LIVRE V
Csdérés, il n'esiôit besoing d'en parler, tant que Ton fust d'accord du principal , combien que sur cest article Tempereur n'estoit pour demander choses que raisonnables. Et quant à Gueldres, particulièrement on le laisseroit jouir sa vie durant, accomplissant par luy les choses qu'il avoit traittées, et à l'observation desquelles le roy par le traittéde Madril estoit obligé : des autres alliances d'Allemagne , que l'empereur les permettoit au roy, pourveu qu'il n'en abusast point. Quelques jours après fut déclaré au seigneur de y elly que l'empereur vouloit, au cas qu'il traittast aucune chose , que tous les confédérés du roy signassent les traittés, et que luy en feroit autant faire aux siens , d'autant aussi que, pour l'investiture de Milan, il vouloit exclure quiconques viendroit à estre roy de France. A ceste cause il vouloit que les Estais et de France et de Milan le jurassent, et que cela fust publié par édict incommutable , lequel le roy de France et les ducs de Milan jurassent, à leur advénement, d'observer et entretenir comme les choses d'ancienne observance. Puis demandoit l'empereur estre asseuré que le duc de Lorraine jamais ne feroit querelle touchant le duché de Gueldres. Aussi vouloit que le roy rompist le mariage de la fille de Yendosme au roy d'Escosse ;car il vouloit luy bailler sa niepce la duchesse de Milan, et que la fille de Yendosme fust baillée au prince d'Orenge , et que le roy print en soy la charge de iÀen coUoquer la fille du duc de Lorraine , de laquelle avdit esté mention pour ledit prince d'Orenge.
En ceste manière se comporta l'empereur depuis Naples jusques à Marine, place appartenante au seigneur Yespasien Colonne, en terre de Rome , tenant les praticques en assez bon train et avec espérance de paix, un jour plus et un jour moins, et mettant aujourd'huy une condition en avant, au lendemain une autjre, ainsi qu'un homme qui ne se vouloit laisser entendre , et donnoit occasion de penser qu'en effect son intention fust bonne, mais qu'il craignist que le roy entretinst ceste praticque , seulement pour sentir et cognoistre de luy par ce moyen à quoy l'on le pourroit finablement tirer; en se tenant tousjours luy en son entier de dire après ou si ou non , selon que l'occurrence et événement des dioses et du temps luy donnerpient jugement et cognoissance de ce qui luy seroil meilleur
de faire : comment que ce fust, il vouloit bien qu'on le pensast ainsi, et à ceste fin mettoit et faisoit mettre toutes ces conditions en avant, pour donner à penser qu'il ne le feroit, si son intention n'estoit de conclure. Et nonobstant qu'au lieu de Fundi le seigneur de Yelly trouvast quelque plus grande difficulté qu'auparavant , au lieu de Marine toutesfoys il sembla que toutes choses fussent bien rabillées, et qu'il n'y eust plus de difficulté, sinon sur ce que le roy vouloit estre investy luy-mesme de l'usufruict; de manière qu'il fut dit audit seigneur de Yelly qu'il pouvoit bien escrire au roy d'envoyer mondit seigneur l'amiral pour conclure et passer le traitté, comme de chose totalement accordée : bien fut adjoustée ceste condition, que le roy préalablement fist retirer son armée qui estoit en Piémont. Et sur ceste asseurance le seigneur de Yelly envoya le seigneur d'Espercieu son cousin vers le roy, pour l'advertir au long et par le menu de toutes les plaintes qu'on luy avoit faictes, de toutes les difficultés et conditions qu'on luy avoit mises en avant, et de la finale et (à son jugement) bonne résolution qu'il avoit eue.
Si l'empereur, de son costé, monstroit de craindre que le roy tendist par ceste praticque seulement scavoir à quoy il se voudroit laisser mener, autant et plus craignoit le roy ( ce que par tant d'apparences il de voit craindre) que l'empereur (ainsi que leseffects depuis ont faict cognoistre la vérité) ne Tamusast sinon pour l'entretenir en despense, cependant que luy à son plaisir se prépareroit à la guerre. Et grande occasion luy en donnoient non-seulement les choses dessosdéduittes, comme la grande instance que ledit empereur iaisoit de tenir secrettes les choses à ceux mesmes auxquels luy après les descouvroit, et taschoit à en faire son prouffit, mais autres certains advertissemens qu'il avoit de lettres escrites par l'empereur au duc de Savoye, par lesquelles il luy mandoit ne se soucier de chose qui luy fust advenue, car avant peu de jours il luy feroit tout rendre : chose que par avanture l'on eust peu interpréter comme si l'empereur eust esté seur de le pouvoir faire amiablement en rendant le duché de Milan. Mais qui rompoit et faisoit impertinente ceste interprétation estoit que l'empereur hastoit cependant sa creue de lansquenets en toute diligence» loy qui n^estoit et n'est coustu-
MÉMOIRES t>£ Dtl BELLilY,
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mier (Tentrer en despenee es choses que sans cela II pense pouvoir faire; aussi qu*i( avoit or-, donné au seigneur don Ferrand de Gonzague aller mettre ensemble ses chevaux légers, qui pareiMement ne se pouvoit fttire sans autre ctespenee; plus, qu'il prenoit des villes impériales en AHemagne, artillerie et munitions, quil Msoit conduire à la volte d^talie, et qui faisoit conjecturer quNI le flst afin de traitter les armesi en la main, aussi bien que le roy, et phistost comme supérieur que comme inférieur de forces, ettoit que l'empereur avoit décbré aux légats de nostre Sainct-Père , et par le moyen d*un cardinal (lequel, pour cause, je ne vueil à présent nommer) estoit venu à la cognoissance du roy que ledit seigneur empereur jamais ne bailleroit Milan au roy, ne permettroit que il eust un seul pied de terre en Italie ; et mesmement fkrsoil secrettement praticquer nostre Sainct-Père la seigneurie de Venise et les autres potentats d'Italie, à ce qu^ik s'opposassent à l'investiture dudit duché en faveur de personne estrangère quelconques. Et pour mieux coulourer son aifarre et se couvrir qu'il ne le fist pour le roy, au cas qu^aucuns d'iceux potentats révélassent qu'il praticquolt ccste opposition envers eux, il avoit feict soubs mafn tenir propos que le roy de Portugal hiy ftst demander ledit estât pour son frère, en fournissant quelque bonne somme de deniers. Et tout ce que dessus un de^ légats, estroittement adji^ré par nostre Sainct-Père de luy dire à la vérité tout ce qu'il a¥oit trouvé aux propos dudit seigneur empereur, avoit déclaré àSa Saincteté, luy assçurant certainement que Pempereur n'avoit amy ne frère qu*îl aymast tant, qu'il hy vouhist baiUer ledit duché; ains que son intention ferme et résohie estoit de le retenir pour soy, quoy qu'il advint.
lie roy, qui jusques alors avoit esté content que son armée procçdast lentement, se délibéra de la faire phis vivement pousser outre, et à ceste fin envoya messire Louis de Rabodanges, l'Un de ses eschansons ordinaires, faire entendre sa, délibération à monseigneur Pamiral, et hiy dire expressément que s*il Irouvoit ses ennemys en lieu advantageux, voire seulement en lieu esgal et sans advantagcil se hazardast de les combattre ; et mesmement qu'il marchast droict à Vercel, afin d'attirer tes ennemys à venhr secourir la ville, et par ce moyen à ht I
battaiBe. A Savîlhn tioèva ledU seigo/eur ds Rabodanges nostre eamp presl à marcher, et monsieur Tamiral en délibération d'aller essayer de forcer ladite viite de Yercel, en laquelie 7 avoft, pour le duc de Savoye, te nonbie é^ trois oâiëe bonunes die guenre, àaol les saîU» esteleat lansquenets ; et à quatre milles aiwlesrT sus estoit le seigneur Antoine àè Làve^ avee* quetenvrnHi six eens chevaux et douze mitfe bornooes de pied, et là se poptoil kdil de Lèinc noA pour lieutenant de f empereur, ngtis pou» capitaine général de la ligue d^ltaHe ; îàwoiê toùtesfoys contenance, et se vaatoit de e^urv sus à nostre ci^np, s^it s^efforçoit die passer omre. Or, dès tetMt temps que mondit seigoeqr l'amiral partit d'avecques le roy pour son €B^ tieprinse, avoit esté dépesehé Gaucher de Tinteville vers les seigneurs Gaguin de Gonague, comte Guy de Rangon, Hannibalde Gonzaguot comte de la Nugobres, tous pensionnaires duroy ; lesquels avoient faiet une levée de aàx mille hommes de pied aveoques cin^ cens chevaux légers, la pluspart tous gens d^^slHe eè noenrys es guerres passées d'kaKe, et ne pouvoient , sans estre rencontrés par le seigneut- Antoine de Lève, se venir joinchre av>ecques ledit seigneur amiral; et à ceste cause aveit-i( desjà, quelques jours auparavant, envoyé demander passage pour eux audit seigneur de Lève, et scavoir de kiy s'il avoit à s'en asseorer comme d'amy , ou s'en garder eomme tfennemy. A quoy avoit tedltde Lève respondo^ qu'il' leur baillen>il asseurance, moyennuit qu'ils vinssent pour la ligue dltalie, dont it se disoit capitaine de par Pempereur.
Partant doncques de Savillan, aveit Men vouki ledit seigneur amiral, à eawe deTexprè» commandement qu'il avoit du roy de ne rienS' attenter en chose qui fost tenue ou possédée ae nom de l'onpereur, envoyer de reeheP audit de Lève; et par un trompette tay- envoya lettre» pour entendre son mtention ; auxqueties lettre» respondit assez bravement, toutesfoysaveeque» dissimulation, de softequ'ba n^eust^ sceu j faire fbndement. Et sur ee marcha ledit sieur amiral en avant, tirant droict à Vercel. Ce jour là f eut quelque mutinerie entre les gens de pied françois et lansquenets, en laquelle moururent des gens beaucoup, et d'une part} et d'ïiutre ; et plusgvandineoiyvéHient fast- advenu saaeee que le comte euiltaumedeFuptcMberyyarrivt
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