LIVRE VIL
les unes d'avecques les autres, pour éviter Poccasion de murmure et débat entre eux, et ordonnant les endroicts, intervalles et estendue des rues et chemins allans et traversans parmy le camp. Environ le milieu d'iceluy, avoit une petite levée de terre, en forme d'une colline, laquelle avoit regard à Pentour, en tous les quartiers et endroicts où il avoit gens logés; là il choisit son logis et prétoire, auquel il ordonna que les capitaines vinssent tous les matins pour entendre ce qu'il lui plairoit de leur commander : de là il voyoit tout ce que se fedsoit à Pentour de luy, et ne se pouvoit dresser noise ny tumulte, qu'il ne Paperceust incontinent; de là il cognoissoit de quel costé on diligentoit et de quel costé on cheminoit aux réparations et fortifications qu'il avoit ordonnées, et ordinairement faisoit ou commandoit tousjours quel-* que chose conducible et utile à ceste fin.
Tous les matins, au soleil levant (sinon que la venue ou des paquets, ou de messagers, aucunesfoys retardassent Pheure), lamessesedisoit devant luy ; icelle cessée, il se pourmenoit quelque espace au long de ses tentes, et là recueilloit humainement les capitaines venans vers luy pour prendre ses commandemens, administrant raison à qui venoit la demander ; et généralement donnoit gracieuse audience à un chacun de ceux quiavoient à faire à luy. Ce temps pendant, on luy amenoit des chevaux, et, montant dessus en compagnie des capitaines et autres gens d'estoffe, se pourmenoit, en devisant des affaires, une foys autour du camp, une foys dedans, une foys dehors, et autre foys tout à travers, donnant ordre qu'on ne s'apparessast à la fortification, et que noise ou tumulte ne sourdist entre ses gens, et sur le chemin parlant aux uns et puis aux autres, scachant et cognoissant très bien que la parole et conversation avecques le chef n'est guères de moindre efficace que Pexercitation, pour duire et rangera vraye obéissance une trouppe nouvellement assemblée de diverses et différentes nations. Ayant faict ce tour, il venoit prendre son repas, et appelloit les capitaines et autres personnages qui par long usage estoient expérimentés et cogneus, ou èsquels il y avoit quelque degré ou de dignité ou de bon conseil. Son repas prins et le conseil tenu, selon que les occasions le requéroient, il retoumoit au mesmes exercice de la matinée, sans refuser ou desdaigner ne veille, ne soing, ne travail,
MÉMOIRES DE pu BELLAY,
ch^çu^i fm^x\\ soo ^Yoi^ en $a change, son <^WIf, ^t co fflftins de quinze J9urs envjfonné 4ç fossé§ pw dehors, et d'ui^ rçinpart dç terre par dedans, ^ye.?. ^es flancs ^t plates-fo^-me^ ^ endroicU pu il çstoit requis ; de mani^fe qu'a gçine il eust peu choisir beaucpup de yiHes ès- (raejle? ilenstvpujuavçc n^oindrç crainte et dap- ^e;f ?,ftçn^fe une grosse Çmissfltpçe. (^ç Tçun^wy ; les tempi^ ej f us^^ toutesfoys y i^djoustoient ençpres iournôjlefipent ouelque npuve|lç fortification, tes çjîoses ftinsi dressées, farUJlerie fut assise et plantée pour receyojr Fen^eray (Jfi front et pour le battra pa^ les flancs, d^ $ort^ qu*il ne luy eust été possible d'arrivef \ fjiir^ Ips approches, ny se venir présente^ à F^^aul^, sans y recevoir pef^e et gros dpmrn?igç. pt «(^ gyrplus, il aypit à ui) chacun ordonné i^ fii§^nc(; et assiette de son guet ^rendfpiçt ^tPlf^cç^^uels tQus ou chacun (selon que le r^eroitle teipps et le besoin) auroij à se venir rainer et présenter, au cas qu'ajarme yinst au camp ; ce que toutesfoys nV advint jamais, car il y aypit mi^ tel ordre çt police/ que npn-seulemént il donna cognoissance de son çueur et hardiesse, venant avecques si petite trpuppe qu'il aypit du çofnmencement se présenter au-devant de Tennemy . mais bien autant ou plus de sa bonne pn^dencp^ prévoyance çt copsidéralion ; et bien monstr^ qu'il estoit party du rpy suflisamment instruict
f^ar luy, et que de sa part il avpit très bien reenu, et mîpux sçaybit exécuter, ce que luy estoit besoin de faii*e et pouryeoir efi tovit evénjçment.
Ledit seijgneur rpy estpit à yalence, non feulement comme le patron et chef de navire en ça poupe, ordonnant et commandant de poupe en proue, mais outre le renfort qu'il env^ypit journellement audit sire de Montmorency, fortifioit ladite ville et y çisseipUoit telle force, que, 1^ où à nostre camp il fust près advenu quelque désaç^^re, Peim)ereur eust trouvé ledit çeiçnéur en barbe, pres|. pt appareillf de luy iofff^v incontinent unç autre batt^ille.
Ce pendit que les choses ^ cpi]^(^uisoient cofi cesle manière es pays de Proyence et de Languedoc^ |îenry, comte de Nansâu, e^ Adnaâ de Croy, comte du R^u, et grand-maistre de la maison de l'empereur, estoient entrés en Picardie, avecques armée, pUlans et ga3ta,ns,entbujs Jleux où ils passpient le plat pays et les villes
[i^iè]
dp, petite rérâtiince : tToient de^prii^b ville de Bf^y sur $oi[i[unet et quçlquea v^l^^f a^ environs ; s'estoient essayés de prendre ce8e de S|\inçt-Riquierqp4-ew*,léeoqd'^ssault, maisik e^ Hypiepj esté reppvrt^és avecqi^e§ per^ de çiiçlque ai^llerie, ^ açsez bqn nptpî^e de geps, pour une si petite et légème çntrepnn^. pjariant dp 1^, et fiais^t çppt^papçç de s acheflnnçf ail- Içnr^, Hyoieni {ailly de peçrol^f ç Ç^^. J^pip seignçi:^: Çl)i^r|e^ dç Ypndosmbi^, go^y^peui êj^ liputpn^^ du roy ap^it pay^ ^e fiç^rdie» âvoit a^mblédp^garnjspps dttditpays, jflMqa a^ npnil)rp 4e trpis pep^ hommes (f (jrjn^, 3 (le pied jusques ^ j i^ n^iUe, et ayecq^e^ |adite fbîrce ]|)pn set dément ayojt çoi^train| lesdit^ çéigneurs de Nansau et du Re\i de repasser l'eaue, mais îjyoit, pour fairç la r^yçncJiedudQipmagegtffls mmt fejci'^ Ifi fcîptiqfe, iparpbp avwilded^pij k leiir, pris et pillf qûélqia^ y|lleltp|, çb^Jpaux et hpqrgades. ^iy|[arplle§,viPfichp-
Eestre et puverte, estoient logés dpftx inille Qmmes de^ enpemys ,; il avoit là dressé aon cjiemin, ep intention de lès y surprendre; njais Iç comte de Nansap, adverty dp Tentreprinse, et lequçl estpi^ desjà renforcé de gens, paf(^ pour se venir joindre à eux ; qui fut caa$ç qoc Ipdit seigï^eur de yendosme repassa deçà T^oc, pour ne jias^rder témérairement ces forçesi et attendoit la venue de monseigneur Cl^oife de (^orraipe, dpp de Guysp, gouverneur et lieutepant pour le roy en Champagne, lequel yenoit joindrje et upir ses forces avec luy ; et ce pendant ordonna que l'on vuidast toutes les places non ^^bles ep la frontière. Entre les autres, il avoit commandé que l'on abapdonn^st Guyse, et que seulement on mist garnison au chasteau, pour empescher que l'ennemy ne se yinst loger çn la ville.
Le comte de Nansau, adverty par ses espies de la diligence qpi se faispit audit lieu de Guyse, d'en emporter les meubles et vivres, et d'en emmener tout le beMial, et que les gens prdonnés à la jgarde du cl^iisteau estoient si amusés et ententifs à faire vuider ladite viDei et en abattre tputesles deffences qui pourroioit y servie a l'ennemy, que cependant ijs feisoiail au demourant assez mauvais guet aux advenues d'icelles, ^e délibéra d'y marcher haslivement, qn espérance de les y surprendre en désordre, ainsi qu'en effect il advint ; et ne se peurent les cens de guerre assez à temps sauver et retirer
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