LIVRE VIII
casseiie, sbon par le bruictde sesmalveillans, qui s'en vantoieni pour le vilipender, il Feust plus patiemment porté.
Disoit aussi que ceste avoit esté la cause qui Tavoit meu d'escrire et dire ce qu'il a pensé servir à faire cognoistre aux gens qui l'eussent ignoré, que s'il estoit mal tra4tté pour hiea traitler ledit César, cela n' estoit pour le mérite dudit César, ny pour chose qu'il valust mieux que luy ; et si pour ceste cause, ledit César Frégose luy avoit envoyé le cartel de combat, qu'il n'a voit peu faire moins que de l'accepter, comme il avoit -^ et que, nonobstant qu'il eust délibéré de faire audit César de l'avantage plus qu'il ne devoit, afin de le faire venir au poinct du combat, il estoit toutesfoys content, pour ne retuler le sei'vice du roy, de différer jusques après l'exécution dudit service, sinon que, depuis sa response faicte par luy audit cartel, César Frégose eust escrit autre chose qui vint cy-après, ou qui encores ne fust venue à sa cognoissance, ou qu'il en escrivist d'icy en avant, à quoy il escheust de faire response pour son honneur^ auquel cas il vouloit supplier le roy de ne prendre à mauvaise part s'il le vouloit garder.
Au demourant, feit entendre audit seigneur de Langey qu'il luy estoit besoin, pour sa santé, voyant les affaires pour lors n'estre guères eschauffées, s'il pouvoit avoir sauf-conduit de se retirer à sa maison, pour prendre l'eaue des bains; et que s'eschaufTant les affaires, s'il plaisoit au roy luy donner charge honorable, il y viendroit en' tel équippage, qu'il luy feroit service etacquerroit honneur; sinon, il demeureroit en sa maison, sauf que si le roy marchoit en personne, il se retireroit vers luy pour luy faire service ; et qu'il n'est oit délibéré, comme que ce fust, de jamais porter la croix rouge. De toutes les choses cy-dessus le seigneur de Langey advertit le roy, lequel il vint trouver à la Contey, à l'heure qu'il se retiroit de Pemes avec son armée, à son retour du voyage de Hédin; et permist le roy audit seigneur Caguin de se retirer en sa maison pour recouvrer sa santé.
Quelque temps auparavant, le Tholosan, qui estoit un soldat natif de Cony, avoit assemblé quelque nombre d'hommes sans soulde, pour le service du roy, ayant seulement l'adveu du comte Guy, avecques lesquels il avoit
surpris la ville de Quiers sur les Impériaux ; mais le comte Guy, ayant advertissement comme le marquis du Guast se préparoit pour la venir reprendre, y envoya le chevalier Assal, avecques deux enseignes de gens de pied dont il avoit la charge, et cinq cens hommes des bandes du chevalier de Birague, lesquels avecques ledit Tholosan la gardèrent, et repoulsèrent leurs ennemys en deux assaulx qui leur furent donnés, dont le chevalier Assal entra en une certaine grandeur, de sorte qu'il escrivit lettres au comte Guy aussi arrogantes, en se magnifiant autant que s'il eust conquis un empire ; choses que ledit comte trouva de fort mauvaise digestion, disant que, s'il y avoit honneur, il appartenoit au lliolosan plustost qu'à luy, car il avoit prins la ville, et avoit autant eu d'honneur à la garder que ledit Assal : bien advouoit ledit comte que ledit d' Assal estoit gentil soldat, et qui avoit bien faict son devoir. Brief, ledit seigneur de Langey avoit trouvé les affaires du roy en telle combustion, qu'après avoir pourveu au marquisat de Salluces, au nom dudit seigneur, ainsi qu'il en avoit commission, il revint vers luy, comme dit est, pour Tadvertir de toutes choses, et qu'il estoit besoin d'y pourveoir promptement, s'il ne vouloit peMre le pays ; car l'armée impériale de jour en autre se renforçoit, et la nostre diminuoit, pour les partialités qui estoient entre les chefs. Et feit entendre au roy que [si monsieur de Humières, lequel, partant pour son voyage de Hédin, il avoit ordonné pour aller en Piémont, y arrivoit sans avoir une teste de quatre ou cinq mille Suisses ou lansquenets, et quelque renfort de gendarmerie, il ne voyoit moyen qu'il fust maistre de la campagne, et que l'abandonnant (veu la mauvaise provision qui estoit dedans les places), il y avoit apparence d'évidente perte pour le roy.
Le roy ayant entendu, audit lieu de la Contey, le rapport dudit seigneur de Langey, et' après avoir mis les provisions à ses nouvelles conquestes, comme Hédin et Sainct-Pol, délibéra de rompre son camp, et ordonna de faire marcher les chevaux légers droict en Piémont, pour renforcer l'armée qui y estoit; puis manda au duc Chrestoile de Wittemberg, qui amenoit dix mille lansquenets à son service, de prendre pareillement le chemin de
MÉMOIRES DE DU ftELLAY,
ÇrtSîî
tHémont, pour se joindre avecques mondit soldeur de Hamières. Mais, avant que iesdits chevaux légers eussent passé Lion, ayant advertissement qne l'armée de l'empereur marchoit pour venir à Saînct-Pol, ainsi qu'avez entendu, contriemanda les chevaux légers, élisant tousjours acheminer les lansquenets, et conclud de lever la charge de son armfe au ■comte Guy, et l'envoyer en Italie pour autres entreprinses à son service. Aussi furent envoyés poût refcueilHr lesdits Allemans. et faire leurs monstres, et les cbndtrire, le seigneur de là Roche Matignon et le seigneur de Borran, commissaire ordinaire de la guerre. Et degà le roy avoit dépesché trois ou quatre cens hommes d'armes, scavoir est : le baron de Curton, avecques cinquante hommes d'armes; le seigneur de la Fayette, cinquante ; la compagnie du prince de Melphe, de cinquante; et soixante de la compagnie de monseigneur le dauphin, dont ledit seigneur de Humières estoit lieutenant ; et le seigneur de BriWc, ayant charge de deux cens chevaux légers ; le seigneur de Làssigny, tnille hommes de pied; le seigneur d'Allègre, autres mille, outre la gendarmerie, chevaux légers et gens de pied, tant françois qu'italiens, qui estoient en l'armée, dont avoit eu la charge le comte Guy de Rangon. Aussi dépescha, pour ïafre marcher en Piémont, te çapitahie Nicolas de Rusticis, •dît le %ossu, lequel amenoit quatre mille lans- <quenets bas Allemans, lesquels il avoit sousitraîcts de la levée que faisoit fah^ l'empereur pour venir à Sainct-Pol, et dotize cens che- VauJi légers de Varmée qu'il avoit en Picardie, lesquels estoient desjà fort avancés pour aller trouver le seigneur de Humières; mais estant adverty de la granîde puissance qu^amenoit le comte de Bures en Picardie, coritremanda ledit Bossu et lesdits chevaux légers.
Peu de temps auparavant, le comte Guy, craignant que l'ennemy (se faisant le plus fort en campagne) ne le contrafgnist d'abandonner le Piémont, avoit en toute diligence feict fortifier ^ignerol, afin de se fermer là avecques le reste de son armée, et luy faire teste, attendant le secours qui luy pourroit venir de France ; chose qui fût bien considérée, ainsi ^e vous orrez cy-après. Aussi, quelque peu de temps après, le martjuîs du Guast, s'estaût mis en campagne, avoit ternis entre les mains du marquis
François tout le marquisat de Salaces, bemtt le chasleau de Verculo et celuy de CarmagnoBe, tenus encore par les François. A ceste cause, ledit marquis du Guast alla assiéger le chasftcaii de CarmagnoUe, dedans lequd estoient deta cens soldats italiens, que te comte Guy y smA envoyés. Le marquis du Guast, estant anrîmèdr vaut, les envoya sommer de la part ^ Tempereur, de rendre la place; à laquelle sommatin ayant esté feict reffus, il feit approcbet Partilerie. Le marquis François de Salluces, teqod mieux qu'autre cognoissoit la place, mena éem canons sur la main dextre, en allant de la tUp au chasteau , et rompit deux maisoi^ pour s couvrir en lieu de gabions à mettre ses pîèm. où, après avoir luy-mesmes servy de canoonier. et tiré deux volées de canon, fiit apperceu fm soldat du chasteau qui estoit sur la porte, leqmi d'un mousquet tira si à propos, qu'il donna aodit marquis du boulet au travers thi coifi. dont il tomba mort sur-le-champ.
Le marquis du Guast, craignant qne sa mort n'estonnast les soldats, le feit couvrir foa manteau, puis de rechef envoya sonraier crta de ladite place, leur promettant liororalllp composition; finablement leur fut accorAf if sortir leurs bagues sauves. Estons sorffc, k marquis du Guast. les loua fort da boadf^cftr qu'ils avoient faict, leur demandannt qm e^ttRl celuy qui si bien avoit tiré d^ne fenestre esttnl sur la porte : un soldat, ne sachant à quelle Intention il le disoit, et n'estant adverty de la mort du marquis de Salluces, ne sachant aosa qu'il luy eust donné dudit mousquet, décfan que c'estoit luy qui tousjours avoit ttré^dé tdite fenestre. €e rapport ouï, le marqià contre sa promesse, le feit prendre et penftf etestrangler a ladite fenestre. Depnis eeh,1e roy, ayant remis le marquisat en son oMî^aHee. en Investit le seigneur Gabriel, évesque d*Afrf en Gascongne, qui estbit itère dtidit itian]ifc de Salluces, lequel espotisa la fille de mdiistigneur l'amiral d'Annebault, et est m6rt ^as en&ns, à cau$e de l)uo^' ledit mai*qaisat est ietourné entre les mains du rciy.
Pendant ce temps, moiisei^éar de Bomières, environ le' huictièmejotir de jtiin, àhîva à Pignerol : de quoy le marquis dù Gtiàst adverty, retirtt'ses fbrces hors de Pôirin, primant le chemin d'Ast ^'pufs, sçachant laxiesceriie'lte lansquenets du dtic ChrestdlteMe 'VfttttUberf ,
après avoir laissé don Ai4çiQe d*Ai:ragon chef, dédain J^U se retira ayeçKjqes le i^esite ifi9W\ armée le çbe^^!f^ de Yen^y. Moasçig^euç de Uumières, qui eaXçÀX à ^ignerol, ayant entçnd^ que les eo^emys ayoient abandonné Cbevas, manda i^u sieigneur Ludovic de Birague, qjçA estoit dedans Vorling,, de mettre deu^ cens hommes des siens dedam ladite place de Chevas. £t au pxesmes temps, qui fût environ le vingt-cinquiesme de juin,, arrivèrent les bander du duc Chrestofle de Vittemberg à Montcalier; ce qu'ayant entendu le seigneur de Humières, vouflu^ partir de Pignerol, pour s'aller joindre avecques eux, et là faire sa masse pour marcher en campagne^ : mais les bandes Italiennes feirent refus de marcher que préalablement ils ne fussent payés de ce qui leur estoit deu ; qui fut cause de faire séjourner nostre armée di^ ou ^otiize jours, durant lequel temps nos epnemys eurent loisir de se fortifier, joinct aussi que le terme du payement de nos lansquenets approch(ût, chose, je vous asseure, qui fut en partie qtuse que ceste arqiée fut de peu de prouffit : car, comme dit est, ce pendan^^ le marqua du Guast has(oit la levée de ses lansquenets^ lesqqels depuis vindrent descendre à Trente, qu'amenoit le frère aisné du comte Guillaume dç Fustembçrg.
Le premier jour de ju'dlet, les Italiens estais payés de la simple paye, avecques promesse du surplus, marchèrent à Montcalier, où estant arrivé le seigneur de Uumières, meit en délibération 4ef c^^itainesle chemin que Ton deyroit prendre, ou d'Ast ou de Yulpian. $ur ce, fut résolu d'aller en Ast, espérant la surprendre, parce q^'elle estoit m&l pourveue d'hommes pour la grandeur de la place; et pour çest effect, le Irol^esqfie jour de juillç^, nostre arméç alla loger à Rive de Qpiers \ auquel lieu estans arrivés, les Jansqpenets demandèrent d'avoir l'artillerie e^ g^rde, chose qui leur fut accordée, l^ lendçmiiip rostre t^rmée alla loger à Belot, et Iç si^iesme dudit mpis, à \m mille d'Ast, dedans laquelle yille estpit, comice dit est, demomré Ueu^i^^t ppnr l'empereur don Antoine d'Arragpn , beau-frèr^ ^ m^iTQuis dif Goast, avec deip: mill§ honunes de pied ^t devi^ cens chevalier Nostre armée estant logée, e( après avoir bien recogneii la place, fut ordonné que la nuict se feroient les approches, desquelles vo\ilnrent avoir la chargis les lans-