‹ Le loyal serviteur [pseud.] Chronique de Bayart.--Guillaume de Marillac. Vie du connétable de Bourbon.--Antoine de Laval. Continuation de Marillac.--Jacques Buonaparte. Sac de Rome in 1527.--R. de La Marck, sgr de Fleurange. Mémoires du jeune adventureux.--Louise de Savoye. Journal.--Martin et Guillaume du Bellay. MémoiresChapitre 348 sur 428 · LIVRE vn · texte numérisé non relu

LIVRE vn

resté qae le jour mesmes on iroît loger à Sainct Maximin, pour n'attendre de partir en alarme, ao danger de quelque désordre ; et dès lors fut sonné bouttez-selle, et le bagage acheminé devant ce pendant que le gast se paracbèveroit audit Brignolles.

Le seigneur de Vassey» après avoir &illy à son congé d'aller veoir la contenance de Tennemy » s'en estoit allé en diligence devers le sire de Montejean» son capitaine, estant lors avecques le sire de Montmorancy, auquel il avoit compté d'un bout à autre tout ce qu'il avoit veu ouentendudepuissonpartementd'avecquesluy.

Ledit sire de Montejean, qui ne se pouvoit assez cont^ter de ce qu'il ne s'offroit quelque opportunité de Eaire en ce commencement de guerre quelque recommaudable service à son maistre et à la chose publicque, s'addressa incontinent au snre de Montmorency, et très instamment luy requist que, durant le voyage qu'il feroit en Arles, son plaisir fost de luy permettre qu'il se retirast au lieu où estoit sa compagnie, à ce qu'il se mist en son debvoir de faire quelque service, trouvant opportunité et occasion avantageuse ; et luy compta la bçon de marcher que tenoit le maistre de camp impérial , quand il yenoit recognoistre la place et assiette de ses logis ; et jamais ne désista de sa requeste et instance jusques à ce que ledit seigneur luy consentist, combien qu'envis et à regret, l'admonestant toutesfoys qu'il se gardast d'estre surpris en voulant surprendre, et retenu en son entreprinse, usant plustost de sens et ruse que hardiesse. Sur toutes choses, qu'il ne marcbast point si avant, que le mesmes jour il ne se peust retirer, sans trop lasser ses chevaux, en lieu où il fost à seureté, de peur de mettre chose quelconque en hazard, dont à l'entrée de ceste guerre il advint quelque malheur qui apportast a l'opinion des hommes mauvais augure et préjudice de Tissue. Bientost après , craignant ledit seigneur lieutenant (ce que depuis advint) que ledit sire de Montejean , lequel il cognois- 80it adventureux et plus accoustumé aux hazards qu'aux dissimulations,ne retinst bien l'advertissement quil luy avoit donné, luy dépescha un chevaucheur d'escuyerie, avec lettres de contremandement , et coulourant sa mutation d^advis sur ee qu'il luy escrivoit avoir en main une entreprinse, laquelle exécutant (ce qui estoit

fiieik )i Mil seigneur de Montqean pouvoil

beaucoup plus acquérir d'honneur, et faire au roy plus notable service , qu'en exécutant sa première délibération. Mais la fortune voulut que le chevaucheur print autre chemin et acconsuivit ledit sire de Montejean plus tard qu'il n'eust esté besoin ; car ledit de Montejean, incontinent qu'il eut obtenu son congé, estoit, sans perdre temps, monté à cheval, et, rencontrant sur chemin le bagage qui marchoit vers Sainct-Maximin (ainsi qu'il a esté dit cy-dessus), l'avoit foict tourner en arrière dont il estoit party ; tant que ledit bagage fut rencontré par ledit de Bonneval, qui paracbevoit le dégast àl'entourde Brignolles, lequel ne souffrit retourner ledit bagage» ains le feit remarcher en avant, et suivre le chemin qui avoit esté ordonné par le conseil.

Le sire de Montejean, en ces entrefaictes, estoit desjà entré à Brignolles, et descendu au logis des dessusdits comte de Tende et de Boisy , auxquels il avoit déclaré son intention d'aller veoir de près la contenance de l'ennemy, et d'essayer à surprendre ce maistre de camp. Or avoit-il trouvé ledit sieur de Boisy non moins convoiteux que luy de faire chose de mémoire etd'accroistre son bruict et réputation; par quoy focilement il luy accorda d'estre son compagnon en ceste entreprinse. Furent toutesfoys d'advis d'en communiquer de rechef avec ledit de Bonneval, Tparce qu'il estoit le plus ancien» et d'essayer à luy faire trouver l'entreprinse bonne. Si le firent appeller, et, entré qu'il fut en la chambre du comte de Tende avec eux, remirent en délibération à sçavoir ce que seroit bon de bire pour le bien et service des présens affaires du roy, disant le sire de Montejean qu'il estoit là envoyé par le lieutenant général dudit seigneur, pour estre avec eux, comme il estoit bien raisonnable, puisque sa compagnie y estoit, et qu'il avoit congé de donner quelque charge à l'ennemy, là où il luy viendroit en main occasion et opportunité de ce foire, comme en effect il luy sembloit bien qu'alors elle s'y offroit, pour les raisons desjà par cy-devant déduittes. Le capitaine Bonneval , ce nonobstant, persistoit en la délibération arrestée par le conseil, alléguant que de ladite entreprise, ores qu'elles fust bien exécutée, ne dépendoit point tant d'avantage aux afbires du roy, comme de désavantage d'une curée donnée (ri mal en advencHt) aox ennemis; et que c'estoil

Pane des grincipales considéraliong qui leur fassent enchargées et recommandées, tant par le roy que par sondit lieutenant général : par quoy son opinion estoit de l'ensuivre. A quoy réplicqua le «Ire de Monlejean, que certainement il estoit raison d'ensuivre l'intention du roy et de son lieutenant général, mais qu'ils n'avoient point commandé que, si sur chemin il se trou voit quelque chose de bon, on le lais- 0ast. Au capitaine Bonneval (encores qu'en son courage il ne blasmast point ceste promptitude et gaillardise de cueur audit sire de Montejean, ny la volonté qu'il avoit de rassembler encores aux ennemis, contre lesquels il avoit fineschement faict bonne preuve en la guerre de Piémont ) sembla toutesfoys que ceste répllcque luy touchast un peu, et ne peut se contenir de luy respondre que desjà il avoit veu et faict veoir la contenance de l'ennemy , et que s'il eust veu quelque chose de bon pour son honneur et pour le service du roy, il eust bien sceu le choisir et prendre, sans y attendre ny luy ny autre ; mais que, pour conclusion, attendu les nouvelles qu'il avoit dudit ennemy, l'intention du maistre, et Testât et conséquence de ses âffiaires, il persistoît en cest advis de se retirer à Sainct-Maximin, ainsi et pour les causes qu'il avoit esté ad visé au conseil. Et si bien ledit sire de Montejean estoit résolu d'exécuter son entreprise (ce que par son advis II ne feroit), si n'estoit-il raisonnable que la trouppe qu'il avoit là pour le roy (laquelle ne pou voit estre en tout plus que de deux cens cinquante hommes d'armes, et de trois mille hommes de pied ) y deraonrast pour luy faire escorte, au hazard de luy arriver sur les bras toute T avant-garde de Tempereur, et au danger d'y perdre prou, soubs espérance de gaigner peu.

Ainsi fut conclu de desloger et sur chemin continuer le dégast. Les bandes du pays marchèrent les premières, et sur la queue le capitaine Clande, Gascon, pour achever de gaster ce que les autres auroient espargné, parce qu'il auroit moins de respect à ce faire, que n'eussent eu les gens du pays, auxquels il faisolt mal de gaster les Meds et les maisons de leurs parens et voisins. Passant à Tourbes, environ my-chemin de BrignoHeset de Sainct-Maximia, le sire de Montejean y de««ndit, parce qu'il y avoit vingt hommes d'armes des siens logés, et fivwiaes luy desceudil aussi ledit de Bonneval,

pour prendre son vin. Là fut eneores parlé de eesteentreprinse, et déclara le sire de Montejean qne pour ce jour il ne passeroit outre, car, au lendemain, il estoit délibéré d'aller donner quelque alarme aux ennemys, priant ledit de Bonneval qu'il luy prestast quelque gens des siens,, pour ce que desjà ils avoient-cognoissancedu pays ; ce que finablonent il luy accorda, voyant qu'il ne le pouvoit destoumer de son opinion; et luy laissa un homme d'armes et douze archers des siens, le recommandant à Dieu cpi luy donnast grâce de tnen bire; et ce fiiict, il acconsuivit ia trouppe, marchant à Sainct^ Maximin. Au lendemain, de grand matin, le sieur de Boisy vint tout armé, avecques vingtcinq hommes d'armes des siens, fort bien «n ordre, trouver les seigneurs comte de Tende et de Bonneval, pour prendre congé d'eux, el s'en aller à Tourbes, ainsi qu'il avoit promit au sire de Montejean. Moult se travailla ledit de Bonneval, non-seulement à divertir le neor de Boisy de ceste entreprinse, mais à luy persuader aussi qu'il en destoumast les autres, luy remonstrantque, si leuradvenoit inconvénient, le bruict nous en seroit de tant plus désavantageux, que tous deux estoient chevaliers de l'ordre, et l'un premier gentiUxHnme de la chambre, et des plus privés de la personne du roy ; l'autre aussi de la chambre, capitaine de cent hommes d'armes, et général de tous les gens de pied firançois. Mais le sieur de Boisy, pour ce que desjà il avoit promis sa foy au sire de Montejean d'estre son compagnon en ladite entreprinse, ne voulut faillir d'aller à Tourbes; bien dist que, s'il estoit encores à la promettre, il ne la promettroit« et qu'il s'employeroit, arrivé qu'il seroit vers luy, à l'en destoumer autant qu'il luy seroit possible; et à tant priât congé d'iceux, et dressa son chemin à Tourbes. A Sainct-Maximin demourèrent les dessusdits comte de Tende et Bonneval, lesquek envoyèrent le capitaine Claude du costé de Marseille, pour exécuter le dégast. Du coslé de la montagne, firent marcher la trouppe de gens de cheval et de pied du seigneur iean-Aud de Cère, laquelle ils feirent venir de Bargeaox, où elle avoit auparavant esté envoyée; et la feit-on venir tou^ioors à main droiete, sur le chemin dudit Bargeaux à Aix, Uissaut Marseille à gauche. Au lendemain ils eureoi ne»velles de ia priose des sire» detfani^y^to et 4e

Boisy , de laquelle nous parlemiui par ey-aprè< ; et SOT ceste nouvelle ils dépeschèrent vingt ehevaux, pour aller jusques à Tourbes entendre la vérité de ceste afbire. Ceux rencontrèrent et amenèrent un homme d'armes du sieur de Boisy, nommé le Bourguignon ^ qui asseura d'avoir esté à la deffaicte, et les avoir veu prendre et ramener à BrignoUes. La nuict, estoit arrivé messire Jean, sire de la Jaille, Fun des lieutenans du sîre de Montejean, lequel désiroit fort qu'on allast drotct audit lieu de Brignolles, essayer à recouvrer les prisonniers ; mais les dessusdits comte de Tende et Bonneval advis^nt qu'ils n'avoient que cinq enseignes ou guidons, et assez mal accompagnés, et que, de pied, ils n'avoient qu'environ de trois mille hommes au plus ; qui n'estoit suffisante trouppe pour aller forcer dix-huict cens chevaux et six mille lansquenets. Par quoy ils prindrent le ebemin de Treiz, et, y arrivant trouvèrent que la compagnie du seigneur Jean-Paul estoit à Porrières, près de là, où elle avoitdesjà repeu. A ceste cause ils ordonnèrent vingt chevaux pour aller, vers Sainct-Maximin, entendre des nouvelles si les oinemys marchoient en avant, et le surplus de la compagnie à foire le guet, ce pendant qu'eux repaistroient audit lieu de Treiz. Et là vint devers eux Claude de la Yal, sieur de Bois-Dauphin^ qui leur apporta lettres de créance du sire de Montmorency, lieutenant général du roy, pour entendre ce qu'ils avoient expkncté au iiâict de leur charge ; par lequel ils luy donnèrent advis de ce qu'estoit advenu à Brignolles.

Après avoir repeu, ib abandonnèrent la ville à saCf à cause que les habitans, pour quelque commandement qu'il leur eust esté foict, n'avoient voulu ny transporter les vivres, ny faire le gast. £t de là se retirèrent à Aix, auquel lieu, dès le soir mesmes, arrivèrent, selon Tadvertissement de ce foire qu'eux en avoient donné, tous ceux qui avoient esté envoyés parmy le pays exécuter le dégaat Audit Aix fut trouvée grande quantité de vivres; car, ootre la provision des habitans, plusieurs des antres villes, qui avoient trai>sporté les leurs, ainsi qu'il leur avoit esté commandé, les y avoient amenés, sur l'asseurance qu'ils prindrent que ladite ville seroit tenue, alors qu'ib virent commencer à la fortifier. £t à ceste canse^ autant les habitans, qui eussent peu

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