LIVRE VIIJ
chèrent en avant à Tassault, c'est à sçavoir : à la porte Sainct-Nicolas , les Âllemans , jusqaes au nombre de six mille hommes,. et à la porte de Paris, les Hennuyers, Artoisiens et Flamans, jusques au nombre de deux mille. Le comte de Pian^au, avecques quatre cens cheyaux, y conduisit les Allemans , et se tint près du mont Sainct-Quentin, regardant Tassault, et prenant garde en quelle part il faudroit donner secours. Le comte du Reu, grand-maistre de la maison de Fempereur, avecques autres trois cens chevaux, conduisoit les Hennuyers, Artoisiens et Flamans. Monsieur le mareschal, le comte Dammartin , le seigneur de Moyencourt , et tous les autres capitaines, chacun selon sa charge , cependant ne perdoient temps à mettre bon ordre parmy les gens et les asseoir aux deffences. Le comte Dammartin gardoit la bresche du costé de la porte Sainct-Nicolas, le seigneur de Sainct-Seval celle de la porte de Paris, le seigneur de Sercu avoit la charge de la bresche d'au-dessous de Sainct-Fourcy; et tellement feirent leur devoir, chacun en son endroict, que les ennemys furent repoulsés et y perdirent jusques au nombre de quatre ou cinq cens hommes. De ceux de dedans y eut quelques Liesses; mais n*y mourut autre de nom, que le commandeur d'Estrepaîgny, nommé de Humières, auquel la teste fust emportée d'un coup de canon. Les comtes de Nansau et du Reu, voyans les choses aller autrement quMls ne désiroient, feirent sonner la retraitte.
Les trois jours ensuivans , ils tirèrent continuellement à coup perdu dedans la ville contre les maisons, et y feirent du dommage beaucoup. Le jour de la feste Sainct- Barthélémy, le comte de Nansau envoya, par un trompette, sommer ceux dededans qu'ils eussent à se rendre dedans vingt-quatre heures ; autrement, s'il prenoit la vifie, il la mettroit à feu et à sang. A quoy fut respondu par monsieur le mareschal, eu Fadvis et opinion de tous les autres capitaines, qu'ils avoient délibéré de si bien garder la ville , qu'on n'y entreroit sinon par dessus leurs ventres, mais que plustost il espéroit en sortir par dessus ceux des ennemys. Le comte de Nansau, ceste response ouïe, ordonna qu'au lendemain on recommençast la batterie de plus fort en plus fort, et par tous les endroicts et quartiers de la ville ; à quoy feut si Pim obéy par le maistre d'artillerie, ayant sep-
tante-deux pièces d'artiDerîç en batterie , qu'il felt brèche en plusieurs lieux, et endommagea fort la grosse tour de la ville. Mais la diligence ftit telle de ceux de dedans, de remparer tout durant la nuict, que Fennemy veit, au lendemain matin, qu'il avoit faict brèche pour néant. Le jour Sainct-Louis ils recommencèrent la batterie par quatre lieux, avecques six canons, entre deux tours eslans entre la porte Sainct- Nicolas et la porte Sainct-Sauveur, et d'autres dix contre leâdites portes et contre la courtine des murailles, depuis Fuhe porte jusques à Fautre. Un peu au-dessous avoient mis six pièces, dont ils battoient continuellement la bresche du jour précédent, pour endommager le rempart qu'on y avoit faict, et empescher qu'on y réparast davantage. D'autres sept pièces ils continuèrent la batterie co'mmencée les jours précédens contre Içi porte de Pari^ et contre la courtine prochaine,, et dura ceste batterie jusques sur les trois heures après midy; et lors, cessant la batterie, vindrent les ennemys en grande furie, les uns avecques un grand nombre d'eschelles, bonnes et bien doubles et renforcées, pour les dresser contre les murailles; les autres à Fendroictdes bresches, en espérance que, donnant Fassault en plusieurs et tiivers lieux, ceux de dedans ne sufiGroient à mettre gens par tous endroicts. Par trois fois ils s'efforcèrent de monter, et par trois fois furent vaillamment repoulsés avecques grosse perte des leurs, entre lesquels y moururent trois porteurs d'enseigne, qui furent tués sur la bresche de la porte de Paris, laquelle avoit en charge le seigneur de Sainct-Seval, et bien cinquante hommes d'armes qu'archers, que d'une que d'autres bandes.
Les seigneurs de Nansau, du Reu, qui estoient cependant en armes, Fun d'un costé du mont Sainct-Quentin, Fautre du costé de la porte de Paris, voyans la perte et dommage de leurs gens, feirent sonner la retraitte, auquel son se trouvèrent leurs gens beaucoup plus prompts et diligens qu'ils n'avoient esté à marcher à Fassault ; car, de la haste qu'ils eurent de se retirer, ils laissèrent vingt-six escheHes dressées contre la muraille, lesquelles furent par ceux de la ville tirées dedans. Messieurs le mareschal et autres capitaines, cela faict, se retirèrent à Féglise pour louer et remercier Dieu, et là trouvèrent le clergé, qui durant Fassault
avoit faict procession autour de la ville, recommandant à Dieu la protection et conservation d'icelle. Yoyans les seigneurs de Nansau et du Reu qu'ils nepouvoyent rien prouffiter, et cognoissans que la grosse tour du chasteau deffendoit la bresche qu'avoit en garde le comte Dammartin, et celle qu'avoit en garde le seigneur de Sercu, dont ils estoient merveilleusement oiïencés, se convertirent à la mine ; mais ce pendant ne laissoyent à tirer ordinairement contre les maisons de la ville, à coup perdu, jettans feux artificiels pour embraser les maisons, qui sont en grande partie édifices de bois : et de faict en brusièrent un bon nombre*, car, quand ils voy oient le feu allumé en une maison, ils dressoient en celle part Tartillerie, pour empesqher que le peuple ne s'y rassemblast à esteindre le feu ; de sorte qu'il alloit prenant de maison en autre ; et par un jour, entre autres, eust esté la ville en danger d'cstre brusiée, si Dieu n'eust par sa grâce envoyé une forte pluye, laquelle esteignit le feu, et non sans que ceste fust, par amys et ennemys, tournée à miracle divin.
Monseigneur le mareschal et les autres capitaines estoient bien advertys que les ennemys s'estoyent mis à miner, mais ne sca voient pas bien au vray en quelle part. A ceste cause, ils mirent dehors le capitaine Damiette, enseigne du seigneur de^Sercu, avecques environ douze ou quinze hommes choisis des bandes du seigneur de Sercu et de Sainct-Seval, lesquels, sortys par une faulse porte du chasteau, marchèrent du costé qu'ils veirent les trenchées, et trouvèrent les pionniers et mineurs au droict de la grosse tour du chasteau, sur lesquels chargèrent à F improviste, et en tuèrent jusques au nombre de vingt-quatre ou vingt-cinq ; et en amenèrent six, entre lesquels estoit un capitaine, nonuné le seigneur de Noyelles, qui avoit esté ordonné pour l'escorte d'iceux pionniers, lesquek rapportèrent au vray Testât et endroict de la mine ; à quoy il fut diligemment pourveupourcontreminer -, mais si mal advint, que le comte Dammartin y fust tué, ainsi que je diray par cy-après. La chose qui plus donnoit effroy à ceux de la ville, tant capitaines, gens de guerre, qu'autres, estoit la faulte qu'ils a voient de arquebouziers et de poudre ; car ils en avoient si peu, que si l'ennemy feust retourné donner Fassaolt, à bien grand peine
eussent-ils eu moyen de se deffendre. Mais, quelques jours auparavant, moosiear le mareschal, prévoyant ceste nécessité, avoit,àroite de dons et promesses, persuadé à un bon soldat d'entreprendre le voyage devers messeignairs de Yendosme et de Guise, estans à Ham, pour iceux advertir de ceste affaire. Ledit messager, descendu par une corde es marais, chemina tant qu'il en sortit hors, et eut si bonne fortuoe, qu'il arriva devers lesdits seigneurs, qui, a: plus diligemment que possible 6it, y donnerai! ordre.
Monseigneur Claude de Lorraine, ànk Guise, print ceste charge sur soy, et desfcçi avecques environ deux cens hommes d'am». et arriva denuict auprès ducampdesenûm du costé où estoit logé monsieur du Rea; et, après avoir conduict secrettement et sansbruid jusques sur le bord des marais environ quaiif cens arquebouzierschoisis, auxquels bailla [m^ guide le mcsmes messager qui estoit toi vers luy, il donna soudainement l'alarme pt' tous les endroicts du camp des ennenysif avoit, de propos délibéré, amené tous les m» pettes qu'il avoit peu assembler, lesqaeb t0 en mi mesmes instant espandus de /«^ parts, leur commanda de sonner Mbs,(s telle sorte que le camp impérial «ttàt cû armes, et se joignirent ensemble lesfts s«âgneurs de Nansau et du Reu, chacun ensonordre, comme pour donner ou recevoir la tataille. Les arquebouziers dont j'ay cy-dfô® parlé, durant ce gros alarme, qui empes(W que Fennemy entendist ailleurs, et qu'il ne)»voit ouïr le flot de l'eaue par où ilscheminoKi^' suivans leur guide, arrivèrent au mesmeto par où leurdite guide avoit passé, et furent fc dedans, chacun un sac de poudre pesante livres sur leur col. Desjà commençoit lejo«r* poindre, et s'estoit mondit seigneur de ft^ retiré avecques sa trouppe en lieu qu'ils hors du danger de l'ennemy, quand ses aif^ bouziers furent descouverts et furent rù(0^ auxdits comtes de Nansau et du Reu, montans a la file sur la muraille, chose qui merveiUeoJf* ment leur desplut, car ils ne sçavoient pas bien quel nombre de gens ny quelle quantité de poudres on pouvoit avoir mis dedans. Po^j^ aller sur la queue du duc de Guise, qui se retiroit ayant exploicté son entreprinse à soubai^ ik ordonnèrent quelque nombre de cbevaaiî