LIVRE V
d'AngouIesme, donnâns assez à entendre qu*ils vouloient, en tant que possible seroit, esloigner le duché de Milan de toute apparence de retomber à la couronne de France. Etaudemourant, et sur toutes choses , pria ledit Granvelle ledit seigneur de Velly que toute ceste praticque se demenast secrettement et sans passer par trop de mains, mettant en avant que, pour traitterla chose plus couverte, ilseroit bon que monsei^eur le cardinal de Toumon , monstrant ,d'aller , pour le devoir ^du degré qu'il tenoit, fiaire un temps de résidence auprès de nostre Sainct-Père, se trouvast à Farrivée de l'empereur à Rome; envers lequel indubitablement, s'il y venoit bien résolu du roy, il trouveroit telle correspondance, qu'estant la matière deqà si souvent discutée, il seroit incontinent aisé à veoir quelle issue l'on devroit espérer de toute la négociation. Tous ces propos avoit ledit seigneur de Velly, par le seigneur d'Ëspercieu, faict à scavoir au roy, et depuis avoit trouvé les choses en si bon train, à son advis, qu'il avoit eu opinion, et l'a voit ainsi mandé au roj, qu'il eust esté bon d'envoyer vers Fempereur monseigneur Famiral de France, pour traitter et conclure de toutes choses. Et ceste estoit la cause pour laquelle se faisoit la dépesche cy-dessus mentionnée vers ledit seigneur de Velly ; car nonobstant que les nouvelles qu'il mandoit ne semblassent tendre sinon à bien, le roy toutestbis avoit nouvelles certaines qu'es Pays-Bas de Fempereur on se préparoit à la guerre, et mesmes que le comte de Nansau avoit envoyé £siire une grosse levée en Allemagne: que l'empereur faisoit repasser en Italie dom Ferrand de Gonzague et ses Espagnols, qui estôient demoures en Sicile. Par quoy, ne se voulant tant amuser que mal luy en prist, sur ces propos mis en avant en termes généraux par Fempereur et par les gens qui avoient te maniement de ses afEfiires, il dépescha ledit Espercieu avec response de ce qu'il avoit apporté, mandant par luy au seigneur de Velly, son ambassadeur, qu'il eust, au plus promptement que faire se pourroit, et quoy que 'fust avant la fin du mois de janvier, qui jà estoit entré, à luy faire entendre la finale et claire réiolution de Fempereur. Et fut telle que s'ensuit la charge qui audit Espercieu en fut donnée. Premièrement, quant aux estroittes alliance entre Fempereur et le roy, c'estpit chose
que le roy non seulement désiroit, mais qu^il vouloit estre bastie de si bonne façon , que la grandeur de Fun jamais n'engendrast jdousie ne souspeçon à Fautre. Quant à bailler au duc d'Angoulesme son fils Festat et duché de Milan, en excluant le duc d'Orléans son autre fils, c'estoit chose où il ne vouloit aucunement entendre ; car ce seroit occasion de haine et de picque, et, à Fadvenir, de guerre, entre lesdits frères, qu'il avoit nourris et vouloit entretenir en paix et amitié. Quant à offrir à Fempereur, voulant entreprendre la conqueste d'Arger, de luy envoyer ledit duc d'Orléans son fils, aussi peu le trouvoit-il raisonnable; car en ce faisant il y seroit plu&tost en espèce et lieu d'hostage, qu'il ne feroit démonstration de bonne affection et confidence entre les deux princes ; qu'il ne vouloit pourtant laisser de secourir et assister à l'empereur en la susdite entreprinse, ains luy offroit à Fentrée du printemps ses galères, avecques deux mille hommes payés, et sur icelles un bon chef, personnage d'expérience et d'auctorité ; adjoustant que si Fannée ensuivante ledit seigneur entreprenoit le voyage de Constantlnople, luy de bon cueur y assisteroit en personne, et Fy accompagneroit avecques toutes ses forces. Et quant à la réformation et réunion de FÉglise, il avoit esté, estoit et seroit tousjours prompt et affectionné, autant en Allemagne qu'en Angleterre et partout ailleurs. Bien estoit d'advis, quant au Caict d'Angleterre, afin qu'il eust plus de couleur de presser le roy dudit pays à se condescendre à Fopinion universelle des chrestiens, que Fempereur fist que nostre Sainct-Père sommast de ce faire tous les princes et potentats chrestiens, et à luy assister et donner main forte pour iaire obéir ledit roy à h sentence et détermination de FÉglise. Quant à la paix et repos d'Italie, que luy, au cas qu'au duc d'Orléans son fils Fempereur donnast et délivrast le duché de Milan, renonceroit à jamais à sa querelle du royaume de Naples, et feroit renoncer ledit d'Orléans son fils à celles de Florence et d'Urbin, avec telles et si grandes seuretés que Fempereur mesmes adviseroit; comme défaire une ligue universelle, laquelle, d'un accord et consentement commun, fust obligée à conserver et maintenir ceste renonciation, et courir sus au premier qui au temps advenir y contreviendroit; déclarât toutesfoys qu'il n'entendoiv
point aeeepter riûvestiture de Milan pour ledit due d'Orléans, son Ak, autrement qu*en la mesme forme et manière que Tavoient ^ue ses prédécesseurs; en quoy faisant il donneroit très volontiers à l'empereur jusques à la somme de trois à quatre cens mille escus pour s'en ayder à la première entrepriase qu'il feroit. Et au demoUrant s'employeroit en faveur dudit seigneur empereur, espérant bien d'en venir à bout, envers les princes et Estats de l'Empire, qu'ils advôueroient et recevroient unanimement le roy Ferdinand son frère à vray et légitime roy des Romains, luy ayderoîent a réduire en son obéissance toutes chose de droiet appartenantes à la maison d'Autriche; et généralement s'employeroit à toutes autres choses où justement employer se pourrait, et sans aucune chose y espargner pour la grandeufc* et accroissement dlssdits seigneurs empereur, et roy des Romains son frète; renonçant à toutes autres pratic(}ues et alliances préjudiciables à leurdit accroissement; réservakit seu» lement de ne riens entreprendre par voye de faict, injustement, à l'encontre de bes anciens amys et alliés, et comprenant au nombre d'iceuiL le duc de Oueidres, auquel il avoit sa foy promise. Bien oiffroit-il toutesfoys, au cas que l'empereur vottlust entrer eri cfeste grande confidence, de renoncer au drpict à luy acquis par la donation que Ihy avoit faiete iceluy duc de Oueidres, et le remettre en puissance et liberté d'en dispoéer de recbef à son plaisir, et signammetit au prouffit dudit seigheur empereur et de sa postérité. Et pour ce que ledit seigneur de Granvelle avoit tenu quelques propos des lansquenets qui se levoient en Allemagne au nom du roy, bien vouloit advouer qu'il en &isoit lever six mille, mais non pour envoyer ailleurs qu'à recouvrer du duc de Savoye (au cas qu'il fust délayant de luy {aire raison) les pays et terres à luy appartenantes par succession de feue madande sa mère^ pour le recouvrement desquelles choses il envoyoit ses ambassadeurs en faire demande et offrir amiable composition au duc ; au refus duquel il odtendoit poursuivre son droiet par la voye de^ armes, se tenant seur et certain que l'empereur, ayant transigé et appoincté de toutes autrès choses, ne voudroit, au préjudice de luy, favoriser ledit duc de Savoye contre raison. Telle fut l^ response du roy, avec promesse
qu'Incontinent la déclaration de I empereur sur ce venue, il envoyeroit par mer, afin de faire meilleure diligence; mendlt seigneur l'amiral qu'il demandoit, ou à Naples ou à Romme* selon ce qu'il luy seroit faict à scavoir, pour de toutes choses traitter et conclure, en sorte que chacun d'eux en demounst content.
Geste dépesche iaicte, le roy, persévérant en sa délibération, après avoir en son conseil estroit déduit les droîcts et querelles qu'il avoit contre le duc de Savoye, et, par î'adviA de sondit conseil , ordonné comment il procéderoit en ceste affaire, dépescha monsieur le préâidna Poyet devers mondtt seigneur de Savoye, lequel y prouffita autant qu'on avoit faict aux précédentes légations ; car la duchesse de Savoye entretenoit ledit duc en ceste opinon, Tasscurant du secours de l'empereur.
Espercieu ce pendant arrivé à Ilaples, le seigneur de Yelly se retira verk l'empereur, aoqiMly de l'instruction qui avoit esté bâiDée audit Espercieu, il déclara ce que hy sembla, selon les occurrences et occasions, estre requis de déclarer ; mais il n'en retira de luy auctme plus ouverte déihonstration de vouloir venir i coqclusion et fin des propos mis en avant. Il trouva toutesfoys grande multiplication de bonnes paroles sans venir aux partieuhritës, avecques itératives protestations que lès choses fussent tenues secrettes, et mesmement à nostre Sainct-Père ( lequel avoit le moyen, et ne fauldroit de le mettre a exécution, de donner de grandes traverses ou à l'empereur ou à la praticque, s'il entendoit qu'elle se menast sans luy ) ; et que à céste cause estant le cardinal du Bellay auprès de Sa Saincteté, cfe laquelle il dépendoit entièrement, il estoit requis et nécessaire de luy dissimuler et cacher ceste négociation, de peur qu'il luy advint de la déclarer» et que de la déclaration il advint rupture. Toutesfoys, il fist en advertir ledit Sainct-Père, et mesmement par le seigneur André Dorie, qui vint vers Sa Saincteté à Romme, en partie pour ses propres affaires, et pour obtenir une dispense qu'il impétra pour le Ok de sa femme, de pouvoir espouser la seconde fille d'Antoine de Lève, nonobstant qu'il eust auparavant espousé l'aisnée, qui depuis estoit décédëe ; aussi en partie envoyé par ledit seigneur empereur, tant pour luy rendre compte du to}â^ de Tunis, comme pour luy déclarer. ceste pratic^
[isââ]