‹ Le loyal serviteur [pseud.] Chronique de Bayart.--Guillaume de Marillac. Vie du connétable de Bourbon.--Antoine de Laval. Continuation de Marillac.--Jacques Buonaparte. Sac de Rome in 1527.--R. de La Marck, sgr de Fleurange. Mémoires du jeune adventureux.--Louise de Savoye. Journal.--Martin et Guillaume du Bellay. MémoiresChapitre 336 sur 428 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

Sendarnoerie de Fossan, parce qu^elle estoit moins que sufiîsammcnt remontée , le chemin droict à Marseille , auquel lieu elle pouvoit, sans trop grand nombre de chevaux , faire le service requis à la deffence de la ville ; et furent, pour servir à la campagne, retirées hors de ladite ville la compagnie dudit Bonneval, et autres qui estoient mieux montées et équippées pour ce faire. Par autre dépesche feit ledit seigneur à scavoir à messire Louis d^Ângerand, sieur Boisrigault, qu'il feist avancer les Suisses de sa levée , et qu'ils prinssent le chemin de Montluel. Auquel lieu se trouva ledit seigneur au jour qu'il y passèrent, et à chacun des capitaines donna en présent une chaisne de cinq cens escus ; et de là il les feit marcher droict à Valence, auquel lieu il alla bientost après , c'est à sçavoir incontinent qu'il eut certaineté que l'empereur avoit pris le chemin de Provence : et avant son partement dépescha monseigneur Robert Stuard, chevalier de son ordre, seigneur d'Aubigny, mareschal de France, capitaine de cent lances de ses ordonnances , et de cent archers escossais de sa garde; messire Jacques Galiot, aussi chevalier de l'ordre , capitaine de cent lances de sesdites ordonnances, grand-es* cuyer et grand-maistre de l'artillerie de France, pour recueillir les capitaines et gens de cheval et de pied qui arriveroient audit lieu d'Avi* gnon; mais pour y estre chef et son lieutenant général par sur tous , il avoit &ict élection de messire Anne de Montmorency, aussi chevalier de son ordre, capitaine de cent lances, grandnuiistre et mareschal, et à présent connestabie de France , lequel toutesfoys il retint encores en sa compagnie jusques au vingtiesme jour du mois de juillet.

. L'empereur, attendant ce pendant le parlement des gens de Fossan, et que la délivrance de la ville luy fust faicte, estoit allé séjourner à Salluces, faisant en diligence ses préparatifs; et au lieu de SaviUan, du Moudevis, de Cony et de Tende, faisoit ordinairement besongner tous les moulins et fours qui se trouvèrent ; et feit grosse munition de biscuit, et provision de toutes les bestes de charge qu'il peut recouvrer au pays, pour faire mener après son camp ledit biscuit et autres vivres. Le seigneur Antoine de Lève, pour aussi ne perdre temps ce pendant que le jour de la délivrance de Fossan arriver^Htiavoiti dès le dernierjour de juin , en-

voyé sommer la place de Roquesparvière, appartenant à messire Jean de Bolier, sieur de Cental. Mais le frèredudit Génial, esleu de Riez, luy feit response que la place estoit tenue du roy, et que luy, comme fidèle et bon vassal, n'y laisseroit entrer, sinon par sur son ventre, homme qui ne fust amy du roy sondit seigneur. £t pour accomplir sa promesse plus seurement, envoya demander secours au sire de Humières, qui luy envoya tel nombre de gens de guerre et canonniers qu'il luy demanda. Par quoy ledit de Lève ne feit point d'autre entreprinse contre ladite place, et feit tourner ses gens vers le Chasteau- Dauphin, en espérance de le surprendre. Lesquels, faiUans à leur entreprinse, se mirent à l'assiéger ; mais advertjs que les bandes du sieur Chrestofle Guasco et celle du seigneur de la Tour y venoient au secours , ils se retirèrent à Sainct-Pierre, au marquisat de Salluces. Leroy pourtant ne laissa d'envoyer renfort de gens audit chasteau par le capitaine Paulin, lieutenant dudit Monein, qui estoit venu vers luy de par ledit Monein son capitaine.

Audit SaviUan arrivèrent messieurs les car* dinaux Trivulce, ordonné d'aller deviers le roy, et le cardinal de Garpy devers l'empereur, envoyés par nostre Sainct-Père, leur intimer le concile à célébrer en la ville de Mantoue, au vingt-septiesme jour de may l'an ensuivant, que l'on compteroit 1537 ; aussi pour moyenner la paix entre lesdils seigneurs empereur et roy. Ils furent solennellement recueillys et ouïs en présence de plusieurs princes et autres seigneurs ; et quant au faict du concile, l'empereur y consentit, et promist de s'y trouver en personne, et que nul autre que la puissance de Dieu l'en empescheroit. Quant à la paix, qu'ils scavoient bien qu'à Romme il avoit protesté que s'il venoit à la guerre contre le roy (chose qu'il ne voudroit faire que moult envis), il la feroit de sorte que nulle occasion, quelconque elle fust, luy feroit tourner la teste en arrière qu'il n'eust exécuté son intention, disant ne se vouloir départir aucunement d'icelle sienne protestation, sinon que préalablement le roy eust entièrement restitué, réintégré et desdommagé le duc de Savoye ; et alors s'il luy envoyoit demander la paix, il luy respondroit selon que les choses luy sembleroient le requérir.

Au cardinal Trivulce, lequel avoit charge de

MÉMOIRES DE ftt) BELLAt,

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passer en France vers le roy, sembla n'estre hors de propos de parler audit seigneur empereur à part, et pensa que, nonobstant ceste hautaineté qu'il monstroit en public, il luy pourroit particulièrement tenir quelques plus gracieux propos, et plus inclinans k raisonnable composition. Son audience obtenue, il demanda entre autres choses si, s'accordaht le roy à ce que demandoit Sa Majesté Impériale de la réintégration du duc de Savoye, ou à tout le moins de mettre les choses en séquestre, Sadite Majesté seroit contente que luy cardinal, allant vers le roy, lui tinst encores propos qu'en ce faisant Sa Majesté Impériale rendroit le duché de Milan à monseigneur le duc d'Orléans? A quoy respondit l'empereur que non. Et le cardinal réplicquant, avecques humble requeste, que, pour chose qui fust advenue, il ne changeast de l'opinion qu'il avoit eue de ce faire, et qu'il avolt déclarée en si bonne compagnie qu'en plein consistoire de nostre Sainct-Père, de son collège, de tant d'ambassadeurs estrangers, respondit Tempereur à cest article qu'il n'a voit point changé d'opinion, car il n'avoit jamais eu volonté de bailler ledit duché; seulement avoit voulu donner au roy bonnes paroles, et chercher tous les moyens de le faire désarmer, ce pendant que luy s'armeroit, ainsi que le roy en cas pareil avoit, en Fentretenant de belles paroles, assailiy et spolié le duc de Savoye. Autre chose n'en peut tirer ledit cardinal, et sur ce prenant congé, passa les monts pour venir trouver le roy. Son collègue demoura encores quelque temps avecques Tempereur, et puis fut envoyé par luy gouverneur audit duché de Milan.

Tous les préparatifs que fiusoit l'empereur estoient comme pour prendre le chemin de Provence; luy s'en vantoit, et ne se vouloit laisser desmouvoir de eeste intention. Et ordinairement avoit en main ou devant les yeux une carte des Alpes et du pays bas de Provence, que luy avolt donnée le marquis de Salluces; et la estudioit si souvent et ententivement, applicquant le tout à ses désirs ei affections, que desjà il présumoit d'avoir le pays en son bandon ainsy comme il en avoit la carte. Et n'estoit point en ceste sienne persuasion sans y avoir aucuns astipulateurs et qui le servissent d'agréable au lieu de véritable conseil ; et comme ceux qui donnent de i'esperon au

cheval , courant volontairement et de soymesmes, l'cnliortoient à faire promptement passer son armée deçà les monts, pour là y exploicier en ce cours de victoires qu'dle cstoit, et poursuivant lequel ils ne fei«>ieût doobte que sans combat, au moins sans danger, il ne conquist en peu de temps toute la Gaule, moyennant qu'il se hastast de passer ; et que de Toecasion que Dieu luy avoit envoyée, teBe qa*il n'en vient souvent de pareilles, et qui pea dorent quand eMes viennent, il voulust user de saison, et avant que le roy eust temps de se renforcer et préparer à soustenir le feix de son invasion. Et quant à ce dernier article, e'estoient-ils point hors de propos, si c'etist esté chose aussi facile à exécuter qu'à dire. Les autres, et le plus grand nombre, débattaient «a contraire, et leur sembloit estre phis à propos de poursuivre la reconqueste encommeneée des pays gaignés par le roy sur le duc de Savoye, et lesquels ils avoient présens et à main, que d'aller assaillir i'autruy et loingtain pays, et d'establir delà les monts un bon repos et seureté) que de venir faire la guerre en France. «* De suivre et d'exécuter ce conseil, nous espérons, disoient-ils, qu'il adviendra de ém choses l'une : ou que bientost nous parachèverons de recouvrer et nettoyer ce pays d'enaemys, ou que le roy (doublant qu'ayant vaincu ceste entreprise, nous ne passions d'autant pli'S fors et vigoureux sur hiy, et mieux aymant faire la guerre en pays d'autruy que la soa^ tenir en son propre) se délibérera, pour dl)vter à cest inconvénient, de passer dedt aveeqnfs toutes ses forces. Advenant le premier artidci alors pourrons-nous, sans crainte que mutation advienne par deçà, marcher asseurément contre luy delà les monts. Advenant le second, ce nous sera beaucoup plus grand avantage de Ty attendre et recueillir avecques toutes les nostres forces, que si nous allions le ceoibattre avecques une partie seulement, en laissant icT l'autre (comme force nous seroit de fûre) il& poursuitte de la susdite oonqueste enoonroeocée, et au danger que le roy, se confiant en la bonne obéissance et union de ses 8ul]jecto, ei en la force et bon ordre mis à la seureté de ses villes, se contente de les bkn garder etdetfendre ; et faisant le gast de trois ou quatre joornées de pays au-devant de nous, sans y Wfier autre chose ]que solitude et /léBotaliiOft, «ooa

ea imcunes places bien ^p^nie# de yiyreSf ^ Keos, artillerie et muaitippa, tellement que, par h raison de la guerre, nous ne puissions ny devions passer outre et les laisser derrière nous« il se vienne loger en un camp avantageux, fortiCé, couvert desdites villes, et qu'au siège de chacune il nous arreste pour le moins autant qu'il a faict devant la ville de Fossan, devant laquelle, telle et si peu deffénsable que chacun de nous la cognoist, nous avons séjourné autant que si c'eust esté pour conquérir Paris, ville capitale de France. Cela advenant, pourroit-il pas cependant nous survenir quelqu'un des inconvéniens qui,autresfois, luy sont en pareil cas survenus en Italie? Pourra-il pas aussi, voyant l'Italie desnuée de force, y envoyer, si bon luy semble, autre nouvelle armée en f^rance, ou en Italie mesmes, en laquelle, délivrée de la peur et crainte de nous, il peult faire lever une armée, soubs la charge mesmes et par le moyen de ceux qui n'a guères luy en ^voient levée une? Pourra-il pas, cela faict, meslant la force avecques les pratjcques, ayai^t à faire à une nation encline natprellement à révoltes et mutations, acquérir et peuples et pays, ce pendant que nous serons amusés au-devant d'une seule ville?

« Nous ne voudrions, sire, en cest endroict vous apporter mauvais augure, en vous ramen- ^evant à combien de grands princes et seigneurs est autrefoys advenu non-seulement de perdre du leur en voulant trop pertinacement envahir autruy, mais d'y recevoir telle perte qu'oncques depuis eux ny leur race n'ont eu moyen de s'en ressDuldre; ny dire que (si les choses autrefoys advenues sont tousjours en possibilité d'advenir encores, tant que les raisons et conditions seront pareilles) nul homme ne peult témérairement et inconsidérément assaillir autruy, qui lie se mette grandiement au mesmes hazard. Car nous sçavons bien que les forces de vous, sire, sont telles, vos querelles si justement fondées, vos entreprinses si bien pesées, la faveur de Dieu et de fortune si bien accompagnans vostre Vertu, que tel inconvénient ne peult vous advenir; mais seuljBipent pour acquitter nostre devoir, et à ce que sur les diflicultés que nous mettons en avant vous pourvoyez selon vostre prudence accoustumée, avons bien voulu les vous ramentevoir, et vous faire souvenir que vous aurez à faire à une nation qui en son pays

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