‹ Le loyal serviteur [pseud.] Chronique de Bayart.--Guillaume de Marillac. Vie du connétable de Bourbon.--Antoine de Laval. Continuation de Marillac.--Jacques Buonaparte. Sac de Rome in 1527.--R. de La Marck, sgr de Fleurange. Mémoires du jeune adventureux.--Louise de Savoye. Journal.--Martin et Guillaume du Bellay. MémoiresChapitre 343 sur 428 · ÔS · texte numérisé non relu

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quelle part cflpéninee ; combien nous deyions taseher d'obvier et remédier à Tune, combien d'accepter, accroistre, et mettre à exécution Taotre, et mesmement en ce temps icy, auquel (si oncques mais) il estoit requis; et devions tous nous employer de corps et de biens, à &ire quelque digne chef*d'(Buyre,pour l'asseurance, tuition et deffence de la patrie, et pour en repoulser et mettre horsnostre ennemy, qui, par trop grande confiance de sa fortune et de ses forces, et par outrageux et superbe contemnement et mespris des nostres, dévoroit desjà en son espérance cestuy nostre opulent et glorieux royaume. Sur ce leur feit autres plusieurs mais briefa discours, et bien succinctement troussés, en demandant Fadvis à un chacun, à scavoir lequel estoit meilleur, ou de marcher plus avant en pays, ou d'attendre sur le mesmes lieu« tant que le supplément et renfort de gens ordonné par le roy y ftist entièrement arrivé: aussi quelle voye et moyen leur sembloit estre plus à propos pour bien conduire ceste goerre, et pour heureusement U mener à chef.

Sur cest endroit, il voulut bien leur remonstrer et feire entendre que le roy, s'il eust voulu, eust I»en scea de luy-mesmes prescrire et ordonner toute la raison , ordre et moyen qu'il eust voulu estre tenus au faict de ceste guerre ; et quant à luy, venant du heu dont il venoit , instruit de celny auquel principalement touchoit, et qui, autant que nul autre, avoit le Jugement accompagné d'expérience au manieaient de telles affaires, qu'il n'estoit point ny trop perplexe , ny travaillé d'qnnion en ce qu'il aurolt à £iire; mais que tous deux avoient bien voulu tant déférer à la prudence , expérience et foy d'entre eux, que de leur en faire demander leur advis sur le £iict , et la chose encores estant en son entier : par quoy il attendoit d'eux tous et de chacun, la frandie, libre et libérale opinion.

Telle fut sa propositûm au conseil ; et* nonobstant qu'il avoit jà pris avec le roy ferme et résolue délibération de ne point venir au comb^, et de ne jouer te gros jeu , sinon que extresma nécessité l'y contraignist, ou qu'une seure ou certaine opportunité s'y offrist, d'autant qu'ils sçavoient et cognoissoient très bien que beaucoup plus est le devoir d'un chef et général d'armée qui a de combattre pour et en bon naturel et propre pays , de meurement et

sagement, que hardiment et soudainement s'exposer et mettre au hazard, si avoit-il approprié ses paroles , et composé sa contenance de telle sorte et manière, qu'on eust plustost jugé que son advis fust incKné à l'opinion contraire : et ce faisoit-il à propos et à son escient , par ce qu'il cognoissoit la chose estre desjà venue en coustume , que grande partie des capitaines et autres qui sont appelés au conseil tendent aujourd'buy à la faveur , et opinent communément selon qu'ils pensent et conjecturent que le chef et principal capitaine le trouvera bon ; et telle qu'ils estiment estre son opinion , telle la donnent , et appliquent tous leurs esprits à la confirmer et fortifier de raisons , en façon qu'elle puisse estre trouvée la meilleure. Et à ceste cause, avoit-il cherché de dcmner aux assistans occasio)^ de penser que son opinion fust autre qu'en effect elle n'estoit ; et par ce moyen, il feisoit son compte qu'en voyant impugner et confuter l'opinion qui véritaÛement estoit la sienne , par gens qui penseroient Caire tout le rebours, il auroit plus grande liberté de conférer et contrepeser les raisons et causes mouvais tes de l'une et de l'autre opinion.

Les advis du commencement forent plusieurs et bien divers, mais peu après se résolurent tous en deux : les uns estoient d'opinion que l'on marchast plus outre, et qu'on logeast le camp plus près de l'ennemy , pour le combattre es angusties et destroicts des passages, en lieu où il ne luy fust possible de s'astendre et de mettre en battaille toutes ses forces , plustost que d'attendre à ce faire quand il auroit pris pied en lieu plus ample et spacieux; et auquel il eust ledit moyen et commodité de s'estendre et de s'ayder de toutes ses forces; les autres estoient (fadvis contraire, et leur sembloit plus à propos de surattendre au lieu où ils estoyent , pour donner au renfort et supplément qu'on attendoit espace et temps de pouvoir arriver et se joindre avec eux. Ceux qui estoient de cest advis estoient meus et fondés sur les raisons jà devant déduittes, sçavolr est sur la prochaineté du grand et bien agnerry nombre de gens estans au camp impérial , et sur le gros appareil qu'ils conduisolent aveeques eux : aussi l'asseurance et courage que leur donnoit la firesehe victoire qu'ils avoient obtenue en Afrique, aveeques la longue cognoissanoe et habfrtdde des uns aux ivtrei, pDtv la kiAgue hantise

qu'ils avoient eue ensemble , saivans tousjoors les armes à mesmes soolde, et soos leur mesmes naturel et droicturier seigneur; là où les nostres, au contraire , estoient, en grande partie , les uns mercenaires estrangers , et les autres levés nouvellement à la haste, qui n'avoient encore cognoissance ny mutuelle affection les uns envers les autres , et qui en effect ne pouvoient encores estre tels que Ton s'y deust tant asseurer que de les conduire si avant , qu'on vinst à la nécessité du combat, et en lieu par avanture désavantageux. Et pour ceste cause, il leur sembloit que, pour le plus seur ( en attendant que leursdites gens, qui tous estoient différens de langue , de mœurs et de religion , s'accoustumeroient et accoincteroient un peu ensemble, et apprendroient à se ranger et retirer chacun en son ordre et soub^on enseigne , pour après estre {dus duicts à faife service ) , il valoit mieux se fermer et fortifier audit lieu ou ils estoient, auquel ils avoient singulière commodité de vivres, et grand moyen, en attendant le renfort et secours des gens qui leur venoient, et d'y temporiser et dissimuler, et de quelquefoys esprouver contre Fennemy, par seures et légères entreprinses , quelle seroit la hardiesse de nos gens à entreprendre, et quelle la vertuà exécuter. Sur ce,concluans en somme que, le temps et conséquence des choses considérées, il Câisoit pour nous délayer et prolcmger la guerre, et, en amusant et ennuyant Tennemy,luy refroidir et amortir ceste impétueuse ardeur en laquelle, pour lors, il sembloit estre; et par tels moyens souvent estoit advenu que, par conseil, provision, ordre et dissimulation , se sont bien grandes choses conduittes à bonne et heureuse fin, lesquelles, si elles eussent esté précipitées, fussent réussies au contraire, et au grand et pernicieux dommage des républiques. Au contraire , alléguoient ceux qui tenotent l'autre opinion ( et parmy eux peu avoit qui n'estoient point sans expérience), que le plustost marcher en avant et approcher de l'cnnemy, estoit beaucoup le plus expédient et le meilleur; car il pouvoit encores avoir environ de cent et octante milles jusques au lieu où il estoit, et que, de luy laisser gaigner autant de pays ouvert et sans résistance , ce n'estoit autre chose que luy baiUer le chemin et l'ouverture de recouvrer vivres et fourrages à foison ; et quct luy donnant ceste cognoissance de la

crainte que nous ayons de sa force, estoit comme tacite confession que nous n'osions approcher de luy : chose qui estoit pour lay accroistre tousjours le cueur, ainsi que la peoret crainte aux nostres. Et qu'à ceux qui encores estoient suspens et en grand bransie de se joindre à l'un ou à l'autre party, en attendant quelque commutation et changement de {»rtune , nous donnions occasion (d'autant qu'ils n'auroient cognoissance de la vérité du iaict ne des causes nous mouvantes à dissimohlioD) de s'attacher au bruit commun qui s'en espandroit tousjours au plus grand avantage de cehiy que l'on cognoistroit estre craint et redouté; chose qui les confirmeroit en l'opinion desjà conceue de Theur et félicité de l'empereur (à laquelle ils attribuoient toutes choses), josqnes à les faire joindre à luy, ou ( quoy que ce soit) se divertir et aliéner de l'espérance et faveor du roy. « Là où, disoient-ils, si nous approchons de l'ennemy, et avant qu'il aytCennéle pied en Provence, nous arresterons sa foreor, et romprons ceste première sienne impressioD, es destroicts et angustiesdes Alpes : il ne peolt estre ( encores que nous ne tinssions ny Frqos ny Toulon ) que, pour le moins, nous n'ayons bien loisir de fortifier la ville d'Aix, capitalede ceste province, ou bien de la couvrir de nostre camp ( ainsi qu'il a desjà esté advisé ) avant que l'empereur y puisse jamais arriver; et, en li deffendant, luy empescherons le passage,etlay osterons le moyen de venir outre en avant. Et ne fault jà que ceux auxquels plaisent tant les dissimulations craignent aucunement que, en ce faisant, nous puissions tomber en nécessité do combat, ny déjouer le gros jeu, si bon ne nous semble ; ains, au contraire, nous pourrons journellement, faisans des embuscades par les destours et circuits d'entre les croupes et vaBées des Alpes, leur donner tant d'alarmes, ennuys et dommages , que l'occasion s'offriroit d'os(? et d'entreprendre qudque chose davantage, comme certainement elle s'y offrira. Et venh la raison de la guerre , et la nécessité de nos affaires le requiert , que nous osions et entr^ prenions en telle assiette ce que d'icy, et de pleine campagne, nous ne devons oser ny bixt\ car l'empereur a en effect une armée autant oo plus puissante, et de nombre et de vaillance de gens de guerre , que nulle autre année qui^T^ esté dressée de nostre temps : mais bien est vray

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