‹ Le loyal serviteur [pseud.] Chronique de Bayart.--Guillaume de Marillac. Vie du connétable de Bourbon.--Antoine de Laval. Continuation de Marillac.--Jacques Buonaparte. Sac de Rome in 1527.--R. de La Marck, sgr de Fleurange. Mémoires du jeune adventureux.--Louise de Savoye. Journal.--Martin et Guillaume du Bellay. MémoiresChapitre 324 sur 428 · LIVRE VL · texte numérisé non relu

LIVRE VL

plus inesperémeût Tayt espfouvé amie et favorable, si trouvera-il qu'en toutes ses victoires les afiEftires du vainqueur ont esté la pluspart du temps en aussi grand danger et branle que ceux du vaincu. Messire Robert de la Marche ( duquel sourdit le commencement de toutes ces guerres) avoit à rencontre de Tempereur usé de quelque manière d'invasion : ledit seigneur print sur lui la plus grande partie de toutes ces places ; et comme si le roy eust donné cause à ceste invasion, le vint assaillir en sùù royaume, print Moson, assiégea Mésières, fut depuis repoulsé par le roy, perdit quelques siennes places de nom, et feit une retraitte de nuict, assez approchante de fiiitte, se retirant en Espagne, où il trouva que Fontarabie, Tune des clefs et principaux bouleverts de son royaume d'Espagne, avoit esté prinse par les gens du roy. Fortune d'autre costé le récompensa : les siens prindrent Toumay ; il feit révolter le duché de Milan contre le roy, lequel y envoya une nouvelle armée, qui prospéra du commencement, à la fin futdef- &icte à la Bicoque. Le roy dressa une autre armée, qui tellement exploicta, qu'à peine avoit Fempereur une place tenant pour luy en Lombardie. De rechef la mutation de fortune fut soubdaine : l'armée du roy fut rompue ; celle de l'empereur osa passer en Provence, trouva la ville d'Aîx, capitale du pays, et assez d'autres abandonnées ; assiégea et grandement travailla Marseille ; puis, à la nouvelle de l'arrivée du roy marchant contre eux, se retira en désarroy. Le roy, de ceste empreincte, repassa deçà les monts par autre et plus court chemin, réduisit presque toute la Lombardie à son obéissance. L'armée de l'empereur un peu après se renforça ; celle du roy se consomma et fut vaincue ; luy, prisonnier, conduit en Espagne, en sortit par composition assez rigoureuse. Sur le refus que peu après feit l'empereur, à la ligue de toute l'Italie, France et Angleterre, de modérer les conditions desraisonnables, il fut bien près de perdre non-seulement la Lombardie, mais tout le royaume de Naples : fortune le releva ; recouvra ce qu'il avoit perdu, eut le pape Clément son prisonnier. Pour la dé ivrance de Sa Saincteté, le roy dressa une armée, qui pour im temps fut victorieuse tant en Lombardie et en la rivière de Gennes, qu'au royaume de Naples, jQsquesàceqae, sur le poinct de la très grande nmie dodit seigneur empereur, et après qu'il

eut perdu plusieurs armées de mer entièrement deffaictes par celle du roy, ses principal x chefs, prisonniers, eurent moyen de corrompre ceux de l'armée du roy, et de tourner sa victoire en desconfiture. Soudainement il répara ses forces, et d'arrivée totite Italie trembla devant elles; à la fin en advint aussi malheureuse issue.

<* Voilà jusques alors. Très Sainct Père, la véritable histoire abrégée, et que Yostre Saincteté ne peult ignorer, de toutes les guerres d'entre ces deux princes, en laquelle je ne vois point que l'empereur ait eu si ferme et si constante félicité, ny que les forces de France en soient si affoiblies, que sur ceste espérance il doive , estant bien conseillé, mettre de rechef à la discrétion de fortune ses victoires du temps passé, au hazard de perdre aussi tost en un jour ce qu'en tant d'années il peult dire avoir acquis de réputation et gloire, comme de les augmenter et accroistre jusques à la consommation et comble d'honneur. Yray est que, sur sa félicité tenant le dessus à l'endroict du roy, pacification est entrevenue entre eux, laquelle à ceste cause fut à telle condition que ledit seigneur empereur a peu se glorifier d'avoir plustost donné qu'accepté la paix. Cestuy m'a tousjours semblé le principal avantage qu'il y ait eu, s'il ne l'eust donnée avec certains trop rigoureux articles, et tel qu'il a eu juste occasion et remors de crainte que messieurs les enfans du roy se ressentissent un jour de leur ancien patrimoine, qui par ce traitté de paix leur a esté toUu. Les practiques et moyens d'oster toute racine de regret, et de tenir ces princes en bonne intelligence et amitié, par lesquels moyens nous sommes entrés sur ceste matière, estoient desjà si avant que plusieurs gens les tenoient pour conclues, espérant que ledit seigneur empereur, qui souloit dire que la deffiance et seule crainte qu'il avoit du roy le divertissoient de plusieurs haultes entreprises apparemment d'heureuse et facile issue, seroit par ceste réconciliation (ainsi qu'en effect il eust faict) non seulement délivré de ceste crainte, mais asseuré qu'estant desjà une partie de la chrestienté à sa dévotion, et le surplus à celle du roy, il auroit le tout à la sienne, au moyen de l'ayde et association des forces et alliances dudit seigneur roy ; et pourroit faire avecques ceste accession de forces un tel et si grand accroissement à la république chres^

MÉMOIRES DE Ût) BELLAY,

tiouie^ qne nul aaira /depaU CbarlaMe-Gmnd, n*en aoroit foict de pareille. Quel malheur et quelle mutation, Très Sainct Père, peult ettr^ cecy , ny quel avantage au bien et augmentation de la fortune et gloire de Tempereur y peuvent espérer ou eomprendre ceux qui le détournent de ceste sienne, à luy utile, honorable et aeure intention t J*ay bien voulu dire, Très Sainct Père, qu'on l'en destoume; oar Dieu ne vuetlle quVn eueur de prtnoe de telle et si lupresme excellence se trouvast si vile et infâme simulation, que d'avoir soientement voulu au eon* traire de son intention user des propos qu*il a tenus.

« Si le proulSt de fempereur le esène, quel proufQt a4l d*un duché qui tant luy a eousté à conquérir, et à garder luy coustera davantage, et tiendra ces A&à% si puissantes et invinciMea maisons, qui doivent estre le port et refuge de naufrage de toute la chfe0ti€âité, perpétuelle-ment en division et despence, osiant à Tune et à Tautre oecarfon et moyen d^aatendre à plus grandes et honorables choses ? Or, mettons en une balance toute la oonqueste qu'a &icte l'empereur, en l'autre le contrepoids que fortune ce pendant hiy a envoyé; premièrement, que durant ces affaires il n'a peu satishire au devoir de fraternité envers le roy Ghnsiieme de Dannemarch son beau-frère, lequel a perdu, à ftmlte de ce, son royaume et sa Hberté; se^ condement, qu'aussi peu a-il eu moyen de secourir le roy Louis de Hongrie son autre beauifirère, qui contre le Turc, ennemy commun de nostre foy, a perdu son royaume et sa vte, Hvecques telle playe que chacttn scait en re* donder à la chrestienté. Je ne dis pas que TE»tat de Milan ne soft bel et gros*, mais II ne sçauroit approcher d'estimation aux dessusditi dommages, à l'effusion de tant de sang ehrestien qui pour ceste querelle a esté respandu ; k la perte de tant de bons et vertueux capitaines, de tant de puissantes années perdues et par mer et par terre, lesquelles si nous eussions employées en plus saincte et f ecommandaMe guerre, nostre sauveur Jésus-Christ fast à présent cogneu par toutes les plus estranges et barbares contrées du monde. Quant au roy, Très Sainct Père, qui en a esté spoKé, divine et humaine raison l'excusent de tîc quMl en a ftiit Jusques Icy ; et si plus avant II en ftiisoit, encorcs que son traitté Paccusast, par lequel H

luy est prohibé, si luy s^rviroient lea mesmes raisons de quelque excuse, pour le devoir auquel il est tenu envers ses enfims, envers ton royaume, envers son peuple^ de partager sesdits enfims en sorte que leur patrimoine ne diminue, et que Imr eontei^ement et satisCae* tion tienne sesdits royaume et peuple en paix, repos et union. Si aussi Fhenneur et gioirt dndit seigneur empereur le mène, quelle gloire peu1t-ll avoir plus grande, qu'après avoir ob* tenu giorieiiie victoire, en user eneores pkM glorieuaemem et magnifiquement, aequérant^ avecques le tiltre de la libéralité, le moyen do parvenir i ptue justes et honarabiee oonqne^os dont ne lay peuh matière faillir, et aussi pea Texée^tion, à l'ayde mesmes du roy et de ses oonCidérés ? Et s'ils s'arrestent sur la seureté, laquelle, à ce que j'entends, ik ne peuvent trou* versuflbante pour bien i^fflrmer l'iAteUigence, foy et amitié entre deux princes si fresebemoat réconeiliés après si grande inimitié, je dis sto contraire. Très Sainct Père, que tout ainsi que si jamais n'eussent eu divisioa, et que l'un ny Pautre jamais n'eust eu adversité, l'amitié ae fost peu concilier plus faeiloment entre eu, ainsi phis fttcilement se fost^He peu dissoudre ; car, contractant ensemble de per à per, et eane que l'on eust quelque avantage sur l'autre, To* bligation de ceste amitié eeroit esgale, là 06 mahiteiiant le roy demoureroit tenu de la H** bérale gratuité dmt luy aurolt i'empersur osé, aveeques l'obligation à la roeognoissanee dm MenAiict, sinon qu'il wolost estre du tout estimé ingrat, et liKiigne de toute amitié, support et fcvew de Dieu et des hommee . Je dis davantage qu'estant te roy de cueur tel qu'il est, et que longue et privée hantise m'a fiilot 00gnoistre en luy emlèrement, ee Menftdet quril auroH reeeu eeroit oeluy qui produIroH le réciproque bienfttlet, avecques la recognoissanee que je disois, et par ainsi sereit ceste mutueHe amitié confirmée par les de«x plus estroks et seurs liens qui oncques depuis le monde erté soient usités en tcMes afiMres t e'eet à sea voir du commun et réciproque proqfflt en réiraltanl à Pune et k l'autre partie, et de la foy, qui est de tête nature, que md homme ecaurolt miettx obliger à soy la foy d'autruy qu^en aysRt foy et fiance en luy.

• Jusques fcy, Très Sainet Mee, j'ay f^M en parUe eemme envoyé vert VMtreAaiiMieil

de par ledit ieignieiir poy, (m 9^rt;i6 çomm prmce ebrestie^t atfeciioané aîDgulièreiaept W blea et repos oou^nuD de la ohrestienté, iuivant les anciens vestiges de mes progéni* teurs; encores de sa part vous asseureray-je que son intention est et sera (Dieu vueiUe qu'aussi heureuse que bonne!) de céder une partie de weê dr^icts, piustost que^ s'arrestant opiniastreinent à obtenir tout ce qui luy appar* tient, estre contraint de venir aux armes avecques Fempereur. Au cas toutesfoys que force luy soit d'y venir, il le fera (je parle à ceste heure, Très Sainct Père, comme Tun des frères et membres du corps du sainct-siége apostolique) de sorte que je crains beaucoup que nous don*nions au commun héréditaire ennemy de nostre foy lui trop joyeux spectacle de ceste guerre, et que des corps des chrestiens qui en icelle mourront (qui devroient estre un obstacle et avant-mur au devant de luy) nous luy dressions un pont et passage pour nous venir assail- Ur en nos foyers. Dieu tout puissant y vueilie remédier^ et vous, Très Sainct Père, qui sçavez assez comment il en va, et quelle est U puissance et par terre et par mer de nostredit commun ennemy, vous j employer de sorte que vous en laissiez en ce monde la gloire immortelle de vostre nom« et en l'autre vous entriez en triomphe, menant captifs et vaincus» par vostre intégrité,prudenceetsollicitude,lahainet rancune, division, guerre, cruauté, avecques toutes les autres pestilentes malheuretés qui aujourd'huy travaillent ceste république chrestienne, dont Dieu, par son étemelle providence, vous a donné la charge. A vous touche, Très Sainct Pàre, et d'autant plus vous touche d'y travailler ( Vostre Saincteté veult bien que je perle librement), que j'ay desjà ouï quelque murmure (telle est aiyourd'buy la malignité du inonde) ^{ue l'empereur, apportant icy bonne disposition et volonté à la paix, à son parte- Dient ne l'a telle remportée, n

Ces remonstrances ouïes, nostre Sainct-Père monstra, tant en paroles qu'à son visage, avoir un merveilleux regret que les choses ne se fussent autrement conduittes ; et iponstrant en soymeamesla fin et conclusion d'icelles remonstrances, advoua franchement audit seigneur cardinal avoir desjà esté adverty des propos qui s'en tendent en la ville de Romme. Là desf9f yfit un assef lonç narré du bon pf&oe qu'il .

livrï: VI.

avoit ffûct en ceste matièrei de l'obstination ei^ laquelle il avoit trouvé l'empereuri et de I'^a^ seurance en laquelle il estoit party de trouver au roy peu de résistance, et du bon ordre qu'il disoit avoir mis en ce que ledit seigneur roy ne tirast des lansquenets outre ce qu'il en avoit, et des Suisses encores moins; et tellement s'en estoit ledit Sainct-Père laissé persuader, que peu s'en falloit qu'il ne voulust conseiller au roy de prendre à perte ou à gain appoinctement à l'appétit et volonté de l'empereur. A la fin toutes^, foys il se résolut d'envoyer deux légats vera ces deux princes, l'un, qui fut le cardinal d^ Trévoulx vers le roy, avec charge toutesfoys que tous deux iroient de compagnie, jusques à ce qu'ils arrivassent la part où se trouveroit l'empereur, afin que, parlans eux deux ensemble à Sa Majesté, l'autre passast outre vers le[ roy, d'autant plus résolu de ce qu'il auroit à luy proposer, et de ce que l'empereur luy pour^ roit promettre. A tant ledit seigneur cardinal de Lorraine, prenant congé de nostre Sainct- Père, alla passer à Venise.

Parachevant son chemin, il vint trouver l'empereur au lieu de Petresancte, auquel après avoir faict une recharge, tant en son propre et particulier nom, comme de la part et commission de nostre Sainct-Père, pour le convertir et induire à la conclusion de ses précédentes promesses; voyant finablemeatque remonstrances n'y avoient lieu, il print congé de luy en paroles 4^ telle ou semblable substance :

u Je vois et cognoi^, empereur très auguste» par le chemin que vous tenez, et par tous vos préparatifs et propos, que quant à vous» le roy vostre frère n'a plus occasioo de fonder son espérance en autre party que celuy des armes ; et davantage, par aucum propos que m'ont tenus les entremetteurs de vos affres, j'entends que maintenant vos desse'uis ne tendent tant à la restitution du duc de Savoye, comme à l'invasion du roy en son royaume. Si ne laisseray pourtant à vous supplier encores ceste foys que vous vueillez un peu estre maistre de vos pasr sions, et que ne vous laissiez entièrement conduire k courroux et €q[)érance, les deux plus mal seurs et malfiablesaucteurs du monde. L'événement de la guerre est commun et incertain, et tant plus vous avez eu de victoires, tant plus vous avez à vous garder de faire entr^rinse qui |>uisse obscurcir la çloire d^

choses passées, par quelque malheur qui vous advinst plus grand que n'est Foccasion de vous en al>andonner au hazard; et lequel malheur vous advenant, seroit sans point de faulte attribué à vostre conseil et mal fondée opinion, et tous les succès passés à fortune et avanture non préméditée. Quant au roy voslre frère, je puis encores vous asseurer que si vous ne prenez les armes, si la trompette premièrement ne sonne de vostre costé, si vous ne faictes acte d'invasion contre luy, certainement il ne rentrera point en guerre avecques vous; mais si vous Tassailiez, et mesmement en ses pays, ainsi que s'en vantent vos gens ( vous me pardonnerez, sire, si je vous parle librement, et comme je le pense ), mais je vous ose dénoncer et prédire que si j'ay bonne cognoissancc des forces de son royaume, de l'unanimité, consentement et union de son peuple, et de l'affection et foy qu'il porte à son prince; et si avecques ce que je cognois du roy ( duquel je suis nourry et eslevé) le cueur, asseurance et persévérance en une grosse entreprinse quand il y est, et sa grande diligence de pourveoir et au besoin donner ordre à ses affaires, le temps ne tardera guères à venir que pour un grand bien vous souhaiterez de Dieu vous en pouvoir retirer à bagues sauves. Car il fauit que vous entendiez, sire, que le François a toute autre feçon de faire à dcffendre un pays de conqueste, qu'à deffendre son propre pays, ses villes, ses champs, ses possessions, ses foyers, églises et autels; et les y ont bien peu de gens assaillys sans prompte ruine, ou, à tout le moins, très grand et extresme danger. Par quoy je vous dis, sire, de rechef ad visez-vous, et vous donnez garde que, mal entreprenant, vous ne ennoblissiez et fassiez cognoistre , par quelque incogneu et auparavant non célébré quartier de France, voslre calamité. Mais j'espère pour conclusions, sire, que vous aymerez mieux vous souffrir icy desconseiller et divertir de vostre entreprinse, que d'aller en France, à l'apparent hazard d'y recevoir honte et dommage. •»

L'empereur, encores que telle proposition ne luy fust agréable, ne feit toutesfoys semblant de prendre trop en mauvaise part la liberté de langage dont luy usolt ledit seigneur cardinal ; et à ce ne le mouvoit tant la qualité du personnage ( qui de soy méritoit assez estre res-

I pectée), comme la grâce et façon de le dire dont estoit la qualité du personnage accompagnée. Si le remercia de Fadvertissement qu'il luy donnoit en priant Dieu ne luy Eure tant de grâce qu'il eust véritablement prophétisé ; adjoustant néantmoins que encores n'avoit-il closes les oreilles à party raisonnable de paix, moyennant que le duc de Savoye ( auquel il ne pouvoit honnestement faillir) fust réintégré préalablement et avant toute œuvre ; et, au cas que non, ses délibérations, quelles qu'elles fussent, estoient si bien instituées, qu'il n'en pouvoit espérer sinon bonne issue. Si est-ce tou • tesfoys que, parlant depuis audit seigneur cardinal, il luy ramenteut gracieusement que, des propos qu'il luy avoit tenus à Petresancte, il î'avoit expérimenté trop véritable prophète.

Le dix-septiesme jourde may, arriva de retour à la cour, estant au lieu de Sainct-Rambert, au pays de Forest, roondit seigneur le cardinal de Lorraine, et fit rapport au roy de tout ce qu^il avoit trouvé ou recueilly, tant des propos, visages et contenances de l'empereur à Palier et au venir, et de nostre Sainct-Père à Romnoe, que des nouvelles qu'il avoit entendues çà et là depuis son parlement : en substance , que de bonne «composition avecques l'empereur il n'en falloit espérer aucune ; que sa délibération estoit de venir faire la guerre en France ; que ses gens se vantoient d'avoir mis si bon ordre, que d'Allemagne le roy n'auroit point de gens, et aussi peu des cantons ecclésiastiques des ligues ; et que des protestans , ib espéroient l'avoir si bien brouillé envers eux , autant en Suisse qu'en Allemagne, que d'eux aussi ne tireroit-il ayde ny support. Aussi rapporta comment le seigneur Antoine de Lève avoit, comme nous avons dit dessus, passé deçà la rivière de Sésia, et n'estoi t plus pour dissimuler long-temps, sans faire quelque effort à rencontre de nos gens.

Le roy, sur ces nouvelles, etautres qu'il avoit eues de ses frontières de Champagne et Picardie de l'amas qui se y commençoit à faire, après en avoir conféré avecques aucuns de ses plus privés, et qui avoient le principal maniement de ses affaires, feit assembler son conseil^; et proposant premièrement leschoses ainsi qu'elles passoient, autant delà les monts qu'en sesdites frontières de Picardie et de Champagne : «Tantost, dit-il, serons-nous au bout des simulations

IVRE VI

et dîssimalations de Femperenr et ne serons plus en nos consultations en la difficulté que nous avons esté à délibérer et conclure si nous devions nous préparer à la guerre comme contre un tel ennemy que luy, ou différer encores quelques temps, jusques à ce que les effects contraires à ses propos le déclarassent estre invaseur. Or, à ce que pouvez comprendre par les nouvelles ouïes, il aura bientost osté le masque ; et si bien à aucuns il a semblé que la façon de faire dont j'ay usé fut par trop plus consciencieuse et scrupuleuse, que bonne et duisante à radvancement de mes affaires, si est-ce que je ne m'en repens ; car à ceste heure seronsnous arrivés au poinct auquel, après seure et raisonnable paix , je désirois plus de parvenir : c'est de n'entrer avecques luy en guerre que premièrement à Dieu, secondement aux hommes, ne semblast juste. Si doncques toute guerre est juste qui est nécessaire et forcée, et, par le commun consentement des humains , celuy est forcé à la guerre, et prent justement les armes, qui est forclos de toute autre espérance, il me semble que, au jugement de tout le monde, non que de Dieu (duquel jamais je n'ay doubté), nous avons tout le bon droict du nostre , et tout le tort mis du costé de Tennemy. Et pour entrer par le duc de Savoye, le monde universel me sera tesmoin de combien de fois j'ay peu, je ne dis pas conquérir ne prendre, mais retenir, alors que j'ay eu en ma puissance la pluspart de ce qu'il occupe et tient du mien, et ce du temps qu'il n'estoit si fortifié d'alliances qu'il est; mais je me suis contenté, ce pendant qu'il me iaissoit le passage ouvert et libre sur le mien propre, de luy en faire seulement porter aucunesfoys quelque parole pour éviter la prescription ; et jusques icy eusse continué, s'il eust aussi continué à m'estre bon et fidèle voisin. Je me déporte (car vous le sçavez bien) de réciter comment , depuis que par ceste alliance de Portugal il a eu celle de l'empereur, il s'est maintenu en mon endroict; les bagues prestées à mon subject rebelle pour avoir argent à me faire la guerre; les lettres gratulatoires de ma prison ; les brigues faictes pour détourner les Suisses de mon alliance; l'achapt de l'héritage de moy et de mes enfans , et jusques à refluser au pape Clément la ville de Nice, qui m'appartient, pour y parlementer avecques moy, et, de fresche mémoire, le passage par le

XYI* siKCLVy Chron. et Méro.

mien propre, en affaire qui de si près me toucboit, que lemesprisoutrageux usé contre moy roy de France par un Sforce sans force, duc titulaire et précaire de Milan : mais , sur un tel et si mal fondé reffus, qui est celuy, je vous prie, qui n'eust pris incontinent les armes pour recouvrer ce qui seroit sien? Et j'ay voulu toutesfoys, en m'y préparant , essayer encores la voye de raison ; et, en deffault de la trouver en luy , je n'ay peu faire moins que de la me faire par la voye des armes que je me treuve en main. « L'empereur, encores que nous soyons parens et que je soye son beau-frère, a voulu toutesfoys entreprendre ceste querelle pour le duc de Savoye, comme pour son vassal et allié, et a demandé que je feisse surseoir et arrester les exploicts de guerre ; je les ai faict arrester, voire en plein cours de la certaine et destinée victoire. Il a plus voulu que je feisse reculer mon camp devant Vercel; en cela luy ay-je obtempéré. Il a demandé que, pour traitter la paix, je luy envoyasse le lieutenant général et chef de mon armée (requeste, certes, assez hors de propos) ; je luy ay toutesfoys accordé. Il a davantage voulu que je retirasse mon armée décales monts; encore en cela luy ay-je voulu complaire, mandant à mondit lieutenant général que, délaissant seulement^es garnisons en quelques places, il me renvoyast par deçà le surplus des Italiens des seigneurs Caguin et comte Guy en hors, auxquels j'ay ordonné qu'il donnast congé. Aussi a mis en avant que feisse décider par justice le différend que j'ay avecques le duc de Savoye ; à cela mesmes je me suis offert, et m'en suis voulu soubsmettre au jugement de nostre Sainct-Père. Et, pour une foys conclure, que ay-je, pour Dieu, obmis à faire de tout ce que se doibt et peult faire pour contenter Dieu et les hommes, et leur approuver ma justification? Et luy cependant a faict passer son camp deçà les termes et limites prescripts entre nous, a augmenté ses forces à raison que j'ay diminué les miennes, et ne reste p'us que le mot que ( comme il est passé (n proverbe) on ne donne l'assault à Sagonce, ce pendant qu'à Rome, icy et ailleurs, je laisse couler temps en consultations; voire, qui plus est, ne tient propos entre ses gens que de me venir faire la guerre en France, et de me rendre l'un des plus pauvres gentilshommes de mon rovaume. Certainement, encores que le monde

tisse]

fest si aveuglé de'totiâ leé sens, non que des y eux corporels, si ne pentt rempereur abuser Dieu tout voyant, seaobant et precognolssant que si autre affleetion ne le mouvoit que de réintégrer le duc de Savoye, il se contenteroit de tascher au recouvrement de ce que j*ay pris sur ledit duc, et non à la prise de quelques villes de mon royaume, desquelles je bailterois plustost récompense a« duc, en aoheptant de luy ce qui est mien, pour éviter gu<iTe, que de le plus laisser en main si sqspecte et malflable. Mai^ il ae vante de deux choses Tune, et faict son compte de la première partie de la disjonctive, ou qu'il sera roy de France, ou moy empereur. Estre empereur je ne prétends; et si j'ay satis&ict (ainsi que j*ay ) à tout devoir envers le duc, envers Tempereur, envers Dieu, témoin et arbitre de tous tralttés, roy de France ne sera-il jamais; etlemfesmeDleUtUÎteur etjuge de superbe et intolérable contumace, tournera sa faveur et vengeance à rencontre de celuy envers lequel ne se peuvent trouver aucunes assez agréables raisons de pacifier et oublier inimitié. Doncques, d^autantque nouscognoissons quelle différence il y a de celuy qui a Dieu propice à celuy qui Ta contraire, et que nous pouvons maintenant (avecques nos conciences bien informées et satlsfaictes) entrer en ceste guerre, portoné-y tous non seulement lemesme cneur de bien faire qu'en autres entreprinses nous avons porté, mais qne certaine ire et indignation, comme à rencontre non que d'ennemys, mais d'tnfracteurs, abuseurs et déguiseurs de foy. Reste maintenant à délibérer, en tant que notls avons nouvelle que Tennemy dresse deux armées, en quelle part nous ferons tirer nos princi, aies forces, et qui nous sera plus à propos (encores que ce dépende du chemin que luy tiendra), lequel nous mettra mieux, ou de passer les monts au devant de luy, ou d'attendre à le combattre en nostre pays; et Fun et l'autre l)arty se peult fonder et en raisons et en exemples. Mais vous ayant assemblés icy pour en dire chacun sa franche et libre opinion, et non point ceHe que vous jugerez m'estre plus agréable, je ne vous déduiray les unes ne 1^ autres raisons ; mais, sur ce que vous autres m'en ouvrirez l'esprit, prenant des opinions des uns et des autres, je concluray. ••

A la proposition du roy assentîrent universellement tous ceux qui lurent appeUés à oe

eonseU ; car, outre ce que tous estoient en bonne persuasion du plus que devoir où il s'estoit mis avant que prendre les armes contre le ducdeSavoye, à aucun d'eulx sembloit qu'il eust aussi bien faict de poursuivre vigoBreiue- «lent, comme ^hnaer de tant de respect à l'empereur, aux plainies duquel estoit la response tousjours aussi raisonnable comme facile et prompte, moyennant qu'à riens du sien il n'ewt esté touché par nostre armée, suivant la première déltb^tion qui en avoit esté prise; et bien eussent aucuns voulu que monseigneur l'amiral n'eust été si promptement obéissant aux mandemensdu roy, ains qu'il se fust saisy de Yercel en attendant ime (seconde jussien : or ne se peuvent ph» révocquer les ehoses me fois passées. Et quant à la délibération sur la manière de se gouverner aux afikires préaentea, tous furent d'advis (et bien est#it4l ainsi à présumer) qu'entreprenant l'empereur, ainsi qu'il se vantoit, ta conqueste du royamne de France, et du tout miner et en déposséder le roy, qne la part où seroit sa personne, là sermt le fcrt de l'affaire, et qu'il y auroit toutes ou, quoy que aoit, la pluspart de ses forces ensemble ; et si bien d'autre costé il faisoit quelque enU«prise, ce seroit seulement pour travailler et divertir les forces du roy, et le mettre en plus grande dispense, non pas pour faire un gros et \ if exploiot de guerre ; car, attendu que le roy avoit ordonné de fortifier et tenir deux ou trais {ilaoes en Piémont, et y jetter bonnes et fortes garnisons autant à pied que de cheval, la riisos de la guerre vaulolt, ou qme l'empcfeur avant que passer en France les fbreast, ou qu'il laissast en Piénàont stifBsante force pour les tenir toutes assiégées, ou qu'il assist autres vm puissantes garnisons que celles du roy en quelques places voisines , pour tenir celles du roy en subjection, à ce que, moyennant quelque p« de renfort, elles ne s'assemblassent et tinssent la campagne, et fissent par occasion quelque antre e£fbrt par avanture de grosse conséquence. A ceste cause n'testoltril vraysemMaUe qu'estant le roy aervy conmie il appartenoil» el l'eapsreur voulant nettoyer le Piémont avant q« passer outre, il feist de l'année grosse envahie au royaume de France ; et aussi peu qu'en laissant seulement quelques villea garnies, et non pas armée pour assiéger lesnostres, il Iny f^^ possible sans ayde d'autruy dresserel entretenir

[tm]

ea un mésmes temps, eprèa ime n gtoasedes^ pepse qu'il venott de faire ea Barbarie, deux grosses et puissantes armées pour faire en d^ut divers lieux du royaume entreprinses quelcon^ ques de notable conqueste, et principalement en ces deux provinoes de Champagne et Picardie, qui d'elles-meames ne sont aisées à forcer, ne granden^ent opportunea et subjectes à Tinjure et proye de Fennemy. fit à ceste cause leur tembloit à tous estre requis que le roy, en pourvoyant seulement les principales places desdites frontières, retirast auprès de soy le surplus de ses capitaines et plus ^périmentés gens de guerre, au meiUeur nombre que possible luy seroit, et dressast un bon et puissant équippage, avecques lequel il fust prest à tourner la teste en quelque part, ou deçà ou delà les monts, que son ennemy s'adresseroit à luy £aire guerre. Aucuns ac^oustoient que Ton devait haster et diligenter ces forces, en sorte qu'elles fussent à temps prestes pour aller recueillir nostre ennemy delà les monts, avant qu'il eust passé jusques deçà ; et que plustost on entretint et feist la guerre en pays de conqueste que sur le propre et naturel » et duquel nous tirions les commodités requises à toustenir le faix de la guerre; ce que ne pourrions faire si abondammait en l'ayant au milieu et comme es entrailles de nostre royaume*

Le roy, après avoir entendu leurs opinions , fut biei) aussi de cest advis d'assembler le plus qu'il pourroit de ses forces auprès de sa personne» pour s'en ayder et les employer ensemble ou séparées, ainsi que les entreprises de Tennemy luy en donneroient occasion et opportunité, fust-<^ de passer de là les monts si ledit ennemy entrepr^^Ht de nettoyer le Piémont avant que passer deçà, ou de l'attendre à combattre en ce royaume s'il se hasardoit d'y faire descente . « Mais quelque part^ dit'4i, qu'il cntrepreigne à dire son effort, mon intention n'est point de luy présenta ne luy donner oc^ casioA de me présenter la bataille , ains luy laisser consommer gens, t^nps, munitions, vi^ vres, argent, à sîfêges et batteries de vtUes , afin qu'il esprouve sa part des incommodités qu'en pareil eus nous avons esprouvées par cy-de* vaut : tant y a que la raison et le devoir de k guerre ne portait point qu'il doive entrepren*^ dre de passer deçà ; car, en laissant telles gar^pisons derrière que j'ai or<loimé mettre en mes

Page 1