‹ Le loyal serviteur [pseud.] Chronique de Bayart.--Guillaume de Marillac. Vie du connétable de Bourbon.--Antoine de Laval. Continuation de Marillac.--Jacques Buonaparte. Sac de Rome in 1527.--R. de La Marck, sgr de Fleurange. Mémoires du jeune adventureux.--Louise de Savoye. Journal.--Martin et Guillaume du Bellay. MémoiresChapitre 362 sur 428 · LIVRE vnt · texte numérisé non relu

LIVRE vnt

de Yendosme et de Guise, voulut entendre de ceux de la ville de Paris le secours qu'ils pourroient ou voudroicnt faire, advenant qu'il en fust besoin; et, pour cest effect, assembla le prévost des marchands avecques les eschevins en la maison de la ville, où, après leur avoir remonstré le danger qui leur pouvoit advenir, si la ville de Péronne tomboit es mains des en- Bemys, ils offrirent de soldoyer dix mille hommes, pour autant de temps que l'affaire dureroit. Pareillement luy feirent offre d'une fonte d'artillerie, avecques grande munition de p Cidres et de boulets; puis luy offrirent, pour remparer les lieux plus nécessaires de la ville de Paris, c'mquante mille pionniers, ou plus, s'il estoit besoin. Desquelles off^res il accepta seulement la fonte d'un nombre d'artillerie, et le payement de dix mille hommes, quand le besoin en seroit, dont la finance fut soudainement levée ; et fut baillé la charge desdits dix mille hommes au seigneur d'Estrée. Aussi futil accepté par ledit cardinal du Bellay quelque nombre de pionniers, plus pour faire contenance de fortification qu'autrement, afin que Fennemy de tant moins eust envie de le venir assaillir. Ce faict, voulut entendre quels vivres estoient dedans la ville, cognoissant qu'il ne seroit temps d'y pourveoir quand l'ennemy seroit à la porte; mais, après avoir faict faire la description, se trouva que vingt ans au précédent n'avoit esté si mal pourveue, et ce pour deux occasions ; c'est que les Parisiens n'ont accou^tumé d'en faire provision, se confians sur le cours du marché, à l'occasion de l'abondance qui en vient ordinairement des rivières qui viennent tomber dedans Seine , lesquelles viennent des régions les plus fertiles d'Europe : mais ceste stérilité estoit advenue d'autant que Thy ver précédent la rivière estoit gelée , de sorte qu'elle fut trois mois sans porter batteau, et l'esté, pour les sécheresses, avoit esté si basse, qu'à peine pouvoit-elle porter les batteaux passagers.

?îéantmoins, pour monstrer l'uberté du pays auquel est assise ladite ville de Paris, dès qu'il fut ordonné par ledit cardinal que, de six lieues à la ronde, chacim eust à amener ce qu'il luy seroit commode de vivres, et mesmes de bleds le tiers de ce que chacun en auroit en sa grange ou grenier, il se trouva en buict jours dedans la ville vivres pour un an, pour le peuple qui

lors y estoit et pour trente mille hommes de guerre davantage. Mais, ayant faict ledit cardinal les préparatifs cy-devant déclarés et la levée desdits dix mille hommes, luy furent apportées nouvelles, par un gentilhomme envoyé de la part dudit mareschal de la Marche, comme le comte ^e Nansau avoit levé son siège et s'estoit retiré; lequel gentilhomme, passant outre, trouvant le roy en son camp, luy apporta les pareilles nouvelles.

Vous avez entendu , par le précédent livre , comme le comte de Nansau estoit arrivé devant Péronne et avoit assis son camp près du mont Sainct-Quentin; reste à vous descrire le progrès dudit siège , qui s'ensuit. Le douziesme jour d'aoust, le camp des ennemys vint loger en une censé près de Péronne , avecques environ de mille à douze cens chevaux et neuf enseignes de gens de pied, et le lendemain vindrent passer l'eaue à l'endroit du chasteau de Haplincourt, lequel se rendit, ainsi quej'ay prédit, car il n'y avoit point de garnison; là autour ils pillèrent aucuns villages, et feirent butin de bestial.

Or fault entendre , devant que passer outre , que ladite ville de Péronne estoit despourveue de toutes choses , de sorte que les habitans furent esbranlés d'abandonner la ville. Mais, peu de jours au précédent , le seigneur d'Estrumel, gentilhomme voisin dudit lieu, se mist dedans avecques sa femme et ses enfans , et y feit conduire tous les bleds , tant de luy que de ses voisins , à ses despens , et y apporta tout l'argent, tant sien que celuy de ses amys, pour soldoyer les hommes ; chose qui asseura le peuple, dont le roy , pour recognoissance, par après luy donna un estât de maistre d'hostel de sa maison et une généralité de France. Dedans la ville estoient le seigneur mareschal de la Marche, comme dit est, avecques sa compagnie de cent hommes d'armes , et le sieur de Moyencourt, son lieutenant; messire Philippe de Bonlinviliers, comte de Dammartin, avecques la compagnie de cinquante hommes d'armes de monseigneur le duc d'Angoulesme , depuis duc d'Orléans, dont il estoit lieutenant; le seigneur de Sercu , avecques mille hommes de pied , le seigneur de Sainct-Seval, avecques autres mille, tous deux de la légion de Picardie. Le comte de Nansau, pour eslargir son camp, aussi craignant qu'il ne se feist assemblée de gens es places d'entour pour luy rompre et coupper les

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vivres', envoya » par un trompette , sonuner le chasteaude Cléry, séant sur la rivière de Somme, à deux lieues dudit Péronne. Le capitaine du chasteau (car le seigneur en estoit absent , au service du roy, au camp d'Avignon) print terme de respondre, et ce pendant envoya vers monsieur le mareschal de la Marche, lequel ordonna cent soldats, tant. de la bande du seigneur de Sercu, que de Sainct-Seval, pour s'aller mettre dedans : ce qu'ils feirent , et passèrent à costé du camp des ennemys , sans dommage, mais non sans escarmouche par gens du camp impérial , qui les suivirent sur la queue.

Le comte de Nansau y feit mener dix pièces d'artillerie , dont il feit une furieuse batterie; toutesfoys , pour ce jour, il ne vint au bout de son entreprinse , et perdit quelques gens , qui feurent tués par ceux de dedans, à coups d'arquebouzes à croq. Au lendemain matin il feit recommencer la batterie, et si bien luy vint à propos, que ce jour là monsieur le mareschal de la Marche avoit faict brusier les faubourgs de Péronne , pour cause qu'aucunes enseignes de gens de pied des ennemys s'y cstoient venus loger. Sur quoy prenant ledit comte de Nansau occasion et couleur de donner à entendre à ceux de dedans que la ville de Péronne estoit prise d'assault, pillée et bruslée, leur persuada tellement, qu'ils se rendirent à sa volonté, desquels il en feit pendre sept à la porte du chasteau, et les autres furent mis à ranç<m à quatre mille escus pour teste.

Au lendemain, qui fut le seiziesme jour dudit mois d'aoust, une trouppe esleue des ennemys se vint présenter devant la porte de Péronne , pour attirer ceux de dedans à l'escarmouche ; lesquels sortirent jusques au nombre de cent à six -vingts, qui, après avoir escarmouche quelque temps , voyans que les ennemys se multiplioient de gens venans les uns après les autres à la file, se retirèrent dedans la ville, et y amenèrent quelques prisonniers ; et y fut prins et blessé le seigneur de Rocourt, guidon de monseigneur de Reu. Dedans les vignes , entre le chasteau et la porte Sainct-Nicolas , assez près du fossé , en un lieu assez éminent et dont l'on peult regarder dedans la ville, là feirent les ennemys asseoir quatre menues pièces d'artjllerie, pour offencer ceux de la ville allans et venans, ou pour remparer, ou pour se tenir aux deffences ; desquelles pièces ils tirèrent jusques à

la nuict , mais ce fiit sans tuer ne blesser personne. Le jour ensuivant , ils assirent six doubles canons au droict de ladite porte Sainct-Nîcolas , et trois canons pour battre des moolins à eaue séans auprès de la porte de Paris , afin que ceux de dedans n'eussent moyen de mouldre; mais peu kureust proufQté là batterie, car elle ne pouvoit arriver si bas que les meolles et mouvemens des moulins. Mais an meosnier venu des pays de l'empereur habiter csdits moulins passa devers eux, et les advi^A faire une trenchée au lieu qu'il leur monsts; laquelle faicte, ils ostèrent Peaue aaxdîts imlins, et mirent à sec une grande partie des nirais, èsquels consistoit la plus grande part è la force et conservation de la ville; et, sans ira fontaine que ceux de la ville feirent venir tomber auxdits moulins, pour renforcer â |« d'eaue qui encores y couloit, la ville fust tombée en grosse nécessité de farines. Cepencfaat on feit telle quantité de moulins] à bras et ï chevaux, qu'on répara le dommage que les canemys avoient faict par leurs trenchées^

D'autre costé se faisoient deux batt«nei grosses et continuelles, par deux jours eoso/vans, l'une contre la porte Sainct-ilicofas, l'autre contre la porte de Paris , et Idlemeiit, qu'ib y feirent bresche raisonnable çowr assault ; toutesfoys ils furent d'advis , afin de ne bazarder leurs gens , de faire encores batterie tout le lendemain , ce qu'ils feirent depuis h poincte du jour jusques à la nuict, et , au rapport de ceux qui estoient dedans, tirèrent « jour là dix-huict cens coups de canon , ckcùne volée de quinze canons à la fois. Mus toute la nuict fut faicte telle diligence de remparer , tant par les gens de guerre , qui toœ meirent la main à Tœuvre, chacun capitaîM ayant pris un quartier en sa charge, comme pir les gens de la ville, lesquels , tant pour ^aft^ tion qu'ils ont à leur prince , comme pov b crainte du maltraittement si la ville cMl prise d'assault, y travaillèrent, hommes et fieDimes, de toutes âges et conditions, qu'au lendemain matin, qui fust le vingtiesme du mrâ, les ennemys, se délibérans de venir à Tassault, veirent les bresches entièrement réparées à force de fagots, de Sens, de terre et de grosses balles de laine, tellement qu'ils forent contraints de recommencer la batterie, laquelle dura Jusques environ deux heures après midy. Et mar-

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