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logis en autre, ehevanx hennir, trompettes sonner, et battre tabourins pour avancer Falarme. Les sires de Montejean et de Boisy, qui bien oyoient ce chaule alarme, feirent sonner la retraitte, et se mirent à chemin, en intention de se retirer au plus loin qu'ils pourroient sur le chemin de la ville d*Aix, et arrivèrent, environ la nuict fermant, à Brignolles, leurs gens de cheval et de pieds moult las et travailles, tant par la grande chaleur qu'il avoit faict ce jour, comme pour le long chemin qu'ils avoient faict d'aller et de venir. Et, à ceste cause , fut advisé entre eux, parce que leurs gens de pied ne pou voient plus mardier sans rcpaistre, que, pour ceste nuict, ils séjourneroient audit lieu de Brignolles. Les capitaines demourèrent à cheval ce pendant que les soldats se logèrent ; et fut ordonné au capitaine de Yassey de faire des barrières, et asseoir le guet à toutes les advenues du village : et, ce faict, un chacun se retira pour repaistre en son lof^.
Aucampdesennemys, après que l'alarme fut donnée, et toute leur avant-garde en armes, le seigneur don Ferrand, pensant véritablement, ou monstrant de penser que ceux qui l'avoient donnée eussent rencontré toute la nostre , se délibéra de marcher après et chercher occasion et opportunité de leur donner sur la queue à son avantage. Si print une bonne trouppe de gens esieus , et avecques eux marcha le grand pas devant» faisant suivre à son dos tout le surplus de ses gens de cheval, jusques au nombre, ou environ, de dix-huict cens chevaux, avecques eux six mille lansquenets, pour se pouvoir (au cas que mestier luy en fust) retirer et joindre à eux.
Sur my-chemin de Brignolles et de Luc, il entendit, par gens du pays qu'il rencontroit allans et venans, quel nombre de gens pouvoient estre les nostres qui avoient esté cause de donner ceste alarme. Voulant toutesfoys en sçavoir mieux à la vérité, pour entendre aussi quel chemin ils avoient tenu, il envoya des coureurs devant, et pour guide' leur donna un homme du pays et né du lieu de Brignolles, quiavoit autresfoysservy leduc de Bourbon, et, s^estant avecques luy retiré quand il leva son siège dedevant Marseille, avoit, par son moyen, esté faict sénateur de Milan. Cestuy feit diligence de rapporter seures et certaines nouvelles que nos gens, pour le plus, ne pouvoient
XIV« siàcLK^ Chron. cl Blém.
estre qu'environ huict vingts chevaux et trois cens hommes de pied, fort las et travaillés, et que, pour se refreschir et repaistre, ils s'estoient arrestés audit lieu de Brignolles, en intention de desloger avant le jour. Le seigneur don Ferrand, adverty qu'ils estoient si petite compagnie, choisit un nombre des siens, auxquels il ordonna de marcher avant» et, costoyant Brignolles, s'aller embuscher au-delà du village, en quelque lieu destoumé, à costé du chemin que les nostres dévoient tenir le lendemain. Ceux firent ainsi que commandé leur estoit, et quelque peu avant minuict , et une heure, ou peu plus, après que le guet des nostres fut assis, passèrent à costé dudit Brignolles, hors de la veue et de l'ouïe de leurdit guet. Furent toutesfoys ouïs par les mastins couchés à la campagne sur les fourrages, qui abbayèrent après eux assez long-temps. Par quoy les sires de Montejean et de Boisy firent incontinent sonner alarme et mettre tous leurs gens en armes ; mais, quelque temps après, estant Tabbay des mastins cessé , aussi les gens retournés sans rien avoir trouvé (lesquels ils avoient mis dehors afin d'entendre dont venoit ce bruict), ordonnèrent àleturs gensde renvoyer leurs chevaux repaistre, et eux se reposer un peu, sans toutesfoys se désarmer du menu harnois, ny desseller autrement leursdits chevaux. Lesnuictsators estoîent les plus courtes de l'an, par quoy ne tarda pas beaucoup que l'aube du jour commençast de poindre : nos gens toutesfoys mettoient déjà ordre à leur deslogement, en attendant qu'il esclaircist, et ce pendant avoient mis dehors quelques chevaux pour descouvrir, èsquels s'embatirent dix chevaux légers de ceux que j'ay dit cy-devant avoir esté envoyés par ledit seigneur don Ferrand pour s'embuscher au-deçà du village, sur le chemin de la retraitte des nostres, et s'en alloient donner advis de ce qui avoit esté exploicté par eux et du lieu où estoit leur embusche assise. Les nostres incontinent les chargèrent furieusement, et des di\ en prindrent huict ; les autres deux se sauvèrent de vitesse, et arrivèrent vers ledit seigneur don Ferrand, qui desjà estoit à un demy-mille près de Brignolles, auquel ils dirent la nouvelle, et de leur embusche, et de la surprinsede leurs gens, et comme les nostres se préparoient à la retraitte. Luy, ce rapport ouï, voyant qu'il avoit, ainsi qu'il avoit désiré, nos •^ 77
gens enclos entre sa tfoùppe èl son embusche, fcit bien son cornl>lé '{m'en se hastâA^ Un peu, fl les ponrrbU encores ifb^vét en fdésorfre dédans le viMage, ie'(![ûel H i>ett^h 'eslre (ainsi qÙe se espies l'Avoient ikl&é lé 'àoir préc^eni) odvert et sanè closture de loùlos ^Attk.
Sur'Cesle espérance, il donna rangé aux siens d'aller donner dedans "bride àbaiioc, par toiis les endroicts où ils s'àdresseroient, pour y sui-prendreïes rtostres avant qi'ilfi fljssent tous montés et rangés en bataitte ; ce qu'ils eussei^t faict fÀcilement (car il yen Avoit des nostres qui b'rîdoieill encore» leOrs chevaifx, et àatrcs qui alt'endoîent leur cuirassé, oateurarmet) Si, par tï "prévoyance des capit&ines , 'et par la diligence Se ceux qui en eurent la charge, Tes barrï'èVcs n'y eussent esté jplantées, ainsi qu'il a esté dA cy-deSsUs. te four n'estoit encores clair, "i^ ne s'aperçurent les enneniys d'icelles ïwrriCTCS, tant 'que ïeurs chevaux les vinssent choquer, dont it en fui renversé d'alicuns, et autres Vec'ueîlliâ par le guet des nostrrs, tant de cheval quedepied,et mesmemenl par le capitaine ■Wàttîz, auquel avoit esté ordonné de garder les deux flancs ducosié de l'advenue où ilss'aiïressèrent, avec un bon nombre choisy des meilleurs 'ârquebouzîrrs qu'il eut en sa banae, 'pour souslcnir le faix avec les gens de cheval, ce lemps pendant que lesdits seigneurs de Monlejean et de TJoisy meltoient leurs gens dehors en ordonnance. La charge fut cruelle et hieii combattue pour si peu de gens, el en moul'iipdos leurs, et mesnienicnl des gens *es chefs à Caire la première poincte seigneur Vlilere Ursin, Romain, et le Tean-Baptiste Peliacan, Boulonnoîs ; tre autres, y mourut, et le seigneur 1 Camp, [lomme hien favori et aymé ir don Ferrand : de chevaux, en ftit a quarante. Les sires deMonteJean et se voyans réduits & ce choix party, leur esioit, ou de se retirer un peu honteusement, abandonnant leurs gens de pied àla mercy et discrétion des ennemys, on de se hasarder entre honneur ou perte, encores qu'ils entendissent bien qu'ils avoienl trop moins de force que de cueur, rangèrent toutesfoys leurs gens en bataille, et sortirent ^ la campag^ne; et, rappelant le capitaine Wartiz, lequel, elles autres caphaines de gensde pied avec leurs handeSf'ils mirent sur les ttisles des gens de cheval,
et sur Ik '^eff^ (^UV 'sottsrisiilr Iré diteiiMil les Vouioient ^-m^^ iAiSi^ pSV'feWrtjld stroiil le càiilfeînè VaS*^ avec dM^nJ d'armés, VÂs (JUTÏ vtraWt eftbblr. Sdd tuèrt* '(i|iife Irf enrihnysh'lttifrisseni«ri sans létitesKy^ les approcîier, ïn tàoeim mpm,depWsprJi ((àe d'un frairi (Tuiilri qu'uii c'apitain'c espagnol, ijoûhié Sw lève, dehianda Uh coup de Hute iitit \â laine VaSseJ, qui luy â;!^^^)^, et,ftttttt4 rompues mirent louis deuk ta main ami et tant s'e^rouVèrent Vota l'aiiti'e,ipe gnol donna la ftiy.
Ce pendant iibs gens rnk'rcllèRUt petit pas, Serrés ensenAle aveà^fei houzreri, ijui les conVroiéït trfe Ha i aisles. PeQà])eu s'âttadbià ta&ËiKe.M, les nostres he la ref^teèreiYt, ^e dnuili^l Foys gardé, Sur toutes "cïÔSgrt, fle il poUrhcdonrier4r«intlDfi'y oppdrtQbBl!*!
cer ; et ponrce tie Rifftfît (ftkcBh,lDc«J ({a'n aVolt ftrirt sa charge, de jîi'eaijiftii retirer eA sa trouppe ét'éi s6tirt^,l faire îls estileht gràAdemeiit 'se«fflnB gens de pied, lesquels tuîréVA 'et 11 beaucôtip dés éonemys à 'cdtipsHiKCRJ pendant qufls chertiîtiirenVeà'A*( les chenifns pl^s estroîcts, {s^AAMl Se ponvolt a^-der de toutes s& f*(%i,h toit contraint de combattre dé pM i nombre, ndi gêiiB éûréii't pHes^ê ï4o]|d Vantage; mais, deÇiuis l'heurt qilfelW rivés en la campagne oùVfWe 'el qoe ti trouppe des énnemyi, cha1rf;ietâll lànd sur la queue, et 'sur l'un des Batfes, cent noict précédente avoient passé deçà,»
de ïeit embûsché Sur l'autre IfcBc : te: alors forrtit â'siaflifs dé tontes pàhî. 1 nemys ci^oiSyoicA't tûosjotirs (feraJnJjA venftns de rëitôn àh nie ; ïrareliiSin commençofent à desctAïvrfr et ^çi* mahîtade,etlepWÉ«ityi:teotirshàtiMlll aux ennemys : te petit hoinllrt, i.itc ' attente de secours, le HïJàiifoii «u i lesquels estoïcnt si asSai&U defodffi';^ ne leur estoit ifiTàs Ufsible, qtuM tb i feict tme charge, 'iSe se'retfrerfei 1» " 'ainsi qu'ils ÎEiisoient da cGtiiiAliaéaM quiconques aVoit rinefoysWioÏBtrète* toit Ai sa puissance de recàVii^ ^ Par ce moyen, nos geas xle pirilN"
mesmemeot les çapiuines, avoicpt fçict on pieryeilleux devoir en ceste rencontre) setrouyèreat à la fin eolrclassés pesle-mesie pafmy. les gens de cheval ; de manière que la victoire, gui jusques alors avoit esté suspense et en ambigu, se commença d'incliner à Tennemy, et nos gens, qui paravant avoient plus combattu de courage que de force, commencèrent à eslre aussi inférieurscn ces te partie. Depuis la poincte du jour dura le combat en ceste manière, jusques environ les huict ou neuf heures, et, en tout ce temps, n'advancèrent les nostres plus liault d'une bonne lieucde chemin. Là furent-ils entièrement rompus et renversés, et y moururent bien cent ou six-vingts hommes de pied des nostres, et huict de la compagnie dudit sire de Montejean, entre hommes d'armes et archers, quatre du seigneur de Boisy, et |a pluspart des autres blessés : en sorte que Je toute la trouppe ne réchappèrent plus bault de trois hommes d'armes, que tous ne lussent morts ou prins. Des ennêniys moururent, sans les blessés, en viroii de cent à six vingts hommes de cheval ; deux cens chevaux y moururent, mais le nombre yainquit la vertu. Lesdils seigneurs de Montejean et de Boisy et les autres capitaines, ^t quelques jeunes gentilshommes de maison, qui les suivoient par affeclion de yeoir la guerre, y furent prins, et, entre les autres, le sirç de la Boche Guyon, nommé Loys de Silly, jeune gentilhomme et de bonne volonté, lequel y feil, pour sa jeunesse, telle preuve de sa personne, qu'il fut loué d'amys ei d'ennemys. Les prisonniers furent ramenés à Brignolles, auquel lieu arrivèrent biento.st après les lansquenets qui esloient partys avecques le seigneur don Ferrand. Ledit seigneur, arrivé qu'il fut audit BrignoUes, assit son guet à toutes les advenues du village, et au surplus dé ses gens donna congé de s'aller reposer et refreschir. Cç temps pendant qu'ils se logèrent, il se relira pour escrire et donner advertisscmcnl à l'empereur de ce qui estoît arrivé. Ledit seigneur empereur, incontinent ceste nouvelle ouïe, la print CD gloire, du tout eu là mesmes sorte que si ses gens eussent vaincu , lîon pas par nombre, mais par vertu de gens ; et pour ce feil à sçavoir et publier ceste vicloîre par tout lé monde, faisant les choses encores plus grandes et riches qu'elles n'estoienl, et de manière que, à vtoir Ip contenu de ses Iftires, il ne sembloit
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rien moins à ceux qiii les lisoient, sinon qu'il eust véritablement deffaict l' avant-garde du roy: â d'aucuns il sembloit encores plus, et que desjii il eusi eu plus que demie victoire. Par tels moyemi il altirbit à ^n parly ceux qui auparavant esloient encoresdemourés en suspenset incertains du p^rty qu'ils délibéroient tenir, confirmoit ceux qui jà luy adhéroient, et tenoît en crainte ceu^ qui luy estoient contraires.
En Avignon, après que ces nouvelles y furent apportées, r " '" " —
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remparée et gamye pour y attendre un siège impérial, c'estoit laisser le chemin ouvert à Tennemy, lequel pourroit, laissant Marseille derrière, marcher en avant, sans y trouver aucune résistance, et se fortifier, ou deçà ou delà le Rhosne, à son appétit ; et par ainsi le remède d*un inconvénient luy en apportoit tousjours un nouveau et plus grand. Sur ces discours et disputations qu'il faisoit en soymesmes, ceste opinion vainquit finablement, de faire sortir ses gens hors de la ville et de les loger en camp, pour monstrer à Tennemy victorieux contenance de hardiesse, et asseurance dé se présenter contre luy, et que, pour une malavanture et une rencontre désavantageuse, il n*avoit le cueur ne Tespérance faillie. Le principal doubte estoit sur la fortification de son camp ; mais bien luy estoit advis que le grand nombre de pionniers qu'il y mettrait, et la diligence des soldats, auxquels il feroit mettre la main à Tœuvre, et Tassiduité continuelle des capitaines, auxquels il ordonneroit avoir Fœil dessus, compenseroient asse^ la briefveté du temps. A ceste cause, il se hasta d'arriver en Avignon, pour dudit lieu donner advis au roy de ce qui estoit advenu, et luy faire à scavoir la bonne espérance qu'il avoit, et le moyen qu'il vouloit tenir pour recouvrer et revencher ceste perte ; lequel moyen sera par cy-après déclaré par l'eCfect et l'exécution d'iceluy. Mais, avant que ses lettres arrivassent au roy, il luy arriva une autre assez et trop pire et plus douloureuse nouvelle de monseigneur le dauphin son fils, laquelle je differeray de réciter pour le présent, et continueray les propos encommencés.
Le sire de Montmorency, arrivé qu'il fut en Avignon, feit assembler les capitaines, et leur déclara son intention (laquelle ils approuvèrent) de fiiire loger ses gens en camp, et les rasseurer un peu de la peur et espouventement qu'ils pouvoient avoir à cause de ladite desconfiture de Brignolles. Exécutant doncques ceste sienne intention, il leur ordonna de mettre leurs gens aux champs, en la prairie d'entre la ville et la Durance ; et, quand tous y furent assemblés autour de luy, attendans ce qu'il leur voudroit dire, il leur exposa la vérité, mais en paroles si bien troussées, qu'il n' y eut occasion de les estonner à cause de la dessusdite desconfiture efl prise des sires de Montejean et de Boisy, leur
remonstrant que telles avantures ( qui sont choses ordinaires en toutes guerres de grosse importance), non-seulement ne doivent jamais estonner bonnes gens de guerre, ains leur accroistre plustost le cueur et affection de s'en revencher, accompagnés de discrétion, ruse, et prudence de ce faire sans encourir nouveau hazard. Que bien estoit vray qu'il ne pouvoit pas estre que ceste nouvelle ne luy eust esté, votre fust encores desplaisante, parce que Tentreprinse avoit esté quelque peu mal et trop hazardeusement guidée, et, par avanture, sans nécessité suffisante ; mais qu'il supportoit b perte d'autant plus patientement, que nos gens ( encores que vertu succombast à mullitode, et qu'ils se fussent trouvés assiégés entre toutfs les incommodités estimables) n'avoioit jamab toutesfoy s perdu le cueur, ny faict chose contre l'honneur et le devoir de gens bardys et bien combattans ; ains qu'ils avoient si cher venda ceste victoire à Fennemy, que, par le grand nombre de gens qu'il avoit ou perdus ou ramenés blessés, il pouvoit avoir apprins àsesde»pens que le royaume de France ne se peolt assaillir sans perte, ny prouffit, en Fassaillant, s'y acquérir, lequel ne soit accompagné de dommage audouble. Sur ce, concluant qu'a3ram faict telle preuve de la valeur des nostres à rencontre dudit ennemy, ne restoit que hy dresser et dextrement exécuter une bonne revenche, sans prester aucunement roreiOe aux propos de ceux qui tournent à malheur et av préjudice et conséquence du gros jeu la fortune des premières et légères pertes ; mais, as contraire (comme ainsi soit qu'une si grosse entreprinse ne se conduise jamais sans qu'il y intervienne quelque contrariété de fortune ao commencement, au milieu, ou à la fin), luy estimoit et pensoit que par ceste seule avantnre de Brignolles fut satisitaict et purgé tout le désastre qu'a voit fortune préparé à nostre camp, et que la mesmes avanture nous toumeroit à si bonne fin que par icelle nos capitaines seroient, de lors en avant, plus prévoyants et rusés, et les soldats plus enclins à exploictcr leurs prouesse et gaillardise à l'appéth d^ioeux leurs chefs et capitaines. Ceste reraonstrance leur feit, et proposa le sire de Montmorency de si hault cueur et d'une contenance si asseurée , qu'à icelle assentirent les soldats avecques une militaire acclamation, si unanime et si alaigrr.
que jà ils monstroient avoir en main ou devant les yeujt Passeurance et certaineté d'heureuse
issue.
Ces propos fines, choisit le sire de Montmorency le lieu et assiette de son camp un peu audessus qu'il avoit autrefoys esté, entre le Rhosne et la Durance, tirant de deux rivières ceslè opportunité, que Fune luy servoit d'apporter vivres et autres choses nécessaires en son camp, l'autre estoit opposée et mise pour obstacle contre les advenues de l'ennemy; Ceste rivière, laquelle, traversant la Provence, se vient descfaai^r dedans le Rhosne, a naturellement son bassin et cours incertain, et si très inconstant, qu'à grande peine en bien peu de lieux elle se peult passer à gué par les gens propres du pays et plus usités à y passer; et, outre Finstabilité du fil de l'eaue, elle est parfoys et par endroicts si grosse, et traisne telle quantité de gros cailloux, que gens et chevaux, à cause de l'une et de l'autre incommodité, se trouvent souvent empeschés à y fermer et asseurer le pied. En ceste difficulté naturelle ne voulut le sire de Montmorency fonder entièrement toutes les forces de l'assiette et de Passeurance de son camp, mais assit davantage garnisons en toutes les villes et chasteaux tenables au-delà de Peaue, pour rompre aux ennerays la liberté de courir et fourrager, et le moyen d'entendre des nouvelles de nostre camp, et Pespérance de pouvoir à leur ayse et appétit, sans trouver contraste ny rencontre, taster et choisir le gué de la rivière. En ordonnant et commandant ce que dessus, il désigna la forme, l'enclos et le circuit de sondit camp, lequel feit entièrement clore d'un bon fossé profond, large de vingt et quatre pieds d'ouverture, et s'estrécissant au parfond, à telle raison et proportion, que le fond avoit le tiers moins de largeur que n'estoit la distance des bords d'en hault. Feit faire davantage un autre fossé large et profond, par lequel couroit un ruisseau, qui, en divisant et séparant le camp presque par le milieu, et recevant Pesgout de toute la prairie par des trenchées obliques qu'il y feit faire en plusieurs endroicts, rendoit Passiette des logis plus seiche, et portoit hors toutes les immundices et ordures d'iceux, et tenoit le camp net et sain. Selon la distinction et cours dudit ruisseau et des autres qui tomboient dedans, il feit distribuer et assigner les quartiers à ses gens de guerre, les nations séparées