LIVRE IX
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rend difficile l'entreprinse contre les infidèles, qui contre Jésus-Christ mesmes prend les armes, si, comme conclud le marquis, celuy les y prend qui entretient la guerre contre les cbrestiens ?
« Vous m'advourez, très révérends et très illustres princes, si celuy qui renouveUe la cause de la guerre la suscite, si celuy qui la suscite empesche et rend difficile l'exécution de la guerre contre les infidèles, que celuy doncques empesche et rend ceste exécution difficile, qui a renouvelé la cause de la guerre entre les cbrestiens. Aussi m'advouere;&-vou8, si la cause de ce renouvellement procède (ce qu'elle faict) de l'outrage faict au roy en la personne de ses ambassadeurs, inhumainement, et contre le devoir des gens assassinés et meurtris, si ceux qui les ont assassinés et meurtris sont gens de l'empereur, que ceux doncques sont à l'empereur qui ont donné cause et commencement de renouvellement de guerre. Encores m'advouerez-vous que celuy advoue l'outrage, qui peult et ne chastie ses gens quand ils l'ont faict, que qui advoue l'outrage faict l'outrage, et que celuy doncques a faict l'outrage qui, quand par ses gens a esté faict, l'a peu et ne l'a chastié. Tant y a que l'empereur a peu et n'a chastié l'outrage faict au roy en l'assassinement desdits ambassadeurs, l'empereur doncques advoue cest outrage, l'empereur doncques a faict l'outrage, l'empereur doncques, en faisant cest outrage, est cause de renouveller la guerre, l'empereur doncques trouble la paix et union des cbrestiens, Tcmpereur doncques empesche et rend difficile ceste enprinse contre les infidèles; et, pour conclure, l'empereur, au dire et induction du marquis, prend les armes contre Jésus-Christ mesmes entretenant la guerre contre les cbrestiens.
« Vous voyez, messeigneurs, comme ces sillogismes et enthymemes procèdent, auprès des autres, rondement, selon la vraye raison dialectique; voyez comme ils subsistent et sont fermes et invincibles, parce qu'ils sont fondés sur vérité; quelle chose doncques réplicquera le marquis en cest endroict? S'il ne veult que, quand le roy aura receu de l'empereur un aussi grand outrage qu'oncques en fut faict à prince de sa qualité, il le doit toutesfoys endurer et supporter patiemment, si l'empereur après se vante de vouloir faire entreprinse contre les
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MÉMOIRES t)t
infidèles. Mais (ftA est, messeigneurs, plus infidèle que celuy qui n'a ny foy ny loy ; à qui ti*est rien sacrosaint, respect, nK>yenAant qu'il tayen Tienne quelque prouffit; qui tient loi8U)le tout ce qu'il luy plaist, qui ose tout ce qu'il e»^ time loisible, et qui, en tout ce qu'il ose, se targue toijtefoys contre la revenche, pour sTescrier à tout le monde qu'on le veult troubler et em^ pescber es sainctes entreprinses qu'il embrasse pour la foy ? Mais ne sçavons-nous pas bien, messeigneurs, que totitesses belles entrepfinseë, dont il s est eod ven et couvre, ne furent oncque^ ny ne ^ont pouf le différend de la religion, mais pour sa pore et particulière ambition, et pour accroistre sa propre domiiiation et tyrannie.
M Luy suffi t'il pas que, pour ne destoumerson entreprise de Tunis, le roy très chrestien posast les armes qu'il avoit prestes et en main, pour venger Poutrage à luy faict en la mort de Merveilles son ambassadeur? Quel fruict toutesfoys en parvint jamais à la cbrestienté? queUe augmentation à nostre fcy? je n'y en vols certainement pointt, s'il n'appelle augmantation à nostre foy d'avoir osté ce royaume-là des mains d'un macbométan, pour le bailler à un autre macbométan, et qu'en nostre religion soit Avantage qu'à Tunis il y ayt plustost un roy more qu'un turc. Si ceste patience du roy n'a semblé à l'empereur luy devoir suffire, au moins luy à deu suffire que ledit seigneur a enduré ce se-» cond outrage ainsi &ict à ses ambassadeurs, et plusieurs autres que je réserve à dire si l'on me contraint de passer outre. Et en a retardé la vengeance jusques après le retour du voyage d'Arger, ores qu'il ayt eu pendant ledit voyage, pour cause de l'absence, et depuis, à cause de la defiaicte de l'armée de l'empereur, une si belle commodité, tantde venger sansgrande résistance ledit outrage, comme de recouvrer l'ancien patrimoine de messeigneurs ses enAins, si longuement et injustement détenu et occupé.
« Et jusques à quand, messeigneurs, jusques à quand veult l'empereur abuser de ceste patience et longanimité du roy ? Veu^il que ledit seigneur attende à se ressentir de tant d'outrages et à recouvrer ce qui est sien, jusques à ce qu'il l'ayt gpolxè province à province de tout son royaume et patrimoine, continuant ce pendant à mesure qu'il aura desrobé quelque chose, à faire, pour empescher la revenche, semer et courir le bruit qu'il vcuH feire un
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voyage et entreprinse contre le Turc? Je db, messeigneurs, quil ne le doit bire, et qu'il doit non seulement résister à ceux qui ve nllem o^ cuper les flnages du peuple qui luy est conmis de Dieu, ains doit prendre les armes eoDiR eux au phislost, et au plus grand avantage que possible luy sera ; lequel avantage loy nsiltant si grand que plus ne pouvoit, de Foecvpation et distraction des forces de Pemperm en divers lieux, vous pouvez* messeigneon, clairement et évidemment cognoistre combîa sincèrement il vous a, par ses ambassadeoi adverty et conseiUé, comme cehy qtii i se particulières affections a tousjours propoié k bien universel de la cbrestienté, qrfcninpwnans ceste guerre contre le Turc, vous mm & bien poiser et considérer avant la mtio, i vous aviez tout ce qui est requis et nkmn à commencer et soustenir une telle foem,^ quelle pour tme seule battaille ou renoo&treiie peult estre finie.
« Ainsi pouvez-vous cognoistre combicnB»lignement le calomniateur de ce comel, fi s'est imposé le nom de Pbilaletée, voasit<* desguiser la bonne intention et le prada^^ sainct conseil dudit seigneur roy, doqalw* pouvez bien estimer que s'il eust Kcd friW Foccasion et facilité de sa victoire partiaite au bien de vos communes affaires (quifs^^ effet le fondement et soustien de l'Empire, et ii plus grande partie de la cbrestienté, coofflKlf* marquis autant véritablement que safl» p«ï» exclame par sa lettre, ainsi que si loy s^ ^'' voit trouvé, comme les enfans de la B^^ * gasteau), s'il n'eust, dis-je, prtféré le cofluw» bien à son particulier, que plustost il vometf^ éonseillé d'entrer à Festourdy en ceste eDti^ prinse, de laquelle particulièrement hhj^ sultoit l'occasion et facilité dé exéctiter b sienne. Mais il a, tnesseigneurs, dès 1^ «<*• mencement de son âge institué sa maiscv de vivre en estât chrestien et irréprébenslMCt ^' quel jusques au bout il veult persévérer. B ■ celuy veult comparoistre qui faiet telles of»* sons imprimer et pnbKer, et veult maiJW^ (ainsi que le marquis, par la conctasion «tfl'*' logue de sa lettre, entend à vous persaadffi que le roy vous desconseille ceste entrepHtff' de peur qu'avec augmentation de r^^ ^ pire l'ennemy de nostre foy soît ahais^» t^ laqueUe foy désire ledit miirquis cipâûdre «•
fjuif et rendre l'&me, j^ wpm ha/mf^^ m^wi*gn^urp, /tf qu9 ledit orateur êi qye ce giorieox B9i|v$«ka smrtyr trwverpnt prou d$ ^ryiteqr? €t subjectf dudit ieigo^ur roy, qui avec les armep leur ftOusliendron( qu'ils en ont faulcement et mescbamment menty , et autant de foys en aurout meoty, leoiniu^ de foys ils l'auront dit et Je diroutt
«U me déplaist, très révérends et très illustrer ^eigueurs, et vous supplie me vouloir excuser de ce qua les trop ex^eessives et outrageuses paroles proférées contre Le roy mon maistre m'ont forcé de venir jusques ^ ce poinet, auquel je mettrois fin h ma lettre, ne fust que par' le précédent discours yous avez peu cognoistre que ladite lettre du marquis me touche, d'autant que la plaipte qui a esté contre luy fajcte pe peult estre fondée que sur l'advi^ que j'ay donné audit seigneur roy, du progrès et &çon de cest Bs$Bmmmml l et que afferma ledit marquis que, outre ce qu'il en a dit, il offre de ^puveau à se justifier, ou par la voye civile ou par la ehevalere«#e, je ferois tort à mon honneur si sur cest article ne respondois; doncques, pour respandre, je dis, so^s le bon plaisir du roy ipon maisjtre, duquel j'espère qu'il me fera ceste grâce, <pie je suis très icontent, et accepte, pour donner plus grande lumière à la vérité, d'estre le chevalier qu'il appelle à venir sa justification par l'une ou par Tautre voye, et me trouvera prest à chacune sa requeste !et sommation /ifin qu'estapt par n^oy défendu le contraire die ce qu'il a dit, vous, mes^igneurs, et tous autres congnoissie^ comJ>i^n il ^'est eu son dire esloigné de la vérité. Et à tant je prieray Dieu» très révérends et très illustres princes, vous donner en parfaicte santé très longue et très beurease yie, et à|a ehre^tienté tel repos et consolation qu'il s$»it bim des aSbires d'icelle le requérir, r
Le roy, m voyaat hors 4'espéranee d'entre satts&ict de ces injures par autre voye que par ceUe qui h tout homme ne cognoi^saot supérieur esl permiie f^r le droict de^ geus, et m trouvant cimseil dmuestiqiHe py eisur^uger qui noo-seuleo^noit pe confortas^ spu opin^p/^, fmlM confieifia^ qu'ii estoit de viv^mept s'ep res^ieiitîr, A ee qu'il m luy fust par cy-après in^puté à faulteou de prudence, ou de oieur, làoù il en en auroit faict autrement, et que l'ombre 4'line j^èix palliée par son couvert §PAemy
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l'auroit aa^peiscbé de pr^r^ lee anne^ jugées nécessaires par tous seis amys, ^ I^ fin se résolu) d'y eptrer, estimant que quelque issue qu'U pleust à Dieu en envoyer ( au sainct vouloir du-r quel il 3'en remettott, et en luy mettoit /sonbou droict et espoir de ça (oause), si ne pourront Fentreprinse n'estre aussi louable que la patience vitupérable et honteuse. «^ Car demourapt un faict si détesUibie impuny, qui est celuy, disoitr il, qui ne m'estimera indigne de tenir le lieq qu'avec si grande dignité mes prédécesseur^ ont acquiÇf gardé et maintenu? Qui est celui qui désormais au tant renommé port de ceste couronne voudra chercher reffuge contre leç griefves tempestes et oppressions des tyrans* comme tousjours il a esté par plusieurs roys et potentats aussi nécessairement cherché qu heureusement rencontré? Qu finablement, qui est celuy qui plus osera mettre l'espoir de son s^lut en la justice des roys de France, si eux-mesmes en leur propre faict se laissent opprimer par injustice ? Mais pourquoy yais-je cherchant exemple des choses e:|térieures et frivoles sur l'opinion d'estranga's, puisque de raisons do^ mestiques et familières je puis prendre le règlement de mon faict, laissant à p^ les incou* véniens de dehors, comme ayans leur pivot seulement assis sur honneur? et à Timitation d'un bcm père de famille et sage administrateur, attachons-nous à ce qui à honneur et uti-r lité ensemble touche. Si aujourd'huy je souffre que sans raison ny occasiop, par Fauctorité d^ celuy de qui moins je deyois attendre d'offpnc^, m'^yent ^té tués et meurtris $i bon* teusement et si audacieusement, contre tout droict divin t naturel et bumaiu* n^es serviteurs^ mais, ô Dieu I quels serviteurs? gens d'estat, de réputation et de majsou, ayans par leurs mérites acquis, Tun, degré bonueste entre les plua apparens gentil$homme^, Tautre, lieu émineni entre les gr^ds seigneurs, et estans receus eu fraternité des princes^ sans que^d^ leur mort je fasfe démonstratiou; si je laisse /lu temps seul e) ^ l'onbliapce des cbosi»i passées à faire Teffacei)^eutde leur sang ; fi, cuidant ensevelir leur infortune, je 1^ ressuscite ; jsi j'augmente leur x^lamité par ma honte, qui sera, d'^^y eu av^int, celuy qui pour donner yie à ceste monarchie mettra la sienne en danger? Certes il n'y aura nul qui, non seulement pour elle ne se refTuse à s'y pr^nter, uiais (^^i ne la ju^e ou mdi|UQ
qo'on la serve, ou moy que je la gouverne ; dont en brief à la répobiiqoe insidiée d'ennemys, desgamie d'amys, privée de bonnes et dévotieuses volontés, ne poarroient n'advenir les inconvéniens qui tousjours sont advenus à estats ou régis par mauvais administrateurs ou dépourveus de féal et amiable conseil.
« Les princes ont accoustumé d'estre blasraés, quand ils n'ont vengé la mort de ceux qu'alliance avoit mis en leur société ; combien plus ceux que nature avoit mis en leurseureté? Peu d'honneur ont acquis ceux qui ont sans résistance laissé démembrer une partie de Testât qui par leur ancestres leurs a esté laissé, encores moins ceux qui, sans en faire démonstration, ont laissé opprimer celuy, ou qui par nature, comme subject, ou par eslection, comme serviteur, est entré en leur sauvegarde. Car qui laisse occuper partie de sa province par autruy, quelquefoys la laisse occuper à aussi bon ou meilleur que soy ; dont advient qu'aucunes foys la mutation du seigneur est aux subjects non seulement bien tolérable, mais prouf[itable,car l'oppression ne leur peult jamais estre que mauvaise. Par quoy ne se peult nier plus n'estre àblasmer celuy qui, soubs son nom, laisse outrager les siens, que qui les souffre arracher de sa mafn, et violentement usurper par autruy . Estans doncques ces raisons si véritables, quelle vitupération auray-jc, ou, pour mieux dire, quelle n'auray-je point, si je me rends paresseux à maintenir les miens en seureté, qui tousjours ay esté si prompt à la tuition des autres? ou quelle honte me sera-ce de n'oser à ce coup exposer mes forces, pour garder le repos de mes hommes, si tant de foys j'ay osé exposer ma vie pour maintenir mes provinces ? Autresfoys je n'ay feinct, estant personne privée, à couvrir de ce corps la fuitte d'un peuple battu, chassé et espouvanté, n'osant lever les yeux contre deux princes, dont l'un estoit victorieux et puissant roy, l'autre assez belliqueux, combien que peu heureux empereur : estant aujourd'huy chef et roy de ce mesmes peuple, feindray-je à le couvrir de mes forces, mesmement contre les injures d'un seul qui jamais n'a iceluy peuple endommagé et moins estonné, souvent l'a essayé, jamais entamé, travaillé par cautelles, mais non parconquestes? Dois-je craindre à le garantir cncores ce coup de l'oppression de celuy que picçà je luy avois .
peu livrer entre les mains, si de tant de Ibys qu'il m'a si bravement provocqué ilm'e&eosl attendu une seule? Romme, Allemagne, Espagne en ont ou! ses braveries ; Yaiencienog et Provence ont veu et peu tesnioignerdegs fuittes.
«Voilà, disoit le roy, la résolution; aprè toutes disputes, laquelle embrasser utilité nous admoneste, honneur nous incite, nécessi< nous contraint ; car, quant à l'infractioD dont nos ennemys nous pourroient calomnier, suivant leur invétérée coustnme, je trouve ijw c'est chose à quoy j'ay suffisamment, si dire a peult, satisfaict envers Dieu, et puis diresoffisamment envers le monde; ainsi qu'il sen tousjours cogneu par bons jugement, etadfoa par bonnes et sainctes consciences; peoie doit-il ciialloir que les autres en ventait (fe ou penser. »»
A ces raisons s'estoient facilement acconlé tous ceux avecques lesquels, ou pour fiaoct de leur loyauté, ou par cognoissancedelam esprits, il avoit pieu au roy s'en résonldreiofi combien que les raisons contraires et tendutB à dissuasion eussent bien qudque appaRSi^ beauté ( pour estre gamyes , quant à ïm^ de ceste commune patience de paix, i^v^^ d'abondance de biens , d'entrecours de «tfchandise; quant au particulier, mesmes tt« qui touchoit les princes et plus éminents (pu Âissent en la compagnie, de plaisirs, dte neurs, de délices et triumphes, singulièwws^ en ce qui regardoit le chef, pour estre homnie, à vray dire, qui ne les dédaignoit en leur suson, et qui, demeurant en paix, comme te il estoit, les pouvoit jouir et avoir^en p grande abondance que nul autre ; venant i » guerre, en estoit en la pluspart privé, ^ ^ luy convenoit séquestrer pour quelque temP' et par avanture pour toute sa vie ) néanimoH^ ayans icelles raisons esté du commencemefli proposées, et après mises en parangon désastres, soudainement perdirent leur feuilleelco''leur, si conune, pour effacer pierres fcdscs, ou eust mis en jeu de fines et orientales. P»'*^ estoit demourée la chose sans dispute, *« J''' gement et approbation de chacun ; mais \^ eussent voulu aucuns, pour estre Fentrepri»* de tel poids, y mettre un peu de déiay, etmiew se fortifier, tant d'argent que d'amys, mesin« estant le roy recherclié d'aucuns princes et p