LIVRE VIÎ
eoâ
mais volontairement s'offrirent à la tenir et deffendre ; le plus apparent entre ceux de ceste opinion fiit ie sire de Montejean^ hoœfne hardy et entreprenant, lequel feit grande instance et poarsuite qu'on luy en voulust donner la charge. Le sire de Montmorency, louant son cueur et bonne volonté, eneores qu'il fust bien d'advis qu'il espérolt plus que luy n'antre né pourroit facileoient exécuter, hiy accorda toutesfoys qu'il y demourast, et considérast plus à loisir eC plus diligemment la charge qu'il offroità entreprendre; pesant bien et menremeot ce qu'il devroit oser et ce qu'il oseroit espérer, cependant que hiy féroit un voyage à Marseille; et que luy, son rapport ouï, ordcmneroit et eon^ clarott an r^our ce qu'il voodroit qui en fiist Cai<^.
Cela arresté, il print ie diemin de Marseille; et, arrivé qu^il y &it, visita la ville, et, par de- I dans et par dehors, considéra et loua les fortifications que le sire de Barbezieux y avoit faictes, et la diligence dont y avoit esté usé. Y mist encorcB gens de renfiort, scavoir est les compagnies de gens d'armes qiû n'a guères estoient retournées de Fossan, et les bandes italiennes du seigneur Chrestolle Guasco; à tous les che& et capitaines ordonna quelles charges chacun entreprendroit en son endroict, (es asseurant, de par le roy , que ledit seigneur «uroit , en temps et lieu, bonne souvenance du bon service qu'ils luy laisoient, et luy s'offrant à eux d'estre, à ceste fin, leur médiateur et intercesseur envers Sa Majesté. Ayant pourveu au fatet de la ville, il alla visiter Tarmée de mer, et, entendant en quel équipage elle estoitde toutes choses à ce requises, feit faire reveue des compagnons de guerre et gens de camp qui estoient sus, et prendre garde aux forçats s'ils estaient bien entretenus et le nombre complet, ainsi qu'il appartient. En toute ladite année il fdt élec^ tion de treize galères, les mieux en ordre et mieux fournies de gens, de vivres, hamois, artillerie, munitions et autre équippage. Entre les eapitainesd'icelies, il ordonna celuy auquel ils auroient à obéir, qui fat le baron de SainctrBlancart ; et ce qu'au demourant ik avoient à faire, et quand, et à quelle occasion et opportunité ] aux autres, il cooHEnanda de se tenir au port, pour la senreté d'ieekiy, et pour la tuidon et deffence de la ville. En ladite ville de Marseille 4emourèrent à son partement ledit sieur de
Barbezieux, lieutenantdu roy, avecquessa compagnie de cinquante hommes d'armes ; les seigneurs de Montpesat, de Yillebon, de la Rochedu-Maine, avecques leurs compagnies, chacune de cinquante hommes d* armes ; le sieur de Boutières, avecques celle de monseigneur le duc d'Orléans, aussi de cinquante hommes d'armes, dont il estoit lieutenant, et le sieur de la Rocque, avecques celle du grand*escuyer, laquelle estoit décent; messire Antoine de Roehechouard sieur de Chandenier, avecques miUe honunes de pied de la légion de Languedoc, de laquelle il estoit chef et capitaine général, et avecques lesdits mille hommes avoit la porte en garde; messire Jacques d'Amboise sieur d'Aulbigeau, et le sieur Foutrailles, et le baron d'Escuisson, et ledit ChrestoQe Guasco, avecques autant; et les capitaines Wariiz, Navarrois, et Sainct-Petre, Corse, avecques chacun six cens.
Le sire de Montmorency, en pourvoyant à ce que dessus, et à toutes autres choses qui luy semblèrent estre nécessaires ou utiles au faict «présent et à la garde de ladite ville, avoit toutesfoys son entendement occupé aussi bien aux dioses qui luy estoient de plus loin; et luy vint en délibération de faire fortifier la ville d'Arles, et, après en avoir en son esprit discouru U commodité et incommodité, en voulut bien communiquer a vecques les capitaines qu'il avoit en sa compagnie. Tous furent d'advis et opinion d'y faire (puisque le temps le portoit) un voyage, avant qu'en prendre certaine résolution ; et, partans de Marseille en ceste délibération^ passèrent premièrement à Aix, où ils avoient laissé le sire de Montejean, qui avoit faict abattre quelques églises et autres édifices h»rs b ville, qui empesdioient que l'on ne penst si véritablement juger quel dommage pouvment faire les collines qui regardoient dedans, et en partie pouvoient servir et de retraitte et de cavalier aux ennemys. Là fut mis de redief en délibérati(m si on devroit tenir ou abandonner la ville. Au sire de Hontejean n'estoit point àœores abaissé le cueur et le désir qu'il avdit d'accroistre son honneur et gloire au &iet des armes. Si se mist eneores en avant, et offlrtt de la tenir et garder en sorte que, tant qu'il fust en vie, jaoMiis l'ennemy n'y mettroit le pied, moyennant qu'U eust autres cent hommes d'armes, outre les oent dont il avoit la charge^ et fens de.pied jusqoes à six mille, avcapies i'4
MÉMOIRES DE DU BELLAt,
tiUerie et l' éqaippage y appartenant. Et n'oublia rien à mettre en avant de l'avantage que Ton poQvoit avoir de tenir ladite ville, sinon jxuqaes à Fextrémité, à tout le moins pour qnehqpie long temps, y amusant Fennemy, tant qu'il se trouvast Thy ver sur les bras ; mais le sire de Montmorency, cognoissant la difficulté, fort approchante d'impossibilité, de la sçavoir bien fortifier, et, quoy qu'il en fost, que ce n'estoît ouvrage de peu de jours, ainsi que le temps pressoit, et que les pionniers n'estoient en main en si grand nombre qu'il en budroit pour ceste affaire, conclut et ordonna qu'eUe seroit abandonnée ; car il pensoit en soy-mesmes que, tout ainsi que l'empereur, à la première ville qu'il assaudroit sans en venir au-dessus et à son intention, amattiroit et affcnbliroit le cueur de ses gens, et apporteroit un grand préjudice et despération à l'attente et issue de son entreprise, nous, en pareil cas , rabattrions beaucoup de nos desseins et espérances, diminuerions du cueur et de la vertu de nos gens, et à nosennemys l'accroistrions d'autant, si nous entreprenions de garder, et, nonobstant, perdrions une ville première et capitale de la Provence. A ceste cause, il luy sembloit bien que, désaccoustumant les ennemys de vaincre et les François d'estre vaincus, ildonneroit assez bon commencement, et auroit suffisantes arres pour la future et désirée victoire. Et, pour ce, commanda-il expressément que Ton deslogeast et transportast hors de la ville toutes choses qui, restans en icelle, pourroient y soulager et secourir Fennemy, et qu'au surplus on rasast les portaux et tout le peu de; deffence qui pourroient y cstre.
Lecapitaine 6onneval,en continuant de faire le dégast (ainsi qu'il a esté dict cy-dessus), estoit cependant venu loger à Brignolles, pour y trouver ou attendre les dessusdits Miolans et Yassey, et autres capitaines, auxquels il avoit assigné de s'y retirer, incontinent leurs commissions exécutées, afin d'adviser tous ensemble ce qu'ils auroient à ordonner et faire de là en avant. Et audit lieu'il trouva le comte de Tende, grand-séneschal etlieutenant du roy en Provence, et avecques luy messire Claude Gouffier, sieur de Boisy, chevalier de l'ordre, et premier gentilhomme de la chambre du roy, lesquels luy apportoient lettres du sire de Montmorency, lieutenant du roy, contenans, eo
substance , qu'il envoyoit les dessosdits pov avecques luy entendre auservice dudit seigneur, et qu'ils donnassent ordre , s'il estoit possible , de surprendre quelques avant-coureim de l'ennany, pour entendre de sa conduitje et deisein, et quel chemin il devrait tenir; mâbqw tous, en ce faisant, s'employassent à cootimier le dégast èncommencé, d'autant phs diligttment que l'empereur aussi dîGgentoit m docaate; car, à la vérité, il estoit deqà Ilonl^ rivé au plain de Cannes; et par espîes avoient lesdits capitaines advertisiement que le Jndemain devoit marcher en çà le seigneur doD Ferrand de Gomague, menant l'avant-gink avecqiKs di^buict cens chevaux et six mile lansquenets. Estans ensemble les dessmdils au conseil , eurent nouvelles que les habitios de Luc, petite ville sur le chemin de Frép», latsoient résistance à ceux qui vouloient y faire le gast : par quoy ils y «ivoyèrent doq ceos hommes de pied de renfort, ^ fot le gast^ exécuté. Le sire de Yassey, lequel , venant de Frqos et passant audit Luc, avoit entendu que ladite avant-garde devoit Caire ce chemin, et que k .maistre de camp alloit aucunesfoys trois oo quatre lieues devant toute Farmée impériale, s'offiit et demanda qu'il luy fost permisd'alkr au-devant, et le prendre, s'il le trouvoità sob avantage, pour avoir langues des eonemys, suivant le mandement dudit seigneur lieutenant général du roy. Mais la compagnie ne voulut y consentir, pour crainte d'inconvénient, et pour cause du commandement exprès qu'ils avoient du roy et dudit seigneur lieQt^ nant général, de se garder, surtout, qu'ils ne donnassent curée à Fennemy ; car ils avoiotf sceu, et mesmement ledit Bonneval, paraenres espies qu'il tenoit au camp de Femperenr, et qui tousjours luy avoient rapporté vérité, <p Fennemy ordinairement, quand il envoyoit quelque petite troujqpe aux champs, en?oyoit par autre chemin autre plus grosse force, pour soustenir les premiers. Et te mesmes joor ea avoit ledit Bonneval fiaict Fespreuve ; car, ayant délibéré d'envoyer gens pour rompre le logii d'octante chevaux qui s'estœent venus loger i un moulin environ deuxlieuesau-decadeFréjos,
il eut nouvel advertissement, d'eq;>ie sinr e^t que, la nuict, s'estoient venus eœbuscber aodessus de six cens chevaux à Fentoor dodit moulin. Et, àceste cause, fut le kodeonn tf '