LIVRE VII
oostre force, en feit courir le braict encores plus grand et plus à son avantage que ne seront les cboses en efibct, et, par ce moyen, il destoumast de l'amitié du roy ceux qui encores sont en bransle et en suspens entre Tun et l'autre party, esConnant ceux qui sont du nostre, asseurant et confirmant ceux qui tiemient le sien.
« Or, afin que nous ostions Toccasion du premier dirabte, je ne sMt>is jamais d'advis de nous arrester et fermer en ce lieu, sinon que premièremait on fiasse (comme il a esté ordonné) de toute la campagne et de toutes les villes et bourgades, champestres et non tenables, par où Tennemy aura de passer, diligemment retirer es villes et places fortes tout ce qui se peuh ou porter, ou chasser avant, ou y conduire en quelconque sorte. £n ce Atisant vous trouverez qae tant plus nous attirenms Tennemy en ça, c'est-à-dire que, tant plus nous l'esloignerons de la mer, tant plus aura-il de faulte et difficulté de vivres, et tant plus luy en sera k port cousteux et malaisé. Quant au second point, je ne doubte pas que l'ennemy ne s'ayde en ee qu'il pourra de cest artifice ; si est-ce qu'il n'en peult advenir chose qui tant nous soit à craindre, comme il seroit de marcher et campaier si avant qoe nous apportassions (ainsi qu'il est advenu souvent) opportunitéàl'ennemydenousassaillir à son avantage, et à BOUS forée et nécessité de combattre à son choix et non au nostre, et de mettre au hazard et à discrétion de fortune le sdut de la patrie, qui en grande partie consiste et dépend de révéaement et issue de ceste guerre ; tant y a que toute guerre qui advient entre les humainSf poiur quelque cause et occasion que ce sok, faâlt quelle smt ou nécewaire ^u volon* taire, conaéquemment il fault diverse raison et coosîdératîoa à entuepreodre l'une et à soustenir l'antre. Car, tout ainsi qu'à eeluy qui l'entreprend hors de son pays il touclie et appartient d'avoir, avant qu'entreprendre, son armée avecques tout son équippage en ordre, et de première «'rivée, assaillant son emiemy, e«trâdie an long et au large la réputation et cnmle de ses forées; ainsi, mais au contraire, touche et appartient à nous, qui la soustenons eB oostre pays, user de longiieurs et dtssimu<iatîoas, et, en frustrant l'imeattiMi et impétuo^ mté de l'cnnemy, laisser, avee^s le temps.
refroidir son ardeur et anéantît sa puissance ; car, en ce faisant, et à un besoin luy monstrant aucunefoys d'avoir crainte et peur de luy plus grande que nous ne Tavons en effect, ou nous luy engendrerons une telle confiance de sa force, et si téméraire contemnement de la nostre, que nous le pourrions attirer à nous venir assaillir en nostre fort, et à nous combattre en lieu qui luy soit désavantageux ; ou bien luy pourrions tant donner d'ennuy, et tant le faire amuser et consommer, que nous luy ferions rabaisser son hault courage, diminuer son espérance, et à la fin rompre et deffaire son armée d'elle-mesraes.
<« £t quant à ce que vous mettez en avant, que l'empereur a une des plus belles et puissantes armées, de nombre, de gens et d'expérience de guerre qu'il est possible de souhaiter, mais jusques à ores esparse, et séparée les uns des autres, embarrassée parmy les montagnes, travaillée du long chemin, assez mal équippée de vivres, Jusques icy endroict suisje biaa de vostre advis et opinion; mais, en ce que vous dites que, leur donnant du temps, ils se rassembleront , qu'ils se viendront loger plus commodément et au large , qu'ils reprendront force et courage, je tiens, au contraire, que, si nous fifliisons bien et diligemment nostre devoir à leur empescher et rompre les vivres et les fourrages, le temps leur doublera toutes les incommodités qu'ils ont maintenant. Et quant ores il semMeroit bon à l'empereur (ainsi que vous monstrez en avoir doubte) de feire venir joindre et venir à ses forces présentes celles qu'il a laissées au pays de Piémont, et qu'il n'auroit (ce qu'il a) occasion de craindre qu'on luy fist venir au dos, et par derrière, une autre nouvelle puissance de par delà. Je dis toutesfoys que, quant plus il amassera icy de gens ensemble, tant plustost (si, contre son espérance, nous voulons mener ceste guerre à la longue) viendra son camp à la £aim et à faulte et nécessité de vivres. Je vueil qu'il en trouve pour quelques jours en ceste Provence, et que nous n*y puissions si soudainement faire le gast ainsi quil appartient; si est-oe qu'après avoir consumé le peu qu'il en trouvera, il ne faut point qu'il fonde son espérance en ce qu'il iuy en pourra venir des pays qu'il a iaîssésderrière son dos; car vous sçavez que tout oe qui en l'autoame passé fut mis en grenier^ et tout
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ce qni s^en est recueilly ceste année, a esté &k* tièrement consumé, pillé et mis à perdition, tant par ses gens de guerre que par les nostres, qui ont trouvé le pays ouvert et abandonné; et si quelque peu s* en est sauvé, croyez que ce ne peult estre ny pour durer long temps, ny pour une si grosse armée. Et quand autrement en seroit (ce que non), si ne luy sera-il jamais possible de tant recouvrer des bestes qu'il luy en faudroit à rapporter et conduire de si loin. Mais pour à tant retourner aux gens de guerre qu'il a laissés audit Piémont, je puis bien vous asseurer certainement que vous ne devez craindre, ny luy espérer aucun renfort de ce costé; car, à ce que j'en ay entendu jusques icy, nos gens n'y sont point encores si estroittement assiégés, qu'ils ne fassent bien souvent des saiUies contre l'ennemy, et que la pluspart du temps ils ne se retirent victorieux et chargés de butin.
« Et davantage, nous n'attendons que l'heure que les seigneurs comte Guy de Rangon et Caguin de Gonzague se viendront joindre à nosdites gens, avecques nouvelle armée non moins puissante de nombre, d'expérience et de courage que celle que Tempereur y tient à présent. Car il ne faut. Messieurs, que vous pensiez que l'empereur ait encores aujovrd'huy les mesmes gens de guerre qui luy ont tant gaigné de victoires : ce sont ceux dont il a le moins ; les uns sont morts es guerres de Lombardie, autres es guerres de Naples, autres en celles de Hongrie; plusieurs aussi, par les chaleurs et intempérie de l'automne en Afrique; plusieurs sont péris en la mer ; plusieurs se sont retirés en leurs maisons, avecques le gaing et butin qu'ils avoient faicts à la guerre. Les bandes qu'il a maintenant, croyez qu'elles sont remplies et reCaictes de gens nouvellement levés, et qui n'ont guères plus que les nostres expérimenté les dangers, afibires et difficultés de la guerre. Et quant à ce que vous alléguez du seigneur André Dorie, je ne vois point que l'empereur puisse asseoir en luy aucune certaine espérance en chose de tel moment et importance qu'est ceste guerre; car vous sçavez combien sont incertains et mal asseurés les desseins qui sont fondés au faict de la mer; et n'a point André Dorie commandement sur elle, par quoy aucun puisse promettre qu'il arrive au jour nommé ; et s'il advient qu'il n'y
arrive à temps, je puis vous asseurer que Ti pereur et tout son camp en peu de jours seront et à la bim et à faulte d'argent. Or vueitje à présent poser le cas que André Dorie ayt le vent et navigage à souhait, qu'il vienne à jour et poinct nommé, si ne me direz-voos point que ses galères soient si grandes, ny qu'elles puissent plus porter de gens que ks nostres, tant que pour ce vous devez craindre qu'il puisse descharger en Languedoc, outre le Rhosne, si grosse puissance et nombre de gens, qu'il soit pour seulement combattre les garnisons que j'ay mises au pays. Aussi peu, ou moins, devez-vous craindre que les Espagnes soient si fertiles et si productives de gens, qu'elles ayent moyen, quand il -seroit en Languedoc, de luy envoyer le supplément el renfort de gens qui luy seroit nécessaire, dégairnissant ce pendant leur pays, qui a meslier d'estre tenu en seureté, pour obvier aux entreprinses que pourroient faire ceux du royaume de Grenade, nouvellement ccmquis, et qui moult envis, et à grand regret, ont abaissé le cd sous le joug. Quel secours doncques pensezvous, le tout bien considéré, que puisse apporter à l'empereur ceste tant désirée venue de André Dorie, sinon de vivres et du payement de son armée pour quelques mois, ou, par avanture, seulement pour quelques jours ? et quoy qu'il apporte, si ne sera-ce chose dont on ne trouve le bout. Et alors je ne scay , et aussi peu le pourriez-vous comprendre que moy, où c'est qu'il en recouvrera d'autre pour satisEùre à tant d'armées qu'en un mesmes temps il entretient en si lointains et divers lieux; car nous pouvons bien entendre qu'il buh nécessairement que ses finances soient ammndries, outre les frais des guerres passées, par la despence qu'il luy a convenu faire en ce dernier voyage d'Afrique, encores que nous voulussicms penser qu'en ses isles nouvellement trouvées, et pour lesquelles il se plaist et baigne tant en gloire, il y eust des sources et fontaines d'or non tarissables.
« Et quant à ce que vous alléguez de la na* ture et conditions des nationsdont nostre année consiste, je vous dis, et vous le sçavez, que sa principale force (s'il veult venir au combat à la main ) gist, aussi bien que la nostre, en gens de langue tudesque : par quoy, estans nés et nourrys en mesmes terre et sous un mesmes
cid et climat, je lïe penseray point qo^ils en ayent apporté diverse complexion que celle des nostres, ny qu'ils soyent mieux pour endurer ny faim,fny soif, ny froid, ny chauld, ny que sans argent on les puisse mieux tenir en obéissance, ny qu'ils soient moins pour s'ennuyer et anéantir à la longue, ny pour moins rabattre et diminuer de ceste naturelle promptitude et haultesse de cueur. Encores oseray-je dire davantage ( et sera pour venir tomber à propos de r autre opinion mise en avant ), que tous ces dangers et inconvéniens que nous craignons, Dostre ennemy a beaucoup plus cause de les craindre que nous n'avons ; car, en usant nous autres à propos, et ainsi qu'il appartient, de ruses et dissimulations en ceste guerre, il descherra beaucoup, non seulement de leur ardeur et impétuosité, mais aussi de leur équippage et appareil de guerre; et y en aura plusieurs, quand ils la verront tirer à la longue, notamment plus qu'ils n'espéroient, qui auront souvenance et regret de leurs maisons ; et quand ils verront tous les chemias assiégés de nos gens, en sorte qu'ils ne puissent aller loin au fourrage, ou sans extresme danger d'y recevoir honte et perte, ou sans y mener si grosse trouiqpe qu'elle soit suffisante à consumer ce qu'ils trouveront, ce leur sera force etcontrainte de se saouler et appaiser leur faim de figues, raisins et autres fruits qu'ils trouveront autour du camp. Et de ce vous leur verrez bientost advenir qu'ayant à souffrir ensemble, outre la mutation du ciel et de la terre, qu'ils trouvent icy contraires à leur naturel, et outre les chaleurs de Fautomne et l'air mal sam en ce pays à qui n'y est accoustumé, de ceste autre soudaine mutaUon de viandes, dont ils se rempliront sans en tirer grande substance, ils tonôberont en maladies, et successivement ai pestilence. Nous, au ccmtraire, si nous séjournons et nous fermons icy, aurons parle séjour abondance et superfluité, non (pe provision et suffisance, de toutes les choses dont le mesmes séjour leur donnera fauhe ; car tous les jours nousadjousterons à la fortification de nostre camp ; il nous viendra co.mme une nouvelle armée, et de ceste-cy riens ne diminuera : partant les forces et omséquemment le cueur nous croistront.
. «Et, pour commencer à Tun des poincts, nous avons icy fociltté de nous fortifier autant
qu^il est possible,et si avons du temps assez pour XVI* siicLBi Chroo. et Mém.