LIVRE VI
gneiir Antoine de Lève envoya un trompette demander un priaonnier; et poar ce qu'il avoit eognoisaance au sieur de la Roche^u-^Mainei pour avoir esté kdit de la Roche prisonnier autour de luy après la battaiUe de Pavie, il donna charge au trompette de le saluer de sa part» et luy demander s'il luy ennuyoit point d'estre si longtemps sans boire vin. Le sieur de la Roche luy respondit que véritablement luy ennuyroit^il, au cas qu'il fiist en ceste nécessité; que toutesfoys il la supporteroit pour son honneur, et pour le service du maistre; et pour donner à cognoistre qu'il n'estoit là réduict, en bailla deux flascons au trompette, pour présenter en son nom audit seigneur de Lève. Le trompette, entre autres choses, en devisant avecques les capitaines, leur demanda s'ils sçavoient pas bien que le marquis de Salluces estoit au service de l'empereur ; k quoy le sieur de Montpesat respondit que non, et que jamais il ne le croiroit sans avoir luy-mesmes ou quelqu'un de ses gens parlé audit marquis. Sur ceste occasion, ledit de Lève, au lendemain matin, envoya le mesmes trompette, nommé Augustin, dire aux dessasdits capitaines que s'ils luy envoyoient un gentilhomme, lequel pourroit venir à aeureté avecques le trompette, U leur donneroit asseurance que le marquis estoit au service de l'empereur ; ensemble envoya recommandations et remerciement audit sieur de la Rocbe^u-Maioe» et des amandes, des concombres, et autres firuicts nouveaux, en luy mandant qu'il avoit bien bonne envie de le veoir. Au sieur (te Montpesat et autres capitaines sembla estre à propos d'envoyer quelqu'un vers luy quant et le trompette ; et y fot envoyé im gentilhomme de Périgort, homme d'armes de la compagnie dudit sieur de Montpesat, nommé ledit gentilhomme Smet-Martin. Arrivé que fot ledit Sainct-Martin , après avoir sahié ledit seigneur Antoine de Lève de la part dudit sieur de Montpesat, il luy demanda que son plaisir fust luy donner saufoofiduit pour aller jusques à Sailuces parl^ au marquis et sçavoir la venté de ses a£E8tires. Sar quoy ledit de Lève prenant la parole : « Je açay, dit-iU mon gentilhomme, que vous n'estes îcy venu demander le marquis en espérance de le trouver à Sailuces, car il est en Aste avecques l'empereur; et si vous en estes en doubte, je vous donneray demain, si vous voulez re«
tourner, un trompette qiu vous y conduira; mais j'enttiiids très bien que vous n'avez ceste charge de le demander, sinon pour une couleur, et vous servir d'excuse pour venir sentir de moy ce que je voudrois dire, et quelle graca je vous voudrois £aire pour vous tirer de la nécessité où vous estes; laquelle je sçay assez quelle vous l'avez, car j'ay icy la description de tous les vivres et munitions que le marquis voua a laissés (et en ce disant hiy mcmstra signée de la main du marquis). Or, &ult-il conclure nécessairement quelque bon mesnagement dont vous avez usé, et que maintenant vous soyez bien près du but ; et m^esbahis, au demourant, comment vos capitaines, qui sont gens de guerre, se sont voulu enfermer en une si pauvre ville qu'est ceste-cy. Tant y a que l'empe* reur est prince débonnaire et n'est point cruel envers les chrestiens, mais seulem^t en veult aux infidèles ; par quoy je conseille à vos capitaines et à voua que, sans autr^nent envoyer au marquis, vous adressiez à moi, et je seray moyen que l'empereur vous usera de miséricorde. Entre autres vous direz au sieur de La Roche du Maine que, pour la oognoissance que j'ay de luy , j'ay grand regret qu'il soit où il est, et là où je pourray luy &ire plaisir je le feray de très bon cueur, et, comme celuy qui l'ayme, luy conseille de bien penser à ce que je luy mande. » Le gentilhomme hiy respondit qu'il n'avoit charge de parler, et aussi peu d'ouïr parler un tel langage, et qu'en la ville il ne s'estoit point apperceu qu'ils en eussent occasion ; que toutefoys il en feroit voloatiers le raj^rt au lieutenant du roy et aux capitaines, et qu'au lendainain il viendroit prendre le trompette pour le conduire en Aste, et luy riqpporteroit la response qu'ils luy auroient faicte.
Les capitaines, après longue délibération feicte» furent d'advis que ledit Sainct-Martin» gentilhomme de Périgort, retournant le lendemain prendre le trompette, essayast d'entendre du seigneur de Lève quelle composition il leur voudroit faire ; et trouvant ledit Sainct- Martin l'occasion, tint au sieur de Lève lesdita propos. A quoy il respondit que si l'un des capi^ taines venoit vers luy pour en traitter , il l'offiriroit telle qu'ils n'auroient cause de la reCfoser ; ce que ledit Sainct-Martin promist de rig[>porter aux capitaines, lesquels conclurent d'y envoyer le lendemain; et y alla le sieur de Yillebrâi
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conduit pAr le mesmes trompette. Le seigneur de Iiève luy tint d'arrivée semblables propos qu'il avoit faict audit Sainct-Martin, y adjonstant que, nonobstant qu'il fust bien asseuré d'avoir la ville quand il voudroit à sa discrétion , il vouloit néantmoins user de ceste courtoisie et gracieuseté aux capitaines, gentilshommes et gens de bien qui estoient dedans, que de les laisser sortir leurs vies sauves et sans rançon , à chacun le baston blanc au poing. A quoy le sieur de Villebon respondit qu'il luy parloit un langage qu'il n'avoit point accoustumé d'ouïr; par quoy il luy prioit luy donner congé de s'en retourner, en l'asseurant que dedans la ville il n'y avoit telle nécessité qu'il se persuadoit, et quand elle y adviendroit, qu'encores estoient assez gens de bien pour luy faire couster la moitié de son armée avant qu'estre mis à ceste raison. Et sur ce, prenant congé sans autre réplicque, s'en retourna dedans la ville, où il feit rapport aux autres capitaines de ce qu'il avoit trouvé audit de Lève ; lesquels, tous d'un commun accord, se résolurent de mourir plustost en gens de bien que d'accepter composition si honteuse. Le jour ensuivant, dès le matin, fut Augustin le trompette à la porte de la ville, apportant encoresdes fruicts nouveaux, avecques gracieuses recommandations au sieur de la Roche -du -Maine, disant que le seigneur Antoine de Lève s'esbahissoit, veu qu'il n'estoit jamais venu homme de son costé par lequel il ne feist à scavoir audit de la Roche le désir qu'il avoit de le veoir; ce nonobstant, il ne luy en avoit jamais faict response , adjoustant que s'il luy plaisoit venir disner avecques luy, ce luy seroit un grand plaisir, et se mettroit volontiers en devoir de le bien traitter.
Le sieur de Montpesat et les autres capitaines estoient à la porte quand le trompette y arriva ; et avecques eux estoit le sieur de Sainct-Martin dessus nommé, qui les pria, veu les affaires telles qu'elles estoient, de bien peser et les paroles du trompette , et ce qu'aucuns d'euxmesmes avoient ouï des propos que le seigneur de Lève avoit tenus dudit sieur de la Roche ; et qu'à son advis ledit de Lève ayant esprouvé que sa braveté de paroles ne les avoit point estonnés, il seroit homme de tenir plus gracieux propos audit sieur de la Roche. Tous s'accordèrent à ceste opinion ; et ledit de la Roche ne voulant estre opiniastre, feit response au trom-
pette , puisque le seigneur de Lève avoit tant envie de le veoir, qu'au lendemain matin il iroit disner avecques hiy, mais que ce fost de bien IxHme heure. Ne tarda pas demie heure qœ le trompette fut de retour à la porte, avec quatre petits paniers de poires ; et apporta response qu'au lendemain , à sept heures , il viendrait quérir ledit de la Roche, à quoy il ne faillit; mais le sieur de la Roche s'excusa pour le matin, et remist de se trouver vers hiy à midy. A l'heure dite, le vint quérir le trompette. Avecques luy alla le chevalier d'Ambres, et à leur arrivée furent recueillys de plusieurs gentilshommes italiens, allemans , espagnols, que le seigneur de Lève avoit envoyés au-devant ; loy se feit apporter en sa chaire pour les embrasser. Et après plusieurs cérémonies et propos longs et superflus à raconter, persévérant ledit sieur de la Roche de ne vouloir rendre la ville, sinon en sortant ainsi qu'ils y estoient entrés, le seigneur de Lève réplicqua qu'ils ne poovoient faire ores que luy le consentist , car le marquis ne leur avoit laissé que dix chevaux d'artillerie, qui n'estoit nombre suffisant poor l'emmener toute; et réplicquanl le seigneur de la Roche qu'ils en emnoèneroient au mom ce qu'ils pourroient, ne voulut toutesfoys accorder d'en laisser emmener. Aussi ne vouloit consentir que les honmies d'armes et archers emmenassent sinon un cheval de service, et qœ les enseignes aussi demourassent ; après consentit bien qu'elles fussent emportées, mais non pas desployées. Et iinablement fut accordée la composition, soubs les articles qui ensuivent : «Premièrement, que lesdits sieurs capitaines françois pourroient (si bon leur semUoit) tenir la ville jusques à la fin du mois complet, à commencer du jour et date des lettres du roy, dont estoient desjà passés quatre jours; et qu'au dessusdit terme du mois complet ils la consigneroient audit seigneur Antoine de Lève; et de ce faire bailleroient dès à présent ostages, dont luy, seigneur de la Roche-du-Maine, seroit l'un , et autres deux ou trois f entilsbommes de sa maison. Si toutesfoys il leur sembkHt et venoit à propos d'en desloger plustost, (f^ faire le pourroient, avecques les mesmes subséquentes. Item, que si durant ledit terme le roy de France ou son armée venoit lever fc siège estant devant la ville, ou autrement luy donner secours, ledit sieur Antoine restituerolt