LIVRE Vil
lieutenant général. il luy avoit esté ordonné, auquel il feit sçavoir son advis de ce qu'il y avoit veu ; suivant lequel advis, ledit seigneur lieutenant général, ne voulant obmettre chose qui fust réparable par humaine prévoyance, feit réparer lesdites places, et y mit le seigneur de Rabodanges,eschanson ordinaire, et de Sainct- Remy, commissaire de l'artillerie, avecqueç le nombre de cinq cens hommes de guerre.
Arrivé que fut ledit capitaine en Arles, il présenta ses lettres et communiqua sa charge aux dessusdits princes de Melpbe et Stephe Colonne, qui avoient jà commencé quelques fortifications aux endroicts plus débiles ; mais, quelque commencement qu'il y eust, les habitans estolent, ce nonobstant, hommes et femmes, fort estonnés, et principalement le menu peuple, à cause que plusieurs dames qui ordinairement y faisoient leur demeure ( ainsi que la coustume du pays est autre qu'elle n'est au cueur de France, que les gentilshommes et les gentillesfemmes se tiennent es villes) avoient faict serrer leur bagage pour se retirer ailleurs; qui donnoit grand espouventement audit menu peuple, et occasion de craindre que la ville fiist en apparent danger de tomber en inconvénient. Mais ledit capitaine Bonneval arrivé, d'autant qu'il estoit François et que les gens de la ville entendoient son langage mieux que des autres, aussi qu'il apportoit asseurance dudit sire de Montmorency, lieutenant général (auquel avoit tout le pays une grande fiance), de ne leur laisser avoir iTaulte de choses quelconques nécessaires à la garde et deffence d'icclle, lesdites dames se rasseurèrent et ne deslogèrent point. Et dès lors commencèrent tous, et grands et petits, à mettre la main à l'œuvre ; et ceux qui en avoient le moyen offroient à y employer de leur propre bourse. En ladite ville estoient alors environ de cent trente hommes d'armes des compagnies dessusnommées; mille hommes de pied gascons, soubs la charge de Jean de Foix, comte de Carmaîn; mille champenois, soubs la charge de messire Jean d'Anglure, seigneur de Jour; et de trois à quatre cens arquebouziers italiens, lequel nombre ne sembla aux dessusdits estre sufGsant pour soustenir la continuation des assaulx qui pourroient y estre donnés par un camp impérial. De bleds, y avoit bien grande quantité, mais peu de farines, et pas un moulin ; par quoy il fût ordonné de faire jus-
ques à vingt-H^inq moulins à bras et h chevaux* De vins, y en avoit très peu ; mais le Rbosne estoit k commandement pour y en amener, et les chefs de bonne volonté pour, à un besoin, boire de l'eaue, aussi les soldats; car, à la nécessité, tous les breuvages sont bons à qui a volonté de bien faire ; toutesfoys il fut advisé d'y en faire amener. Quant aux chairs, ils avoient moyen de recouvrer en un jour dix mille bestes à cornes de ladite isle de la Camarolle, qui estoit vis-à-vis de la ville, un bras du Rho^e entre deux. De sel, il y en avoit en abondance ; de poudres, n'y avoit pas grande, quantité, ny d'autres munitions servantes au feict de l'artillerie.
Toutes choses ainsi que dessus considérées, fut advisé que le princede Melphe, lequel on pria d'accepter cestc charge (ce que très volontiers il feit pour le service du roy), iroit au camp lès Avignon , pour en advertir ledit sire de Montmorency, à ce qu'il y envoyast les choses nécessaires et requises à la deffence et seuretéde ladite ville. Advint, ce pendant que ledit prince de Melphe feit son voyage, quelque débat entre deux soldats, l'un de la bande d'Anglure et l'autre Italien, et tellement s'alluma la noise, entre eux premièrement, et puis après entre les compagnons de l'un et de l'autre, qu'à la fin presque toute la compagnie s'esmeut et banda contre les Italiens, lesquels estoient par trop petit nombre au prix des Champenois. Telle fut Ih mesiée, qu'il en mourut de soixante à ootante, que d'une part que de l'autre, et furent lesdits Italiens repoulsés jusques dedans le logis du seigneur Stephe Colonne, auquel ils se retiré* rent, pour estre ledit seigneur de leur langue et lieutenant du roy en ladite ville ; mais les Champenois estoient desjà si esehauffés, que, sans aucune considération du lieu que tenoit ledit seigneur, non seulement ils s'efforcèrent d'entrer pesle-mesie avec les Italiens , ains y accoururent à enseigne dcsployée, comme si c'eust esté contre les ennemys du roy ; attraisnèrent une pièce d'artillerie jusques à la porte, les uns prests à la décharger contre icelle , les autres tirans à coups d'arquebouzes contre ceux qui se monstroient aux fenestres afin de parlementer à eux et appaiser la ncHse, et en avoient desjà tué trois ou quatre; les autres montans sur les maisons pour les descouvrir et y entrer par là, de manière qu'il estoit apparent d'y ar-*
river uo grm et lourd iocoDvémeïU poor le ^eryice du roy» si ledit capitaine Bonneval, oyaat 1^ bruit (M ce^ esoiotioa* n'y fjiffii aecoum sonidlMi^eiiMeot avecquei» «eqlenteot dix ou douxe homooiep dVipfis de sa compagnie 4|ui m trouvèrent ^ 60» logi» ; et à toutes les autres féit h sçavoipr qu'iji/s Iç suivissent osantes et nrmes, luy, pou^r la l^sCe qu'il eut d'y arriver avant que pi« advij^st, ayant seulement une roo* délie au poing e^ em espée au costé, s^ns avoir eu le loisir de ^e eouvrir d'wtre tiamois. Et, arrivé qu'il fut prennèrement a<i lieu de ce tu* mulle, il ftit cornmandement au seigneur de yiiiier$, qu'U rencontra, de retirer l'iartillerie ; qui luy estoit fort diflicile, car les susdits mutins l'i^vojeut attriMsnée ps^ force et en despit des canoaniers. Aussi &it couunandement au seigneur d'Angfure qu'il e«pt à faire retirer ses gens ; p»ais peu y valut son commandement uy le crédit que trouva ledit Anglore avecques se»
g&QB,
Sur ce peinet irrivèrent les seigneurs des Brosses, li^tenaut dudit seigneur de Booneval, et de Mnntreid-BQfitfiin, lieutenant du seigneur de Boisy, avecqn^ leur gendarmerie bien armée et bien montée, et lit lance sur la cuisse, ainsi qu'il leur avoit e^ o)rdonné, dont ledit seipieur de B(»nevil en renvo|^a vingt, auxquels il donna charge d'aller asseicnbler, de logis en logis^ tous les Italiens qu'ils trouveroient, pour les mener à un destour et lieu fort qu'il i^voii autnefoys choisi derrière l'église qu'où appelle la Majovr, et que sur I4 vie ils dcninis^ sent ordre qu'fSuxdits Italiens ne fust fiaict mal ny desplaisir : aui^ Mtres il eomifîauda de s'arlester auyrès du logis dndit Mgneur Colonue, jusques à ce qu'il leur coipmandast ce qu'ils auroimit à faire* Et luy> *ve^ dix boinmes d'armes qu'il feit mettre ^ pied, se pourmenant à l'entour du logis, trouva moyen de les mettre dedans par un huis de derrière, leur commandant qp^'ils se luonstrassent aux fènestres, afin que les mutins cogneussent que le logis estoit gamy de gens; et I07, ce faict, s'en retourna vers iceux mutins, lesquels, voyans les hommes d'armes aux f^estres, firent contenance de se vouloir mutiner contre ledit seigneur de Bonneval ; mais il leur myonstra tel visage, usant de r^nonstranâes et de menaces, et leur faisant entendre qu'outre la gendarmerie qu'ils voyoient à sa ifueue, estoii de^à en armes en b place,
MÉMOIRE;} D£ DU ISËLLAY,
pour se venir joindre à luy, la h^nde du comU de Carmain, lequel ils sçavoient estre aoa nep* veu germain, et qu'il avoit la puissance e» main de les faire venir k la raison, qu'à la par<fin Us se retirèrent; joinct qu'ils voyoiem ledit seigneur de YilUers, commissaire de TêtrtiUerie, et d'Anglure, leur capitaine, rtogài avec ledit seigneur de Bonneval, qui graiide<^ ment s'acquittèrent à rappajser les choses, c£ avoient suitted'aucunsde la mesmes compagnie, auxquels desplaisoit ceste nxu|inerie e$, façon d$ faire contre un chevalier de Tordre ^ Uem^ nant du roy.
La mutinerie appaisée, le ;seigneur CfÀQont envoya prier ledit seigneur de Bonneval de s'en venir vers luy à son logis, et, arrivé qu'il y in}, luy déclart qu'attendu l'outrage qui luy Kvoit esté &ict, il n'estoit délibéré de ptas demourer en la ville, et le pria très instamme^r de fen vouloir mettre dehors et faire accompagner jusques au lieu de seureté. le seîgpeur de to^ neval, au contraire, luy remonstn qQ^ajwi ledit seigneur Colonne charge de la ville de par le roy, et l'empereur est^t j^ si pries qji^'fi plain d'AviUanne^ au dessoubs d'4ix« il n'ai devoit ainsi desloger, ains faire à açavnir $g roy, ou à monseigneur le gr^d-niaistre,1ia|tenant général du roy, comment les choses et toient passées, à ce qu'on luy ostast et AMg^'>'g> lesdits mutins, et qu'en leur lieu ou |ny eivvoyast d'autres gens plu;s obéissans et 4e Goeil^ leur service; ef, attendant la respoose du roy, il ne devoit ne pouvoit riens jcraindre, jcar e»cores estoit la force entre les bons obéissais; et^ sur ce, luy oSroit de venir luy-mesq>es ca^ cher audit logis avecques luy, et de fajure f^ tpute la gendarmerie, ayecques la moitié ^ b^es du comle de Carm^ùn, foroient le guet toute la nuîct, afin qu'il n'y advinst po^veip désordre. Mais, quelque;$ rerppnstrjBuoiceys ^qi^ soeust faire, ledit seigneur Colonne ( craignut que ceste première picque en ençendrast fiacores quelque autre, dont le service du rojm portast pisi et luy receust honte et rc{>ro^« alléguant aussi qu^il n,e laissoijt la ville sans c^^ y estant ledit seigneur de Bonneval^ qui^ pour estre de la langue, pourroit plustost que luj tirer obéissance des gen^ me^in^ qni av^^yeot faiçt ceste esmotion, VU ^venoit (pie Topapereur approcbast avant qu'on en y eust envoyé d'autres) persévéra en son opioiou de^ retira
[ièéé]
LIVRÉ vil.
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an camp (îa vers lé ttty , et tkiti Htsktà (fia léSit éeîgftéuf de ioimcftaï y j/a^endt. Et pouree, fdt-il màûtet i chervall jusqués à tfenf^ homnots d'&rméft des siens, août il en ordonna dfct à toardier devant, et apfès enx les gens âodit sef^or Coloùne, et pais eox-mesmes areeques dix atltfes hommes d'armes en leur eompàgiâë, et les atrti^s dix derrière; tant qu'ils arrivèreirt an port de tYinquelàille , ànqtiel passa ledh seigneur Cdonne, et, prenant congé dudît Bonneral, luy recommanda et pria de mettre en pai'eiOe ^eureté ce peu de soldats italiens qtTU avôit laissés eït la viHe ; ce qu'il feit aTecques le mesmes ordre dessdsdit, et audit port de Trinquetaiile leur feit délivrer des tiyfes jnsqdes au lendemain. Ce faict, il eom* manda iths expressément audit d'Anglure qu'il feist chercher parmy ses bandes, et qu'il luy représentas! les prfncipaut aucteurs de Pesmotfon. Et, ee pendam que ledit Angfure en fit la dîl^énee» lequel estoit de sa personne gentil compagnon et de bonne rolonté, mais très mal accompagné de gens, il feit tme dépescbe k mmseîgneur le grand-maistre, lieutenant gé^ ttcral du t&f, Tadvertlssant dé ce qui estoit advenu, et le priant d'envoyer homme d'auetorité, pcAir enfetidre comment les choses es'toieirt passées. Ledit se%neur grand-maistre y rentéya IncoMfnent le pTii^e de Meiphe, et aréeqtieal hty messfrè Potoiii Raffln, séneschal d' Agence et l'un des capftaln^ de ses gardes, et après eût envoya bon éqnippage d'artillerie et â'sùiteB choses nécessaires , car, outre ce qu'il eflloh généralement efMentif k pourveoir et faire toutes choses qui pouirroient apporter nnisaâce, empeschement ou retardement à l'ennenrf , et qu'a açavoM quel avantage seroit atidit eteemy de se pouvoir saisir de ladite ville, 8 avort encores partioutièrement tme singtilière affection à la bien fournir de toutes choses 1 d'atrtànt que luy^ presque seul, et contre rcfpitêtftï de plusieurs, avoit esté d'advis dé la lbrtifi«r, et, & ceste causef si mal en fust ad> reAxïy ùti Itiy eust peu ttettr» ea avant qif M erâsl eétè meilleur et pins expiédla«rt de h bifter cmverté et désemparée à Pennèmy, qde^ la for^ tjflatett insnfBsamment, dcmner audh ennemy riMHHieur de l'avoir prinse d'assadt, à la grande augmentation de la gloire et réputation de ses forces et diminution^ du cueur et de l'espérance des nostres. Ledit seigneur d'Anglure délivra
hi triaifié dti sd^éài^ dé Bôùnè^al deux de^ mutins de séi bandes, dont f un se dtsoit estTe gèiïtllhomme, lesquels fbrént exécutés et pendus aux gouttières de la maison de la ville ; et furent ses bandes renvoyées au camp; hry de* modra en la ville fort malade.
Ses bandes arrivées au eamp, forent pubBequement, et, en signe d'ignominie, leurs enseignes ostées et désarborées, tous les mutins déclarés indignes et inhabiles à jamais de prendre ^ulde au service du roy ; et en leur Ken faTeikt envoyés deux mille honnùes, dont estoit chef et colonel messire Louis de Luxembourg, comte de Roussi, lequel, toutesfoys , et un sien frère nommé Jean de Luxembourg, seigneur de Cfaistelle , furent tost après eontremandés par ledit seigneur lieutenant du roy, pour les tenir près de sa personne, laissant mfUe hommes de leurs gens, dont le seigneur de Marieu, de Datiphiné , avoit la charge de cinq cens , et le selgnetnr de la Goutte, de Bourbonnois, les autres. Et] furent envoyée, au lieu des mille que ledit de Luxembourg amenoit, cinq cens hommea que condtlsoit le seigneur du Palais, de ht comté de Foix, et cinq cens autres que condoisoit le baron de Hix6u, du pays de Lan-* guedoc.
Les réparations ce pendant se contimtoient , en sorte que, du côsté quitus estoit à oTaindre aupiiravant,il y eut,dès le trei^iesme jour, moins de danger qu'en tous les autres , et y avott jâ six grands boulleverts et plateformesendeffence. PuisfirtrartiDerie assise sur iceux boulleverts, et es antres lieux où Pon jugea qu'elle feroît meilleur service dedans la ville, à un ancien théâtre dict les Arennes , lequel regarde merveilleusement bien à propos le tertre et hautt lieu dont nous avons ey-devant parlé ; de sorte que gens en trou}^ ne s'y ponvoicnt aucunement tenir à couvert. »Sur ce théâtre fut advisé de mettre deux pièces d'arliBerie, en Heu qtfelles pouvoient battre de toutes part à l'envlron.
Tovites ces fortifications veoit le seigneur marquis du Gnast , dudit hautt fieu où il s'esloit embnsebéy derrière les mouKus à vent , aini que f ay dit ey-dessns; et bien jugeoft Ë, l'ceil qii'îl avoit esté sufBsammem remédié contre toutes les conmiodités qu'il avoft espéré trouver au siège et batterie de la ville. Mais tost après il eut moyen (et non sans danger de sa vie) d'en juger par expérience, non que de
l'œil; car il fiit desconvert des nostres , et fat incontinent, par ledict seigneur de Bonneval , monstre au seigneur de Yiliiers , commissaire très dUigent et très expérimenté au faict de l'artillerie , lequel promptement adressa si à propos devers le lieu où estoit ledit marquis les deux pièces estans sur le théâtre des Arennes , que si le marquis , voyant mettre le feu , ne se fast tiré à costé, il n'eust failly d'arriver à la fin de sa vie. Les boulets qui tombèrent près deluy et firent jaillir la terre à l'entour effirayèrent tellement le cheval sur lequel il estoit monté , qui de fortune en avoit esté atteint , qu'il retourna la teste vers le chemin dont il estoit venu, et n'en sceust le marquis estre maistre qu'il n'arrivastau pont où il avoit laissé les vingt chevaux de garde. Et de là se retira, reconduisant ses gens plus vite qu'il n' estoit venu i car il entendit le bruict de l'alarme qui se donnoit en la ville, et craignoit d'estresurprins avant qu'arriver au lieu où il avoit laissé sa trouppe , qui estoit derrière le dessusdit lieu bault, tirant vers les marais , hors de veue et descouverture de la ville, et auquel on pou voit loger jusques au nombre de cinq à six mille hommes. Qui avoit esté la cause que l'on craignoit ledit bault lieu regardant en la ville; car, quand il n'y eust eu autre inconvénient , sinon que dudit regard en k ville , et de l'artillerie qui dudit hault eustpeu ( si on n'y eust réparé) battre par dedans au long de la courtine , pour empcscher que l'on se vinst présentera deffendre l'assault, et il n'y eust eu place pour loger à couvert gens pour deffendre l'artillerie, que ceux de dedans ne la vinssent gaigner ou pour le moins enclouer , ledit hault lieu n'eust tant esté à craindre. Les seigneurs prince de Melphe , de Bonneval et séneschal d'Agenois, voulurent bien que l'alarme se donnast chault dedans la ville , non qu'ils voulussent faire quelque grosse saillie , mais pour esprouver le cueur des gens qu'ils avoient, lesquels ils trouvèrent de si bonne et prompte volonté, que dès lors espérance de s'en bien ayder accompagna l'afTection qu'ils avoient de ce faire. Les murailles farent incontinent garnies, et de chacune bande le nombre ordonné , et au lieu qui leur estoit ordonné de se rendre en cas d'alarme , les enseignes aussi aux lieux aui leur estoient ordonnés, et toutes si bien acçQinpagnées , qu'il nç sembloit point que ceux
qui estoient sur les murailles y fissent faulte, et ne parloit-on sinon de sortir hors à toute force. Mais les chefs , qui avoient souvent nouvelles du camp des ennemys, et mesmement par un religieux de l'ordre de sainct François, qae ledit seigneur de Bonneval y entretenoit , et par lequel ils avoient eu nouvelles que Tempereur mcnaçoit fort de venir en Arles , ne les voulurent laisser saillir, craignansqoe le canqt impérial fust à la queue : louèrent toatesfoys leur bonne volonté, et les priant de l'entretenir, et d'en réserver l'exécution au temps que ici chefs jugeroient estre opportun et leur o»manderoient de ce faire , mirent seulem^it &v hommes d'armes dehors, auxquels il fut cooimandé d'aller en avant jusques à ce qu'ilssceossent quelle suitte pouvoient avoir eue ceux qui avoient esté descouverts de la ville , et quelle pourroit estre Tintention des ennemys. Lesdits hommes d'armes allèrent fort avant sans trouver à qui parler; bien virent-ils le pistîsd» chevaux , en la vallée où ils avoient esté ei&buschés au long des marais , et le train de b retraitte, tant d'eux que des gens de pied; mais ils s'en estoient allés plus viste qu'ils n'estoÛDl venus, de sorte que leur diligence les osU de veue et de cognoissance des nostres. Deux paysans furent trouvés dedans des brandcs ou guarrigues , qui là s'estoient musses de peor. Par eux entendirent nos gens,.et vindrent fûre le rapport que lesdits ennemys s'estoÎGat retirés avecques la grosse trouppe, et avoient toos ensemble passé au long d'un liieu qui s^appcfr Sainct-Martin, à plus d'une grande lieue 4e h ville, tendant au chemin de Marseille.
Ce temps pendant arrivèrent les vivres, artillerie et autres munitions qui dévoient suivit les princes de Melphe et séneschal d'Agenois, entre autres choses, dedix ou douze batteauxde vin , qui estoit, quant aux vivres , ce dont A avoient plus de besoin, et de poudre pour Jrtilerie et harquebutte ; ensemble des matièrat^ quises à faire lances, pots et grenades, dootik firent faire grande quantité par un canonnîer habitant de la ville , compagnon expert à ce mestier et lequel avoit esté au service de la religion de Rhodes. En ce temps arrivèrent quelques galères de l'empereur au-devant de la tour de bouche de RlM)sne, laquelle ils canonnèrent long-temps. Ceux qui estoient dedans ne monstrèrent point contenance de gençestpnnés, ains
se deffendirent très bien, et donnèrent des coups d'artUIerie dedans Fone de ses galères , dont ils firent gros dommage aux ennemys , et à la lin les contraignirent de se retirer , mais grandement ennuyés d'avoir failly en leur entreprinse; car ils avoient délibéré, s'ils la pouvoient prendre , de faire là endroict un pont pour passer en Languedoc, en espérance de se saisir de plusieurs bonnes et riches villes du pays, mais mal garnies de gens de guerre, et encores pis fortifiées. Et, pour crainte qu'ils ne vinssent au dessus de leur entreprinse d'icelle tour , a voit le Toy ordonné quelques gens pour mettre es villes de Nymes, Bésiers et autres, et moyen de commencer à y réparer , outre les gens que le seigneur de Champdenier avolt paravant levés ou commandés estre prests, au besoin , en tout le gouvernement dudit Languedoc, lesquels servirent bien un temps après, mais pour le présent n'en fut mestier ; dont le roy se contenta grandement du capitaine qui avoit la charge de sadite tour, lequel, outre ce qu'il estoit gentil compagnon etserviteur affectionné, s'efforçoit encores de faire service, de tant plus qu'il avoit en sa jeunesse faict quelque coup en une querelle et débat , dont il tascboit effacer la coulpe et mémoire par son bien faire , ainsi qu'il feit \ car, en recognoissance de ce service, le roy luy pardonna son {nattaient ; et a depuis eu l^it compagnon , nommé Viconte , charge de cinq cens hommes de pied au service dudit seigneur.
Peu de temps après, advint autre mutinerie d'aussi mauvaise et dangereuse conséquence que la première, et fut la cause et commencement en ceste manière : deux corfipagnons de la bande du capitaine Arzac de la Besse, natif d'auprès de Bordeaux, en la basse Gascongne , lequel avoit cinq cens hommes soubs la charge du comte de Carmain , estans un jour à leur guet, veirent passer deux vivandiers qui menoient des moutons aux champs , et soudainement descendirent de la muraille par les eschelles qui tous les jours s'y dressoient aux matins et aux soirs se retiroient , pour cause des gens qui y bësongnoient pour la fortification de la ville ; et par force prindrent cinq ou six moutons desdits vivandiers, lesquels en vindrent faire la plainte au comte de Carmain, par ce qu'ils estoient'de ses bandes , luy requérant de leur en faire la raison'. A quoy farre il ne fut
XYI' SIÈCLE y ChroD. et Méro.
LÎVRË Vil.
aucunement refusant, ittais feit incontinent prendre lesdélinquans,etmettre entre les mains des dessusdits prince de Melphe et seigneur de Bonneval, qui les feirent mener en la prison de la ville. Bientost après, ledit Arzac vint au logis du seigneur de Bonneval , le supplier de luy vouloir rendre lesdits compagnons , et que ceste faulte leur fust pardonnée ; lequel feit response qu'il en parleroit au prince de Melphe , car de soy-mesmes il ne le vouloit ny dcvoit Caire, attendu Timportance et conséquence d'un tel cas, qui ne pouvoit estre sinon de mauvais exemple, pour deux raisons : l'une d'avoir abandonné son guet pour aller au pillage , et pardessus les murs de la ville ; fautre , pour ce qu^, si justice n'a voit Ueu contre ceux qui destroussent les vivandiers , c'estoit pour mettre la ville en nécessité, mesmement l'empereur estant si près comme il esloit.
Ledit Arzac répFicquace quebon luy sembla, et, entre autres choses, que, si lesdits compagnons n'estoient rendus, il y avoit beaucoup de gens es bandes qui ne le trouveroient pas bon. A quoy le seigneur de Bonneval respondit en luy commandant, de par le roy, qu'il eust luymesmes à mettre hors la ville tous ceux de sa bande qui ne trouveroient bon que justice fust faicte des infracteurs de la discipline militaire et des statuts et ordonnances de la guerre. Et à ce ledit Arzac ne feit aucune response, mais sortit hors avecques visage et contenance d'homme non content et marry. Advint, le soir après soupper, que estans lesdits seigneurs' prince de Melphe et de Bonneval hors la ville, où ils asseoyent un guet d'iniquité, les compagnons de guerre qu'ils avoient accoustumé d'y asseoir, espendus en divers lieux pour obvier à toutes occasions de surprinse, la bande dudit Arzac, qui estoit de cinq cens hommes, se mutina, et commença à crier Gascongne l pour esmouvoir les autres de la mesme nation, coururent droict à la maison de la ville, metlans peine et diligence de briser les portes et de forcer si peu de garde qui estoit dedans, et, à ce qu'aucun ne vinst à la secourir, garnirent de picquiers et arquebouziers tous les coings d'une petite place qui estoit devant ladije maison. Le bruict de ce désordre vint aux oreilles du comte , de Carmain, lequel, pour estre leur colonel, y vint promplement, et se mit a^-devant d'eux, l'espée en la main, faisant ce que possible luy '
xMÉMOlRES DE DO BELLAY,
Ni
fot pour appaui^ I4 fnatii)ene et t^ire retirer chacoQ en son logis, mais peu valçurenf ses remoDstrai^ceSf ain^ il (ailli| deux ou trois fois à estre taé. Les despisdiU prince de Melphe et seigneur de Booneval, adveitysde ceste esmotioOt y arrivèrent 'aussi en dUigence, mais ne peurent Jamais y arriver à temps, que desjà la maison de la ville ne fust forcée» |ous les registres et papiers brusiés, et lesdits compagnons de guerre, ensemble tous les autres prisonniers qui s'y trouvèrent, plainement mis en liberté. Pour ce soir, ne furent d*advis les chebd^en faire autre démonstration, pour double qu'en faisant chercher les délinquans il advinst autre inconvénient, comme pillage de maisons ou forcement de femmes, et teDes choses que commettent folles gens de mauvaise volonté, quand ils ont cotdeur d'afler cherchant par les maisons de nuict, qui (comme dit le proverbe commun) n^a point de honte. Mais advi^rent que, ce pendant, ledit seigneur de Bonneval feroît venir i^ luy tous les capitaines des autres bandes, un î un, à ce qu'ils gaignassent les principaux des compagnons, chacun de sa bande, pour tenir main et avoir raison des aucteure de oeste mutinerie, leur remonstrant combien telles façons de faire estoient hors des limites de raison, et quel détriment seroit envers le roy, à tous les gens de guerre de la nation francoise, que telles esmotions advinssent souvent par eux, et que ce seroit occasion audit seigneur de prendre à son service gens d'estrangères nations, et de plus ne se servir de ceux de la sienne. Et tant usa ledit de Bonneval de remonstrances, avecques auctorité, que tous luy promirent tenir la main à faire justicedesmalfaicteurs, jusques àfaire mettre en pièces tous ceux qui oseroient y contredire. Au lendemain matin, les dessusdits de Melphe et de Bonneval, après avoir communiqué ensembk, feirent venir à eux le comte de Carmain, auquel ilç ordonnèrent faire sonner le tabourin et mettre ses enseignes aux champs, apprester ses bandes pour les conduire au camp lès Avignon ; car ils n'estoient déUbérés de tenir gens ainsi mutins à une ville de telle importance, et ou ils attendoient le siège de jour à autre. Toutes remonstrances cessans, et après toutes résistances, furent lesdites bandes contraintes de sortir hors par la porte de Crau.
Par la porte di» costé de 1*miat^ lesdits de Melphe et de BooneTal sortir ia darmerie à cheval, ensemble deoi miOç de pied 4$^ ^plf^ (^andeai» et trois w cens du pavs, que çopdoisoit k ^^ffm guières, babitaf^t en ladite ville. " commandèrent audit comte 4^ deux ensei^es chacune à part, (ainsi qu ik dirent) quel noinbre de avoit en chacune ; et lors ils a; ledit Arzac, çapiuine de celle des qui avoit faict Tesmotion, luy de leur amener les principaux mvlûu bande. Lequel Arzac leur amena deoi compagnons, qu'il disoit estre ceo| pour ce ne se tindrent lesdits cheft luy commandant qu'il ^ ameDl4 d'autres et de plus apparens, or 3iki loient faire pendre en prèsefioe i»
trouppes. A quoy respondlt ledit lioft voudroit pendre tous ceu]( qmeacÉÉtfi pables, il ne C&udroit aucun en furent lesdits compagnons délivras qui les iist pen4re en la pféseoce dites trouppes, le^pelles firent d(sans toutes à une voix que telle reusé punition méritoient gens béissans, e\ indigpes de se tn^n^ compagnie. Et lors fiit audit^QicjnP, ostée, et luy e^ sa bande chiM4(«l gnie, lesquels passèrent au ni|to sans tabourin ; et leur fut conuniiw»
au camp, vers ledit eey{neyr(|(5 Mo iieut^aijt général 4^^ roy, tuqnel à»
ou de leur usqr de ^ace, on tfex'"" plus de la punition qu'ils ament represta le cçmte dç C&rp^ son enseigne pour ftflqt jo«q«e> •* condition qu'il ne U f^^ Pf " sans la permission dydit seignenç général du roy ; mais le capitaine • chemin, et ne fut possible de le quelque diligence que Ton en ^j seigneur lieutenant général avoit s'en prendre à luy-ipe^es» et po gnons, lesquels ^usai se ^épartin tèrent par chemins divers les mi W Et depuis ceste démonstration fcicte,»^ ladite ville d'Arles nouvelle d'âne© "" désobéiss^Moce ny mutinemait« S tant ce propos, et retournwy *w WJ
lïoavelles ^jtii ky vltidrent l tiléncé de i^àtrivée (dont cy-dessus a esté parlé)def endpef èirf devant Marseille.
Geste noaveUe, encores que tost àj)fès erisolvîst celle du t^tonf , et dtl peu d'espérance qiie Pempercui' àvoît femport^ de todite venne à Marseille, fut toutefoyà en si petid^ieureâ «paûdue, voire augmehtée partny la court, de sorte que, non ^uletnent on devisûit et de sa dessnsdite venue et des approches desjà faictes devant là ville, mais que dedans huict jours il devott venir nous assaillir en nostre fort ; et àrMvât ce commun bruit du populaire Jtisques . ant grands, et non point comme chdse que Ton cralgnist ny doùtast, auquel cas on va seulement devisans les uns aux autres en crainte et en Toreille, mais à haulte voix et publicquement, comilte de chose désirée et de laquelle oh espé^oît bonne et heureuse issue.
Ne feict îcy à demander si monseigneur Henry, nouVeau dauphih et duc de Bretaigne, lequel esiioit auprès de la personne du roy, son seignedret père, edt en la teste de grands partys, tncdntinent ceste nouvelle ouïe, ny s'il fut Wen empressant à Pentôurde ceux qu'il scavoit avoir envers ledit àeîgneur plus grand et phis favorable accès, pour luy aydeif et tenir main à impétrer son congé d'aller au camp. Et fut sî grande *on affection et ardeur à ceste entteprinse, que, pour la peur qu'il avoît de n'y arriver î temps, il faisoit fempereur au double plus entreprenant et prompt de nous venir a'ssaillîr, que Tîssué et Peffect ne le monstrèrent; tant y a qtie tous les devis et propos de luy avecqùes ses familiers n'estoient jamais autres que de ceste affaire. « Et s'il advenoit, dîsoit-il entre eux, qu^ de malavanture l'empereur y an-hrast ^sfést' que luy, en sorte que luy ne fost assei à temps poifr le recueillir, quelle espérance pourroît estre la sienne de recouvrer jamais occasion d'apprendre sa guerre, ny de feîre preuve de sa personne en si juste et honorable (j(trér(Elfe, ïiy contre si digne et sor tablé ennony, au degré auquel il avoît pfeu à Dieu le con^ititer, (j^'en la quérelto et deffencede la patrie, d potar en repoulser un aggresseur, et contre un'eihpereur auparavant et talit dfe foi^ victorieux, et par apparence de Pjippareif qtie nous avions et du bon droict que nous souste-^ nions, exposé maintenant à estre vaincu? t,( qcLOj que soît tel ennemy, qu'en rapportant
LtVttÈ Vll.
victoire dé luy; ,'elle ne pouvoi estre anon latine des plus honorables et triumphantes qui flist oncques rapportée d'homme, estant vaincu €ti bien combattant, on n^ poùvoit^ avecques la péHe, en rapporter honte. » TeÙes estoient ses côhàidératlohs' et i*etnonstrandes, et desqxïélleé tôutesfoys Ùe se j)romeltant ààsez brefve expéditioh par le seul crédit de ceux qiiî lors estoienf àiitour du ro^y, ainsi que rfens n^est assez prompt à qui àrdéinment désire et attend, il y Voulut adjotlstèr tOfus autres moyeias, et en-^ voya message ^r message, jtï^es au k&tnp, devers le sire de Montmorency, lieutenant général des^sdit, duquel il eut lettres atJ rq^, et hdimne portant parôlei à ceété fin, tetle^ que luy vouhit les souhàitter.
Le roy, qui en efifeét àtvolt pUitUi dé i^ecogridîstre en son fOs pareille ardedr et affection Bxi faict des armeÉ et à faire acte dé -^ëtin, cothmé 11 les avoît lorS(Jti'lI eàtoît eh ti^ que mâinteilant il vo^oft estre àon fils, taht pfùs it ap](>rouvoit en soy-mesme^ deste tienne bonne et prompte volototé, ikttt plus se Rendit difficile à htj aCcèrder fe requesté, voulant par ée simulé f effitts tôty énflambe^ davantage le étieur ji emlura^ d'honnesteté, déiir et affectiôA d'acquérir gloire et honneur éh tô première jeunesse. A In parfin, il sie laissa vaincre de prières, ori, poiïr àSïeui dSre, fef^ant de se laisser vaincre, Infy Accorda corehne denty-éhvîs lA chose que pïuà i! désirdit. ï)esjà Vo^oît-fï seà forces unies 1 et prestes, et telles qu'il luy sembloit (tens eni- ! courir blasme de témérité) pouvoir assembler désof-mais âvecqtics sbrt enhemy, et mettre s exécution la volonté qu'A avoît tcJasjours éxie de tirer droit en personne là part que tirott sondit ennemy pour le combattre ; et à ceste cause, ^chant 40e mondit seigneur son fils* ( lequel il rfeùit toulu souffirhr faire sa preuve ou apprentissage aux armes en entrep^inse n^op hazardeuçe) seroit si bien accompagné, qu^tl ne pourroit (ayant Dieu en son ayde) tomber en inconvénient de honte hy dé perte, aussi que lûy éstoit pourfacconsulvré bientost après. Il vot/lùtbten, potrr eslever et nourrir tôusjours ceste plante d'honneur et vertu finctifiante au noble cueur de ce jeuiie prince, luy donner céste usure et fruitîon dé gloire, qbe de luy bailler en ceyte jeunesse le Abm et tillre de chef et général aune téHe àteée, et Contre tm si puis- ' sW ennemy qoel^empereur en proprepersonne.
MÉMOIRES DE DU BELLi^Y,
Doncques, accordé qu'il lay eust ceste requcste, se retournant vers luy et de regard et dépensée, fuy commença dire en ceste manière: u Vous allez, mon ûls, avecques mon bon congé, et d'une affection et désir que je ne blasme en vous, apprendre un mestier que, pour Tattente à laquelle vous estes nourry, il est requis et i^cessaire que vous scachiez, pour toutesfoys en user, quand pour ce faire vous aurez espérance d'esteindre les occasions d'en user par après, ou plus souvent, ou à la plus grande fouUe et bazard de la république. Vous trouverez là monsieur le grand-maistre, et avecques luy plusieurs bons capitaines, auxquels je dois, pour le grand désir qu'ils ont de faire bon service à moy et à la couronne. A luy vous direz particulièrement comment vous allez là, non pour commander à présent, mais pour apprendre à commander, au temps advenir, à luy et aux autres ensemble ; vous direz comment vous y allez pour apprendre d*eux leur mestier, et les prierez qu'ils vous donnent le moyen de faire tel apprentissage, que ce soit à vostre honneur et au leur, et au service de Dieu premièrement, et puis de la chose publicque de ce royaume. Soyez doulx et privé parmy eux, et mettez peine d'acquérir leur grâce, ainsi qu'avoit très bien commencé vostre frère, et gaignez ce poinct, sur toutes choses, que l'on vous trouve tel que, si vous n'estiez celuy que vous estes, on eust cause de désirer que vous le fussiez. »
Après ces remonstrances faictes,mondit seigneur le dauphin print congé de luy, et ne tarda guèr^ à estre prest de desloger. Là se cognent Tardent désir et affection de la jeune noblesse de la cour au mestier et exercice des armes ; car il n'y eut celuy auquel naturelle inclination et appétit de gloire et homieur ne fist trouver en un instant son appareil et équippage prest à partir. Trois jours après arriva monseigneur le dauphin en son camp, et vint le sire de Montmorency au-devant de luy jusques au deçà du pont de Sorgue, le recueillir avecques bon nombre de capitaines et autres plus appai;ens du camp. Et ceste compagnie le conduisit en son logis, lequel il luy laissa, comme à supérieur et chef par dessus luy ; mais monseigneur le dauphin ne le voulut souffrir desloger, ains se contenta d'une partiedudit logis, et deippwèrent logés ensemble ; et ledit we de Mont-
morency &isant sa charge ainsi qu'il avoit fûct auparavant, et mondit seigneur se gouvemnt entièrement en toutes choses par le conseil et advis de luy.
Desjà estoit venue au camp la nouvelle comment l'empereur estoit party de devant Marseille ; mais le duc d' Albe et les autres que kÉ seigneur y avoit laissés tenoient encores k ville assiégée, plus toutesfoys par conieDaoci que soubs espoir ou intention de la forcer,» seulement en espérance, ou d'attirer ceui k dedans à faire quelque téméraire saillie, oui* camp du roy à venir donner^KCoarsani a» gés, et, par ce moyen, en quelque lieu opp tun et à leur avantage pour le combattre; cz l'empereur estoit si près, qu'ayant advis à deslogemeut du camp du roy, il pouvoitbc^ ment prévenir et se venir à temps joindre î eux ; mais pour néant fut ceste leur délibèation, car ceux de dedans a voient bom cbefctf ne les laissoient sortir sinon à propos, etu dommage tousjours de l'ennemy. Et qoutic deslogement du camp, le sire de Montmoraïf avoit pieçà délibéré ce qu'il en voaloitetde voit faire ; et, tous les jours, ou par csfki, (^ par le tesmoignage des prisonniers, ou^^ les deux accordans ensemble, avoit acertaiûes nouvelles du camp eunemy et de tontes lc&^ treprinses qui se dressoient, voire des défibérations de leur conseil. Et, incontinent (p'ik s'oublioient, faisoit icelles mettre à exécutioo, encores qu'il se voyoit en main la victoirf seure, et sans bazarder les forces ny FEstat* roy son maistre. Si estoit-ce que, nonobsisi qu'il eust tousjours, depuis la surprlnse de In gnolles, tendu principalement à ceste i^^ faire que nos gens en fussent d'aatant pl^ advisés et retenus à essayer la fortune, f l'ennemy en estoit plus hazardeux et entiep nant, il n'avoit voulu toutesfoys laisser anétftir et perdre le cueur et hardiesse aux nû**; mais, selon qu'il avoit Jes ad vertissemensd»»»' treprinses et desseins de l'ennemy, tay-n>^ (autant que jugement d'homme le poovoit pr^ voir) ordonnoit qui, comme et jusques à q^ but on iroit au devant de luy; et comme pnJ^ ou moins il voyoit procéder les choses, plos OQ moins il laschoit la bride ou la retenoit à ceux qu'il avoit ordonnés à faire les exécutions de son conseil. Par ce moyen, il feil. sans riens ipçttrç çp bawrd, telle revencbe de Brigool^»
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que le camp ennemy ne fut oncqnes un jour, ou sans alarme, ou sans. nouvelle de quelque rencontre, et ne passa jamais jour que leurs gens et les nostres ne s'assemblassent, les uns contre les autres, en quelque lieu, mais tous les jours et sans aucun en excepter, au désavantage et perte de Tennemy ; et encques ne fut aux Impériaux possible de partir si secrètement, ny si à heures et temps incertains, ny par chemins si estranges et divers, que du venir ou du retour ils ne feussent rencontrés des nostres. S'ils sortoient forts, ils mangeoient ce quMls pouvoient trouver, et en leur camp ne leur venoit aucun reCreschissement; si foibles, ils estoient taillés en pièces, ou, pour le moins,battus et prins; de sorte quHIs ne savoient pas bien se résoudre du chemin qu'ils dévoient tenir, ou de se laisser affamer par crainte et peur de ne s'oser ésloigner du camp, ou de se mettre en péril, évident du glaive de Fennemy, pour éviter la mort otieuse et reprochable.
Il n'y avoit pas alors beaucoup de temps que le seigneur Jean-Paul de Gère, passant . avecques la compagnie de gens d'armes dont il avoit la charge, et quelques chevaux légers italiens, et messire Martin du Bellay, avecques deux cens salades dont il avoit la charge, avecques trois enseignes de gens de pied italiens, et advertys par les espies qu'auprès de Lormarin, petite ville par laquelle estoit leur chemin de passer, estoient venues fourrager aucunes trouppesde gens de cheval des ennemys, ayoient mis embusche de leurs gens de cheval en divers lieux et endroicts, afin que, s'ils failloient en quelque part, en l'autre ils ne faillissent à les rencontrer. Or estoit advenu que, sur le chemin qu'eux-mesmes faisoient « s'embatirent lesdits gens de cheval ennemys, chassans devant eux un gros butin et de bestes blanches et d^auraailles, qu'ils avoient assemblés parmy les champs aux environs, et les avoient chargés si furieusement et à l'improviste, que la frayeur leur avoit osté le sens de considérer quel nombre ils estoient et de quel nombre ils estoient chargés ; car ils estoient de quatre vingts à cent, bien esquippés et montés, et ledit seigneur Jean-Paul n'en avoit point plus de, quatorze ; mais avec ce peu de gens il rescouyt le butin elprint environ de trente prisonniers, et plus en eust pris, s'il ei^st eu des preneurs assez; tAnt eçt vray ce que Toq dit, qu'en uae roupie,