‹ Le loyal serviteur [pseud.] Chronique de Bayart.--Guillaume de Marillac. Vie du connétable de Bourbon.--Antoine de Laval. Continuation de Marillac.--Jacques Buonaparte. Sac de Rome in 1527.--R. de La Marck, sgr de Fleurange. Mémoires du jeune adventureux.--Louise de Savoye. Journal.--Martin et Guillaume du Bellay. MémoiresChapitre 349 sur 428 · LIVRE VIL · texte numérisé non relu

LIVRE VIL

sans ceste espérance sauver hors biens, qui wat* paravant les eussent peu conduire ailleur84 de tant plus envis et mal patiemment portoient ce dommage, de les mettre lors à perdition ; et, si la force n'y fust arrivée, à bien grande peine en eussent esté obéis le sieur de Bonnes et autres, qui pour ce faire avoient esté ordonnés. Chacun toutesfoys sauva ce que possible luy fut en telle presse, et le surplus fbt brusié ou jette par les rues* les vins deffoncés es caves « les moulins desmolis, les pierres de meule et moulages rompues et brisées, les fers des moi»* lins emportés, et tous ceux que l'on peut trou^ ver au pays qui s'entendoient à faire moulins, envoyés en nostre camp, soubs couleur qu'ils y seroient employés, mais, à la vérité, de peur que l'ennemy s'aydast d'eux à refaire lesdits moulins. Là eussiez veu un spectacle piteux et lamentable, pour la soudaineté d'un tel abandonnement de pays, deslogement et désolation de ville. Si est-ce toutesfoys ( encores que le dégast en fust plus grand) que la ville n'en demoura si entièrement desgamie de vivres» comme elle fust demourée si les choses eussent esté foictes à loisir et à temps, avant que les dessusdits inconvéniens fussent arrivés. Là vindrent nouvelles aux dessusnommés comte et capitaines comment les ennemys estoient desjà venus à Sainct-Maximin, qui fut occasion qu'ils deslogèrent d'Aix, et vindrent loger à Salon de Crau, où estoit la compagnie de monseigneur le mareschal d'Aubigny, laquelle y avoit esté dès le commencement, pour là et aux environs faire le dégast; mais le lieutenant dudit seigneur, qui avoit la charge de la compagnie et de ce faire, avoit plus mis de peine à vuider les bourses de deniers, que les greniers de Ued, ny les granges de fourrages.

Sur ce poinct, je retourne au sire de Montmorency, lequel, i»arty de Marseille (ainsi que j'ay dit cy-devant) pour aller visiter la ville d'Arles, eut sur chemin nouvelles, tant par espies que par rapport de prisonniers qui luy furent envoyés, que, noniÂstant qu'il se devisast en plusieurs sortes du chemin que devoit tenir l'empereur, toutesfoys la pluralité de voix estoit qu'il avoit intention de marcher droict à Marseille pour l'assiéger, autant par terre que par mer, et d'essayer à parvenir de deux choses à l'une, ou de l'emporter d'assauU par un soudain et grand effort, ou d'attirer le roy ky venir

HÉMOIRES DE DU fiELLAY,

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dcmnersecodrs.etk <Mmtraiiidre,pftr oe moyen, de vemr à la battaiUe ; et, an cas qu'il ne parvins! à Tune on à Tautre de ces deux int^Uons, qu'il jettoit ses desseins sur la ville d'Arles; et que, pour exécuter sa délibération, il n'attendoit j)ius que la venue du seigneur André Dorie, pour cause qu'il avoit sur son armée de mer bonne partie de l'artillerie, munitions, et autres appareils requis à batterie, mines et assaulx de viUe. Tout ce que dessus, encores qu'il vinst par advertissement et rapport des ennemys, sur lequel fonder une conclusion en chose de grande et notable importance semble aucunement avoir espèce de légèreté, estoit toutesfois si vraysem* blable et si approchant du devoir et raison de la guerre, que ledit sire de Montmorency fut bien d'advis d'avoir esgard autant à ladite raison et devoir, comme à la qualité des personnes dont procédoit l'advertissement ; et pour autant il conclut et délibéra de haster son entreprinse de la fortification d'Arles. Y arrivant, il recogneut diligemment la ville, en compagnie des capitaines qu'il avoit menés. A tous universdlement sembla estre chose requise et nécessaire, mais difficile et comme hors d'espérance, de la pouvoir si promptement fortifier. Luy toutesfoys, voyant le grand besoin qu'il estoit de ce faire, et le gros ennuy que nous pourroit faire une ville en telle assiette, si elle tomboit es mains de l'ennemy, fut d'advis d'y faire besongner et vaincre par sollicitation et diligence toutes les difficulté qui s'y pourroient offrir. Si feit incontinent commander par tout le pays à l'environ des pionniers et^anouvners, désigna les endroicts et forme de rempars, feit commencer de mettre la main à l'œuvre, ordonna gens pour conduire et avoir l'œil dessus l'ouvrage, et pour haster et faire diligenter les ouvriers; pourveut de chefs et capitaines en la place, donna ordre à y faire venir des vivres, artillerie et munitions. Ce faict, ildépescha commission au sieur de Chandenier, son lieutenant, au gouvernement de Languedoc, pour tenir gens prests à lever au pays, à la première nouvelle certaine qui luy viendroit que l'ennemy monstrast d'y vouloir faire entreprinse : chose qui par les efiects fiit tost après cogneue avoir esté bien et à propos délibérée. Partant de là, il vînt passer à Tarascon etBeaucaire, villesassises des deux costés du Rhosne ; et, pour ne laisser aucun endroictdespourveu, auquel par humaine

prévoyance y enst moyen de pourveoir, il délibéra de les faire remparer et fortifier; miis il remist à en conclure jusques après son retour en Avignon, parce que desjà il en estoit piis, aussi que sur chemin il avoit eu noavdiës de la dessusdite defbicte des sires de Montejein et de Boisy , et comment ils estoient prisonniers es mains de l'ennemy; par quoy il se hastoit, pour obvier à tous inconvéniens, d'arriver audit lieu d'Avignon, n'ignorant point que de Favanture de telles premières roicontres s'engendrent communément ou peur ou asseorance entre deux armées.

Geste deffortune leur advint &i la manière qoi ensuit. Eux et leurs gens assemblés à Tourbes, ainsi qu'ib en avoient prinse entre eux la conclusion, c'est à sçavoir, de sept à hutct vingts chevaux en hommes d'armes et archers de leurs deux compagnies, et quelque nombre de ceux de la compagnie du comte de Tende, aoobi la conduitte du sieur de Torines, son guidon, et ceux que leur avoit baillés le capitaine Bonn^ val, ensemble les capitainesSainct-Petre, Corse, Wartiz, Navarrois, et la Molle, Provençal, avecques tel nombre choisi de leurs gens de pied qu'ils advisèrent y devoir suffire, adrint de cas fortuit, que l'ennemy, partant de Frgos (où il s'estoit arresté trois jours à ccHisulter ce qui seroitde Caire), venoit loger au long de h rivière |d'Argence, et que le seigneur don Ferrand de Gonzague avoit passé la rivière poor venir, avecques les gens de cheval dont U avoit la charge, en la dessusnommée ville de Luc. Us sires de Montejean et de Boisy, bien advertys par leurs espies de ceste affaire, montèrent an matin à cheval, et après midy arrivèrent auprès du Luc, ou estoient ledit maistre de camp^ on autre pour luy, et gens envoyés pour visiter le lieu et prendre logis pour l'avant-garde; lesquels feillirent à estre prins par ledit de Yassey, lieutenant dudit sire de Montejean, et ledit sagneur de Torines, qui avoient chai^ de mener les avant-coureurs. Si se retirèrent en une vallée au-dessoubs où lors estoit ladite avantgarde, en laquelle ils donnk*ent l'alanne anssi chaude comme s'ik eussent esté rencontrés, non seulement par les coureurs, mais par Favant-garde entière des nostres; et tel en firent courir le bruict parmy leur camp, de sorte que par tout le pays es environs ne s'entendoit autre chose que le bruict de gens allans et venaos de

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