LIVRE VIIL
au seigneur César Frégose. Et dcvoit y arriver josques à quatorze cens hommes d'armes , et quatorze mille Suisses dont il avoit envoyé faire levée, pour, passans à Genève et à Chambér^', se venir joindre à nostre armée à Grenoble et aux environs. Et délibéra de faire séjour audit lieu de Lion quelques jours après le partement de mondit seigneur le dauphin, pour foire acheminer les compagnies qui n'estoient encores arrivées, venant de Picardie, Normandie, Bretaigne, Champagne et autres pays lointains.
Environ le dixiesme jour d'octobre , partit mondit seigneur le dauphin de Lion , prenant le chemin de Grenoble et d' Ambrun ; et arrivé qu'il fut à Briançon, trouva ledit seigneur de Humières, et de Maugeron , lieutenant du roy en Dauphiné en l'absence de monsieur de Sainct-Pol, avec deux ou trois mille légionnaires du pays de Dauphiné, et les reliques de Tarmée du seigneur de Humières , sçavoir est , les bandée qui estoient sorties d' Albe et de Quiéras par composition , ainsi qu'avez entendu, lesquelles estans joinctes avec le régiment d'environ huict mille lansquenets du comte Guillaume , marcha jusques à Ours , attendant le reste de son armée. Estant arrivé audit lieu d'Ours (qui est à quatre lieues de Briançon et à quatre de Suze, auquel lieu se dévoient rendre les gens de cheval , qui arrivèrent de jour à autre à la file) , monsieur le grand-maistre de Montmorency, avecques l'advis des capitaines, entreprint d'aller à Essilles avecques une partie de l'armée, laissant le reste à Ours avecques monseigneur le dauphin, pour recognoistre la contenance de l'ennemy , et tenter fortune s'il y auroit moyen de forcer le pas de Suze, pour, selon ce qu'il cognoistroit , en advertir mondit seigneur le dauphin , pour le suivre ; auquel lieu estant arrivé , marcha avecques quelque cavalerie d'escorte pour luy-mesflaes visiter la fortification du passage , laquelle estoit à un mille deçà Suze,à undestroictde la descente de la montagne venant de Chaumont, lequeljChaumont est le dernier village séparant le Dauphiné du marquisat de Suze. Estant arrivé sur le hault duquel il pouvoitconsidérerladite fortification, cognent que sur deux petites montagnes tenans les deux costés dudit destroict , les ennemys avoient faict deux bastions, et , entre les deux , une grandeet profonde trenchée, bien remparée, de sorte que les hommes y estoient à couvert ,
et bien flanquée desdits deux bastions; mais il cognent que, gaignant deux autres montagnes plus éminentes que celles où estoient les fortifications des ennemys , à coups d'arquebouze , on leur pourroit commander et leur faire abandonner leurs fortifications.
Ayant recogneu ce qu'il avoit désir de veoir, se retira à Essilles, et advertit monseigneur le dauphin qu'il eust à marcher jusques audit lieu de Essilles, pour le soustenir, parce qu'il estoit délibéré de. partir devant le jour pour tenter s'il pourroit forcer le pas. A l'heure qu'il avoit délibéré , il partit , ayant en sa compagnie les bandes du comte Guillaume, et mille ou douze cens soldats françois, de ceux qui estoient retournés de Piémont , et deux ou trois mille légionnaires de Dauphiné , parce que le reste de l'armée, tant de pied que de cheval, n'estoit encores arrivé; ce qu'il ne voulut attendre, craignant que, temporisant, l'ennemy eust plus grand moyen de se fortifier. De gens de cheval n'avoit qu'environ quatre-vingts ou cent che-
' vaux légers , soubs la charge de monsieur de Brissac, y estant en personne pour les conduire, et quelques gentilshommes qui avoient prins les devans, ayans laissé derrière leur esquippage. Avecques ceste.^uppe, mondit seigneur le grand-maistre arriva au lieu de Chaumont, où il ordonna de la forme de marcher, qui fut telle: à sa main droicte, tenant le pendant de la montagne, ordonna de marcher le comte Guillaume de Fustemberg avecques ses bandes, luy commandant de desbander mille ou douze cens arquebouziers, pour gaigner le dessus du bastion qu'avoit faict les ennemys sur sa main droicte;
. sur sa main gauche, ordonna le capitaine Artigue-Dieu et le capitaine Rat , avecques autres capitaines françois et gascons ; et lui marcha par le milieu avecques le reste des hommes qu'il avoit. Le capitaine Artigue - Dieu , et autres françois et gascons estans mieux engambes que les lanscpienets , gaignèrent le dessus du bastion de main gauche , lequel commandoit au passage plus que l'autre, pour estre plus prochain, de sorte que dudit bastion on tiroit de poincte en blanc à coups d'arquebouze dedans le passage , et le forcèrent devant que les lansquenets arrivassent au leur. Les ennemys , se voyans commandés du hault en bas, et le capitaine Gavaret , lieutenant de l' Artigue - Dieu , avoir desjà, à la faveur de nostre arquebouzc-^
rie , gaigné le bastion et taiOé en pièces ceu
Soi ne s'estoieat peu sauver à la fiiitte , aban- ODnèrent le passage , et se meireat f vau-doroppte ; lesqi^els mondit seigneur le grandmaistre» ayant à sa queue fnpnseign^ur Iç dauphin pour le soustenir^ suivit de si près, qu'ilf n'eurent loisir de §'arrester k Suze, où iiit prins la pluspart de leur bagage; ef forent suivis jusques à deux milles par-ddà. Vous pouvez estimer le traitteoient qu'eurent c^ux qui deoM)Qrèrent s^r )a queue^ car ce^x qui fuyent proRvent toiyours qui les chasse : e( si nous eossion^ ^ (^ux cens hommes d'armes ou quatre oi^ cinq ceps chevaux légen» pour les ^nmsejr 4 rescarmouch/e, attendant l'arrivée de nos lansquenets, j'estime que, de dix mille (lomm^s qui pouvoient estre , peu se fiassent s^^yéf popr dire deç nouvelles aux autres*
Monseigneur le dauphin et monsieur le grandmaistre, ^yai^, contre Tespérance de plusieurs, forcé un pas si malaisé, si bien pourveu d'hçmmes et §i bi^n fpftifié, pour estre leurs gens travaillent conclurent de se loger, pour ceste nuict, en un Ijeu qui est demy-chemin de Suza et du Bosse^in, à l'entféts du val^ et fut advisé par monseigo^ 1^ dauphin, avecques le conseil de monsieufr le graqd-maistre etjautres capitaines, 4^ fenyioriser un jour, attendant Tartillerie, g^armeriCf chevaux légers et gens de pied, qpi venoient à la file, parce que dedans le chasteau de Suze estoient dëmourés deux cens Espagnols qu'on nç youlp^t laisser derrière, cqtignant qu'ils ge çt^ima^senl egipescheme^t à nos viyrç^.
Le foy, gqi 4^à e;stoif party de Grenoble, désirant luy-mesmes ^ trouveiri^u combat, marcha jusqi^es \ Ambrun. Le marquis du Cuast, lequel l^noit Pignçrol assiéigé en grande nécessité de vivre^, a^verty de la defEaicte de César de Maple^, leva son s^^ et se retira à Rivo(e avecquûi ^ut^ ^ forces, pensant audit lieu nous fairç tes^. )Lf seigneur de Burie, lequel ^oit chargie dç l'ai^illerie, estant arrivé j^ Suze avecques son ^sq^^ppage, fprès l'avoir planté devant ledit chasteau de Suze, et t^ré une votée de deux canons, ceu^ de dedans se rendirent à sa discrétion, qui fut t^Ue, qu'on les envoya sans armçs et en chemise. Monseigneur le dauphin, est^t l'artillerie arrivée et |e reste de son armée, hormis les Suisses qui venoient à la file, desquels estoit capitaine général le comte de
Tepde, marcha à Sainct^Antoine, ctdelà àTi lane, eq[)érant y trouver le ^g^arquis du Goait pour le combattre, lequel estoit logé à Riyole; maisledit marquis, sçacbant noistre amée itw dfessé son phemin droict à luy, ne voubit Attendre le hazar4i>t se retira vers IfaMttcilbr, où, au bout du pont de deçà, il se logea, hr qppy, ynoaseigneur le dauphin et moaiinrk grand-maistre ne voulurent passer oqtn Tit lane, que premièrement ils n'eusient nii s leur obéissance le chasteau dudit liea,afifiili fiure le chemin libre. I^t chasteaa eit m suf la poincte d'une Humt^gne, chose quidifr noit grande espérance à ceux de dedaosipev pquTf ions loger nostre artillerie en lieu dtf on les sceust battre; mais monsieur le graoli|»ai8tre, apr^ avoir bien revisité les eomi, trouva une autre petite montagne qiuàe^ à celle du chasteau, du costé qui tire s Siiaci- Micliel. Yr^y est qu'il y avoit loin, et qu'il «^ toit malaisé d'y monter l'artillerie n'shôobBa chevaux ; toutesfoyS) avecques des cordagatt avecques l'ayde, tant des Suisses que lamfvnets, à force de bras, il feit guindcrdm» npns ; puis envoya sommer ceux du diaSM qui p^yoient estre deux cens Espagoàivqueû, ayans |aict reffus de rendre bpive,e& toute diligence feit tirer l'artillerie, lifAtea peu (l'heures feit bresche, parce que U |btt n'estoit remparée, et n'a voient h» umP moyen de la remparer, pour n'avoir dedusli' dite place fiimier ny terre, à raison fi'dl^c^ sise sur une roche. Les ennemys, nefojtf moyen 4^ se couvrir 1 demandèrent ï parieao^ t^r; mais fust trop tard, car, cepffîdiBt,l0 gens de pied françois, les voyans estoDOS i l'opposite de la bresche, montèrent contreonit le rocher, et avecques eschelles eotièreat dedans, et taillèrent en pièces ce qui se trooft* hormis le capitaine et l'enseigne, qoi ^ prins en vie, lesquels monsieur le grsndHSiS' tre fist pendre e^ estrangler, pour douier ex» p]^ aux autres de n'estre si téméraires d'iUtsdre dedans une mescbante place une vt»
fcançoise descendant en sa première foiw*
Aprèsquele chasteau fust entre QosmsiM|^ qia'on et4sv pourveu à la g^ipd^ d'içeliiiy , b ^^ de Toussaincts marcha nostre armée s fti^^ auquel lieu nous séjoumasmes deoxjQW.^ logeasmes où le camp impérial avoit G»i^^ jours précédens, lequel, sentant que moBSO-
LitRË viir.
gneur le dauphin marctioit en telle diligence, Ta voit abandonné, et ^'estoît retiré à Monlcallîer, comme ey-devantestdit. Et fut le deslogement des ennemys si ^udain, quMls n'eurent loisir de gaster les vivres qui estoient dedans, et Idssèrént tous lenr^ malades à nostre miséricorde. Audit Keu de Rivole s'assembla le reste de nostre armée, hormis quatre ou cinq mille Suisses qui n'estoîent encore arrivés. Ce nonobstant, fut mis en délibération des capitaines, sçavoir le chemin qu'on devoit tenir, ou de suivre i'ennemy, oti de prendre le chemin de Vulpian , Chevas etVercel , auxquels lieux sépourroit faire quelque bonne exécution, trouvant les placesdespourvues, lesquelles malaiisément Fennemy pôuvoît secourir, estans ses forces de l'autre côsté. Enfin, fut conclud d'aller loger à Grouillas, qui estoit lieu a propos pour prendre Tun et Fautre chemin, et est petite ville à trois milles dé Turin et trois de Montcallier, où s' estoit retiré le camp impérial, parce qu'estant audit Keu de Grouillas, on auroit moyen de faire conduit'e des bleds dedans Turin, des petits fotl^des environs, auxquels en avôit grande abondance, et la faire faire la munition dé pain pour suivre nostre camp, parce que c'estoit lieu fort propte pour cest effect, quelque chemfn que nous voulsîssions prendre.
Estans logés audit Fièu de Grouillas, nos chevaux légers feirent rapport que Fennemy estoit campé' au-deçàdu Pau , vis-à-vis de Montcallier, ayant toutesfoys le pont à son dos pour se retirer' quand bon luy sembleroit. Après lequel adVertissenient,fùt conclud de tourner la teste droictàî'entiemy, et luy donner là battaille,ou bien le (Contraindre de repasser lé Pau honteusement. El, pour cést effect, fut mise nostre armée eh câùmpagùe, et flit mandé au capitaine Martin du Btellày (lequel avoit estf laissé à Rivoie avec sa compagnie et deux enseignes de gens de piedfrançois, pour attendre une grande part des Strîs^i^, qui venoient à la file , et là en faire utic massé pour les mener là part qu'il luy seroft mandé) qu'il eust à marcher avec sadite coni)[)agtife et lèsdits Suisses, droict à la plaine Je iVÏDntcâlller, laissant dedatis Rivole les deux î?nseîgnes de gens de pied firançois, pour la ^arde du passage. Ce pendant que ledit du Bellay marchdît avecques quatre mille Suisses, monseigneur le dauphin et monsieur le grand- 3iai5tre estoient desjà arrivés à la plaine , et
avoîent jette leurs battâîlïes, tant de cheval que de pied, en la forme qu'ils estoient délibérés de combattre, et nos chevaux légers avoient attaqué Fescârmouche avecques les leurs , entre le Pau et nos battai]lés,à laquelle il y eutbeaucoup des leurs tués, et quelques-uns prins,et peu des nostres , entre autres , y fut blessé des nostres, d'un coup de lance, le seigneur d'Aussun, capitaine de deux cens chevaux. •
Ce temps pendant, nos battailles marchoient gaillardement ; de quoy Fennemy estonné , ne se sentant suffisant pour soustenir nostre effort, passa le pont , faisant toujours entretenir Fescârmouche pour couvrir sa retraitte,et laissant deçà , pour le soustenir , mille ou douze cens arquebouziers et quelques picquiers ^ de quoy monseigneur le dauphin et monsieur le grandmaistre ayans la cognoissance , dépeschèrexit quelque nombre de gendarmerie et de gens de pied , pour les prendre à demy passés , chose qui leur fut empeschée,àFoccasion d'une trenchée qu'ils avoient faicte, pleine d'eau et bien flanquée, de sorte qu'on ne les pouvoit enfoncer. Estant le marquis repassé le Pau avec son armée, ceux qu'il avoit laissés pour le soustenir feirent le semblable, rompans le pont après eux, ayans crainte d'estre suyvis; si est-ce qirils ne sceurent si bien faire qu'il n'y en eust de prins et de tués dé ceux qui estoient demouressurlaqueu^
En l'armée du roy y avoit de gendarmerie la compagnie de monseigneur le dauphin , de cent hommes d'armes, conduitte par le seigneur de Humières, son lieutenant; celle de monsieur le grand-maistre , cent, conduitte par le seigneur de la Guiche , son lieutenant ; fe mareschai d'Aubigny, cent hommes d'armes escossois;le seigneur de Montejean, cent; la compagnie du seigneurde Beaumon t Brisay , cinquante; le seigneur de Bonneval , cinquante ; lé duc de Mbntpensier, cinquante -, le seigneur .Jean-Paul, soixante; le baron de Curton , cinquante; le duc de Nevers, cinquante; le seigneur de la Fayette, cinquante; le seigneur de la Ferté aux Oîngnons, cinquante; et plusieurs autres compagnies, dont je serois trop prolixe de les nommer. Aussi y estoit le duc deyendosmois,pour accompagner monseigneur le dauphin., mais estoit sa compagnie demourée en Picardie.
Monseigneur le dauphin et monsieur le grandmàistre,voyans Fennemy estre repassé le Pau,, délibérèrent d^aller passer à Carignan , auquel
lieu ils pourroîent refaire le pont, s'ils le trouvoient rompu, sinon passeroient un gué qui estoit au-dessoubsduditpont. Et, pourcest effect, après avoir laissé bon nombre d'hommes au bout de deçà du pont de Montcallier, pour empescher que Tennemy ne repassast, estant desjà le soleil couché, allèrent loger à la Loge et à Carpenay, et le lendemain à Carignan , auquel lieu ils firent refaire le pont. La nuict, quelquesuns de Montcallier, qui portoicnt affection aux François, passèrent deçà Teaue, et trouvans le seigneur de Langey et autres en sa compagnie, luy feirent entendre que le marquis estoit deslogé dès le soir, et s'esloit retiré à Quiers avec toutes ses forces, ayant laissé vingt-cinq ou trente mille sacs de bled, lesquels il avoit amassé sur le plat pays des environs, soubs espérance de se fermer là pour nous attendre. Laquelle chose entendue par le seigneur de Langey, avec eschelles , portes , clayes , et autres choses , trouva façon , luy deuxiesme , de passer vers Montcallier ; et arrivé qu'il fui, tous les citadins vindrent au-devant de luy ; lesquels, en grande et accélérée diligence , rabillèrent le pont , si que, avant qu'il fust jour, tous les soldats que monseigneur le dauphin avoit laissé à la garde de la rivière furent dedans la ville ^ sans faire tort aux citadins ; ce qu'incontinent ledit seigneur de Langey , fist sçavoir à monseigneur le dauphin et à mondit seigneur le grand-maistre, lesquels, ayans cestadvertissement, feirent passer leur armée à Carignan la rivière et allèrent camper à Villedestellon , espérans encores trouver le marquis du Guast à Quiers ; mais il n'y estoit plus, car, dès qu'il fut arrivé, il s'en alla à Ast, laissant quatre mille hommes dedans Quiers, et pour chef don Antoine d'Aftragon, son beau-frère. Par quoy nos gens coururent de toutes parts, sans trouver personne qui les contredist, et prindrent Poirin, Rive de Quiers, Villeneufve-d'Ast, Montafye, Antignan, et tous lès petits forts jusques aux portes d'Ast, de Quiéras , d' Albe et de Fossan ; et par tous les petits forts meirent gens pour les garder, parce que tous les bleds du pays estoient retirés dedans lesdits forts : qui fut un grand soulagement pour envilaillernostre camp et nos places. Aussi monsieur legrand-maistre envoya le président Poyet, et autres munitionnaires, à Montcallier, pour faire mener les bleds y estans , à Turin , tant par eaue que par terre ; de sorte qu'en peu
de jours il y eut bleds et vins pour on an. Ce pendant , y avoit ordinairement escannooches devant Quiers, et estoit nostre camp à Yilled»tellon , car le roy avoit mandé à mondit seigneur le grand-maistre qu'ayans passé le Pu, il n'eust à passer outre, qu'il ne fust arrivé. Le roy, estant à Bnançx)n, délibéra de passer la montagne pour suivre son armée, et, pirtt qu'il estoit mal-accompagné , d'autant (^û avoit tout envoyé après monseigneur le dauphin, son fils, et qu'il sçavoit que le capitiioe Martin du Bellay estoit retourné à Rivole.a partir de la plainede Montcallier, pourrescortt du passage, luy manda qu'il eust à le Tenir trouver, avec sa compagnie, auBossolin, àb descente de la montagne, pour luy bire escorte, et qu'il eust à envoyer gens le long de la rivière de la Douaire, à ce que ceux de Yolpias sur les chemins ne luy donnassent alarme, i|V premièrement il n'en fust adverty; cequefet ledit du Bellay, et alla trouver le roy audit Bossolin, quelques jours devant la feste Sajoct* Martin; et estoit le roy accompagné du canËnal de Lorraine , du comte de Sainct-Pol, et autres plusieurs gros personnages. Partant dsdit Bossolin, ledit seigneur vintdisneràStâit^ Antonin, le long de la montagne, assap^ Sainct- Ambrois ; et après disner, passât çat dedans Yillane, vint coucher à Javan, intp^ lieu il trouva le seigneur de la FertéauxOingnons avec sa compagnie, envoyé par tw»sieur le grand-maistre pour accompagner le roy. Dudit Javan , print lendemain le cheniffl de Carignan, et sur ledit chemin rencontra 1» compagnie du duc de Montpensier et celle fc Escossois, qui venoient pareillement pourb! faire escorte. Estant arrivé à Carignan, vint devers luy monseigneur le dauphin et monsieur le grand-maistre, pour conclure avec Sa Majesté ce qui estoit à faire. Auquel lien esta» ensemble, leur vindrent nouvelles comme ceoi de Yulpian, parce qu'il n'y avoit point de cavalerie à Ri vole ny Yillane, couroientle^ de Suze, et faisoient beaucoup de dommaps ceux qui suivoient le camp ; par quoy fot soudain redépesché le capitaine Martin du Bellaj pour y aller ; lequel, arrivant à Rivde, oyant ralarme comme ceux de Yulpian avoient destroussé, près Sainct Antoine, cinq ou six ^o* lels chargés d'argent pour le payenwntde larmec, et amcnoient ledit argent et les wuletS;
sans descendre , passa la Douaire , coupant le chemin de Yulpian, et vint si bien à propos, qu'à trois milles près de Yulpian il atteignit les Impériaux, lesquels, s'estans mis à la fuitte, abandonnèrent les mulets, amenans seulement les trésoriers, sans jamais avoir eu loisir de rompre les balles. Ce voyant, ledit seigneur du Bellay ne s'amusa à chasser les enaemys , mais seulement print peine de sauver l'argent du roy et l'amena en seureté, sans rien perdre, dedans le chasteau de Ri vole, où estoit le reste du payement de nostre armée.
Après que le roy eut communiqué avecques monsieur le grand-maistre , fut conclu , par l'advis des capitaines, que monseigneur le dauphin et le grand-maistre retourneroient le lendemain à Yilledestellon , pour recognoistre la ville de Quiers ; car, à toutes fins, le roy la vouloit assaillir, chose qui fut exécutée ; et cependant que mondit seigneur le grand-maistre recognoissoit la place, se dressèrent de belles escarmouches , tan t de gens de cheval que de pied .
Par la trefve qui fiit conclue en Picardie, dont cy-devant est faicte mention, fut permis à la royne Marie de Hongrie d'envoyer quelques gentilshommes siens en Espagne, passans seurement par le royaume de France; aussi fut permis au roy d'y envoyer de sa part, pour moyenner une paix ou trefve générale ; ce qui fut faict respectivement d'une part et d'autre, et tellement exécutèrent leur légation ceux qui y furent envoyés, que la trefve et abstinence de guerre fut conclue, autant bien pour le Piémont qu'elle a voit esté pour la Picardie. Et par ledit accord estoit dit que chacun demoureroit possesseur de ce dont il se trouveroit saisy lors de la publication de la trefve : par quoy ceux de la garnison de Turin, de Yorllng, de SaviUan et autres places limitrophes, estans de ce advertis, eslargirent leurs limites au plus loin qu'il leur fut possible, et par toutes les petites places et castellets mirent des gens an nom du roy : ceux du Montdevis feirent le semblable. Or il fut accordé , entre ledit seigneur marquis, lieutenant général de l'empereur en Italie, et monseigneur le grandmaistre, lieutenantgénéral pour le roy, la forme dont l'on devoit user de ladite trefve, ainsi qu'il s'ensuit.
-• Il a esté ad visé, conclu et arreslé entre messeigneurs les marquis du Guast, lieutenant XVI" SIÈCLE) ChroD. et Mém.