‹ Le loyal serviteur [pseud.] Chronique de Bayart.--Guillaume de Marillac. Vie du connétable de Bourbon.--Antoine de Laval. Continuation de Marillac.--Jacques Buonaparte. Sac de Rome in 1527.--R. de La Marck, sgr de Fleurange. Mémoires du jeune adventureux.--Louise de Savoye. Journal.--Martin et Guillaume du Bellay. MémoiresChapitre 342 sur 428 · LIVRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE VII

son ennemy, s'il passoit en Provence, ne pouvoit prendre pour soy autre meilleur advis, ny qui luy fust de plus grande commodité, tant pour avoir les vivres à son commandement, que pour donner travail au pays, autant deçà que delà la rivière, laquelle, en ce &isant, il eust eue en sa puissance, au moyen du pont qui est dessus, joignant aux portes et clostures de la ville. Et pour ce, estoit tousjours son intention et de^in d'y obvier en toutes manières, et de se saisir de ladite ville, premier que l'ennemy s'en peust saisir. A ceste cause, et, pour autant que ses forces n'estoient unyes encores, avecques lesquelles il peust raisonnablement et à son honneur se présenter en personne au-devant de sondit ennemy, il avoit choisi le sire de Montmorency, alors grandmaistre et mareschal, et maintenant connestable de France, comme celuy en la vertu, prudence , conseil et diligence duquel , entre tous autres ayans le maniement et disposition de ses afE&ires, il avoit plus de foy et d'espél'ance; lequel il avoit ordonné son lieutenant général, autant deçà que delà les monts, avecques très ample et pleine puissance et auctoritéde pouvoir ordonner et faire en son absence, en général et particulier, autant que luy en présence eust peu ordonner, commander et faire. Mais, pour autant qu'il vouloit encores plus au long avecques luy consulter et délibérer des affaires de telle et si grande importance, il y envoya ce pendant, pour gaigner touqours le devant, messire Robert Stuard, seigneurd'Aubigny, aussi mareschal de France, avec huict mille Suisses, qui jà et nouvellement estoient arrivés devers luy ; ensemble quatre cens hommes d'armes complets, mais de diverses compagnies : ainsi que les uns estoient plus voisins et prochains y estoient les premiers arrivés, ce pendant que les autres venoient aussi journellement, pour s'y trouver au jour qui à ce leur estoit préfix et ordonné. Avecques ceste trouppe s'en vint ledit seigneur d'Aubigny loger en Avignon, et, attendant la venue du sire de Montmorency, ne deffailloit de cueur ny de conseil à commander et pourveolr en diligence à toutes choses qui en telle presse d'affiiires se peuvent et doivent pourveoîr et commander. De ce travail et maniement d'affûres il se trouvolt grandement soulagé par la présence de messieurs Guillaume

XYI* siÀCLBy Chron. et Mém.

Poyet, alors second préddent en la cour de pailement de Paris, et conseiller du roy en son conseil estroit, et depuis chancelier de France ; Gilbert Bayard , aussi conseiller et secrétaire des finances dudit seigneur; Robert de la Martonnie et GiUes de la Pommeraye, maistres d'hostel ordinaires ; et Charles de Pierrevive, l'un des quatre trésoriers généraux de France, envoyés devant audit lieu d'Avignon, pour y faire amener de toutes les provinces de France qui plus seroient à main, toutes sortes de vivres et de fourrages, tant pour le nombre qui jà y estoit, que pour celuy que l'on espéroit y arriver après ; en laquelle charge ils s'acquittèrent si grandement et soigneusement, que de toutes choses y eut en nostre camp jusques en abondance, et non qu'à suffisance.

Le roy, ce pendant, consultoit de toutes ses affaires avecques le sire de«Montmorency, et des moyens qui leur sembloient estre requis à tenir pour mieux les conduire et gouverner, et pour en avoir issue plus heureuse et à moindre hazard; car ils scavoient tous deux de quel poids estoient les choses à présent, et de quelle conséquence à l'advenir. Le sire de Montmorency, considérant, en son esprit et à part soy, combien de la charge qu'il avoit il luy pouvoit, en la bien conduisant, advenir d'honneur et de gloire, et combien au contraire d'une malheureuse issue luy adviendrait de honte et reproche, avoit ordinairement en imagination et comme devant ses yeux la grande obstination et opiniastreté de l'ennemy, accompagnée de puissance excédant et surpassant celle de tous les autres ennemys que jamais eut le royaume de France ; le grand nombre de gens et de belliqueuses nations qu'il auroit à combattre, la prochaineté d'eux, telle que desjà ils se pouvoient dire présens ; l'opinion et réputation de leur prouesse et vertu; le long temps qu'ils avoient vescu ensemble suivant les armes; leur accoustumance de vaincre, non que de guerroyer, et non soubs estranger, mais soubs leur prince naturel et droicturier. Tout au contraire, il se veoit avoir plus de nom que de force d'armée, et ce qu'il avoit de gens, avecques ce qu'il en espéroit encores, estre mercenaires en grande partie ; en autre partie, gens incogneus les uns aux autres, et lesquds il luy adviendroit par avanture besoin et nécessité de mettre aux champs, avant

que les capitaiiies Ausenît bien itilés à commander, et les compagnons à exécuter leurs commandemeni; et si de mile avanture il advenoît qu'ils ftuaent hattna, il ne vcoit point que les eiknemys Tainqueurs trouvassent lieu de résistance, ny les vaincus de seureté, jusques à ce qu'ils arrivassent à Lion. Or estant telle aujourd'buy la condition des temps que l'on estime les entreprtnses selon l'issue, et non selon la oonduitte, il cognoissoit évidemment (advinst ce qu'advenir en pourroit) qu'on luy mettroit en compte et considératicm plus la fortune que le conseil. Au roy venoient en ses discours toutes les mesmes imaginations, et autres semblables, lesquelles mettant en avant, et proposant k sondit lieutenant générai, et luy ordonnant ce qu'en chacun événement il auroit à faire, eux deux ensemble, sur toutes choses, pesolent Uespérance, la crainte, la raison et l'avanture, en mesurant et contrepesant les unes avecques les autres. De leur victoire ne leur résultoit aucune espérance de priver l'ennemy ny de TEmpire ny des Espagnes, ny de quelconqiies autres de tous les royaumes qu'il tient ; de la victoire sienne, non-seulement en adve^oi t la ruine de l'armée qu^îb dressotent , mais le danger et trouble de tout le royaume ; comment que soit, le passage du Rhosne, la seigneurie de U mer de Levant, avecques asseurance de n'avoir jamais fauite de vivres, et te moyen de travailler le royaume par quelque endroict qu'il hiy eust pieu, estoit le moindre fruict que l'ennemy pouvoit espérer de sa victoire.

L'espérance doncques et la crainte n'estoient équipoientes Tune de l'autre, et, biai qu'entre icelles y eust diverse raison, toutes deux gisoient en incertaineté, et plus dépendoîent de la fortune et avuitin^, que de conseil et jugement ; de manière que tant plus ikdiscouroieni diligemment, tant moins ils trouvoient de certain advis et moyen d'y procéder. Pom* résolution, après avoir long-temps débattu et l'une et l'autre partie, le roy, se tournant au sire de Montmorency, luy osa de tel ou semblable langage : « Vous avez, dit-il, assez liiict preuve, aux guerres passées, de vostre hardiesse et asseurance aux hazards, et me suis jusque» icy trouvé loyaument ^t vaillamment servy de voua, de jugement et advis et bon conseil, quatités propres et péeeKèrement requises à qui bêen I

DU BELLAY, [use]

veult faire son devoir, en charge de chef et apitaine général d'une entrepriose, et que par iœlles» autant que par force, les royâunesci empires se deftendent et maintiennent en tntr estât: aussi peu ay-*je eu oecaskm de lûDieD désirer en vousç mais de ces demièrnfuties est la saison d'user maintenant pins que de courage ny de hardiesse : mais tant y a que. rapportant de ceste guerre la réputation telle qœ j'espère et m'asseure que vous en rapportera, c'est celle qui accomplira, jusquesàcoDsonmation et comble d'honnoir, toute k gloire et toute la louange que vous avez acquise èi»très. Je vueil à ceste cause que vous emiepranm la charge que je vous donne en eeite espérance, et en vous asseurant que je ne vou laisRray avoir fiaulte, retardement, neiqov de chose dont vous puissiez avoir beioio oq nécessité en vostre camp. Quant au moyen de vous y conduire, vous seavei combien nà fortuneen toutes dMscs, et au faict de Itgwn plus qu'en nul autre; et que bien souvent foB cas de petit moment peult réussir on gnad changement et commutation des choses. Von serez en faiet et sur le lieu, pour tout jogerct cognoistre à l'ceil : je ne doute point que tous ne sçachtez bien prendre bon advis et bon coo* seil, selon l'occasion et opportunité du teinpi et des affaires, et meflnement par les pnpci desseins et endreprinaes de renneroy* *»

Orande assetirance donnèrent ces propoiis sire de Montmorency , lequel, sur iceux, presiBt

congé du roy, arriva le quatriésme joor iprif en Avignon ; auquel Ueu, aynnt le tout cerna»nique avecques le sure d'Aubîgny, il feit veair à soy tous les capitaines et de cheval et de piei et avecques eux ancons vieils gens d'anM8,(|i par la longue expérience du métier, y 9^^ acquM réputation et anetorité. Assemblés (p'ik Airent, il leur proposa et mist en ayai^ ki^ ainsy qu'il esloR : les forces de l'ennemy) cds que de présent avoit le roy, et celles qoecAcores il attendoit, tant fie ses pays miff!^ comme de SuisM et d'Alkmagne; la difficoitr de vivres où se devoit trouver l'^memy, f^ dance que nous en pouvions avoir; quel N^ quelle commodité, quel avantage nous ^' vions attendre, au cas qœ nous fussioni ^' torieux ; quelle perte, Ranger et iocorainodit^' «eu cas contNôre, et qpiendus fisoKiens vtid^' de quelle pari no«s devoU venir tmS^ ^

Page 1