‹ Le loyal serviteur [pseud.] Chronique de Bayart.--Guillaume de Marillac. Vie du connétable de Bourbon.--Antoine de Laval. Continuation de Marillac.--Jacques Buonaparte. Sac de Rome in 1527.--R. de La Marck, sgr de Fleurange. Mémoires du jeune adventureux.--Louise de Savoye. Journal.--Martin et Guillaume du Bellay. MémoiresChapitre 341 sur 428 · LIVRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE VII

mant, comme je cuide, que Dieu ne fust pour nous assister et donner ayde en celle guerre, laquelle pour luy et pour son nom avoit esté par nous entreprinse et dressée. Mais je suis par avanture, compagnons, trop superflu et prolixe, sans besoin, à vous déduire ces remonstrances et persuasions ; car vous avez assez cogneu par expérience qu'il en a en toute diligence, incontinent la nouvelle sceue de vostre retour, feict retirer son armée deçà les monts, d'aucuns en hors, qui, pour s'estre amusés au pillage, n'ont peu à temps arriver et se joindre à la trouppe des autres. Et ne feult point que vous pensiez que ceux de Fossan ny de Turin s'y soient jamais enfermés, sinon par nécessité de se deffendre et couvrir des murailles, et non point en espérance de pouvoir aussi deffendre les murailles par la prouesse ou vertu qui soit en eux ; leur intention seulement a esté de gaigner un peu de temps, en espérance, pour la grande affection que j'avois de passer outre, et de n'avoir occasion de m'arrester longuement à cause d'eux, je les recevrois à mercy, en leur donnant la vie de grâce, avec seur passage et sauf-conduit, pour eux retirer à sauveté en leurs maisons. Et qu'il soit vrai, déjà, compagnons, nous avons, par vostre moyen et vertu, contraint ceux de Fossan de se rendre à nostre mercy, en vous quittant et délaissant leurs chevaux, hamois et bagage. Ceux de Turin nous avons jà mis en telle nécessité de vivres et de toutes autres choses, et mesmement depuis que nous avons prins la forteresse du pont du Pau, où estoit toute leur espérance du secours de vivres, que lious pouvons être infailliblement asseurés de recouvrer la ville en peu de jours. Et ceux-là, toutesfoys, estoient et sont la fleur et TesUte de l'armée du roy : de ceux-cy doncques nouvellement levés, et gens seulement armés à demi, tirés par la force de la charrue, qui n'ont encores aucune cognoissance de leurs capitaines, et de leurs capitaines sont aussi peu cogneus, jugeriez-vous qu'ils soient, je ne dis pas pour combattre, mais pour oser seulement se mettre et présenter en bataille?

« Croyez-moi, compagnons, que tout ce qui gist entre les Alpes, depuis cesie mer jusques à l'Océan, tout ce qui est contenu entre le Rhin et le mont Pyrénée sera vostre par une seule battaille, ou, pour mieux dire, par une seule làonstre et contenance de battaille ; et n'y aura

autre chose que les chemins, et non point le combat, qui vous éloigne ny retarde ceste victoire. Cestuy est le loyer et la récompense que Dieu vous a réservés et préparés pour tant de peines et travaux que vous avez portés et soutenus pour luy et pour l'exaltation de son nom et de sa gloire. »

Telle fut sa proposition en somme, combien qu'il, y adjousta encores assez d'autres indignités à rencontre du roy, en s'involuant et fourrant si avant en embages et superfluité de paroles, grande partie des assistans (ainsi que j'ay ouï dire à gens qui estoient présens) s'ennuyèrent et feschèrent de la longueur et insolence de sa harangue. En y eut toutesfoys aucuns (je ne sçay si pour servir à ses oreilles , sçachans qu'en sa félicité il ne vouloit ouïr autre propos, ou que leur opinion fiist telle, et qu'ils ne pensassent point qu'il luy peust arriver mutation de fortune) lesquels, par une militaire acclamation, commencèrent à regretter seulement et se douloir à luy de ce qu'ils avoient à faire à tel ennemy qui n'oseroii les regarder en barbe ; si que l'occasion leur défailloit de pouvoir monstrer et faire cognoistre combien, par si longue exercitation et continuation aux armes, ils estoient devenus excellens et singuliers en l'expérience et art militaire. Se voyans doncques privé de la tant désirée occasion, et puisqu'ils n'avoient plus besoin de s'amuser à consulter ensemble comment et par quel moyen ils pourroient avoir et obtenir victoire, commencèrent dès lors à consulter comment ils deviseroient et partiroient entre eux le fruict et gros butin d'icelle : etjàen avoit quidemandoîentles charges et les estats, et autres qui les places et biens des principaux de la cour de France. L'empereur, eslevé d'une certaine espérance et opinion des choses présentes, et se glorifiant au bruict, réputation et bonne fortune des passées, prenoit plaisir à les escouter, adjoustant foy à ce qu'il espéroit; et jà recueilloit avant la main le fpuict et contentement de la victoire, qu'il tenoit sienne indubitable, et autant que si déjà il l'eust obtenue. Huict jours entiers qu'il feit séjour audit lieu, attendant aucunes bandes lesquelles n'étoient encores arrivées de Piémont, ne fat mention d'autres dépesches que de dons et département d'estats, ofQces, capitaineries, gouvememens, villes, chasteaux, et autre» biens des subjects et serviteurs du roy.

Le huictiesme jour, commença le seigneur don Ferrand de Gonzague (lequel, ainsy que j'ay dit, avoit la charge de tous les chevaux légers du camp impérial) à les acheminer et faire marcher avant ; et avecques soy print le seigneur don Alfonce de Sainct-Séverin, prince de Salerne, avecques le nombre de quatre mille hommes de pied. Son chemin fut tirant vers Grasse, par un pays montagneux et aspre ; parquoy il envoya devant bon nombre de gens, pour descouvrir s'il y auroit quelques embusches par les montagnes. Sa contenance monstroit de vouloir passer plus avant en ça, si ses avant-coureurs n'eussent descouvert de loin une trouppe des nostres, qui cheminoient en ordonnance au long du costeau, tendant au chemin que tenoit ledit Gonzague. Lesditesgensdes nostres pouvoient arriver au nombre de deux mille hommes au plus ; mais j'estime que ledit Gonzague eut opinion qu'il en y eust d'autres embuschés deçà la montagne, et que cei|x-cy se montrassent seulement pour l'attirer, à son désavantage, aux destroicts et difficultés des passages. Quoy que ce soit, il se retira dont il estoit party, sans dresser escarmouche ny combat.

Par autre costé marchèrent quelques gens de pied espagnols devers Antibes, lesquels furent bien vivement chargés de deux bandes de légionnaires du pays ; mais la tenue ne fut pas comme la charge, ains furent lesdits légionnaires repoulsés de l'arquebutterie espagnole, laissans leurs capitaines en gros danger, lesquels toutesfoys s'en retirèrent très honnestement, en combattant tousjours et soustenant rennemy,tantqu'ilsse rendirent enlieudeseureté. Cecy estoit advenu le jour précédent que lesdits seigneurs Colonne et Bonneval arrivassent à Grasse; lesquels, ayant trouvé, comme j'ay dit, la ville n'estre tenable, délibérèrent que l'un iroit vers le roy en faire le rapport, qui fut le seigneur Stèphe Colonne, et ledit Bonneval exécuteroit sa charge de faire le guast : lequel feit emporter et amener hors tout ce que porter et amener se pou voit, au demourant mettre le feu, et rompre les murs de kt ville par cinq ou si?L endroicts, chacune bresche de trente ou quarante pas. Et, ce pendant que ces choses s'exécutoient, il envoya vers Antibes trente chevaux pour avoir nouvelles desennemys ; lesquels amenèrent trois prisonniers, qui rapportèrent com-

ment la trouppe estoit fort crue depuis lesoir précédent, et asseurèrent la descente estre de cinq à six mille hommes. Par quoy ledit Bonneval, voyant la chose requérir diligence, dépescha le capitaine Miolans, avec les gens qui avoit de U compagnie du comte de Tende, et deux mille hommesde pied, pour aller, le chemiii de France, rompre tous les fours et moulins, brusler les bleds et fourrages, et défoncer ks vins de tous ceux qui n'avoient faict diligence de les retirer es places fortes; aussy gasterles puits, jettant des bleds dedans afin de corrompre les eaues. Luy s'en alla droict à Catien, appartenant au sieur du Mas, qui commoKale premier à rompre ses moulins et brusler ses granges et bleds ; et à Calas en feit autant le seigneur du lieu. De là il vint à Draguignan, avecques sa trouppe, duquel lieu il envoya messire Gronguet, sire de Vassey, avec quarante oa cinquante hommes d'armes de la compagniedo sire de Montejean, dont il estoit lieutenant, pour soustenir et renforcer le capitaine Miolans; et par le costé de la montagne, devers Dignes, il envoya le capitaine Maure de Novate, goidoa du seigneur Jean-Paul de Cère, et avecqoes hiy mille hommes de pied du seigneur Chrestofle Guasco, venans alors du lieu où estoit le sire de Humières, auxquels il ordonna faire le semblable tout au long de la montagne. Après il print chemin droict à Carses, continuanl de faire le guast ; et audit Carses le sieur du lien mit le feu luy-mesmes en ses bleds, qui es ; toient aux champs en moulions, et feit boire tous ses vins aux compagnons. Telle fat Tif* fection de tout le peuple, gros et menu, an bien et commodité de la chose publicque, qui tous oublièrent le regret du particulier donunage.

Pendant le temps que se &isoit ladite exécution, estoient arrivées les bandes que Tem* pereur avoit attendues à venir de Piémont; lesquelles arrivées, il se délibéra de faire tonsjours marcher son armée jusques en Avignon, chose qu'il jugeoit luy estre autant fadie et sans résistance, comme utile et commode à b facilité de son entreprinse; et de là faisoitbien son compte de pouvoir, a son choix et appéliti dresser la teste , ou par delà, ou par deçà le Rhosne, ainsi que l'un ou l'autre luy viendroient plus à propos. De ceste délibération fut adverty le roy, et jà, dès le commencement, avoit bien préveu et pensé, avant la main, (p^

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