LIVRE Vltl
pour luy servir de providadour ; qu'il entendoit bien que la pluspart de ceux qui luy desconseilloient estoient persuadés et séduits de ces vaines et folles prognosfications, auxquelles il, qui estoit roy très chrestien, ne devoitny vouloit adjoustér foy, ains espéroit que, pour la bonne et ferme foy qu'il avoit à la parole de Dieu, quideffend croire en telles superstitieuses prophéties , ledit seigneur Dieu , seigneur et maistre des exercites, luy donneroit l'heureuse victoire, pour subvertir et faire apparoistre mensongers tous les devins et tels superstitieux et réprouvables prognosticateurs.
Au lendemain, après avoir dévotement prié Dieu de luy estfe en ayde, et d'adresser et convertir son voyage, il s'embarqua, laissant bonne et grosse garnison audit Valence, et le deuxiesme jour arriva en son camp, accompagné triumphamment, tant de renfort qu'il amenoit avecques luy, que de grand nombre de gendarmerie de son camp, qui luy estoit venu au-devant, n n'y eut pas séjourné long-temps, qu'en donnât ordre et se préparant pour recevoir ou donner la battaille, qu'il luy vint nouvelles, mesmes par le capitaine Martin du Bellay , comme Fempereur et tout son camp estoit deslogé, reprenant le chemin qu'il estoit venu, au long de la marine, laissant derrière luy, outre les morts, qui estoient en «ombre infiny, et tel que l'air en estoit corrompu tout à l'entour, une grande multitude de malades, lesquels ne pouvoient à pied ny à cheval suivre le camp. Je n'ay encores sceu, combien que j'y aye mis peine, entendre au vray si la nouvelle venue aux oreilles de l'empereur, de l'arrivée du roy en son camp, le meut de'reprendre le chemin d'Italie, ou si, dès son partement, il avoit délibéré de ce faire ; bien ay-je entendu qu'à la reveue qu'il feit avant son partement d'Aix, il avoit trouvé que du nombre de cinquante mille hommes qu'il avoit au partir de Nice, il n'en pouvoit mettre en battaille plus hault de vingtcinq à trente mille. Les principaux gens de nom qu'il y perdit, fat Antoine de Lève, Marc de Bustin, et un autre capitaine de lansquenets, sien parent, le comte de Home, Baptiste Gastalde et autres. Quoy que ce soit, la retraitte fat, pour les premières journées, assez précipitante, et la continua de ceste sorte jusques à ce qu'il se veist fort esloigné de son ennemy. te jour qu'il deslogea, il alla coucher à Irez, et
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sur la queue fut donnée alarme par les gens du pays, qui avoient prins les armes; auquel alarme lut tué le raaistre d'hostel du seigneur don Francisque d'Est, frère du duc de Ferrare, et assez d'autres ; et journellement leur esloit doonée fascherie par les dessusdits paysans, lesquels estoient armés des armes laissées par les malades et mourans, et avoient assiégés tous les passages et destroicts des chemins, et desmoly. les ponts qui estoient sur les torrens, alors impétueux pour la descente de la montagne, dont les ennemys se trouvèrent fort travaillés. L'empereur, ce voyant, feit assembler force pionniers pour rabiller les passages, et ce pendant feit recueillir au mieux qu'il peut, et mettre au milieu, entre l'avant-garde et Tarrière-garde, tous les malades et blessés, afin de les sauver hors du danger de leur ennemy; mais il n'y sceut tel ordre mettre, que de jour cnjour iln'en demourast grand nombre de ceux qui estoient si foibles, qu'ils aymoient plus cher deraourer au long des rochers, et attendre là que les paysans , irrités d'ire et courroux à rencontre d'eux, les achevassent de tuer et mettre hors de la misère où ils estoient, que de languir de maladie, endurans le travail et ennuy du chemin. Pour soustenirlesdits paysans, furent envoyés les chevaux légers, lesquels serroient les ennemys de si près, qu'ils en souffrirent beaucoup de faim, parce qu'il leur estoit chose mal aisée de se mettre aucunement hors du chemin pour fourragjer : de manière que, depuis Aix jusques à Fréjus , où l'empereur avoit premièrement logé son camp, tous les chemins estoient jonchés de morts et de malades, de harnois, lances, piques et arquebouzes et autres armes, et de chevaux abandonnés qui ne pouvoient se soustenir. Là eussiez veu hommes et chevaux tous amassés en un tas, les uns parmy les autres, et tant de costé que de travers, les mourans pesle-mesie parmy lés morts, rendans un spectacle si horrible et piteux, qu'il estoit misérable jusques aux obstinés et pertinax ennemys; et quiconque aveu la désolation, ne la peult estimer moindre que celle que descrivent Josèphe en la destruction de Hiérusalcm et Thucidide en la guerre de Péloponèse. Je dis ce que j'ay veu, attendu le travail que je prins à ceste poursuitte avccques ma compagnie, et pareillement le seigneur Jean-Paul de Cère et le comte de Tende , de
sorte qu'à mon retour à Marseille, je demoQray quinze jours sans avoir puissance de monter à cheval. En ce peu de chemin, alljQg^ ment des hommes, perdit l'empereur, depuis son partement d'Aix jusques audit FréJQS,k nombre de quinze cens à deux mille hoinoMis. Il luy fut mis en avant de s'embarquer avecques ses Espagnols; mais crainte des laiisqixnets qu'ils ne se mutinassent, s*il se fustdéparty d'eux, les laissant en hazard et danp del'ennemy, luy feit changer ceste délibératiai Le roy ce pendant avoit faict faire lamff et payer ses gens de guerre, en inlentioaiiJ marcher en personne à la suitte de m^ nemy, et, quelque part qu'il peust l'alteiiiàî ne perdre ceste occasion de luy donuerlalt taille, et d'une mesmes impression passff a Italie, où il avoit desjà son camp puissant ib campagne. Mais sûr ces entrefaicles k^^ drent nouvelles par un gentilhomme dobib)* Longueval , expressément envoyé de la p du mareschal de la Marche, de la grande ft horrible batterie de Péronne, et que les »^ railles en plusieurs endroicts estoient rorap* et brisées, en sorte qu'il n'y avoit plasorJrf de la pouvoir tenir ny deffendre kn^pwwî'^. encores que mondit seigneur le pKsm oe la Marche et les autres capitaines tesenUw bérés^ et en asseuroient ledit seigneur pat «Pitres et rapport dudit gentilhomme, que jan^ ne la rendroient par composition quelconque* que l'ennemy n'y entreroit, sinon par (te^ leurs ventres, ou qu'ils fussent tous m^^ faim. A ceste cause , lé roy feit incon»»^ marcher et acheminer vers JJon unegfl^
partie de sa gendarmerie, -et jusques au d^ bre de dix mille hommes de pied françois,û* béré de les suivre après, à grandes jourwspour secourir ladite ville de Péronne, si. pouvoit arriver à temps ; et, au cas quf^ pour la reprendre avant que rennemy''^ remparée et renvitaillce ; car il sça^»^ quelle conséquence luy eust esté, si ï^^^eust eu loisir de ce faire, d'autant que T^^ reur l'eust tousjours secourue et envitaillec cilement , et à peu de dépense, pour estre ^ sine de plusieurs fortes places des siennes.
Du costé de Paris, le cardinal du Bellay, «P estoit lieutenant du roy audit lieu, voyant^ faire qui se présentoit à Péronne, el afin voir moyen de pouvoir secourir messeigne^'