‹ Le loyal serviteur [pseud.] Chronique de Bayart.--Guillaume de Marillac. Vie du connétable de Bourbon.--Antoine de Laval. Continuation de Marillac.--Jacques Buonaparte. Sac de Rome in 1527.--R. de La Marck, sgr de Fleurange. Mémoires du jeune adventureux.--Louise de Savoye. Journal.--Martin et Guillaume du Bellay. MémoiresChapitre 382 sur 428 · LIVRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE IX

vant le commandement da roy. Le seigneor Rincon cognoissoit bien qu'il y avoit grande ap|)arence au propos dudit sieur de Langey, mais avoit crainte d'altérer Topinion de Frégose ; ayant doute que , J'altérant et si mal en venoit, on luy pourroit reprocher, veu que Frégose l'avoit pris en sa conduitte, il consentit d'aller par eaue, aussi que c'estoit le plus aisé, non le plus seur.

Lesamedy deuxiesme jour de juillet audit an, ayans esté conduicts en deux barques lesdits Frégose et Rincon et leur suitte, jusques à la tour de Simenne, près de Vorling, le seigneur de Langey, craignant ce qui advint, parce que ses advertissemens d'heure en heure luy redoublaient, envoya devers lesdits seigneurs, pour leur persuader de rechef de changer leur dessein, et où ils voudroient persévérer à leur obstination, ils eussent à luy renvoyer leurs instructions, lettres de créance et papiers, à ce qu' avenant le cas qu'ils fussent saccagés ou prins, ils n'en fassent trouvés chargés, lesquelles il leurferoit tenir seurement à Venise. Ce néantmoins, ils demourèrent en leur première résolution, mais bien luy renvoyèrent lesdites instructions par le comte Petre Gentil, nepveudu comte Camille de Sesse , lieutenant dudit Frégose ; puis , le jour mesme, s'embarquèrent, avec ledit comte Camille de Sesse, en une barque, et une partie de leurs serviteurs, et un soldat du seigneur Ludovic de Birague, nommé Boniface de Sainct- 'Nazare,en uneautre, ayant chacune quatre vogueurs ; et commencèrent à voguer environ les vingt-quatre heures, et allèrent toute la nuict jusques à deux milles au-dessoubs de CazaI de Montferrat. Le lendemain, environ midy, estans arrivés en un lieu appelé la Plage de Cantaloue, trois milles au-dessus de la bouche du Tésin, se présentèrent au-devant d'eux gens en armes estans sur deux barques, lesquels soudainement assaillirent et prindrent la barque où cstoicnt lesdits Frégose et Antoine Rincon , et, parce qu'ils se mirent en deffence, leurs ennemys montèrent sur laditte barque, où lesdits seigneurs furent tous deux tués. Dont promptement le seigneur de Langey fat adverty, et peu après eat autre advertissement qu'ils avoient mené le ceinte Camille de Sesse ( lequel ils n'avoient tué audit assassinement ) dedans le chasteau de Pavie, puis, la nuict subséquente, l'avoient Doenédedans la roquettedeMilan, et avoient mis

XVI' SIÈCLE I Chron. et Mém.

aufondduchasteau de Pavie tous les battelliers qui avoient conduict tant les François que les Espagnols, à ce que par eux on n'enpeust avoir tesmoignage, et que les soldats qui avoient &ict ceste infâme exécution estoient de la garnison du chasteau de Pavie ; lesquels, depuis trois jours et trois nuicts, n'avoient sorty de dedans leurs barques, armés d'arquebouzes, picques et rondelles, et se £aisoient apporter à manger d'une hostellerie qui leur estoit proche, et tenoient leurs chevaux au-dessoubs, en lieu nommé le port de TEstelle : l'autre barque, où estoient Boniface de Sainct-Nazare et les serviteurs, donna à terre, et se sauvèrent ceux qui estoient dedans, en un bois, jusques à la nuict, qu'ils se retirèrent en seureté.

Le seigneur deLangey, ayant eu les advertissemens que cy-devant avez entendus, avecques quelque asseurance de la vérité, dépescha le seigneur de Termes, capitaine de deux cens chevaux légers des ordonnances du roy et gentilhomme de la chambre de monseigneur le duc d'Orléans, devers le marquis du Guast, qui estoit à Milan , pour l'adverth'dudit assassinement , luy mandant qu'il ne se pouvoit persuader qu'un faict si énorme, contre tout droict naturel, divin et humain, fost exécuté par son sceu, ordonnance ou commandement : par quoy le > prioit d'y donner telle provision, qu'elle fist foy à tout le monde, que non seulement il eust voulu consentir, mais aussi peu souffrir que telles choses se fassent.

Pendant que ledit sieur de Termes feit son voyage, arriva à Turin le comte Francisque de Landrian, avec lettres du marquis du Guast, par lesquelles il escrivoit au sieur de Langey avoir receu une lettre, envoyée de la part de la femme du seigneur César Frégose, dénontiative du fait advenu à la personne de son sieur et mary, dont il avoit esté autant émerveillé que de nulle autre chose qui luy eust sceu advenir ( mesmes quand il la receut, il pensoit que ledit César et seigneur Rincon fussent desjà arrivés à Venise, pour avoir para vant, dès Cazal, quand ils passèrent, esté adverty de leur passage ) ; et qu'il estoit bien asseuré que le sieur de Langey estimoit bien que l'inconvénient advenu audit Frégose avoit esté faict à son desceu, l'asseurant qu'il sentoit autant ceste chose que si elle eust esté faite en sa propre personne, pour avoir toujours tenu les serviteur»

du roy en telle estime, et les avoir gratifiés aur tant que ceux mesmes de Tempereur. Et, pour ce qu'il entendoit bien combien ce fait importoit, et le regret qu'en pourroient avoir Leurs Majestés, il avoit déterminé de Caire user de toute diligence, pour entendre au vray comme la chose estoit passée ; et si aucuns sur lesquels il eust pouvoir estoient trouvés s'en estre empeschés, il en feroit faire telle justice et démonstration qu'il en seroit mémoire ; et que tout incontinent avoit dépesché le capitaine de la justice de Milan, qui ne fauldroit d'y faire son devoir, luy offrant que, si bon luy sembloit, il eust à envoyer quelque député de sa part avec ledit capitaine de justice, pour assister et voir ce qui s'en feroit, le priant T ad vertir continuellement de ce qu'il pourroit entendre estre requis pour cbastier ceux qui se trouveroient coupables, comme il est nécessaire et convenable à Tentretenement de rentière amitié d'entre Leurs Majestés et à la satisfaction d'icelles. Or pensoit le marquis avoir faict faire cest acte si occultement, et y avoir si dextrement pourveu, que jamais la vérité ne viendroit en lumière, et, par ce moyen, abuser le monde par ses paliations.

Le sieur de Langey, qui desjà avoit l'ombre de la vérité, cognoissant bien que tous les mandemens du marquis n^estoient que fiction et abus, ne luy feit response, attendant nouvelles dudit sieur de Termes, duquel le lendemain il eut response en substance, que le marquis ne pouvoit autre chose luy maïkler, sinon ce que, par le comte Francisque de Landrian, luy avoit desjà Caict sçavoir; mais bien le remercioit de la l)onne opinion qu'il avoit de luy, qu'il n'eust voulu estre consentant ny participant d'une telle méchanceté, l'asseurant que jamais tel acte ne luy vint en fantaisie. Ce néantmoins, le sieur de Langey, jusques à ce qu'il eust bien avéré le feict, dissimula toujours, faisant entendre au marquis qu'il avoit estimé qu'il n'en estoit participant, pour crainte qu'il ne luy empeschast par tous moyens de vérifier ladite mescbanceté. Bien luy manda qu'il ne trouvast mauvais s'il taschoit à descouvrir la vérité, et si , après l'avoir cogneue, il en ad vertissoit nostre Sainct-Père, l'empereur, le roy, le roy d'Angleterre et la seigneurie de Venise, et autres potentats de la chrestienté, à ce qu'ils jugeassent que si rupture de trefve advenoit pour |

ceste occasion, ce quMl n'espéroit advenir,t(Kit le monde cogneust de qui viendroit le ton: aussi qu'il avoit jà faict commencer les informations, lesquelles il envoyeroit devers le roy son souverain seigneur, pour en faire ce quil verroit estre bon par son conseil, et qu'il est!moit le roy son maistre et son conseil n'am si peu de jugement que de ne cognoistre la mérité, après les avoir veues. Outre, loy nuoda que le comte de Landrian, qu il avoit envoyé devers luy, luy avoit faict entendre qu'il estoB à craindre que le duc d'Urbin, qui avoit apt relie contre ledit seigneur Frégose, ou lepriott Dorie, pour jalousie de l'Fstat de Gennes, eussent faict faire cest assassinement, dont la v> rite, par les informations qu'il espéroit estie parachevées dedans trois ou quatre jours, se cognoistroit , lesquelles le sieur de Langey faisoit faire à Plaisance comme en lieu neutre, poor oster le doubte de falsité.

Le marquis renvoya devers le sieur de Ungey le comte de Landrian, le priant luy doottf adresse et moyen nécessaire à ce qœ kdit comte peust aller et revenir seurement(ie«R le roy, pour luy faire entendre la diligence qu'il faisoit d'informer qui estoient ceux quiavoMit esté exécuteurs ou participans de rexécotioa de l'acte tant exécrable contre ses amliKSi* deurs , chose que le sieur de Langey luy accoii. Et, parce que, par ledit comte de Landrian, k marquis se plaignoit fort de quoy le sieur La* gey faisoit si grande instance d'avérer ledit «• sasinement, ne se voulant fier à la diligence que luy-mesmes en faisoit, le sieur de Lan;? luy manda que, outre ses premières plaintes « prinse ou assassuiement dudit César Frégose et autres, il avoit entendu qu'un pacte venant» Venise au roy son maistre, et un autre de S» Majesté allant à Venise, avoient esté destrousses sur le chemin en la jurisdiction impàiaie, ptf gens vestus à sa devise, qui estoit directement contrevenu à la trefve, et que, pour ceste occasion, luy prioit qu'encores que le destroass^ ment n'eust esté faict par son sceu, de hf ^ faire raison.

Devant la response du marquis^ *rri^ ^ comte de Landrian , retournant de devers le roy? lequel apporta lettres dudit seigneur audit marquis, par lesquels luy mandoit avoir entendO' par la bouche dp comte de (^andrian, ce fi' luy avoit mandé ; et que, pour l'avoir tousjoon

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