LIVRE VIII
eux, ce pendant q^e le loarquis du Goast estoit ^yeeques son armée vers Qiiiéras, et abandon nèrentlesdites places. Par quoy ledit seigneur de Lapgey, aprè^ avoir promesse desdits lans- ^aiets de l'attendre aiadit lieu de Suse, mena seulement quand et luy le capitaine la Mothe Gondrin , avecqijies vingt-cinq chevaux légers de sa bande et. bonnes guides. Le jour de la r^ostre-Dame d'aoust, entra dedans Turin avecques l'argent, à la grande joye du seigneur de Boutières et de tous les soldats qui estoient dedans; car le^ paysans des environs, sentans l'argent arrivé, leur portèrent grand refirescfai»- «ement de vivres, ce qu'ils ne faisoient devant que l'argent y liist. Puis, ayant faict la monstre des gens de pied, et faict la discrétion de vivres, se retira, non sans hazards, parce que les ennemys, ayuis eu la cognoissance que les lansquenets estoient arrestés à Suze, le vindrent attemlre sur le chemin, et n'y eut(pi'undes siens tué et deux de prins.
Entre tant que ces choses se &isoient,conMne j'ay récité, le man]uis duGuast, ayant assemblé son armée en Ast, marcha devant la viHe de Quiers, ayant vingt-cinq mille hommes de pied, trois mille dievau^, et vingt-quatre pièces d'artillerie, sçavoir est, douze canons, et le reste grandes coulevrines et bastardes. Estant arrivé devant Quiers, qui estoit le vingt-huic- Uesme jour d'aoust, feit diligence de mettre ses pièces en batterie pour deu^ bresches, et eaà quatre jours si bien diligadta, que les deux bresches Aûrent raisonnables pour assaillir; par quoy il ordonna Tassaultaux deux breschestout en un temps, puis esbanda deux on trois mille bommes avecques eschelles, pour par plusieurs endroicts donner l'assauit. Et, parce que de^ dans la ville y avoit peu d'hommes, au regard de k grandeur de la place, à cause que les enseignesn'estoientbiencompiettes, mesmescelles du chevalierAssal(duqueldepuis j'eus la charge du roy de &ire son procès, et fût condamné ; mais le roy luy donna la vie, et depuis s'en est 9ervy ) à ceste occasion, les assiégés ne peurrat soustenir la force des ennemys ; à raison de quoy fut la viUe emportée d'assauket saccagée. £t dudit lieu, après y avoir mis bonne garnison, marcha à Albe. Le seigneur Jules Ursin, ne voyant apparence de secours, et la ville n'estant encores achevée de remparer, ny flanquée en lieu du monde, et les enn^oiiys ayans flûet
ilne bresche fort raisonnable pour assallir, à laquelle nos gens ne pouvoient venir pour ladef^ fendne, à l'ocoasion de quatre pièces que l'en* nemy avoit misde l'autre costé de l'eaue , sur unis montagne, qui les battoient par derrière ; et^ ne voyans espérance de secours, pour e^é nostre armée retirée, feU compoâtion teUe, qu'il toi eonduit à Pignerol, et tous les soldats, les armes et bagues sauveç.
Le marquis du Guast, ayant séjourné deux jours audit U»i, pour y pourveoir, print soa chemin pour aUer assiéger Quiéras, qui est cinq miHes au-dessus d'Albe, sur la mesmes rivière du Tanare, qui va descendre en Ast et en Alexandrie ; et est ladite vitte de Quiéras sise sur une montagne qui n'a qu'une seule advenue, qui est du costé du Montdevis, laquelle advenue n'a qu'environ quatre-vingts toises de longf et ne se pedt par autre part approeber. Du costé de ladite advenue assist le marquis du Guaat son artillerie, où, après avoir &ict bfesdie raisennabie, feit donn» un assault fort furieux, qui fut soustenu par le seigneur César Frégese, lequel, commef ay dit, çstoit demouré chef en ladite viHe avecques grande asseurance ^ et par deux fois forent portés les ennemys du faault de la bresche dedans les fossés, et dura le combat deux ou trois heures eontinuei* lement, à la grande perie et dommage des assaillans. Le marquis du Guast, cognoissant que par cest endroict il perdoit ses hommes sans es^ pérance de rien conquérir, la nuiet séquente, laissant des pièces pour battre à ladite bresche, pour empescher de la remparer, meit une autre bande d'artiHerie peur battre Tencolgneore du costé du Montdevis ; laquelle ayant battue, nos gais, venans à la deffencede la bresche, n'estoienl veus par le flanc ; de sorte ^il n'y avoit ordre de se tenir sur le rempart, et ce, par taulte que de bomie heure ledit César ou ses ingénieurs n'avoimit &ict un cavalier à la* dite eneoigneure peur couvrir ledit flanc et servir de traverse. Par quoy ledH César, considérant qu'il n'y avoit plus moyen de tenir, parlemenia, et, par la eomposKion, fut eonduit exk seuretéavectous les soldats, bagues sauves, jusques au lieu où estoit le seigneur de Humiëres et le camp du roy.
Après la prise de Quiéras, ie marquis dressa son chemin pour aller assiéger Pignerol, espérant que, s'il k pouvoit meUre eicitre m
mains, et fortifiant le pas de Sose, il mettroit Turin en impossibilité d'estre secouru, et, par ce moyen, lèveroit l'occasion aux François de plus passer en Italie. Estant sur son chemin de Pignerol, passant près SaviUan, envoya sommer le capitaine Jean de Turin de remettre la place entre ses mains -, lequel luy feit response d'avoir promis de la garder au nom du roy, et que, Iflfoù il auroit prins les places de Piémont, venant à iuy, il seroit très bien recueilly. Le marquis, cognoissant que de s'amuser là ce seroit temps perdu, et que, prenant Pignerol, Savillan ne se pouvoit garder, pour n'avoir moyen d'estre envitaiUée, passant outre, suivit son chemin de Pignerol, duquellieu le seigneur de Humières se retirant à Sésane, ayant laissé le comte Francisque de Pontrème, lieutenant du roy, avec cinq mille hommes de pied Italiens. Ladite ville de Pignerol est une grande ville vague, laquelle, pour l'estrangeté de l'assiet|e, estant en montagnes et vallées, a voit esté auparavant estimée n'y avoir moyen de la fortifier : toutesfoys, le comte Guy de Rangon, par l'advisde plusieurs fortificateurs, et'mesmes d'un Boulonnois nommé Hiéronyme Marin, y avoit si bien faict travailler, qu'y arrivant, le marquis trouva, par l'advis de ses capitaines, qu'il n'estoit raisonnable de l'assaillir par force; par quoy délibéra de l'affamer, et, pour cest effect, se logea en l'abbaye qui est sur le chemin de la Pérouze, et le reste de son armée tout à l'entour de la ville ; de sorte qu'il estoit malaisé ou bien impossible d'y entrer vivres : vray est qu'ordinairement ceux de dedans faisoient de belles saillies sur le camp impérial, ne le laissant en repos jour ny nuict.
Vous avez ouï cy-devant comme nostre armée, estant si belle et si gaillarde, estoit devenue inutile par les mutinemens des lansquenets et la faulte d'obéissance; et le principal aucteur desdites rébellions estoit le capitaine Hans Ludovic de Landeberg, l'un des principaux colonels du duc de Wittemberg. Iceluy Ludovic , entres autres choses, avoit outragé le seigneur de Borran, commissaire ordinaire de la guerre, pour avoir faict son office, et mesmes avoit mis la main sur l'espée contre le seigneur de Humières, lieutenant général pour le roy, dont on n'avoit sceu avoir la raison , pour eslre trop bien accompagné ; n)ais en ce temps que les cnneînys arrivèrent devant Pignerol, ledit Lu- I
dovic fust arresté prisonniers Lion, où, après son procès faict , eut la teste couppée sur m eschaffault, au lieu de la grenette.
Le roy, lequel en toute diligence faisoit marcher son armée , arriva à Lion environ le sixiesme jour d'octobre, et, estant adverty q« le marquis du Guast, sentant Farmée du roy a préparer pour passer en Piémont , avoit &ct retirer tous les vivres de la plaine dedans ies places fortes, et ce qu'il n^avoit peu relîrerr»voit faict gaster , espérant par ce moyen mpeseher le passage du roy pour la fiaralle de4 vres , et avoit envoyé César de Naples , par, avecques dix mille hommes, fortifier et psk le pas deSuze, lequel y Caisoit toute extresoieèligence. Leroy, pour remédier à ce quesoaff* mée n'eust f&ulte de vivres, feit assembler toc les mulets, mules, asnes, jumens et antre bestes de charge de tous les pays du DaupU». d'Auvergne , Forest , Beaujollois , Domba, Lionnois et Provence, et d'une partie d^Uaguedoc, pour porter ferines et autres vivres» telle abondance, que cela peust suffire pour sa armée. Et, estant délibéré Iny-roesmeseo a personne de passer en Italie, et ne ▼oolaot liêser son royaume despourveu durant soa j6sence , dépescha monseigneur Charbs, doc d'Orléans, son fils puisné, son lieutenaDiçmral en Picardie , Normandie, Paris et l^de France , et autres pays circonvoisîns; et,po8r la jeunesse dudit prince , qui n* avoit encore grande expérience du maniement des afEùre. luy bailla, pour l'accompagner et conseifier,k cardinal du Bellay. En Bourgongne et en On» pagne renvoya le duc de Guise; en Guyenœft Languedoc, le roy Henry de Navarre; en ll^ taigne, le seigneur de Chasteaubriani.
Le roy, après avoir pourveu aux choses cy dessus déclarées, ordonna monseigneur le dûphin pour marcher devant avecques Farran^ et atecques luy le grand-maistre de Montcwrency , par le conseil duquel toutes choses < faisoient , et pour maistre d'artillerie , le sôgneurdeBurie, ayant quatre enseignes de gm de pied soubs sa charge. Et au seigneur de Montejean donna charge de dix mille hoomiff de pied françois : et , parce que le seigneur d'Annebault, qui avoit esté prins prisonnier^ vant Thérouenne, estant général de la cavalerie légère, n'estoit encores retourné de prison, donna saj cliargc de général , en son absence*