‹ Le loyal serviteur [pseud.] Chronique de Bayart.--Guillaume de Marillac. Vie du connétable de Bourbon.--Antoine de Laval. Continuation de Marillac.--Jacques Buonaparte. Sac de Rome in 1527.--R. de La Marck, sgr de Fleurange. Mémoires du jeune adventureux.--Louise de Savoye. Journal.--Martin et Guillaume du Bellay. MémoiresChapitre 365 sur 428 · LIVRE VIII · texte numérisé non relu

LIVRE VIII

jour, vindrent loger à qtiinze milles de Pavie, en une place qu'ils trouvèrent abandonnée, car tout le peuple s'estoit retiré de Pavie. Le vingtseptiesme jour, arrivèrent à une petite vUie Bonunée Pontrème, à quatre milles de Tortonne, où ils eurent grande faulte d'eaue, car ceux de la ville Tavoient destournée, afin que ledit, camp n'y logeast ; et sur laminuict eurent alarme. Le vingt-huictiesme jour, arrivèfent es fauxbourgs de Tortone, où ils séjournèrent tout ce jour, jusques sur le soleil couchant ; et là se joignit à eux le seigneur Pierre Strossy. Environ le soleil couchant le comte Guy feit donner alarme, afin que chacun se ralliast soubs son enseigne; et quand tous furent ralliés il les feit marcher en avant et cheminer toute la noict tellement qu'avant la poinctedu jour ik eurent passé Saraval; et le vingt-neufviesme jour, sans s'arrester, jusques à ce qu'ils arrivèrent à un petit chasteau nommé Bezolin, voisin, ce me semble, de Gennes de quatre milles; et là eurent grande finuite de pain. Le trcntiesme jour, et dixiesmedupartementde la Mirandole, environ les neuf heures du matin, un peu avant l'heure de disner, arrivèrent à un pont voisin de deux milles de Gennes, là où ils s'arrestèrent ; et furent envoyés loger enBesaigne les colonels du seigneur César et du seigneur Visconte, et les chevaux légers du seigneur Bandin, et ceux de Michel-Ange, pour donner l'assault à la ville de Gennesparcecosté là. £t d'autre part, vindrent nouvellesaudit seigneur comte Guy comme son entreprinseestoit descouverte, et qu'il estoit entré dedans la ville deux mille hommes de secours; depuis, il a esté sceu qu'un Lucquois du colonel xnesmesducomteGuy s'esloit desrobbé la nuict précédente, et avoit adverty cepx de la ville qu'ils eussent à se tenir sur leurs gardes, et qu'à son advis, le comte Guy et le seigneur César Frégose venoient pour essayer de les surprendre, veu le chemin qu'ils avoient tenu, et la diligence de marcher qu'ils faisoient.

Ce jour, fut amené par les chevaux légers un prisonnier portant une malle en crouppe, lequel estoit serviteur d'un gentilhomme bourguignon qui avoit aussi esté prins; mais, à rayde des paysans qui s'estoient assemblés, il avoit eu le moven de se sauver. Aussi fut amené prisonnier par un gentilhomme le secrétaire du cardinal Doria, lequel incontinent fut délivré, car il estoit du party du seigneur César,

et disoit qu'il estoit venu expressément parler à luy . Ce temps pendant, furent envoyés aucuns arquebouziers à tine église et certaines maisons, environ à un mille de Gennes, parce qu'il fut rapporté au comte Guy que là s'estoient assemblés quelques gens du pays, lesquels avoient tiré ses chevaux légers quand ils passèrent au long de ladite église, et que c'estoient ceux qui avoient faict sauver lesdits Bourguignons ; mais, incontinent que lesdits arquebouziers y arrivèrent, les susdits paysans se retirent à la montagne. D'autre costé furent tués, de coups d'artillerie qui furent tirés de la ville, deux chevaux du camp françois, ainsi que ledit camp se met^ toit en battaille devant la ville, en laquelle battaille demeurèrent nos gens jusques environ quatre heures avant la nuict, attendans s'il se feroit en la ville quelque nouveauté, par le moyen des partisans dudit César Frégose ; mais il ne s'en feit aucune, car il y avoit dedans, outre les gens de la ville, jusqu'au nombre de trois mille hommes de guerre, dont y avoit quinze cens lansquenets, de ceux que j'ay dit estre nouvellement descendus à Trente. Ce voyant, le comte Guy feit retirer chacun en son quartier, au lieu qu'il avoit choisy pour loger son camp, environ à un mille de Gennes, entre deux montagnes, isur lesquelles il avoit assis son guet, et là fut commencé à faire grand nombre d'eschelles ; puis, environ la minuiet, tout le camp fut en ordonnance, sans sonner la trompette ny le tabourin, et commença puis après à monter à contremont l'une desdites montagnes, avec un grand et incrédible travail ; car, outre ce que. la montagne estoit haulte et la montée roide, le camp ne marchoit point par le chemin frayé; et desjà estoient les gens de guerre si mal menés et travaillés de la peine des jours et nuicts passées, avec le défault de vivres qu'ils avoient enduré, joinct qu'ils portoient les eschelles sur leurs espaulles, qu'il y en avoit beaucoup qui d'anhan et lasseté se jettoient par terre, comme recreus et demi-morts, et falloit à vive force et par menaces les contraindre à porter les eschelles.

Environ deux heures avant le jour, arriva l'avaùt-garde au pied des murs de la ville, et furent les eschelles dressées, desquelles il ne se trouva que deux faictes à propos ; et, à vray dire, on n'avoit point eu plus de quatre à cinq heures de temps à les laire« Ce nonobstant, eha^

cun de ceux qui estoient ordonnés à dcHiner Tassault conunencèrent à monter à mont, et les arqueboQziers à coups de arquebouze repoulsèrent ceux qui se monstroient à la deffence sur la muraille ; et dura cest assault, continuant aveeques grande impétuosité, jusques environ à une heure et demie de soleil ; et si les escbelles eussent esté de mesure, ainsi qu'elles estoient trop courtes, Topinion est de beaucoup de gens qu'elle eust esté emportée d'assault. Quoy que ce soit, le comte Guy, voyant que sans autres escbelles il estoit impossible de la gaigner, et que ses gens estoient tués d'enhault, sans qu'U leur fust possible de se revancher, feit sonner la retraitte. De ceux de dedans y eut peu de morts, n'aussi beaucoup de blés* fiés ; bien y mourut un capitaine de nom de ceux de dehors, et y en eut beaucoup d'autres de blessés et de moris; aucuns disent cinquante, aucuns disent cent : entre autres y mourut le seigneur Hector de Caracciole, gentilhomme néapolitain, qui estoit au camp sans charge, et fut enterré dedans Gennes, par congé de ceux de la ville, devers lesquels avoit esté envoyé un trompette pour cest effect. Audit assault se porta vaillamment, entre les autres, un porteenseigne du seigneur Caguin, lequel monta jusques sur la muraille, aveeques son enseigne ; et, quoy qu'il y fust mal suivy, pour avoir esté le§ escbelles courtes, ainsi que j'ay dit, et que ceux de dedans luy eussent empoigné son enseigne, pensans la luy arracher des poings, il en rapporta toutesCoys la haste aveeques une partie du ta£Getas; l'autre partie luy fut arrachée par pièces.

Sonnée que fut la retraitte, le comte feit retourner ses gens par la mesme^ montagne qu'ils estoient venus; ce qui fiit faict sans aucune contrariété, et sans quedelavillesortisthomme de pied ny de cheval pour donner sur la queue, sbon quelques-uns, estant desgà nostre camp arrivé au logis en la plaine d'entre les deux montagnes, qui se monstrèrent, sous quatre enseignes, sur le plus hault de l'autre montagne. Le comte Guy y envoya des arquebouziers pour essayer à les attirer a l'escarmouche ; mais ils se retirèrent incontinent. Tout ce jour demeura le comte en sondit camp, pour attendre le retour des coloneb du seigneur César et du seigneur ViscoAte, et des chevaux légers qui estoient allés aveeques^ eux en Besaigne, les^

quels il avoit mandés pour se reveair joifidn aveeques luy ; mais ils prindrent autre voyage, et tournèrent vers Plaisance par un autre etmin qu'ils n'estoient venus. Bien arriva le colonel du comte, qui le jour précédent i?oii esté envoyé pour donner Tassault en un mesoies temps au costé dtl pahis d'André Dorie; m l'artillerie des galères, qui les descouvrit, b contraignit d'abandonner ceste eotrejmoft Ce temps pendant, fut mis le feu en qoelqna villages à l'entour, pour se venger des villÉ qui avoient mis le feu en leurs pailles.

Le comte, après que son colonel foti' venu, assembla le conseil ; et fut advisé, ik tendu qu'ils n'avoient aucune artillerie pis faire batterie, de ne plus bazarder leongeu autour de Gennes ; et sur la minuict àsàfi le camp, sans son de trompette ny de tabouà et tout le lendemain, qui fut le premier jovi septembre, cheminèrent sans arrest^, j«fB à ce qu'ils arrivèrent en certains cbasteuL nomibes Herma, Taier et Yada, à bien M milles de Gennes, au pied des grandes idûd^ gnes, où ils ne trouvèrent pour les chevaoxii' non quelque peu de bled, et pour les JioaBtf^ des châtaignes; car les habitans estaint^ es montagnes aveeques tout leurhpp^ leurs provisions ; en haine de quoy la vl^ bruslèrent quelques villages, et sacca;^^ dits chasteaux^ combien que le butiaae fos^ pas grand. Au lendemain, à une heure de joiff. le camp de^logea, et vint à douie milles <lel<' en un chasteau nommé Visan; et làfutdép; ché le seigneur de César Frégose, pour allff ^ Turin advertir le seigneur d'AnnebaoIt de 1^ venue dudit comte et de son camp. U tr» siesmejour, ledit comte marcha quinze milks^ avant, jusqu'à un chasteau nommé Cave, et w lendemain passa la rivière du Tanare igo^i^ vint à un chasteau nommé SerisoUes, àq»^ milles de Carmagnolle. Les ennemys, sà^ que le comte approchoit si fort, abandom^ le siège de Turin, faisant courir le bruictqo'ij'^ s'en alloient aundevant dudit comte tajF' senter la battaille : toutesfoys ils ne laT<i^ nèrent aucun empeschement, et vint, le oûquiesme jour du mois, loger à Carigpan dedans la ville. Le seigneur d'Annebault, voyant le camp desloger, saillit à la queue avec sqp^^ huict cens honunes, et en passant sa ^ la tour du pont du Pau (de la prinse de »-

quelle Tempereur avoit faict un si grand cas), la feît sommer de se rendre à sa discrétion ; ce qu*ils feîrent, se voyans hors d'espérance d'avoir secours. Et le lendemain, le seigneur de Buriè sortit avecques sept ou huict cens vaiUans hommes, et print Groillan, où il trouva force bleds et vins pour refreschîr'Turin. Arrivant le comte à Carignan, et passant en battaille au long du chasteau, où estoient environ soixante Néapolitains pour l'empereur, lesditsNéapolitains tirèrent et tuèrent un de nos soldats d'un coup d'arquebouze; dont le comte irrité les envoya sommer par un trompette de se rendre à luy ; ce que reftisans de faire, de rechef il les envoya sommer avecques commination de les faire tous pendre s'ils attendoient le canon; à quoy ils demandèrent terme d'envoyer devers ceux qui les avoient mis dedans. Sur ceste response, le comte dépescha vers le seigneur d' Annebault, à ce qu'il luy envoyast de l'artillerie. Ledit seigneur d'Annebault, incontinent ces lettres receues, partit luy-mesmes avecques deux canons de deux longues coulevrines et deux moyennes, accQmpagné de cinquante hommes d'armes et cent chevaux légers, parce qu'il luy convenoit passer au-dessus de Montcallier, où s'estoit retiré le seigneur Scalingue, gouverneur d'Ast; lequel seigneur Scalingue, voyant arriver le canon, et craignant que le comte Guy se vinst joindre avecques ledit d'Annebault pour assiéger Montcallier, abandonna la ville et se retira à Ast, où s'estoit retiré tout le camp de l'empereur. Et puis après vindrent nouvelles par les chemins audit seigneur d'Annebault, cx)mme les capitaines qu'il avoit envoyés à Qulers, estans advertys que la ville estoit taxée à vingt-cinq mille escus par les Impériaux, pour payer leurs gens ( car autre moyen n'avoientils d'avoir deniers), marchèrent audit lieu de Quiers, et, y trouvant mauvaise garde, parce que les soldats estoient empeschés à contraindre les babitans à payer ladite finance, l'avoient prinse d'emblée sur quatre cens hommes de guerre qui la tenoient pour l'empereur.

Au-devant dudit seigneur d'Annebault, incontinent que ledit Scalingue fut deslogé, vindrent les députés de Montcallier luy présenter et faire obéissance; de là il passa outre, et arriva qu'il estoit encores matin à Carignan. Ceux du chasteau,^ voyans arriver l'artillerie» envoyèrent deux des leurs avecques un tabou-

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