‹ Le loyal serviteur [pseud.] Chronique de Bayart.--Guillaume de Marillac. Vie du connétable de Bourbon.--Antoine de Laval. Continuation de Marillac.--Jacques Buonaparte. Sac de Rome in 1527.--R. de La Marck, sgr de Fleurange. Mémoires du jeune adventureux.--Louise de Savoye. Journal.--Martin et Guillaume du Bellay. MémoiresChapitre 381 sur 428 · LIVRE VIII · texte numérisé non relu

LIVRE VIII

et euât été ledit pays affamé. Et le feit ledit selgneut' de Langey à ses frais, de sorte que moy, qiiî suis son frère, en ay payé, depuis sa mort, cent mille livres à un homme seul, en quoy il estoit en arrière, tnais il ne luy challoit la despence, moyennant qu'il feit service à son prince.

NEUFYIESME LIVRE.

Le bon traittement qui fut faict à Tempereur passant par France aliéna la volonté de ceux qui en estoient confédérés en haine de luy, et si ne peult de riens servir pour le faire accomplir les promesses qu'il avoit faictes de restituer Milan; encores se descouvrit mieux la haine qii'il portoit au roy, par l'assassinat des seigneurs Rincon et Frégose, ambassadeurs pour le roy, pour la vengeance duquel se rompt la trefve de Nice. Monsieur le dauphin Henry assiège Perpignan, monsieur d'Orléans conqueste le duché de Luxembourg, qui ne fut longuement gardé ; le seigneur de Langey soustient les efifbrts du marquis du Guast en Piémont, luy suborne six mille Italiens, et, par ce moyen, le fait quitter la 'campagne ; nos gens y gaignent quelques villes, par les intelligences qu'y avoit le seigneur de Langey; puis, monsieur d'AnnebauIt vient lieutenant du roy en Piémont, assiège pour néant Cony, ayant, par mauvais conseil, rompu les desseins du seigneur de Langey, lequel, retournant en France, meurt à Tarare, au grand regret des gens de lettres et d'expérience. Martin du Bellay, son frère, estant demeuré gouverneur de Turin, eslargit son ressort par la prise des lieux deBony, Catillon etSainct- Baphaël. Monsieur d'AnnebauIt, repassant les monts, est surprins de la tourmente sur le montCenys, et y perd plusieurs de sa suitte, entre autres le sieur de Carrouges, et luy-mesmes à peine en eschappe. Les Bochelois, s'estans révoltés, obtiennent pardon du roy. Martin du Bellay descouvre plusieurs intelligences des Impériaux en Turin, et en fait punir les traistres. Estant après luy monsieur de Bouttières gouverneur de la ville de Turin, César de Napies fcmlt à la surprendre, une fois par escalade, et l'autre avec des charrettes de foin. Monsieur de Vendosme dresse en Picardie plusieurs courses et entreprinses sur l'ennemy, avitaille Thérouenne, prend Lillers et le ruine.

(1541) Estant l'empereur passé' par ce royaume, et ayant esté recueilly en telle fraternité du roy son fi*ère, comme avez entendu par le discours du livre précédent, avec tous les honneurs dont le roy avoit peu user en son endroict, et aussi, après que le roy eut refusé ceux de Gand, qui de toute ancienneté estoient subjectsde la couroniië de France, lesquels s'estoient mîsentreseâbras, comme entre les mains de leur souverain seigneur, luy offrans pareillement le semblable de la pluspart des bonnes villes de Flandres; mais le roy, ne voulant en rien contrevenir au traitté de la trefve, ains garder sa foy, estima que l'empereur la luy

garderoit en pareille fidélité ; luy ayant aussi baillé passage libre par son royaume, pour les réduire en son obéissance; car, par ailleurs, luy estoit malaisé d'y pourveoir d'heure, attendu que le passage de mer ne luy estoit seur à cause des inimitiés d'entre luy et le roy d'Angleterre, et par Allemagne aussi peu, pour la crainte des protestants; et aussi que ledit chemin estoit long. Ces choses feisoient croire à toutes gens de bien que Fempereur n'auroit à défaillir à ce qu'il avoit promis au roy, mais au contraire estimoient que ledit empereur, estant arrivé en ses Pays-Bas, en feroit davantage que sa promesse ne portoit; eicepté au^

euns, qui cogDoissoient les hamears de Tempereur estre telles, qoe ce qu'il peult, soit par tromperie ou autrement, luy est loisible pour parvenir à ses fms, entièrement fondés sur ambition, ainsi que peu après il feit cognoistre par les effects, et comme je déclareray. Aussi vous avez veu que, pour mettre tous les potentats et princes de la chrestienté en souspeçon, et mesmes le Grand-Seigneur, et pour mieux abuser le monde, il avoit persuade au roy d'envoyer le seigneur d'Annebault, son lieutenant général en Piémont, en la compagnie du seigneur marquis du Guast, lieutenant général au duché de Milan, devers la seigneurie de Venise, aussi avoit envoyé devers le pape le sieur de Gié, pour pareil effect; ce que leroy, qui tousjours avoit usé de bonne foy, voulut encores accorder, afin de faire cognoistre Tenvie qu'il avoit d'accorder une ferme paix en la chrestienté.

Le roy, se voyant ainsi loin d'espérance, par les dissimulations dont usoit l'empereur en son endroict, voulut bien faire entendre à ses alliés comme les choses estoient passées entre ledit empereur et luy ; et, pour lever le doubte qu'ils avoient, d'autant que l'empereur, par ses ministres, leur avoit soubs main faict entendre que ledit seigneur avoit traitté avecquesluyà leur désavantage, pensant par ce moyen irriter tous les potentats de la chrestienté ^contre luy, à ceste cause, dépescha le seigneur César Frégose, chevalier de son ordre, devers la seigneurie de Venise, et le seigneur Antoine de Rincon, gentilhomme de sa chambre, devers le Grand-Seigneur, pour leur déclarer Testât des affaires d'entre ledit empereur et luy. Et, pour autant que le chemin dudit Rincon estoit de passer par Venise, fut ordonné qu'ils iroient de compagnie jusques audit lieu de Venise.

Estant le seigneur de Rincon arrivé à Lion, voulut y faire quelque séjour, pour pourveoir à ses affaires, pendant lequel le seigneur César Frégose vint devant à Suse, veoir sa compagnie de gens d'armes, dont nouvellement le roy en Piémont , lors étant à Turin, eut quelque vent que le marquis du Guast (ores que fussions en trefves) avoit mis aguets par les passages, pour surprendre lesdits seigneurs Frégose et Rincon. A l'occasion de ce, ledit seigneur d3 Langey manda auxdits Frégose et Rincon qu'ils n'cujssent à passer outre Rivole, que pre-

mièrement il n'eust communiqué avecqncseoi Et envoyade toutes partspourentendredesnoQvelles du département dudit seigneur mtrqoii

Le jeudy premier jour de juillet 1541, arrivèrent lesdits Frégose et Rincon à Rirok, rt environ minuict y arriva le seigneur de Langn; aussi revindrent ceux lesquek de toutes ptrtsi avoit dépeschépour entendre nouvelles, qui too unanimement luy rapportèrent que par tous b passages le marquis avoit mis aguets, etinesoe sur la rivière du Pau, parce qu'il avoit es!t adverty que, pour raison que le seigneur Riscon estoit malaisé de sa personne, obstant b graisse dont il estoit chargé, se mettroitplostœi en chemin par eaue que par terre. Duqîielnpport ledit seigneur de Langey leur donna advertissement ; et, après qu'ils eijfrent dédan que leur intention estoit de se mettre sur b rivière, le prians ordonner que barques leur dissent appareillées au pont du Pau, près Tuia, pour l'accomplissement de leur voyage, If s»gneur de Langey, prévoyant le liazard où i alloient entrer, par la notice qu'il avoit fc mœurs du marquis du Guast, les voulut, par tous moyens, suader de changer d'opiDioo,se faisant fort de les faire passer en seureté pr terre, par le moyen qui s'ensuit. Il y awt dû capitaine milannois en sa compagnie, »»mé Hercules Visconte, lequel, partant à fwr couché de Ri vole, les conduiroit de sorte quV vaut le jour ils arriveroient à la CisiÉrtt, chasteaude Lastizanne, de l'obéissance du roji auquel lieu estans arrivés, tiendroient les portes fermées tout jour, et partant la noict s^ quente, iroient coucher en un chasteaa appartenant au frère dudit Visconte, où feroiefit le semblable. La troisiesme nuict, dévoient arriver sur le Plaisantin, en seureté, pour csU* terre du patrimoine de FÉglise, et pour^ faire, vouloit ledit seigneur de Langey toito audit Rincon un cheval d'Espagne fort aisé «t allant l'amble.

Le seigneur Frégose, n'estimant le manptf du Guast homme qui eust voulut biJt ^ tel acte, que de faire assassiner les ambassadeurs d'un tel prince très chreslien que le roy, attendu mesmes qu'il estoit en trefve, denww» obstiné en son opinion, et ne voulut àao^ sa première délibératicm, ains résolut falw par eaue, persistant à faire instance audit seigneur de Langey de luy bailler barques, suj;

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