LIVRE Vill
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Le seigneur de Hamières, estant en Albe, adverty du hasard auquel avoit esté la ville de Turin ; voyant aussi la mauvaise volonté en laquelle estoient les lansquenets, et estant tombé malade d'une fièvre , laquelle desjà luy «avoit duré sept ou huict jours; n'ayant homme sur lequel il se peust reposer, pour les partialités et querelles qui estoient en son camp ( car le seigneur César Frégose, qui avoit charge de mener Tavant-garde, et le seigneur Jean-Paul de Cère, qui estoit colonel de l'infanterie italienne, estoient en querelle; aussi estoit le seigneur Hannibal de Gonzague, comte de Lanivolare, et le seigneur de Brissac) ; mesmes estant adverty que du camp impérial estoient partis six mille Espagnols et douze cens chevaux, qui estoient entrés dedans Montcallier, et craignant que, pendant qu'il feroit sa demeure, il advint inconvénient à Turin, qui estoit assez mal pourveue d'hommes ; après avoir laissé dedans Albe le seigneur Jules Ursin, cousin du seigneur Jean-Paul, chef de ladite place, avecques mille hommes de pied soubs sa charge, et le capitaine Artigue-Dieu, Gascon, avecques cinq cens hommes, et cinq cens estans soubs la charge du seigneur Pierre Strozy ; et ledans Quiéras le seigneur César Frégose, avec tel nombre d'hommes qu'il voulut choisir, défibéra, avecques le reste de l'armée, de dresser a teste vers l'ennemy , le pensant surprendre à Vlontcallier. De quoy le marquis du Guast adi^erty, retira audit lieu de Montcallier tout le 'este de son armée q«i estoit en campagne ; bose qui fut cause de rompre l'entrcprinse dudit eigneur de Humières, lequel, ayant esté ader ty que le dessein dudit marquis estoit d'alîr surprendre Pignerol , assez mal pourveue .^hommes, considérant que, s'il pouvoit la sur- •rendre, il osteroit le moyen à nostre armée e se pouvoir retirer et d'avoir secours en garant le pas de Suze, par l'advis des capitaines. Il partir d' Albe, le treiziesme jour d'aoust, print ; chemin de Quiéras, et ce pendant envoya le [)mte Francisque de Pontrème, pour en exesme diligence entrer dedans Pignerol, ayecaes cent ou six-vingts chevaux légers et deux ^ns arquebouziers à cheval, faisant marcher f)rès luy en toute diligence le colonel du seiaeur Gabriel d'Arimigny*, puis dépescha le ïigneur d'Allègre et le seigneur de Lassigny, yant charge chacun de mille hommes de pied XVIB SIÈCLE, Chron. et Mcro.
françois, pour entrer dedans Turin. Aussi dépescha les bandes d'Aramont, qui estoient de mille hommes de pied, pour se mettre dedans Quiers, outre les huict cens hommes que devoit avoir le chevalier Assal, qui en estoit gouverneur. Aussi envoya dedans Savillan le capitaine Jean de Turin, ayant charge de mille Italiens. Et, ayant ainsi pourveu à toutes les choses cy-dessus, print son chemin avecques les lansquenets et le reste de son armée, pour se retirer au marquisat de Salluces, et là attendre des nouvelles du roy, et le payement de ses lansquenets.
Sur son chemin arriva devant une petite ville nommée Busqué, laquelle ayant faict refus do-, béir, commanda faire marcher l'artillerie, dont il estoit mal esquippé, pour en avoir .laissé la pluspart dedans les places qu'il avoit pourveues; mais, après avoir faict tirer quelques coups de canon, le comte Hannibal dé Lanivolare, ne voulant attendre que la bresche f ust raisonnable , avecques quelque nombre d'Italiens qui estoient soubs sa charge donna \m assault, duquel ils furent repoulsés ; et fiit leditcomte frappé d'une arquebouzade, dont il mourut, et fut son corps porté à Pignerol.
?)os gens repoulsés de l'assault, et l'armée de l'ennemy logée à Poirin, plus forte que la nostre, d'autant que leurs lansquenets de secours estoient arrivés, fut conclud d'abandonner Busqué, et, suivant la première délibération, nostre armée print son chemin à Salluces, où, estant arrivée, y pensant faire séjour, attendant des nouvelles du roy, les lansquenets contraignirent le seigneur de Humières d'aller à Pignerol, encores qu'il leur remonstrast que c'estoit une ville qu'il vouloit garder, et que, si l'armée y logeoit. on auroit mangé les vivres devant qu'il en fust besoin, et mesmes qu'il y avoit peu de pain, et encores moins de vin ; mais ils luy feirent response qu'ils chercheroient du pain, et, quant au vin, ils se passeroient à boire de l'eau, etqu'ils vouloientallerà Pignerol, attendre leur payement, et qu'ils ne souffriroient que luy ny l'artillerie les abandonnast. Finablement, il fut contraint de leur obéir et aller à Pignerol, les laissant à un mille près de la ville, sur un ruisseau qui vient de la Pérouze, ou ils retindrent l'artillerie avecques eux, permettans audit seigneur d'aller à la ville. Deux jours après, estant leur payement arrivé, contraignirent ledit
MÉMOIRES DE hV BELLAY,
seigneur de ïîumières de les payer sur les vîeils rolles, safrts avoir esgart au petit nombre d'hommes qu'ils estoient; (5ar, de dix mille payes, ils n'estolmt plus de quatreà cinq Aille hommes, et estoîtaucteurdétx>utce mtitinementHans Ludovic de LÀndeberg, quiaroitle plus fbrt régiment, auquel le d\ic n'estoit obéi, pour son jeune âge.
Au ittesmes temps, Céftar de Naples, gouverneur de Vulpian, feit eiltrepriase pour surprendre Gazelles, petite' ville de TobéisBanccduroy, sise my-chemhide Turin à Yulpian. Et, pour cest effect, marcha avécques huict ou dix enseignes, et assaillit ledit lieu par trois endroicts; mais, ainsi que vf|goureusemeiit SassailKt, aussi en teHe vigueur -fat-il repoulsé; car, m trois assauU qu'il donna, perdit m% ou septsvingts hommes, et avecques sa courte honte se retira , laissant dedans les fossés- trente ou quarante escheltes. Aussi le marquis du Guast, voyant le seigneut'de Humières retiré k Pignerol, envoya treize enseignes de gens de pied dedans Siria, petite ville le long de la montagne, pournenir le val de Su^e en subjection, et empescher à ceux de Turin d'avoir nouvelles de France. Ce faict, envoya prendre le chasteau de Rivole et le chasteau de Yillane ; de sorte que ceux de Turin lie pou\ oient avoir nouvelles par ledit val de Suze, mns grand hazard et difficulté, ny par le chemin de Pignerol, d'autant qu'il tenoit Montcallier, Carignan et Carmagnolle, et estort le plutf fort en campagne.
Le foy , après que le seigneur de Langey hiy eust faict? le raj^rt qu'avez ouï , l'ayant trouvé à la Contey , le renvoya «a Piémont, pour plusieurs oecasiohs. Lequel, à son retour, le vint trouvet* à Melun, malade d'une fièvre, (e vingtcinquiesme d'aoust , et luy feit entendre bien au long comme s'estoient portés ses afhires de* puis l'arrivée du seigneur de Humières en Piémont, et comme il estoit contraint d^abandonner la campagne (ainsi qu'avez entendu par cy-devant), aussi la nécessHé, tant de vivres que d'argent, en laquelle esUnent ceux de Turin ; de sorte que, si dedans la Sainct-Martin lops ensuivant ils n'estolent secourus, il estoit apparent qu'ils seroient contraints d'endurer une extresme famine, laquelle malaisément ils pourroîent porter jusques à la Saînct-André. Le roy, lequel. decjà avoit licencié te plusgrande part de son armée, se voyant en bazard de perdre le Piémont, qui desjà luy avolt tant
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oousté, d^lfcérti de"mafchel* en personne po«r leur doniici' setoth^. R k ceste ftn, dêpescla monseigheur le dauphin, iofk flk, et moBsîeor le grand-miistfe de Montmorency, pour aHer devant k Lion assembler son armée; et fieâ acheminer les bancfes du comte Guillaume de Fusfemberg, aussi ceRe! du capitaine Nicohi de Ri]^icis, pour suivre mondlt seigneur k dauphin ; et manda la gendarmerie et les Apvaux légers, ksquels estoient jà retirés en kes garnisons, de se trouver, le vingt-cinquîeffle du mois de septembre, à Lion ; et puis enwi faire levée de quatorze ou quinze mille S^ns» Ayant mis Pordre *cy- dessus mention^, craignant que, par ftiuKe de payement, hs$Adats de Turin se mutinassent, redépeschak seigneur (fe Langey pour aller trouver mmsieur de Humières, et prendre de luy vingl^ mille escus et trouver moven de les mettre d^ dans Turin, attendant qu'il la vinst secovir plus amplement. Lequel seigneui^ de Laopf vint trouver le seigneur de Humières à Sésue , qui desjà avoit esté contraint d'abandonner k Piémont, ayant laissé dedans Turin le seiganr de Boutfères pour gouverneur , afvecqoes a compagnie de gens d'armes et qudques chevaux légers, et quatre mille hommes dt pM. Dedans Quiéras ( comme j'ay dit), aral tùssé le seigneur César Frégose; dedans AB)e,\esdgneur Jules ITrsin ; dedans Savillan , le capitaiiie Jean, dé turîn ; dedans Pignerol , le comte Francisque de Pontrème. Estant lé seigneur dp Langey ai^véf à Sésane, ihonsieur de Humières trouva chose fort diflicite pouvoir porter fcsdits deniers, d'autant que les ennemys tenoiat Bossolin, VîBane, Sainct-Ambrois et Rivole, it, à cause de la^ vallée qui est estroitte, on ei contraint de passer à là veue desdites jdaees. Toutesfbys^ le seigneur de Langey, craignant que, par foulte d^argent, Turin se perdist,sp voulut bazarder de les y mettre, et s*en ait à Ours, auquel lieu estoient arrestés les hulsqQ^ nets. Et, pour le crédit qu'il avoit envers eoP mesmes, pour avoir esté inîrtirument de remettre le duc Chrestofte de Wittemberg en ses Estats, les persuada de retourner quand et toy jusques à Suze, dont le chasteau estoit encores en nostre obéissance. ï estans arrivés, les bsh pénaux, logés à Bossotin, Yillàne et Riviole, et autres lieux le long du val, estimèrent^ que ce fîist toute l'armée qui toumast la teste deveiv
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