‹ Le loyal serviteur [pseud.] Chronique de Bayart.--Guillaume de Marillac. Vie du connétable de Bourbon.--Antoine de Laval. Continuation de Marillac.--Jacques Buonaparte. Sac de Rome in 1527.--R. de La Marck, sgr de Fleurange. Mémoires du jeune adventureux.--Louise de Savoye. Journal.--Martin et Guillaume du Bellay. MémoiresChapitre 311 sur 428 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

tu

qae, laquette il lay déclara bien au long, et ky donnant asseur%nce gue Sa Majesté, encores qu'elle prestast Toreille aux gen^ du roy qui luy en portoient parole, estoit toutesfoysi résolue de n en traitter ne conclure aucune chose, sinon après en avoir communiqué avecques icelle, et par son consentement, advis et bon conseil.

Or ne tarda guères que le roy fat adverty, et de la grande instance que Tempereur faisoit de tenir ceste praticque secrette à nostre Sainct- Père, et de la déclarati<»i que ce néantmoins il luy en avoit iaict &ire. Laquelle chose, avecques la longue dissimulation et les remises dont Û usolt sans venir au pomct, luy donnèrent grande occasion que l'empereur en ceste affoire taschast mettre lôlit Sainct-Père en souspeçon et deffianee de luy. El pour ce fit, dès le cinquiesme jow de février, une dépescheau seigneur de Velly, en Tadvertissant de rechef qu'il eust à presser Tempereur et ceux de son conseil de se laisser plus clairement et ouvertement entendre, et qu'autrement ils luy donne- Toient cause penser, par les frivoles excuses qu'ils mettoient m avant pour ne bailler le duché de Milan au duc d'Orféans, que l'empereur ne tendisi sinon à l'amuser et mener de paroles, ce pendant que luy 3'armeroit et fortifieroit. Car quant à dire que le duc d'Orléans estoit trop prochain de k succession à la eouronae, on pouvoit bien ooniûdéreF que son frère le dauphin estoit en âge et de complexion d'avoir enfans plustost que de n'en avoir point. Secondement, qu'il n'estoit raisonnaMe qu'en /orcluant le plus Âgé, luy, qui estoit père de tous deux, baillast ou pourchassast de bailler un tel Estât au plus jeune; qui seroit mettre une division, picque et occasion de pis entre lesdits frères, et seroit retomber à mettre l'ItaUe en guerre, non pas, eoQune Pempereur le désiroit, en paix, repos et tranquillité; car il felloit penser de deux choses Pune, ou que son fils le duc d'Orléans, irrité de ceste sienne exclusion, enlreprendroit b guerre contre son propre frère pour recouvrer ee qu'il penseroit hiy appartenir; ou, pour le mieux, qu'eux deux ensemble s'acoorderoient , et, laissant le duc d'Orléans le duché de Milan paisible au duc d'Angoulesme son plus jeune frère, le duc d'Angoulesme luy bailleroit le passage, gens, vivres, et tout ce qui seroit en sa puissance, jusques à l'assistance de sa propre

personne, potHr luy ayder à recouvrer lesdits duchés de Florence et d'Urbin, pour doubte desquels l'empereur diftèreroit de bailler Milan audit d'Orléans. Par quoy sembloit au roy que le plus prompt expédient pour assoupir les querelles de Florence et Urbin, et tenir Fltalie en repos, estoit de contenter le duc d'Orléans par le dtiché de Milan, et, au moyen de ce, faire renoncer et (uy et sa femme aux autres querelles, et fafre une ligue (comme il est dit cydevant) conservatrice de ceste renonciation; adjoustant davantage qu'il vouloit absolument que l'empereur dédarast, quand il bailleroit investiture dudit duché, à quel tihre, en quelle forme et soubs quelles conditions il le voudroit faire ; car quant à luy, son intention estoit quelle fust ample, et s'estendist a tous les descendans du premier duc Louis d'Orléans : se contentant toutesfoys, quant à sa personne, pour satisfaire à la volonté de l'empereur, qui ne vouloit mettre ledit duché de Milan entre les mains d'un roy de France, de n'en estre investy sinon comme usufhictuaire, et comme ayant te bail et jouissant des fruicts au nom de ses enfans,. ducs titulaires.

Telle fut en substance le dépesehe que feit le roy au seigneur de Velly, sur b response qu'il hiy avoit faicte à ce que Espercieu avoit par instructions respondu audit de Veliy sur les premiers propos mis en avant depuis la mort du duc Sforce. Et au seigneur de Liquerques, ambassadeur de l'empereur, lequel en avoit autant déclaré de bouche au roy comme luy avoit le seigneur de Velly mandé par lettre, ledit seigneur feit pareille response, adjoustant que là où il voudroit retenir en son cueur aucune mauvaise volonté contre l'empereur, il n'accepteroit ledit duché à quelques conditions que ce fast, et puis, en feroit comme il entendroit;mais qu'il le vouloit avoir à tel party qu'il demourast content et amy de l'empereur, et qu'entre eux deux ny eust jamais jalousie de la grandeur ou de l'un ou de l'autre, laquelle y estant, jamais ne seroit possible qu'il y eust amitié durable. Quant à luy, qu'il ne vouloit estendre sa grandeur plus avant que Milan ; celle de Pempereur, il la désiroit autant avant qu'il plairoit audit empereur, et à Faccroistre luy assîsteroit par tout de son ayde et faveur, en gardant toutesfoys chacun ses amystant d'une part que (Pautre; car il ne vouloit des siens en abandonna

aucun. Et quant au ftiict de Gennes, dont Temperear avoit faict mention, que luy estoit content de superséder sa querelle en faveur de luy, jusques à ce qu'elle se puisse vider par quelque bon et honneste moyen. Sur ce, concluant (et priant le seigneur de Liquerques d'ainsi le remonstrer à Tempereur) que plus grande seureté ne pouvoit ledit seigneur avoir de luy qu'avoir ceste cognoissance ; qu'il aymoit mieulx entrer en rupture que de fairç un traitté à regret, que par après il ne voulust ou sceust tenir.

Pendant ces allées et venues, l'empereur eut nouvelles de Venise comment te seigneur de Beau vois y estoit allé pour faire mettre en avant quelques partis nouveaux avecques la Seigneurie^ et de son ambassadeur estant rière le roy, que révesque de Wincestre y estoit aussi arrivé de la part du roy d'Angleterre, aussi pour la conclusion de quelque nouveau traitté ; pareillement d'Allemagne, touchant la négociation qu'y avoit foicte le seigneur de Langey de par le roy. Et comme est la coustume de qui se deffie penser du mal davantage, et du bien

moins qu'il n'y a, en feit faire de grandes plain- . la deffaicte qui avoit este faicte par les gens du

tes au seigneur de Yelly par les seigneurs du Prat, de Cannes et de Granvelle, et principalement du faict d'Allemagne. Dont il feit aussi faire ses plaintes à nostre Sainct-Père, lequel toutesfoys avoit desjà esté adverty de toute ladite négociation par le cardinal du Bellay et par l'évesque de Mascon, ambassadeurs du roy auprès deSa Saincteté; laquelle, à ceste cause, s'en esmeut moins qu'elle n'eust faict. Auxdites plaintes respondit ledit seigneur de Yelly que ce n'estoit chose inconvéniente ne desraisonnable que le roy son maistre, et traittant avecques ledit seigneur, entretinst ses autres'amys et confédérés ; et quant au feiict d'Allemagne, que ledit seigneur de Langey avoit parlé publicquement, et non d'autre chose que de la réduction de l'Église en bonne occurrence et union de doctrine. Ce nonobstant, il i'advertiroit très volontiers de l'ombre que ledit seigneur en prenoit, et se tenoit bien asseuré qu'il en auroit response à son contentement et satisfaction. Si est-ce que l'empereur print là-dessus ou occasion ou couleur de refroidir pour un temps les propos qui se demenoient avecques luy de ceste investiture et délivrance de Milan ; et dépescha le^sieur du Prat ea>llemagne, soubs

ombre de l'envoyer entendre la vérité des praticques et menées qu'y faisoit le roy, tnais en efiect pour y en faire d'autres contre luy, et pour y faire nouvelle levée de lansquenets, ainsi que depuis il a esté sceu et cogneu. Aussi envoya le seigneur André Dorie à Gennes équipper son armée de mer, pour faire ( ainsi qu'il îeit) courir le bruict de son entreprise d' Arger, mais, à la vérité, pour un &ubL alarme qui luy fui donné, ou pour souspeçon que defQance luy avoit engendré que le roy praticquast à faire révolter ledit estât de Gennes ; ne voulut tout»foys qu'il en fust aucune chose communiqaé à l'ambassadeur de France, et fut le partem^ dudit Dorie sans bruit ; chose qui donna, depuis estre venue à la cognoissance du monde, grÛKk matière et occasion d'en estimer et craindre ouverture prochaine de guerre, plustost qu'en espérer confirmation de paix et d'amitié.

Le roy cependant fut ad vert y, par lettres de monsieur le président Poyet, de la response du duc de Savoye, laquelle n'estoit selon son intootion. Bien vint devers le roy le comte de Chalan de par le duc de Savoye, pour penser réparer

duc, de la compagnie du seigneur Rence, comme j'ai dit cy-dessus ; la response doncques de monseigneur de Savoye n'estoit que dissimulations. Le roy s'estant mis envers luy en toutes les raisons qu'il estoit possible, et voyant qu'il faUoit que les armes en fissent le jugement, dépescha le comte de Sainct-Pol pour entrer en Savoye; ce qu'il feit en telle diligence, qu'avant que monseigneur de Savoye eust loisir de pourveoir à son faict, il conquist toute la Savoye sans trouver résistance, hormis à Montmélian, où il y avoit un capitaine napolitain, nommé Francisque de Chiaramont; lequel enfin se voyant sans vivres et espérance aucune de secours, rendit la place, ses bagues sauves. Et depuis, méprisé par ledit duc de Savoye, vint au service du roy, où il luy a faict plusieurs bons services en plusieurs lieux.

Le roy ne laissoit ce temps pendant à poursuivre son entreprinse enversrempereur,et n'estoit chose qu'il eust peu faire à son homieur, encores que c'eust esté à son dommage, à laquelle il se fust très volontiers condescendu, pour, avecques paix et amitié de l'empereur, avoir la duché de Milan pour le duc d'Orléans son (ils. Et à, ceste causCi pour satisfaire audit

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Beignenr empereur, il trouva moyen de contenter le roy d'Angleterre, et de son consentement difiërer pour quelque temps la conclusion du traitté avecques Pévesque de Wincestre. Aussi révoqua le seigneur de Beauvois, qu'il avoit envoyé à Venise, et de la négociation du seigneur de Langey en Allemagne escrivit en sorte que Tempereur s'en contenta, ou, pour le moins, monstra de s'en contenter ; et tellement que, le dix-neufviesme jour de février, cstantle seigneur de Yelly prest à dépescher un courrier vers le roy, les seigneurs de Cannes et de Granvdle luy firent instance de différer pour ce jourlà, et que luy de sa part, aussi eux de la lenr, pensassent plus avant sur ceste difficulté du duc d'Orléans au duc d' Angoulesme.

Au lendemain matin ils l'envoyèrent quérir, et après longue disputation, voyans qu'ils ne pou voient tirer de luy autre chose, luy accordèrent le duché de Milan pour monseigneur le duc d'Orléans, moyennant toutesfoys que le roy trouvast party pour la vefve duchesse, niepce de l'empereur ; et, sans se déclarer ouvertement, donnèrent occasion de penser qu'ils entendissent qu'elle fust donnée au roy d'Espagne. Ce qui feit audit seigneur de Yelly plus adjouster de foy à leur dire, et qu'ils parloient comme la chose conclue et arrestée, ce fut ce qu'ils luy remonstrèrent et prièrent de remonstrer au roy, qu'ils ne pensassent bien avoir mérité que le roy leur laissast ce que le duc Sforce leur avoit donné audit duché ; par quoy il s'enhardit, et jugea d'entrer plus avant aux particularités, et mesmement des seuretés qu'ils demanderoient. A quoy ils respondirent qu'ils ne les demandoient sinon honnestes et raisonnables, et telles qu'eux-mesmes les bailleroient de leur ,coslé. Aussi parla des conditions de l'investiture; sur quoy ils interrompirent sa parole, dJsans qu'il suffisoit pour ceste fois d'avoir consenty et accordé le principal, et que monsieur l'amiral, à sa venue, achèveroit le demourant; auquel on feroit tort, estant tel personnage qu'il estoit, et attendu le lieu qu'il tenoit auprès de son maistre, si on le fstisoit venir pour seulement ratifier ce qui avoit esté faict par autruy; mais que bien pou voit-on asseurer le roy qu'à la venue dudit seigneur amiral tout le surplus se concluroit, et sans aucune difficulté; priant toutesfoys sur toutes choses que . eeste conclusion fust secrette entre eux, et qu'ils XVI* nicLBy Cbron. et Mém«

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