CHAPITRE XX
^^wMWDtdoBp Alonce se youIuI dearoberpar le moyen d*ung ^JlMioys qui le garnit d*ung cheval ; mais U fut repris sur ledboBio et resserré eo plus forte prison.
Quinze ou vingt jours fiit domp Alonce avec- <pe8 le cappitaine Bayart et ses compaignons, fusant grant cbère, allant et venant par tout k chasteau sans que personne luy dist rien ; <^&r y il estoit sur sa foy qu'on estimoit qu'il ne T^Kuproit jamais. Il en alla autrement, combien V^ de loy, ainsi qu'il dist après, n'y avoit auc^ine IiQlte ; ains s'exeusoit que, pour ce qu'il
ne venoit nuls de ses gens devers luy, alloit de luy-mesme* quérir sa rançon, pour icelle envoyer au bon chevalier, qui estoit de mil escus. Toutesfois le cas fiit tel : Domp Alonce, allant et venant par le chasteau, se fascha, et ung jour, devisant avecques ung Albanoys qui estoit de la garnison du chasteau, luy dist : « Vien-ça, Théode ! si tu me veulx faire ung bon tour, tu le me feras bien. Et te promets ma foy, que tant que je vivray n'auras faulte de biens. Il m'ennuye d'estre icy , et cncores plus que je n'ay nouvelles de mes gens ; si tu veulx faire provision d'ung cheval pour moy, considère que je ne suis en ceste place aucunement gardé, je me sauveray bien demain matin. Il n'y a que quinze ou vingt milles jusques à la garnison de mes gens ; j'auray fait cela en quatre heures, et tu viendras avecques moy ; je te feray fort bien appoincter , et te donneray cinquante ducas. » L' Albanoys qui fut avaricieux le promist, combien qu'il luy dist devant : « Seigneur, j'ay entendu que vous estes sur vostre foy par ce chasteau ; nostre cappitaine vous en feroit querelle. — Je ne veulx pas rompre ma foy, dist Domp Alonce ; il m'a mis à mil ducas de rançon, ie les luy envoyeray ; je ne suis obligé a autre chose. — Bien donc, dist TTiéode l' Albanoys, n'y aura point de faulte que demain, au point du jour, je ne soye à cheval à la porte du chasteau quand elle ouvrira ; faictes semblant de venir à l'esbat, et vous trouverez le vostre. » Cela fust accordé entre eulx et exécuté le lendemain ; car ainsi qu'il fust proposé, se trouvèrent si bien à point que, sans ce que le portier s'en donnast autrement garde, pour ce que desjà estoit adverty qu'iJ estoit sur sa foy, parquoy le laissoit aUer et venir, domp Alonce monta à cheval et s'en alla tant qu'il peut. Ne demoura guères que le bon chevalier, qui estoit vigilant, vint en la basse court du chasteau et demanda où estoit son prisonnier, car tous les matins s'entretenoit avecques luy ; mais personne ne luy peut enseigner. Si fut esbahy ; et vint au portier, auquel il demanda s'il l'avoit point veu. Il dist que ouy, dès le point du jour, et près de la porte. La guète sonna pour scavoir où il estoit ; mais il ne fut point trouvé, ne aussi ledict Théode, Albanoys. Qui fut bien marry? ce fut le bon chevalier. Si commanda ung de ses «ouldars et luy dist : « A coup, montez à diligence à cheval , vous dixiesme, et picquez
CHRONIQUE DE BàYART,
droit vers Ànire, veoir si voqs trouverez nostro prisonnier ; el si le trouvez, faîcteg qu'il soit ramené mort ou vif. £t si ce mescbant Albanoys est empoigpé, qu'il «oit rmnepé aussi, car il sera pendu aulx crén^aulx de céans, pour exempte de ceulx qui vouldroient ung autre fois &ire le lasche tour qu'il a faict. i> Le Basque ne fist antre délay « mais incontinent monta à cheval, et k pointe d'espqrons, sans regarder qui alloit après luy, combien qu'il fîist très bi^ suivy^ prist son chemin vers André, où à environ deux milles trouva Alonce descendui qui babilloit les sangles de son cheval , qui estoi^at rpmpues ; lequel, quand il apperceqt qu'il estoit ponrsuivy , cuyda remonter, mais il ne peut. Si fot attainct, repris et remonté. Théode ne fut pas si M de se laisser prendre, car i) sçavoit bien qu'il y alloit de la vie ; si se saulva dedans André, et domp Alonce fiit ramené à Monervyne, on quant le bon chevalier le veit, luy dist: fUél comment, ^gneur domp Afonce, vous m'avez promis vqstre |by ne partir de (îéans sans mdn congé, et vous avez lait le contraire? H pe me fieny plus fn vous, car ce n'est pas bonnestement &ict en gentilhomme de se desrober d'une place quant on y est snr ^ foy. f» Domp Alonce respondit : « Je n'esiois pas délibéré en rien vous faire tort. Vous m'avez mis à mi| escus de rançon \ dedans deux jours les vQus eusse envoyés ; et ce qui m'en a fait partir a esté de desplaisir que j'ay pris pour n'avoiip aucunes nouvelles de mes gens. » Le bon chevalief, qui estoit encore tout courroucé, ne prist pas ses excuse^ ei^ payement , ains le fis^ mener ^ nne tour ; là le tint quinze jours, sans toutesfois le mettre en fers ny luy faire aiitT'^ injure ; et de son boire et sqn manger estoit si bien traicté que par raison s'en pquvoit bien content^. Au bout de quinze jours vîQt une trompette demander sauf-conduy t pour ung de ses ^ens, qui luy vouloit apporter l'argent éfi sa fançon. Il fqt baiUé, et par ainsi l'argent apporté deux jours après ; parquoy le seigneur domp Alpnce fut de tous points délivré. §i print congé du bon chevalier et de toute la compaignie assez honnestement, puis s'en retourna ft Andr« ; maiç devant son partement il veit comment icelluy bon chevalier donna entièrement l'argent de sa rançon à ses souldars, ^t n^ea r^tipt pas ung seul denier pour luy*