‹ Le loyal serviteur [pseud.] Chronique de Bayart.--Guillaume de Marillac. Vie du connétable de Bourbon.--Antoine de Laval. Continuation de Marillac.--Jacques Buonaparte. Sac de Rome in 1527.--R. de La Marck, sgr de Fleurange. Mémoires du jeune adventureux.--Louise de Savoye. Journal.--Martin et Guillaume du Bellay. MémoiresChapitre 39 sur 428 · CHAPITRE XXIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIL

Comment le bon chevalier combattit domp Alonce de Soto-

flayore et le talddiult.

Quant ce vhit le jour assigné du combat, ié sei^eur de la Palisse avec deux cents hommeS d'armes, car desjà avôîetit les deux combattans cést èCcord Pung à l'autre, amena son èhampiori sur le CÂmp, monté sur un bel et boil coursier, et vestu de blènc par humilité ; encores n'estoît point venu le seigneur Alonce. Si alla là Lime le hâster, auquel il demanda en qael estât estoit te ligueur de Bayart. n reèpoftdit qu'il estoit t cheval et en habillement d'homme d^armes. *« Comment! dist-il, c'est à moi â eslire les armes et à luy le camp. Trompette, va luy dire qtie je vèulx combattre à pied, f» Or, quelque hafdiessè que mbnstràst lé seigneur Alonce, ît éust bien voulu n'en estre pas Ventl si avant, car jamais n'eust pensé, veu là maladie qu'àvoit alors le bon chevalier, qu'il eust Jamais vôuk combattte à pied ; mais tjuant il Veit que desiâ estaient les choses prestes & vuyder ^ s'^lvisa ay

CHRONIQUE DE BAYART,

combattre pont beaucoup de raisons: l'une^ que à cheval en tout le monde on n'eust sceu trouver ung plus adroit gentilhomme que le bon chevalier^ Fautrey-que, pour la maladie quMl avoit, en seroit beaucoup plus foible ; et cela le mettoit en grant espoir de demourer vainqueur. La Lune revint vers le bon chevalier, auquel il dist: « Cappitaine, il y a bien des nouvelles; vostre homme dist à ceste heure qu'il veult combattre à pied et qu'il doit eslire les armes. » Aussi estoit-il vray ; mais toutesfois avoit desjà esté auparavant conclud que le combat seroit à cheval» en accoustrement d'homme d'armes ; mais par là sembloit advis que le seigneur domp Âlonce voulust fiiyr la lice. Quant icelluy bon chevalier eut escousté la trompette, demoura pensif ung bien peu, car le jour mesme avoit eu la fiebvre; néantmoins d'un courage lyonicque respondit : « La Lune, mon amy , allez le haster ; et luy dictes qu'il ne demourera pas pour cela qu'aujourd'huy ne répare mon honneur, aydant Dieu ; et si le combat ne luy plaist à pied, je le feray tout ainsi qu'il advisera. » Si fist cependant le bon chevalier dresser son camp, qui ne fut que de pierres grosses mises l'une près de l'autre ; et s'en vint mettre à l'ung des bouts, accompaigné de plusieurs bons, hardys et vailians cappitaines, comme les seigneurs de la Palisse, d'Oroze, d' Ymbercourt, de Fontrailles, le baron de Béam et plusieurs autres, lesquels tous pryoient Nostre Seigneur qu'il voulsist estre en ayde à leur champion. Quant La Lune fut retourné devers le seigneur Alonce et qu'il congneut qu'il n'y avoit plus de remède que pour son honneur ne viensist au combat, s'en vint très bien accompaigné, comme du marquis de Licite, de domp Diège de Quynoncs, lieutenant du grant cappitaine Gonzalle Ferrande, domp Pedro de Haldes, domp Francesque d'Altemere, et plusieurs autres qui l'accompaignèrent jusque sur camp, où, luy arrivé, envoya les armes au bon chevarier pour en avoir le choix, qui estoient d'ung estoc et d'ung poîgnart. Eulx armés de gorgerin et secrète, il ne s'amusa pointa choisir. Mais quant il eut ce qu'il luy falloit, ne fist autre dilation, ainspar ung des bouts fut mis dedans le camp par son compaignon Bellabre qu'il print pour son parrain, et le seigneur de la Palisse pour la garde du camp de son costé. Domp Alonce entra par l'autre bout, où le mist

son parrain domp Diego de Quynones, et poor la garde du camp de sa part fat domp Francesque d'Altemere. Quant tous deux furent entrés, le bon chevalier se mist à deux genoux et fist son oraison à Dieu, puis se coucha de s<»i long et baisa la terre, et m se relevant fist le signe de la croix, marchant droit à son ennemi, aussi assuré que s'il eust esté dans ung palais à dancer parmy les dames. Domp Alonce ne monstroit pas qu'il feust aussi die rien e^venté : ains venant de droit fil au bon chevalier luy dist ces parolles : « Segnor de Bayardo, que me quireii?» Lequel reqpondîst : <« Je veulx deffendre mon honneur. » Et sans plus de parolles se vont approdier. Et de venne se ruèrent cbascun ung merveilleux coup d'estoc, dont de celluy du bon chevalier fust ung peu blessé le seigneur Alonce au visaige en cou^ lant. Croyez que tous deux avoient bon pied et bon œil, et ne vouloient ruer coup qui feust perdu. Si jamais feurent veus en camp deux champions plus semUans preudhommes, croyes que non. Plusieurs coups se ruèrent l'ung sur l'autre sans eulx attaindre. Le bon chevalier, qui congneut incontinent la ruse de son «memy qui, incontinent ses coups rués, se couvroit du visaige, de sorte qu'il ne luy pouvoit porter dommage, s'advisa d'une finesse; c'est que, ainsi que domp Alonce leva le bras pour mer ung coup, le bon chevalier leva aussi le sien ; mais il tint l'estoc «i l'air sans gecter son coup ; et comme homme asseuré, quant celluy de son ennemy feust passé, et le peust choisir à descouvert, luy va donner ung si merveilleux coup dedans la gorge que, nonobstant la bonté du gorgerin, l'estoc entra dedans la gorge quatre bons doys, de sorte qu'il ne le povoit retirer. Domp Alonce se sentant fraj^ à mort laissa son estoc, et va saisira u corps le bon chevalier, qui le prist aussi comme par manière de luyte ; et se promenèrent si bien que tous deux tumbèrent à terre Tung près de l'autre. Le boa chevalier diligent et soubdain prend son poîgnart et le met dedans les naseaulx de son ^inemy, en luy escriant: « Rendez-vous, seigneur Alonce, ou vous estes mort. » Mais il n'avoit garde de parler, car de^à estoit passé. Alors son parrain, domp Diego de Quynones commencea à dire : Segnor Bayardo, yd es muerto % vencido aveis. Ce qui feust trouvé incont'ment ; car plus ne remua pied ne main.

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