LIVRE VU
ny reflrayé, pour la peur qui Festonne, ny le vainqueur, pour le contentement de sa victoire, a esgard à nombrer ses gens. Les ennemys, désireux de. venger ceste honte, avoient mis, quelques jours après , cent arquebouziers dedans le chasteau dudit Lormarin, pour y faire une retraiite et reffuge de leurs coureurs, et en espérance aussi que s'ils pouvoient attirer nos gens à les en venir déchasser, ils se tiendroient prests de venir par autre chemin enclore et surprendre nosdites gens. Ledit seigneur Jean-Paul, ayant eu ad vis de ceste leur entreprise, le feit asscavoir aux seigneurs de hi Fayette et de Curton, . qui se joignirent avec luy, et, outre le nombre qu'ils voulurent pren-* dre des gens de cheval de leurs compagnies , luy amenèrent deux cens bons arquebouziers. Avec ceste trouppe, ilsdeslogèrent deCavaillon, garnis d'eschelles faictesà la haste, lesquellesi après avoir gamy de tous costés les advenues, de peur de surprinse et inconvénient, ils dressèrent contre les murailles, et donnèrent un si furieux assault, qu'ayant tué tous ceux qui plus vaillamment leur résistèrent, ils prindrcnt le chasteau de force, et tous les autres amenèrent prisonniers avec eux, sans trouver aucune rencontre ny encombrier, combien que le seigneur don Ferrand de Gonzague leur eust couppé le chemin avec bien douze cens chevaux et seize enseignes de gens de pied ; mais, par nos gens de cheval qui avoient esté mis sur les advenues, avoient esté prins quatre des avant* coureurs dudit Gonzague, et par eux avoit esté sceu le chemin qu'il terïoit, et en quelle part il attendoit les nostres ; par quoy ils se retirèrent par autre chemin.
Es mesmes jours coururent les ennemy^s à Cenas, villctte distante de leur camp environ de huict milles, et deux de Cavaillon. Ledit seigneur Jean-Paul, adverty par ses espies, y alla incontinent, en courage de les y rencontrer; mais il trouva que jà ils estoient partys, et, à ceste cause, se mettant à chemin de sa retraitte, envoya seulement douze chevaux des siens pour rebourser le chemin jusques à Salon de Crau, qui rencontrèrent environ quarante fourrageurs des ennemys, partie à pied, partie à cheval, lesquels ils chargèrent de première rencontre, et, leur faisant abandonner leur butin, qui après fut rescous par les paysans, les aj^enèrent toys quarante prisonniers à Cavail- ,
osé
Ion. A Tottldn, flVoit tédl Fempereti^ àmaii de tôtites les besteit à charge qu^il nvoit pet ré- CdQvfef en tout le pays, depnW Ait Jnsqaes a JlîcÉf et par-delà, pour apporter îe biscuit qu'il «▼oH faict ûilre audit foulon, pour subvenir & (a faûlte c[ue avott son camp , de farineâ, moulins et fours. Les paysans, qnl furent ad- Vertys du joiir (^e le biscuit devoît partir, firent si bon guet, et assirent letlrs etnbuscbes si à ptopùs qdiïU amenèrent ou tuèrcftt, ou blessïrent, toutes lésdltes bestes, en sorte ou'efles ifeussent plus sceti faire service?, et, (continuant en ceste manière, tenoient ledit cattip impérial éù e^tresme hullgehcé et nécessité de tlvres. De tontes ces ebtreprtnses et autres semblables, qui seroîent lotigues i raconter, estoît le sire de Montmorency adverty ordmaîrement ; et bien ponvoft cognoîstreà rœll que la famtee |âvâïit peu détours contrafndh)it et réduhrolt Fennèmy km rfécessîté, on de tious venir assainir i nostre tort éft à son désavantaj^, ou d'abandonner la l^roi^ertce àvecques grosse honte et dommage, et Ae vô^oit point qt(el intérest il y avoH de le deffaire sans combat et sans hazard, en: Iny ostant tè moyen des choses sans lesquelles il ne pôtrvoft demourer, plostost que de vaincre en haiardànt une battaille.
Tèlléf ttvc/H totlâjours esté sa délibération; mais II y avoit toujours eu gens en sa compagnie, qiii, ènèores qne àri commencement, après âvofr esté la chose débattue d'une part et d'autre, ^y fèusseiît to^s* Condescefldus, ne la pouvrtetït toùtefbys assez bien gouster, soît qu^en effect fls eusscAf plus defféré à son auctoTtté que changé dolenr opinion, ou que bien ils en eussent changé pour lors, voyans les apparentes raisons quf si avant faisolent contre etrt, et que depuis, voyans les forces du roy tfm!tipHées et strffisantes pour combattre Fennemy, ils fussent à Ceste ôcèasîôn' retombés en leurdïte premièréf opinion, IVfais tant y a, qu'en , eux-mesmes, et quelquefois en leiïrs devis privés et particuliers, fls ne louoîent tant ceste sfenne prtdencé^ et maturité, qu'ils ne faissassent part mhtjk faculté (ite ctieur et dé hardiesse. Mais dîepufs que monseigneur fiït arrivé au camp et qu'ik trotrvèrent toute la jeunesse de leur opinion, laquelle (ainsi qu'est la coustume) estime et crainct moins les hazards et dangers, d'autant qu'elle les a moins expérimentés, alors recommencèrent-ils, toutes tes
fois qu'on assembloit le conseil pour adviseri ce qui estolt à fkire, et pour délibérer l «çâvoîr qui estolt plus à propos, ou d'approdier phs près de l'ennemy, ou de continuer la gwnc par dissimiitations et temporisement, h\m que Ton avoit commencé, à en parler plus librement et hardiment, et à demander avec instance 1*00 marchast en avant et qu^n levast le a'^ de devant irfarseiHe. Et jà estoient de cestai vis, non seulement ceux qui en avoîent estéds commencement, mais, avec eux, aucuns è ceux qtil en avoient esté auparavailt d'opioi contraire, soit qu'ils se départissent de h f mlère, pour la confiance qu'ils avoîent è forces qu'alors fls ^oyoîent au roy, ou qui vouhisseot gratifier et complaire à Ta^péûtili letfr jeune pritifCe, (Qu'ils voyoient tfruder far deur et affection de s'esprouver à la guerre rf de faire courir le bruit de sa vertu. « È( po» quoy, dlsOient-fls entref eux, ne hiy oWéùipfli?roient-ils en un si noble ethonnesledésirtel pourquoy l'abuseroient-lls, et quasi ^MBp^^ ment le frauderoient d'une si belle et appffoft occasion et opportunité, que Dieu luy oBWt maintenant, d'acquérir gloire et réputalta«flï armes eri sa première et florissante Jta«»? rïy qxlellé raison y avoit-il qu'ayanslBpfl*^ fbrces que le roy avoit assemblées Si chîttW^^' ils ^arrestassent et apparessassent aa wsa^ camp où Ils s'estoient fortifiés et comme couverts , alors qu'ils estoient foibles et nultenent suffisans pour résister ou se présenter i f«^ nenïy? Leur devoit-tf suffire, estant si M^ à puissans au dessus de l'ennemy, de se teff enclos, attendant qu'il vinst les assaillir, i^ qui pis est, souffrir et endurer qu'il feist si pea d'estime et conte d'eux, que de venir à ^ barbe assiéger une telle ville qne Mârseile avec une si petite trouppe de gens, qu'il»'!® avoit assez pour faire littîère et pour fouIeri« pfeds de leurs chevaux , avant que Vem^ eust loisir de venir au secours avec la p^ trouppe de ses gens? Nenny, nenAy, dîsoifl»^ ils ; c'est sur nostre honneur que nous j^^ et voulons que, si ton marche en ^^^^^ nous reproche par après que nous n'eatcndons ny vatorts rien au mestller, si jariiaîs ceifl (p assiègent Marseille se peuvent sauver ei g» tiîp de nous. »
n en y avoît toutesfoys d'^autres (jA P^^^ toient en leur première opinion, et trouvai