, où Ûsdisnèrent à part; et pendant le disner, les trompettes, baulxbois, cornets et chantres ne cessèrent de Jouer et chanter. Le service est merveilleuse-
XVI* SIECLE, Cliroii. et Mém.
ment beau, car tous maistres d'hostel du roy sur robes de velours ont grosses chaînés d'or, la moindre de mille ou douze cens escus. Mercredy, le roy donna à disner aux princes d'Angleterre, qt le roy d'Angleterre aux princes de France : et cejourd'huy le roy d'Angleterre avoît un pourpoint tout cousu de diamans et de rubis, lequel on estime cent mille escus ; eta donné à disner à messieurs les légat, cardinaux de Toumon et de Gramont, avec messieurs Loys de Nevers, mareschalde Fleurange, Bari)ezieux et Humières, tous assis à sa table. Et après disner est allé jouer à la paume avec les princes de France, ce qu'il fist aussi mardy. Et vous advise qu'il n'est possible de montrer plus grand signe d'amitié que lesdits deux princes se montrent l'un à l'autre. Ils s'en vont demain ^ Calais, et n'y va du train du roy que six cens chevaux ; lequel y doit séjourner jusqu'-à mardy , et iceluy jour reviendra en ceste ville, et d'icy reprendra son chemin à Paris. Ce matin le roy a fait présent au roy d'Angleterre de six pièces de chevaux qui sont fort beaux. Mesdits sieurs les enfans estoient à ce matin à son lever, et les veoit très volontiers : c'est un beau et gracieux prince. Le jour du jeudy, le roy d'Angleterre donna à messieurs les en&ns, qui vindrent lui donner le bonjour, trois cens mille escus, que le roy luy devoit encore de sa rançon ; et fat donné l'ordre de France, cedit jour avant que partir, à messieurs les ducs de Suffort et Nortfort.
Depuis ces présentes escrites, vendredy passé, après disner, lesdits deux roys partirent de ceste ville pour aller à Calais : et avoit ledit roy d'Angleterre une robe à chevaucher de drap d'or frisé, à grandes déchiquetures qui estoient tenues de gros diamans et rubis. Lesdits sieurs roys, accompagnés des gros seigneurs et gentilshommes de France et d'Angleterre, et au devant d'eux messieurs les enfans, sortirent de la ville; et les envoyèrent mesdits sieurs les enfants et mesdits sieurs les légat et cardinaux jusques à une lieue loin de la ville, où ils retournèrent. Lesdits deux roys, celuy jour arrivés audit Calais, fat loger le roy en une maison de marchand, qui est toute quarrée, quatre corps de maisons, la cour au milieu ; et le roy d'Angleterre assez loin de ladite maison. Et estoit au logis dudit roy d'Angleterre madame la marquise de Boulan, accompagnée
de du ou douze damoiselks, à laquelle le roy envoya un présent, par le prévost de Pari^, d'un diamant qui e§t estimé quinze ou s^ize mille escus. Hier, qui fut dimanche, le roy s'habilla merveilleusement triumpbamment, et avoit un pourpoint dç bro4erie enrichi des plus beaux diaomis que Ton yeist oncque^, et estoit estimé ledit pourpoint plus de ccQt mille escus ; le roy d'Angleterre , portoit une robbe de drap d'or damassée, de couleur violette, et dessus un collier qui estoit fait de qu^orze rubis, dont le moindre estoit gros comme un œuf, et de quatorze diamans qui n'estoient si gros; et entre lesdites pierres, environ deux doigts de large, y avoit deux rangs de grosses perles; et au droit d^ l'eiktomac y avoit mie e^ carboucle grosse quasi coipmte un eeuf d'oye» et estimoUron ledit collier à plus die quatre cent mille escus.
Ledit roi d'^ugleterre vi^l veoir souvent le roy, et se ipet en grand peine die faire bonne chère à toute la compagnie, et y a merveilleusemeat bonx^ grâce h ce faire. Hier» aprèi
disner, il donna passe-temps au roy d'un cooibat d'ours avec c^e^ flogues, et d'un taureau, dedans la cour de la maison du roy. Le roy séjournera jusqu'à demain, et s'en revtendni. coucher en çeste ville, et fiera sa feste à Estapes. Demain le roy d'Angleterre donnera soa ordre de la Jarretière à messieurs le grand-* maistre et amiral. Le roy a de&frayé tous ks Anglois, et ensemble le train en ce lieu de BoaloDgne, où ils ont esté par trois jours ; et le roy d'Angleterre pareiUeo^t a desfrayé à Calais tous les François et leur suitte, combien qu'ib fussent beaucoup plus de François à Çalaia qu'ik n ont esté d^ Anglois en ce lieu de Boor lougne. i.e roy d'Angleterre dopna hier au tqj le comte de (lichemond son bastard, qui est im jeune enfant de quinze ou sei^e ans; el cedU jour lui fit présent de fins chevaw^ de ion haras, dont il y a quelques coursiers et autres moyens chevaux.
Lesdits princes prindreat congé Tua de Fa«T tre, et se séparèrent mardy deraier 29 d'ootobni
CINQTJIESME HYRE.
La mort du duc Francisque, dernier de la race des Sforces, donna Juste occasion an roy dedemander le duché de Milan à Tenipereur; cependant, pour s'y apprester le chemin, se saisit de Savoye et Piémont, prenant occasion sur le droiet qu'il y'avoit à cause de sa Bfière. L'empereur retournant du voyage de Tunis, entretient les ambassadeurs du roy en espérance qu'il luy restituerait le duché de Milan, afin d'avoir loisir d'appresler ses forces po«ir ester le Piémont au roy et venir en Provence; mais, premier qpe s^y ac|ieminer, il fait plusieurs harangues et protestations pMbliques contre le roy, en présence du papç et des cardinaux à Romme, auxquelles le roy envoyé sa response par escrit.
(153() Toutes les actions, négociations et praticques de ces deux grands princes , en tout le courç de ces précédentes années ( èsquelles , encores qu'ils ne fussent en guerre, il ne se pouvoit dire toutesfoys qu'ils fussent en paix ), donnoient assez grande apparence de ce que à la fin ^ adviendroit. Et. desjà combien que les propos de la confirmation de ceste paix el multiplication d'estroitles alliances entre eux se continuassent tousjours, toutes choses néantmoins tendoient apparenmient à ouverture de
guerre; et bien jugeoient tous personnages de bon esprit qu'à l'un ne à l'autre ne restoit plus sinon le moyen et couleur de se deffendre et couvrir envers le monde du biasme et charge de la première invasion. Le roy avoit les causes de regret et desplaisir que vous avez peu entendre par les précédens livres de ces Mémoires ; et l'empereur, cognofssant bien ceste juste cause de regret (ainsi que le feu se pouvoit plustost conserver et nourrir en cueur de prince magnanime, pour s'enflanaber en temps et lieu, qn*
s^anàortîr et esteîndre en le convrant), cherehoit, à ce$te cause, tous les moyens possibles de se fortifier à rencontre des fiituries invasion^ et de tant débiliter le roy de ses forces, alliances et bons voisina, qtse si bres volonté Itiy venoit, moyen et puissance de s'en ressentir lay deffaillissent. Mais fortmie, ou pour mieux dire Dieu, courroucé contre nos péchés, et ne nous voulant encores fttire dignes de seure et ferme