‹ Le loyal serviteur [pseud.] Chronique de Bayart.--Guillaume de Marillac. Vie du connétable de Bourbon.--Antoine de Laval. Continuation de Marillac.--Jacques Buonaparte. Sac de Rome in 1527.--R. de La Marck, sgr de Fleurange. Mémoires du jeune adventureux.--Louise de Savoye. Journal.--Martin et Guillaume du Bellay. MémoiresChapitre 339 sur 428 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

prochain livre de ces Mémoires. Aucuns pensèrent qu'il eust auclques grandes intelligences en France par le moyen du marquis de Salluces. Et à ce croire, les induisoit 1 estrangeté de son afEaire, et le peu d'apparence qu'ils trouvoient qu'un homme qui n'estoit sans expérience des choses de ce monde (outre le blasme qu'il s'estoit acquis à per[)étuité) eust voulu se faire ennemy de son seigneur et prince naturel, et qui tost ou tard le pouvoit ruiner en un instant, sinon qu'il ne fust seul de sa partie, et qu'avant qu'abandonner le roy il se fust persuadé quelque telle et si grande ruine prochaine dudit seigneur, que pour jamais il ne deust plus avoir cause de le craindre. Et de faict, le duc Guillaume de Bavière, en racontant, dès le mois de juin précédent, au sieur de Langey, lors estant, ainsi que fay dit, en Allemagne, ce qu'il avoit entendu de TafEstire dudit marquis, faisoit son compte, et le disoit sçavoir de gens estans près de la personne de l'empereur ( à Tavanture du duc Louis de Bavière son frère), que ledit marquis ne se trouverolt estre seul de ceste praticque, et qu'en France y avoit d'autres assez tenanssecrettement ce mesme party, et qui en leur saison se descouvreroient.

Autres estimoient que l'empereur tint ces propos, ainsi que plusieurs bons chefs de guerre en ont tenu par le passé, disans qu'ils avoient une embusche secrette contre leur ennemy, et le faisoient en partie pour accroistre le cueur de leurs gens, et en partie pour mettre leurdit ennemy en souspeçon et deffîance des siens, chose qui a souvent gasté de grosses et importantes entreprinses. Autres, depuis qu'ils entendirent la confession du comte Sébastian de Montecuculo, imaginèrent que ceste fust la secrette entreprinse en laquelle prenoit l'empereur une si grosse asseurance, comme s'il se fust fondé sur la mort espérée du roy et de messeigneurs ses enfans, en s'asseurant qu'eux estans morts, il passeroit sans grande résistance à travers le royaume de France. Mais ceste espérance est si méchante, qu'il ne me sçauroit entrer en teste qu'un si grand prince que luy voulust user d'une si malheureuse et damnable trahison. Toutesfoys ceux qui en ont ce souspeçon se sont fondés en ce que ledit Sébastian dit avoir esté par ledit seigneur interrogé s'il scavoit bien Toîtlre ejt façon que tenoit le roy à son boire et h spn man^ ; aussi que alors

[use]

que le seigneur don Ferrand de Gonzague présenta ledit Sébastian à Tempereur, en disant qu'ILestoit appareillé à ce qu'il avoit promis à eu\ et au seigneur Antoine de Lève, et eux de par luy à Sa Majesté, si ledit seigneur empereur eust entendu que leurs propos eussent esté de la praticque de quelques villes ou places en France ou ailleurs ( ce que disent ceux qui ne s'osent persuader une telle mescbanceté avoir trouvé lieu au cueur du prince ), il n'eust eu que faire de s'Informer dudit Sébastian du boire et du manger du roy.

Encores en a confirmé aucuns en ce souspeçon que le seigneur don Loppes de Sorie , ambassadeur à Venise pour Sadite Majesté Impériale, s'enquéroit, sur le temps que ces choses advindrent qui seroit roy de France, et contre

qui auroit ledit seigneur empereur à poursuivre ceste guerre, au cas que le roy et messeigneon ses enfans allassent de vie à trespas, ebose qui sembloit estre hors de propos et impertinente à s'enquérir, s'il n'eust eu quelque opinion de mort prochaine d'iceux seigneurs.

En conclusion, quiconque ait esté aucteorde cest énorme empoisonnement ( ear je ne scay, Dieu le sçait, et n'en voudrois blasmer personne à tort), l'empereur, pléiade grande asseurance de remporter heureuse issue de son entreprinse, se résolut sur icelte de passer, ainsi qu'il feil, en Provence, dont depuis il se repentit souvent, et de sa bouche a déclaré au roy combien, ayant jusques alors faict profession de croire conseil, il s'estoit mal trouvé de se gouvernera sa teste.

SEPTIESME LlYRE.

Comme Tempereur estoit sur le point de passer en Provence, il affecte un augure ou présage du succès de son entreprinse; à ceste cause, s'advance deux journées plustost, pour arriver sur les confins de France à la feste de Sainct-Jacques, parce qu'au mesme jour de Tan précédent il avoit prins terre en Afrique et gaigné le royaiuue de Tunis, aussi que les Espagnols tiennent ce sainct pour leur patron ; de là prend occasion d'haranguer SCS soldats. Ce pendant les François font le guast en Provence, pour affamer son armée; d'un costé, le seigneur l'Humières pourvoit à la deffence du Dauphiné; d'autre, on met fortes garnisons à Marseille et à Arles. Monsieur le grand- maistre de Montmorency dresse un camp à Avignon et le retranche de fossés; le roy en assemble un autre à Valence. Les sieurs de Montcjean et Boisi sont deffaits à Brignolles. Les Bourguignons assiègent Péronne. Le dauphin François décède, au grand regret de tous. Le comte Rangon et les autres pensionnaires du roy, en Italie, assemblent une armée de laquelle ils guerroyent les Gennois et Impériaux en Piémont. L'empereur séjourne à la ville d'Aix, qui estoit abandonnée, et faict mine de vouloir assiéger Marseille et Arles : les paysans de Provence détroussent les biscuits qui venoient de Piémont en sou camp.

La dessusdite résolution prinse, et le nombre ordonné des gens qui demoureroicnt au siège de Turin et à poursuivre ce qui restoit pour mettre fin aux affaires de Piémont, chose que l'empereur estimoit trop plus facile que par effect il ne la trouva, il départit son armée en trois, afin de passer à plus grande commodité. Ceux de la première bande, en laquelle fut la gendarmerie, avec les lansquenets du sieur de Thamise, prindrent leur chemin par la rivière de Gennes , l^arcc qu'ils conduisoient rartillerie et le bagage

que ledit sieur avoit ordonné (pour éviter les difficultés du passage) faire embarquer et conduire sur son armée de mer, à ce qu'ils se vinssent joindre à luy en la ville de Nice ; et partit ceste troupe le treizième jour de juillet. En b seconde marcha don Ferrand de Gonzague, capitaine général des chevaux légers, et avecqoes eux quelques hommes d'armes napolitains, !« sieurs de Iselthein, Diétric Spech, Wolf Diétric le Kutrinhen, et leurs chevaux. Après eux le marquis dti Gunst avecques les Espagnols, puis

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