LIVRE VUI
chercher son ennemy, sçachant de quelle conséquence luy seroit de perdre une baltaille en son royaume contre un si puissant et obstiné ennemy que l'empereur, et quelle ouverture sondit ennemy auroit, après une victoire, de pousser outre, là où, au contraire, l'empereur ne pou voit riens perdre du sien.
En ce temps arriva le seigneur André Dorie avecques les galères de l'empereur, qui luy apporta d'Espagne vivres et ai^nt, et vint devers luy au camp, et fut par Sa Majesté recueilly fort humainement et honorablement ^ et, sur sa venue, fut le conseil assemblé par plusieurs foys. Quelle chose y fat conclue, je ne sçay ; mais il feit publier un édict parmy son camp, que tous gens de guerre se tinssent prests à faire monstre et reveue, et toucher deniers, et s'appareiller de partir au jour que l'on leur feroit à sçavoir, garnis chacun de vivres pour huict ou dix jours, afin qu'ils n'en eussent faulte sur le chemin qu'ils feroient pour aller là part qu'il les entendoit mener. Il avoit un peu auparavant envoyé son artillerie à Marseille la Vieille, et icellefaict embarquer en ses galères; qui avoit donné souspeçon au roy qu'il eust délibéré d'aller par mer faire descente en quelque autre part où il n'eust esté mis si bon ordre aux affaires ; et, à ceste cause, estoit ledit seigneur ententif et toujours prest à tourner le visage là part que tireroit sondit ennemy. Soit , que le vent fust trop contraire', ou que ledit seigneur empereur cbangeast d'opinion à la venue dudit Dorie, il feit désembarquer sadite artillerie, et la ramener ea son camp ; chose qui donna occasion de penser qu'il voulust venir assaillir le camp du roy, ou aller après le duc d'Albe mettre le siège devant Marseille.
Le roi eût nouvelles comment son camp delà les monts avoit mis en son obéissance grande partie du Piémont et tout le marquisat de Saluées, hormis quelques chasteaux. Plusieurs ie son conseil estoient d'advis et luy conseiloient d'annexer iceluy marquisat auDauphiné, ^omme commis et confisqué à luy par la ré- >elIion et félonie du marquis François ; mais edit seigneur aima mieux ensuyvre sa natuelle clémence et libéralité, que la susdite opilion de son copseil. Et, à ceste cause, avoit iiandé au cardinal du Bellay, son lieutenant général à Paris, qu'il mist hors de prison le narquis Jean-Louis, frère dudit François^ le-
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quel Jean-Louis avoit esté privé dudit marquisat, et constitué prisonnier, pour autre rébellion par luy commise. Venu que fat ledit Jean-Louis au lieu de Valence, et présenté au roy, ledit seigneur, en présence du duc de Touteville, comte de Sainct-Pol, gouverneur et son lieutenant général au Dauphiné, des cardinal de Lorraine et archevesque de Milan, et autres plusieurs, l'investit, et reçut de luy le serment de fidélité contre et envers tous, comme son vassal et obligé, à cause dudit Dauphiné, dont meut et dépend ledit marquisat ; puis ordonna luy estre délivré argent, pour s'esquipper et dresser son train, et s'en aller audit marquisat, et jusques là le feit accompagner et conduire par l'escuyer Sainct-Julian, gentilhomme gascon, nourry en la maison de Salluc«s, qui avoit esté guidon de la compagnie du feu marquis Michel -Antoine, et, depuis sa mort, lieutenant du marquis François; auquel de Sainct-Julian iceluy seigneur donna charge d'avoir l'œil aux allées et venues dudit nouveau marquis, de peur que par simplicité il ne se laissast surprendre au marquis François, lequel estoit plus caut et malicieux que luy.
A quoy faire ledit de Sainct-Julian s'acquitta soigneusement; et bon mestier en fat, car, peu de sepmaines après, ledit François vint en la ville de Carmagnolle, et manda faire entendre sa venue à son frère estant au chasteau dudit lieu, et qu'il vouloit aller parler à luy. Jean- Louis, encores qu'il fust bien et prudemment conseilliè par ceux qui estoient à l'ontour de luy, de n'accepter sondit frère, le plus Ibrt, audit chasteau, et ne se fier en luy que bien à poinct, et qu'aucuns serviteurs du roy estans avecques luy protestassent de rébellion envers le roy, au cas qu'il acceptast en ses places ledit marquis rebelle et ennemy déclaré du roy, ce nonobstant, luy feit ouvrir la porte. Et, arrivant, sondit frère vint au-devant luy, et s'embrassèrent l'un l'autre avecques larmes et souspirs, et principalement le marquis François, lequel, en peu de jours, feit tant, par belles et douces paroles, accommodant son visage et contenance à icelles, que sondit frère n'avoit autre fiance qu'en luy, dont mal luy advint puis après; car le marquis François, ayant, par confidence de l'autre, meilleur moyen de l'abuser et surprendre, le tira hors de Carmagnolle, et le mena prisonnier au chasteau de Valfenière, et eust peu, ek
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aftsex brief temps, réduire en «a taain le marquisat, siledit sieorde Sainct-Julian (prévoyant, dès le eonunencement, que la simplicité ou stupidité dodit Jean-IxMiis à la longue ne toumeroit bien) n'eust, ce pendant, praticqué le capitaine Salvadour d'Aguerres, capitaine, pour ledit marquis François, de la place forte et chasteau d'Urezeul; luy remonstrant qu'estant né tubjeet du roy, et mis à la garde d'icelle place par ledit marquis François, estant subject et serviteur dudit seigneur, il ne pouvoit estre par k serment qu'il avoit faict audit marquis obligé ny contraint à chose que vraysemblablement il n'eust voulu (quoy que ce soit) n'eust peu bonnestement promettre ny jurer; par quoy le roy, son souverain seigneur, ne pouvoit estre comprins en la généralité du serment qu'il avoit faict audit marquis de luy garder la place envers et contre tous. £t tant luy remonstra ledit Sainct-Julian lesdites raisons apertement véritables, que ledit d^Aguerres luy avoit livré la place, et la tenoit.ledit Sainct-Julian au nom du roy, qui fut chose moult grief ve et desplai- $ante audit marquis François; et disoit souvent qu'Urezeul luy estoit une busche en roBil,et le gardoit de se pouvoir £stire et dire qiarquis paisible. Ce pendant que ces choses advindrent, le roy eut nouvelles que l'empereur avoit faict reveue de tous ses gens de guerre, tant de cheval que de pied, commandant par édict public , par tout son camp , que tous se tinssent prests à desloger au jour que l'on leur feroit à sçavoir, et se garnir chacun de vivres pour huict ou dix jours, pour emporter avec soy, là part qu'il les voudroit mener, ainsi qu'à esté dit cy-dessus ; mais quelle part, ne leur déclara. Le bruit fot bien que c'estoit pour venir assaillir le camp de monseigneur le dauphin lès Avignon. Geste nouvelle rapportée au roy, il assembla son conseil, pour avoir advis de ce qu'il avoit à foire; car son intention estoit d'aller se joindre avecques mondit seigneur le dauphin, son ûls; et, puisque l'empereur venoit assaillir son camp en personne, il estoit fort affectionné de s'y trouver aussi en personne, et, s'il estoit possible, rencontrer son ennemy en camp , de faire preuve de sa personne contre luy, et mettre à exécution, en présence de si gros exercites, ce que, par le cartel autresfoys envoyé à l'empereur, il n'a voit sceu exécuter. Le plus grand nombre estQit d'advi« contraire, et qu'il devoit
laisser cest bonneor à son fils, duquel on poit voit espérer que, usant du bon conseil de moo^ seigneur le grand-maistre de Montmorency e autres expérimentés et sages capitaines estao* auprès de hiy, accompagnés de bon droicte juste querelle , il sçauroit bien donner à co gnoistre à l'empereur qu'il avoit à {aire m François en leur patrie, defEendans leurs fanmes, enfans, maisons et églises. Aussi IDyI^ monstroient l'incertitude jde l'issue , géDénk ment en toutes choses, et principaleiDeot e laict de guerre ; et que s'il advenoit (que Dh ne voulust) que l'empereur eust du mek ledit seigneur, en se tenant audit lieu de^^ lence, avec les forces qu'il y avoit et celb? journellement y afQuoient, encores seroitpoc recueillir les reliques de son ost, et detouts semble dresser un nouvel exercile , aveop lequel il pourroit donner à son ennemy docvelle battaille , et luy oster des mains la nr toire, accumulant plusieurs exemplesancisofi et modernes , estEangères et domestiques, ar ce passage. «
Finablement, il fut concind que ledit » gneur enverroit en son camp d'AvignoDWïiï au vray quelles forces il y avoit , qneb^'f' velles on auroit de l'empereur, et jk' *^ l'advis, surcesteafÉaire, dudit sieiiop^' du seigneur grand-maistre et des oaj^^ estans auprès de luy. A ce s'accorfakw! mais en son cueur il avoit jà résolu ce (p"* feroit. Au seigneur de Langey fut donne cfs charge, lequel estoit le jour précédent venu* dit camp apporter les susdites nouvelles^ camp de l'empereur. Arrivé que fat W*^ gneur de Langey devers mondit seigw? ' dauphin et grand-maistre , le conseil i nent assemblé de notable nombre de capit il exposa sa charge, et ce qui en sa pi avoit esté débattu devant le roy. I^Df^l dura ce conseil, et, après toutes les i«* pour et contre bien et meurement déba** poisées d'une part et d'autre, la conclus* que le roy ne devoit venir, alléguansiceoi taines, outre les raisons déduites par cy-*^ que si l'empereur venoit assaillir le cai^ seigneur, ce ne seroit honte à monscii dauphin , ny pareillememt audit s&i grand-maistre, de se tenir en leur fort, «t traindre l'ennemy de les y assaillir à son Y(mtage, chose qoe l'empereur ne feroit)*
estant adrerty de Péqoîppage et forteresse dcrdit camp; ainsi seroit-il contraint) de soy retirer en despit de hiy, avecques grande perte de réputation ; là où estant fe roy en personne en son camp, si Femperenry venoit, et seulement y Êiisoit tirer trois ou quatre coups de canon, il se pourroit après retirer, au cas que le roy ne sortist hors de son fort, et se vanter de Testrc venu chercher à la portée du canon près, et en ses pays, sans que ledit seigneur eust eu le cueur et hardiesse de le recueille. Et si le roy, pour oster cesle occasion et couteur a son ennemy, vouloit sortir hors de son camp, lequel esloit environné de remparts et grands fossés, le danger seroit qu'au sortir hors par les issues, qui estoient estroittes, il advint du désordre, et que l'empereur assailKst les gens dudit seigneur, moitié sortis et moitié dedans.
Outre ceste raison, il y avoît des serviteurs da roy 'beaucoup y autant en son camp qu'auprès de sa personne, lesquels estoient entrés en une superstitieuse crainte de la personne dudit seigneur roy, à cause de certaines prognostications malicieusement semées et divulguées par les Impériaux, lesquelles menaçoient fort le roy de mort ou de prison en celle année; et tellement avoietit-elles trouvé foy et crédulité es oreilles et cueurs , non seulement du simple peuple, malis des gros et notables personnages, que mesme à Romme, aux changes, fut argent Saille sur ceste opinion. Avant le département dudit conseil, arrivèrent nouvelles, confirmation des précédentes, que l'empereur deslogeoit son camp ; mais ne sçavoit-on encores si c'estoit pour venir assaillir le camp du roy, ou pour venir assiéger Marseille, ou pour quelque aiatre intention. De ce rapporter au roy fat a.vissi donné charge audit seigneur de Langey, mais i^rincipalement et sur toutes choses, de le desmouvoir et desconseiUer de sa délibération de venir en son camp. Tant s'en falloit que le rapport dudit seigneur de Langey, ny d'autres, juî furent l'un sur Fautre dépeschés devers le demeussent ou divertissent aucunement seigneur, que tout au contraire il comrkSLiïda qu'on luy appareillast des batteaux, et me chacun se tinst prest à desloger le lendenatin, disant ledit seigneur qu'il ne souffriroit a^nuitisque véritablement on luy peust repro- »laer que, Testant l'empereur en personne venu Lisjwiffîr de si près, U fast demeuré à Valence