‹ Le loyal serviteur [pseud.] Chronique de Bayart.--Guillaume de Marillac. Vie du connétable de Bourbon.--Antoine de Laval. Continuation de Marillac.--Jacques Buonaparte. Sac de Rome in 1527.--R. de La Marck, sgr de Fleurange. Mémoires du jeune adventureux.--Louise de Savoye. Journal.--Martin et Guillaume du Bellay. MémoiresChapitre 376 sur 428 · LIVRE VIIL · texte numérisé non relu

LIVRE VIIL

qjgienets, ençores que pîtf jluwmjs foys leuç fîji^ ^eq^is de laisser la charge 4'icelle^ au sj^i^ gneur J[ean-]?^ul de Çère; chose qu'Us ne vohlurent jamais consentir. Sur la minuict, estant 1^ seigneur de Humières et autres capitaines venus pour veoir la diligence qui se laisfit au:^ approtches, trouvèrent qu'il p'y ayoit aucune tre% chée concmi^eée; et, ce, pendant qu'ils esloie^t eu dispute de ce qui estoit à faire, lejou^ vint, qui fut qiuse de ren^ett^e lesdites approches à la nuict subséquente. Estant le jour venu, parce que le payement des lansquenets estoit escheu, ils se mutmèrent, et, venans au logis du seigneur de Humièr^, par l'enhortement principal de Hans, Ludovic de Landeberg, luy déclarèrent que, si prosternent ils n'estoient payes, ils estoient délibérés de ployer leurs enseignes et se retirer : pour à quoy obvier, d'autant que nostre principale force estoit de ceste nation, le seigneur de Humières emprunta dç toutes les bourses du camp, de sorte qu'il leur presta cinq cens escus pour enseigne, attendant leur payement; dont ppur l'heure Us ^ contentèrent.

Sur les trois heures après midy, ceux de l^ ville donnèrent l'alarme en nostre camp, pei^ dant lequel, par le costé du pont qui est sur \^ rivière du Tanare, à Topposite de nostre lo^ entr^ent dedans la vUle sept enseignes de gens de pied et trois cens chevaux de secours ; à cause de quoy le seigneur de Humiè|res, par l'advis des capitaines, ne voyant apparence de P9uvoi^ forcer 1^ ville, et aussi pçu de l'affamer, délibéra Içver son camp ; et, parce q\i'il estçjii a()verty que la ville d'Albe estoit mal pourveuç, entreprint de l'aller surpendre. Sur la queue de son armée sortit toute la cavalerie d'Ast ; mai^ il avoit laissé le seigneur dç Brissac avec les deux cens chevaux dont il avoit la charge, avec luy quelque gendarmerie, qui fieirent $i bie^ leur devoir, que nostre camp, sans perte, vin^ loger au-dessoubs de Sainct - Damian. Çt le lendemain, marchant nostre armée le chemin d'Albç, le seigneur Jean-Paul de Gère renQoqtrf^ sept ou huict cens Espagnols qui estoient partys d'Alexi^idrie pour entrer dedans Albe, lesquels il défeit ; qui fut cause qu'arrivant monsieur de Humières devant Albe, ceux de la ville, n'aya^ aucune garnison, sinon yingt-cinq Espagnols qui s'estoient retirés dedans le çhasteau, se meirent eux et leor ville entre les mains dudit sei*

gnear de Humières. Auquel lieu nostre armée séjourna trois sepmaines, ce pendant qu'on réparoit ladite ville et celle de Quieras, laquelle pareillement sVstoit rendue entre les mains du roy. Durant le temps que nostre armée estoit en Albe, César de Naples, qui estoit gouverneur de Vulpian, homme vigilant, subtil et entreprenant, mais peu heureux en ses entreprinses, sçachant nostre armée estre loin, et cognoissant que dedans Turin n'y avoit que la compagnie de gens de pied du capitaine Wartiz et du capitaine Augart (qui estoit peu pour la garde d'une telle place), pralicqua un caporal gascon de la garnison dudit lieu, pour luy livrer un boullevert de la ville, lequel est au droict de réglisc Nostre-Dame, tirant vers la Douaire ; et fut le marché conclu entre eux. La nuict que ledit soldat de voit livrer sa marchandise, escheut à son esquadre son rang de faire la garde audit boullevert; par quoy meit ordre qu'il ne mena à sadite garde que deux ou trois soldats, les plus malotrus qu'il eust, afin de plus aisément parvenir à son entreprinse. César de Na- Sles partit de Vulpian, qui n'est qu'à sept milles e Turin, accompagné de dix enseignes de gens de pied et deux ou trois cens chevaux. Estant arrivé au boullevert, le soldat luy bailla le signal du lieu où il devoit planter ses eschelles, ce qu'il feit en telle diligence que, avant que l'alarme fust à la ville, ils entrèrent cinq enseignes dedans ledit boullevert ; car les soldats qui estoient à la garde avecques ledit caporal s'estoient sauvés à la fuitte entre la muraille de la ville et la douve qui est de terre. Or, est-il qu'à la muraille y avoit une porte pour entrer dudit boullevert dedans la ville, laquelle estoit ouverte, de quoy l'ennemy, pour l'obscurité de la nuict, n'eut cognoissance ; qui fut cause de la salvation de la ville et des hommes qui estoient dedans ; car, ce pendant que l'ennemy s'amusoit à dresser des eschelles à la muraille pour entrer dedans la ville, l'alarme se donna.

Le seigneur de Boutières, qui estoit gouverneur et lieutenant du roy dedans Turin, s'estoit amusé la pluspart de la nuict à jouer au tablier : sortant de sa salle pour se retirer en sa chambre, ouït l'alarme ; par quoy, ayant seulement avecques luy les Suisses de sa garde et quelque petit nombre de gentilshommes qui Taccompngnoient, sortit en la rue, où il trouva le peuple fuyant, qui luy dit : « Monsieur, sau-

vez-vous, les ennemys sont dedans^ • Pour œst efiroy, ne laissa ledit seigneur de Boutières à marcher droict au bastion ; auquel lieu estant arrivé, une hallebarde au poing, sans antres armes, accompagné des citadins, lesqoek avoteot bonne volonté de faire leur devoir, et à cestf occasion avoient prins les armes, donna droict à la porte du boullevert, laquelle il trouva fncores ouverte; mais de la poincte de la ballebarde la ferma, de sorte qu'un gentilhomme, sien parent, qui avoit marché le premier, fbt enfermé dedans le boullevert avecques les ennemys. Les Impériaux, qui desjà avoient cbarjsr l'artillerie qu'ils trouvèrent dedans le bouBfvert, bracquèrent une coulevrine bastanfc droict à la porte, et, y mettans le feu, faobrrent ladite porte, et passant le bouHet nsibas du seigneur de Boutières, qui tenoit la poftf. tua un gentilhomme estant auprès de luy. Ce temps pendant, les citadins avoient gaigoé k hault de l'église, et à toute diligence jettoientks tuilles à la ruelle ; car il fault entendre qu'entiv l'église et la muraille de la ville, n'y a qu*ose ruelle de sept ou huict pieds de large ; par quor elle fut remplie desdites tuilles, pour dooivr espaulle et servir de rempart à la porte éo£t boullevert.

Durant ce temps, le capitaine WaxtiL, !Uvarrois, ayant charge de deux enseignes 4e gens de pied, après avoir pourveu à la garde de son boullevert et autres lieux àe la ville nécessaires, craignant que par autre lieu on fust assailly , avecques deux cens arquebouâers arriva au combat, où, après avoir gaigné le haute des tours et de la muraille, feit si bien son d^ voir à coups d'arquebouze et d'arqueboor croq, qu'il contraignit les ennemys d'abandonner le boullevert, avecques leur confusion et perte, car il mourut des leurs environ le noiBbre de sept à huict-vingts. Le soldat qui avoit faict la menée fut prins, pendu et estranglé;sî est-ce que tousjours il maintint que ce qv? avoit faict estoit par le commandement dudit seigneur de Boutières, pensant prendre les esnemys à la pipée, mais qu'ayant oublié le jour que se devoit faire l'exécution, et n'ayant pourveu à son faict, luy en faisoit porter la pénitence. Toutesfoys, je pense asseurément qui! disoit ces propos pour allonger sa vie, car ledit seigneur de Boutières n'estoit pour avoir mis en oubly un faict de si grande importance.

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