‹ Le loyal serviteur [pseud.] Chronique de Bayart.--Guillaume de Marillac. Vie du connétable de Bourbon.--Antoine de Laval. Continuation de Marillac.--Jacques Buonaparte. Sac de Rome in 1527.--R. de La Marck, sgr de Fleurange. Mémoires du jeune adventureux.--Louise de Savoye. Journal.--Martin et Guillaume du Bellay. MémoiresChapitre 340 sur 428 · LIVRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE VII

la maison de Vempereur, et à sa queue le seigneur Antoine de Lève, puis les lansquenets du capitaine Marc de Ebcnstein. Et après eux se meit Tempereur, accompagné seulement de six de ses chambellans et d'une trouppe d'Espagnols, après lesquels marchoient les lansquenets du capitaine Gaspar de Fronsberg ; et prindrent le droict chemin de Fossan à Nice. En la tierce bande furent les Italiens, qui prindrent le chemin par Cony, auxquels il fut ordonné que, au plustost que faire se pourroit, ils se rendissent à Nice, et aux lieux de Saint -Laurens et de Yiile-Neufve, près de ladite ville de Nice.

Ce temps pendant, le roy estant à Lion, où il tenoit ordinairement conseil , faisant les dépesches récitées au précédent livre, et pourvoyant à tous les endroicts par où son ennemy pouvoit faire descente, après qu'il eut eertaineté de la délibération de sondit ennemy, ne tarda plus à faire exécuter les choses qu'il avoit en son conseil arresté de faire, ledit cas advenant. A ceste cause, il dépescha messire Jean de Bonneval, seigneur dudit lieu, capitaine de cinquante hommes d'armes de ses ordonnances, pour avecques sa compagnie(laquelle, pour des raisons cy-dessus déclarées, il luy ordonna retirer de Marseille) aller se joindre aux autres capitaines estant desjà sur le costé de Sisteron, pour faire le dégast et prendre garde aux passages de Rocquesparvière et de Terres-Neuves. Et luy donna instruction de ce qu'il auroit à Caire, ensemble lettres addressantes à tous lesdits capitaines et à tous les baillifs, autres ofliciers et subjects de Sa Majesté, par lesquelles il leur estoit mandé obéir à monseigneur Claude de Savoye, comte de Tende, et audit capitaine Bonneval, ainsi qu'à sa propre personne, et comme à ceux qu'il ordonnoit ses lieutenans, ensemblement, et chacun à part soy, en l'absence l'un de l'autre. Et à son portement luy donna charge sur toutes choses , que luy et tous autres se gardassent de donner à l'arrivée quelque curée aux ennemys.

Audit lieu de Sisteron trouva ledit Bonneval le comte Guillaume de Fustemberg, et ses lansquenets, qui avoient desjà bien avant commencé à faire le gast, et avoient pillé Barcelonne, et tous les pays de Terres-Neuves ; mais avoient excédé l'intention du roy, d'autant qu'il n'avoienteu respect aux églises ny choses sacrées. De Sisteron arrivant à Aix, auquel lieu il avoit

donné assignation de se venir rendre à trois espies qu'il avoit dépeschées du lieu de Romans , il y trouva, en compagnie du comte de Tende, messeigneurs le prince de Melphe, Stèphe Colonne et autres dessus nommés, qui avoient desjà visité la ville, et l'avoient jugée non tenable. Par quoy ils avoient regardé de trouver lieu opportun à y dresser et fortifier un camp qui la couvrist; et avoient choisy le lieu où est une église deSainct-JeandeHierusalem, assez logeable ; mais il s'y trouvoit plusieurs difficultés, et mesmement pour une montagne qui regardoit dedans. Par quoy fut advisé d'en advertir le roy, et que ce pendant, les seigneurs Stèphe Colonne et de Bonneval iroient visiter la ville de Grasse. Et sur chemin, ledit Bonneval bailla lettres du roy par toutes les villes, comme à Trez, Sainct-Maximin, Brignolles, Draguignan et autres, et, suivant sa créance, leur commanda de retirer tous leurs vivres et bestial, sur peine de confisquer tout ce qu'à son retour de Grasse il trouveroit n'avoir esté par eux retiré. Passant à Draguignan, ils prindrent avecques eux la compagnie de cent hommes d'armes du sire de Montejean, depuis mareschal de France, qui estoit logé audit lieu et es «tivirons, et celle dudit de Bonneval, qu'il avoit retirée de Marseille. Et à Grasse trouvèrent partie de celle du comte de Tende, aussi de cent hommes d'armes, sous la charge de messire Germain de Urre, sieurdeMiolans,sonlieutenant, avecques quatre mille hommes de pied provenceaux, desquels estoient capitaines le seigneur du Mas» Jean de Esbenault, sieur de Villeneuve, Jean de Pontènes, sieur de Carses et autres. Par les susdits Colonne, Bonneval et autres capitaines, fut visitée la ville par dedans et par dehors, et fut trouvé qu'elle n'estoit tenable par aucune raison.

Desjà, et dès le vingt-cinquiesme jour de juillet estoit arrivé l'empereur avecques les deux premières bandes (mais non grande difficulté de vivres par le chemin) , au lieu de Sainct-Laurens, première ville des pays du roy, au deçà de la rivière du Var, séparant la Gaule d'Italie. Or est oit-il ce mesme jour l'an révolu que l'empereur avoit prins terre en Afrique, pour sonentreprinse de Tunis ; et, soit qu'il advinst ainsi de cas fortuit, ou que ledit seigneur empereur (ainsi que plusieurs ont eu opinion, à cause que ce jour là il feit à son camp fo ire si \ lieues) cust ,

de propos dâibéré, choisy son but d'y i^rrivw à cedit jour, afin de tourner en augure, comme chose avantureuse et non préméditée, ce que soigneusement il avoit jà conclud et pourpensé, si est-ce qu'ayant jà autresfoys esprouvé qu'il n'y a chose de plus grande efficace que superstition pour esmouvoir et persuader un peuple à l'intention et opinion que Ton veult régir et conduire, il voulut bien user de ceste occasion à son avantage, et mesmement pour ce qu'audit jour estoit la feste de Sainct-Jacques, apostre, lequel, d'une part, les Espagnols tiennent et révèrent d'ancienneté, comme le singulier patron et protecteur de leur nation et patrie ; et les AUemans, d'autre part, ont aussi d'ancienneté coustume de le venir saluer et adorer en Espagne. Consistant doncques la principale force de son armée, et mesmement desdites premières bandes, en deux nations espagnole çt germanique, il les feit appeler et assembler en concion. Eux assemblés, il leur usa d'une oraison ou proposition telle, en substance, qu'elle se pouvoit espérer et attendre d'un homme alors outré de haine contre le roy.

En icelle généralement il les descouppa de toutes les sortes d'opprobres convftieuses qu'il est possible, le blasonnant et appellant violateur de foy, infracteur d'alliances et traittés, défenseur des infidèles, éverseurs et ennemy du repos et tranquillité des chrestiens ; et au contraire parla de soy si magnifiquement, qu'à peine l'on eust sceu juger àquoy il prenoit plus de plaisir, bu de haultlouer ses conditions, ou de blasmer celles de son ennemy. Et alors commença à célébrer et magnifier l'heureux et fortuné augure du jour de son arrivée en ce lieu, remonstrant conunent il falloit bien dire que miraculeusement son voyage estoit conduit et dirigé par le vouloir de Dieu, dispensateur et arbitre des choses humaines ; car, au mesme jour que l'an passé il avoit prins terre en Afrique, jour qui estoit presque universellement sainct et célébré à toutes les nations dont son armée étoit composée, et, quoy que ce soit, avoît esté à tous, sans exception, heureux et fortuné, par la notable et insigne victoire qu'ils avoient rapportée, arrivans à tel jour en Afrique, soubs sa conduitte et à son service, où ils délivrèrent ladite province de l'occupation et injure du Turc, ennemy de notre foy, à celuy mesme jour avoient-ils mis le pied au dedans des confins et

limites de France. Sur quoy il ccmdooit quà meilleur et plus juste tiltre ils dévoient jx^ seulement espérer, mais avoir foy et asseorua certaine qu'estans arrivés en France à nesMi jour , et sous mesmes chef, et avecquesla Besvi adresse et faveur de Dieu, ils conduiroieQKi' cores plus heureusement la guerre QUrqrqi contre le roy de nom très chre8tien,iMisat fect rien moins que chrestien; ou que, m mieux dire ils se pou voient tenir sears et» tains que Dieu luy-mesmes entreprendroir vengeance du mespris et contemnementdij religion, et eux, qui, après Dieu, estoksti semble avec luy offencéset outragés, n'ac autre affaire que de soy laisser mener et duire à celui Dieu, qui par la main d'en Te cuteroit et mettroit à fin. Et si, àrenc(»tni Turc, ils a voient obtenu en Afrique une ai et honorable victoire, plus noble et pbs seroit celle qu'ils rapporteroient indi ment de ceste entreprinse ; car, supposé Turc soit infidèle et contraire à nostrelbyj l'est certes que par erreur et ignorance; i le François, instruict et appris enlafoy,ne| sinon malignement, s'en estre aliéné, si rencontre, et s'accompagnant heui la cause et entreprinse des infidèles.

«« Et pensez vous, dit- il adoncques,' gnons, si n'estoit l'offence de la rdipft] luy répudiée, le malheur de son énorme qui l'exagite et conduit à perditiont ^ qui tant de fois a esté vaincu par vous, et; qu'il avoit Allemans et Suisses en son ayde^ son service, estant destitué maintenant etj d'espérance de l'un et l'autre secours, treprendre de venir et se présenter en avecques gens nouveaux et levés à basle,ai vant de vous autres vieux soldats, etqmj nombrer autant de victoires sur luy, vous luy avez donné de battailles? Crôyï certainement qu'il ne le feroit jamais, si i cbé ne le conduisoit à ceste évidente ce que vous avez veu que freschement ilj entreprendre contre les pays de SaTOjt| Piémont, encores qu'il les ayt surpris à pourveue et sans ce qu'ils se donnassent garde, si né l'eust-il jamais osé penser,!] Se fust fondé, autant religieusement quf i rairement, en une folle espérance qu*il s^ persuadé que ceste nostre victorieuse jamais ne retourneroit entière d'Afrique,

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