‹ Le loyal serviteur [pseud.] Chronique de Bayart.--Guillaume de Marillac. Vie du connétable de Bourbon.--Antoine de Laval. Continuation de Marillac.--Jacques Buonaparte. Sac de Rome in 1527.--R. de La Marck, sgr de Fleurange. Mémoires du jeune adventureux.--Louise de Savoye. Journal.--Martin et Guillaume du Bellay. MémoiresChapitre 36 sur 428 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

Commem le bon dmaHer sorm de sa garoiflOD de Moo^^ commenrU trooira Espaigools sur les diamps, et ce qu'il eo advlot.

Estant le bon chevalier en une garnison où le vaillant cappiUine Loys d'Ars Favoit logé, qui s'appeloit Monervine, avecques quelques aucuns de ses compaignons , ennuyé d'estre si longuement en caige sans aller vcoir les champs , leur dit ungsoir : « Messeigneurs, il me semble que nous cropissons trop icy sans aller venir nos ennemys ; il en pourroit, de trop demourer en advenir deux inconvéniens : Tung que, par f aulte d'exercer les armes souvent, deviendrions tous efféminés; l'autre qu'à nos ennemys le cueur pourroit croistre, pensant entre eux que pour la crainte que en avons n'osons sortir de nostre fort. Pourquoy je suis délibéré d'aller demain faire une course entre cy et André ou Barlette. Peult-estre aussy que nous trouverons de leur costé coureurs, ce que je désireroys à merveilles, car nous nous pourrons mesler ensemble et à qui Dieu en dcmnera l'honneur s'il l'emporte. »» A ces paroles n'y eut celluy qui respondit autrement que à sa voulenté. Si firent le soir ceulx qui devoi^t estre de la course r^arder si rien ne f&illoit à leurs chevaulx, et se mirent en ordre comme pour achever ce qu'ils avoient entrepris. Si se levèrent assez matin, et se mirent aux champs environ trente chevaulx, tous jeunes gentilshommes*, et bien délibérés, chevauchèrent vers les garnisons de leurs ennemys, espérant d'avoir quelque bonne rencontre. Le jour mesme, estoit sorty de la ville d'André, pour pareillement courir sur les François, ung gentilhomme espaignol, parent prochain du grand cappi taine Gonzalle Ferrande , qui s'appelloit domp Alonce de Soto-Mayore , ung fort gentil chevalier et expert aux armesy qui en sa compaignie avoit quarante ou cinquante chevaulx d'Espaigne, sur lesquels estoient gentilshommes tous esleusaux armes. Et telle fut la fortune des deux cappitaines, qu'au descendre d'ung tertre se vont veoir lesungsles ftustres environ à la portée d'ung canon. Je ne

vous auroy sdire lequel fut le plus joy eulx , mement quant ib apperçurent que leur pois^ sanceestoit pareille. Si conunencea le bon chevalier, après qu'il eust au vray apperceu les croix rouges, parler à ses gens, auxquels il dist : • Mes amys, au oombatsommes venus; je vous prie que chascun ait son honneur pour recommandé; et si vous ne me voyez faire aujourd'huy mon debvoir, réputez-moy lasche et meschant toute ma vie. » Tous respondirent : M Allons, cappitaine, donnons dedans, n'attendons pas qu'ils aient l'honneur de commencer. » Alors baissèrent la veue, et en criant : France ! France I se mettant au galop pour charger leurs ennemys; lesquels d'une assurée et fière contenance, à course de cheval, cryant : Espaignet Sani' Togo / à la pointe de leurs lances gaillardement les receurent. Et en cette première rencontre en furent portés par terre de tous les deux costés, qui furent relevés par leurs compaignons à bien grant peine. Le combat dura une bonne demye heure qu'on n'eust sceu juger qui avoit du meilleur; et coomie diascun en désiroit l'yssue à sa gloire, se livrèrent les ungs aux autres, comme s'ils feussent tous frais, ung très périlleux assault*, mais comme chascun peuit assez entendre en telles choses, est de nécessité quel'ung ou l'autre demoure vainqueur. Si advint si bien au bon chevalier, avec la grant peine qu'il y myst et le courage qu'il donnoit à ses gens, qu'en ce derrenier assault rompist les Espaignols ; et y demoura sur le champ, de morts, jusques au nombrcjde sept et bien autant de prisonniers ; le reste se mist à la fuyte, desquds estoit ledit cappitaine Alonce, poursuivi par le bon chevalier, qui souvent luy escrioit : «Tourne, homme d'armes! grant honte te sera de mourir en fuyant. » Lors Alonce, comme un lyon eschauffé, se retourna contre le bon chevalier auquel il livra aspre assault*, car, sans eulx reposer, se donnèrent cinquante coups d'espée. Cependant fuy oient toujours les autres Espaignols, qui avoient habandonné leur cappitaine et laissé seul ; ce néantmoins gaillardement se combattoit ; et si tous les siens eussent fait comme lui, je ne sçayqui enfin eust eu du meilleur. Bref, après avoir longuement combattu par les deux cappitaines, le cheval de domp Alonce se recreuf et ne vouloit tirer avant. Quoy voyant icelluy bon chevalier, luy dist : « Rends-toy, homme d'armes, ou (u es

PAR LE tOYÀL SERVITEUÏl, CHÀP. XIX.

mort. — A qui, respondit-il, me rendroy-je? -' AncappitaineBayart, dlst le bon chevalier.» Alors domp Alonce, qui desjà avoit ouy parler de ses faicts vertueux, aussi qu'il congnoissoit l»eii ne pouvoir eschapper, pour estre de toutes parts endos, se rendit et luy bailla son espée qui fust recene à grant joye. Puis se remirent les compaignons au retour vers leur garnison, joyeulx de la bonne fortune que Dieu leur avoit ce jour donnée ; car ils n'y perdirent QDg seul homme. Bien y en fut blessé cinq ou âx et deux chevaulx tués ; mais ils avoient des prisonniers pour les récompenser. Eulx arrivés àta gamison, le bon chevalier, fils adoptSf de dame Courtoysîe, qui desjà par le chemin avoit entendu de quelle maison estoit le seigneur domp Alonce, le fit loger en une des belles chambres du chasteau, et luy donna une de ses robes, en lui disant ces paroUes : « Seigneur domp Alonce, je suis informé par les autres personnes qui sont céans que vous estes de boime et grosse maison, et qui mieulx vault, de vostre persomie grandement renommé en prouesse, par quoy ne suis pas délibéré vous traicter en prisonnier ; et si vous me voulez promettre vostre foy de ne sortir de ce chasteau sans mon congé, je le vous bailleray pour toute prison. Il est grant ; vous vous y esba-, trezparmy nous autres. — Gappitaine, respondit domp Alonce, je vous remercie de vostre comloysie, vous asseurant sur ma foy ne partir jamais de céans sans vostre congé. » Mais il ne tint paa bien sa promesse, dont mai luy en print à la fin, comme vous verrez cy-après ; toutesfois ung jour, comme ils devisoient ensemble, composa domp Alonce de sa rançon àmilescas.

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