LIVRE VI
Ce temps pendant que le seigneur de Langey feit ceste et autres dépesches , la vérité des choses qui faulsement avoient esté mises sus au roy fust espandue par la Germanie , et les calomnies entièrement descouvertes. Et mesmement es villes impériales aucuns des marchands nouvellement retournés de Lion, ainsi que j'ay dit , feirent grandement leur devoir envers le sénat, chacun de sa ville, de réciter le bon et gracieux traittement et les honnestes offres que leur avoit faictes ledit seigneur roy avant leur partement de Lion : chose qui tellement modéra ceste indignation conceue contre luy, que de treize mille hommes qu'espéroit le roy Ferdinand faire descendre en Champagne , et qui plus s'estoient mys ensemble par une particulière affection, les uns du butin et les autres de vengeance , que , pour le service de luy ny de l'empereur son frère, il ne se trouva que le nombre de deux ou trois mille hommes. Tous les autres déclarèrent ouvertement que , sans paye entière, ils ne feroient le serment; et ne le feroient sinon avec ceste exception, qu'ils neporteroient les armes contre le roy de France en guerre évasive , es pays et seigneuries de Tancienne obéissance de la couronne. Ainsi fut ceste levée rompue, et, du peu de nombre qui se contentèrent de faire autre serment, les uns passèrent en Italie, les autres s'allèrent joindre avecques l'armée du comte de Nansau.
. En Piémont avoit desjà monsieur l'amiral , en suivant l'ordonnance du roy, assis la garnison dedans la ville de Turin, en laquelle il mist, pour chef et lieutenant de roy, messire Claude, seigneur d'Annebault , ayant charge de cinquante hommes d'armes, et chevalier de l'ordre du roy, et Charles de Concis, seigneur de Burie , par cy-devant nommé ; messire Gabriel , seigneur d'Alègre , avecques sa compagnie de cinquante hommes d'armes. Chevaux légers , le seigneur d' Aussun , cent chevaux ; le seigneur de Termes, cent; le seigneur de Dessé , cent; outre lesquels y demourèrent plusieurs gentlshommes de grosse maison , lesquels s'y voulurent enfermer pour acquérir los et bruit , et faire service au roy et à la chose publicque; entrelesquels furent le seigneur de Piennes, surnonmié de Halluin ; le comte de Tonnerre; le seigneur de Li^enay ; Guy Chabot , fils aisné du seigneur de Jamac ; Paul Chabot, seigneur de Qervaux; le iseigneur d'Escars, messire
Louis de Bueil, comte de Sancerre ; François de Yivonne ; Charles de Cossé , seigneur de Brissac: Jean, seigneur Do; Jean de Clermont» seigneur de Traves. De gens de pied y demourèrent les seigneurs d'Auchy et de Canny, avecques chacun mille hommes Picards ; La Salle , avecques mille Normans ; Quincy , avec mille Champenois ; Lartigue Dieu, cinq cens Gascons; le capitaine Blanche, cinq cens; Anguar , cinq cens ; le seigneur Marc-Antoine de Cusan, avecques deux mille Italiens : et desquels gens de pied demoura chef et capitaine général ledit messire Charles de Concis , seigneur de Burie , lieutenant pour le roy, avec ledit seigneur d'Annebault. Ledit seigneur amiral , avec sa compagnie de cent hommes d'armes; celle de monseigneur le mareschal d'Aubigny, aussi de cent; celle du seigneur de la Roche-du-Mainet de cinquante; et celle du seigneur de YiUebon, de cinquante : les lansquenets du comte Guillaume , avec le reste de l'armée , se retira dedans Pignerol, et le surplus de son armée bailla au marquis de Saluées , le laissant en sa place lieutenant général du roy.
Estant à Pignerol , il eut un messager de la part dudit seigneur marquis , luy demandant renfort de gens, parce qu'il disoit se sentir trop foible, attendu la grande puissance qu'il entendoit venir contre luy: par quoy il luy renvoya la compagnie du seigneur de Bonneval absent , la conduisant alors le seigneur de Brosses , son lieutenant; les seigneurs de la Roche-du-Maine et de Yillebon, avec leurs compagnies, chacune de cinquante hommes d'armes ; celle du seigneur de Montejan , de cent hommes d'armes , conduitte par le seigneur de Yassé et de la Jaille ; et celledu seigneur Jean Paulede Cère, soixante ; le chevalier d'Ambres avec mille hommes de pied gascons, et le seigneur de Saint- Aubin avec mille Normans; le capitaine Wartis, Navarrois , cinq cens hommes de pied : lesquels dés le jour mesmes vindrent loger à Yigon , et de là envoyèrent à Savillan sçavoir audit seigneur marquis ce qu'ilsauroient à faire. Lequel, deux jours après , escrivit au seigneur de la Rochedu-Maine, pour le faire sçavoir au seigneur de Yillebon, qu'eux deux, au lendemain matii>, s'en vinssent à Yilleneufve du Sollier , et qu'il s'y trouveroit accompagné du seigneur de Mon tpesat , du comte de Pontrème et autres , pour ad viser aux affiiires du roy. A quoy ils obéi-
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t*ent; et dès le malîn entrèrent en conseil , et après disner le continuèrent, sans aucune chose conclure, sinon que ledit marquis ordonna que les seigneurs de la Jaille et de Vassé,Iieutenans du seigneur deMonteJan, ramèneroient sa compagnie en France : et, sans autre concttH Mon, s'en retourna chacun an lieu dont ilestoit party, jusquea à ce que ledit seigneur marquis les redemandast.
Deux jours après il les manda de rechef veiiir avec leurs compagnies au lieu de Savillan, ordonnant au seigneur de ViHebon qu'il s'y en vhist devant faire les 1(^, et au seigneur de la Rocbe-du-Malne de deroourer derrière avec les bandes, et qu'il advisast à les conduire seure^ ment, parce que les ennemys estoient en campagne , et avecques grosse trouppe. Le lendemain qu'ils furent arrivés audit lieu de Sa* vîllan, y vint le seigneur deMontpesat, venant de Fossan, où il avoit esté pour ordonner la fortification du Heu. Monseigneur le marquis, ouy le rapport dudit seigneur de Montpesat, et l'opinion qu'il avoit, encores que les murailles dudit lui fussent merveilleusement foibles, de la pouvoir ce nonobstant tenir, en ayant quelque espace de temps k la remparer et y parfaire des bastions de terre qu'il y avoit faict commencer, ne se voulut condescendre à ceste opinion, ainsfut d'avis de renvoyer tout ce qu'il avoit de gens de guerre en France, et d'envoyer le sieur de Verets en poste vers le roy, pour hiy fiiire entendre ceste délibération, et les raisons à ce le mouvans, sçavoir est qu'estant desjà l'ennemy si près et avecques si grosse puissance, il n'y avoit ordre ny moyen de pouvoir à temps fortifier et rendre tenable aucune autre ville de Piémont que celle de Turin ; et que de retenir gens outre ceux qui Jà y estoient, c'estoit les perdre à escient.
Les capitaines luy respondtrent qu'ils es* toient là pour luy obéir ainsi qu'à lieutenant général du roy, et qu'ils avoient commandement d'ainsy le faire; que toutesfoysil leursembloit, pour le bien et service du roy, devoir tenir encores une ou deux places, outre celle de 1\irin, à cause que n'en tenant qu'une, c'estoit ouvrir à rennemy le passage en France, lais* sant seulement un siège volant à T«hvi, ou par avanture luy donner occasion, n'ayant à &ire qu'à une place, et qui n'estoit encores en deue et sofifisantd fortification, d'y convertir entiè*
rement ses forces, et, quoy qu'il luy coustast, remporter d'assault, afin que, passant en France, il ne laissast rien denrièrequi luy fust ennomy ; et persistoit le seigneur de M(»itpesât « son opinion de tenir Fossan. Le seigneur de la Roche-du>Maine estoit d'advis que l'on tint phistost Cony, à cause que la ville estoit phu grande, et par ainsi capable de plus grosse ga^ nison ; aussi qu'il y avoit moins à fortifier qD*ii n'y avoit à Fossan, car, enfermant les ta^bourgs avecques la ville, il ne pouvoit aroir plus hault de quatre à cinq cens pas à remparer ; aus^ que desjà les vivres et munitions y estoient, lesqueb, en tenant Fossan, il y botdroit faire conduire dudit lieu de Cony, joioft qu'à Tentour on auroit à commandement h pays de Salluees, du Dauphînéet de Provence; et pourroit-<m mettre le comte Guillaume, avecques ses lansquenets, à Barcelonne, ou ailtetin où l'on adviseroit pour le mieux, et qnelquei autres garnisons à Démons, à Roquespanière et autres places à leur dos, en quoy faisant on donneroit à l'ennemy beaucoup à penser avant qu'il vinst mettre le siège audit Cony, on qoHI entreprinst, en le laissant derrière, de passer outre la montagne. Phisieurs des autres capitaines se rangèrent à oeste opinion, et le seigneur de j Montpesat offirii luy-4ne8mes de se mettre en laquelle des deux il luy seroit ordonné, priant, sur toutes choses, que l'on prinst quelque briefve conclusion, sans perdre temps en délibérations, qui se devroit employer à l'exécution.
Monseigneur le marquis, quoy qu'on lay remonstrast, ne voulut pour ce jour prendre autre conclusion, sinon qu'au lendemain iroient le sieur de la Roche-du-Maine et le sëgoeor Chrestofle Guasco revisiter la vHle de Fossan; et que, leur rapport ouï, se prendrolt lors une conclusion de ce que l'on auroit à faire. Audit lendemain, allèrent les dessusnommés à Fossan, et retournèrent le mesmes jour, estanlledit sieur de la Roche-du-Maine encores ]rfns avant fondé que le jour précédent en sa premlèn opinion de Cony, et d'autant phis qu'à FotfW il n'y avoit eaue que de cinq puits et d'une fontaine hors la ville, que f ennemy en l'assiégeant bellement leur pouvoit oster. Le marquis cherchant (ainsi que depuis il a sceu) vM^ de dissimulation et temporisement, ne vtml«* encores conclure ,^ aîns ordonna qu'au lendo*
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