LIVRE VI
les ostages, et laîsseroît la vflle en la forme et estât qu'elle estoit lors ; aussi qu'auxdits sieurs capitaines durant ledit temps ne seroit loisible de fortifier ladite ville, ny d'y faire autres rempars que ceux qui jà y estoient, sauf qu'à la bresche qui estoit tombée il leur seroit permis de la recoustrer, et que ledit seigneur Antoine bailleroit dès lors un gentilhomme des siens pour regarder en quel estât elle estoit. Item. que durant ledit temps ne seroit donné aucun empeschement ou trouble à ceux du dedans, et que ledit de Lève retireroit cependant son armée delà le pont d'Esture. Quant à rarlillerie et munitions, et tous les grands chevaux qui exci'deroientla haulteurdesix palmes et quatre doigts, demoureroient dedans la ville, sinon le nombre de douze chevaux, tels que voudfoient choisir les capitaines, lieutenans, enseignes et guidons. Qu'au demeurant ils sortiroient enseignes desployées, avecques tout le reste de leurs chevaux au-dessoubs de ladite mesure, de leurs courtaulx, bestes d'amble, mules, mulets et bagage ; promettant de les asseurer et fiure accompagner jusques en lieu de sauveté, au pays et obéissance du roy, et de leur faire provision de ponts et de vivres par le chemin. Item y que ledit seigneur Antoine permettoitau sieur de Mon tpesat envoyer un ou deux ou trois gentilshommes vers le roy, tels qu'il voudroit choisir, et les feroit accompagner jusques à rentrée des pays du roy par gens qui les attendroient douze jours au lieu où ils les laisseroient, pour les raconduire au retour en seureté. Plus, permettoit ledit de Lève que l'argent passast seurement, venant de France, pour le payement desdits gens de guerre estans en la vilîe.n
Lesquels articles ainsi accordés, voulut le seigneur Antoine &ire signer audit sieur de la Roche, qui le reffusa, disant qu'il en vouloit communiquer et faire le rapport au sieur de Montpesat et à ses autres compagnons ; aussi que de les signer il appartenoit audit sieur de Montpesat, qui estoit chef en la garnison, et chevalier de l'ordre du roy ; mais que le lendemain il le luy amèneroit en une chapelle à mychemin de son logis et de la ville, et que là tout se parferoit. Ainsi qu'il le promist il Taccompllt ^ et se présentant pour ostage, et avec luy le sieur de la Palice, fils unique de feu monsieur le mareschal de Chabannes, et le sieur XVI' siKGLEy Chron. et Mém.
d'Assier, aussi fils unique de monsieur le grandescuyer de France, desquels il se contenta, disant que tousjours l'avoit trouvé homme de parole et raisonnable, il luy feit alors une requeste, avant qu'il y eust aucune chose signée, eh le priant très instamment ( veu qu'il l'avoit trouvé tel ) qu'il Tasseurast de ne l'en reffiiser aucunement : ce que ledit seigneur de Lève luy accorda et asseura, pensant que la requeste deust estre du bon traittement, et de laisser aller lesdits jeunes ostagers passer aucunement le temps avec les dames. Mais le sieurdelaRocheayant eu son asseurance, luy demanda que, durant ledit terme accordé, il fist aux gens de Fossan, pour eux et pour leurs chevaux, délivrer vivres en payant, et qu'autrement s'il advenoit qu'ils eussent secours, il ne les rendroiten l'es tat qu'ils estoient à l'heure de la composition. Le seigneur de Lève monstra contenance d'avoir à desplaisir ceste requeste : ce nonobstant il accorda, soubs déclaration qu'ils n'en prendroient sinon ce que leur en faudroit par chacun jour, et non plus. Et fut cest article adjousté aux précédens. Et ce faict, en furent escrits deux originaux , dont l'un, signé du seing et scellé du scel dudit Lève, fut baillé au sieur de Montpesat, et audit de Lève l'autre, soubs le seing et scel dudit Montpesat.
Le vingt-quatriesme jour du mois de juin audit an 1536, fut le sieur de Sansac dépesché vers le roy avecques ceste nouvelle. Durant Ce terme, sourdirent quelques altercations entre nos gens et les ennemys : mais il y fut par les capitaines si bien pourveu des deux costés, qu'il n'en advint inconvénient ; et alloient les François de Fossan au camp de l'empereur aussi privément que dedans la ville. Environ huict jours après ceste capitulation, l'empereur, qui estoit venu d'Ast à Savillan, vint visiter le camp du seigneur Antoine, accompagné de plusieurs princes et seigneurs, comme sont les ducs de Savoy e, d'Albe, Bavière, de Brunsvich, des princes de Saleme et de Bisignan, des marquis du Guast et autres ; et y arrivant environ les six heures du matin, feit mettre toute son armée en battaille pour la veoir; et la trouvant belle et bien en ordre à son gré, feit appeller le sieur de la Roche-du-Maine et sescompagnons, afin de la leur monstrer : lesquels y vindrent à cheval, avecques leurs saycs accoustumés à vestir sur le hamois, ainsi qu'ils estoient semés
<ir8