LIVRE IX
Impériaux à un passage près Yilledestellon, dont estoil impossible de leur sauver, moyennant qu'on envoyast trois ou quatre cens chevaux entre CarmagnoUe et Yilledestellon, et nostre armée en teste, entre Yilledestellon et Quiers; car la nuict le marquis, craignant d'estre investy, se devoit retirer à Quiers, et que celuy qui donnoit Tadvertissement luymesmes les conduiroit. Ceparty, mis en conseil, fut approuvé, et fut ordonné qui iroit et en teste, et qui en queue ; mais la nuict venue, je ne sçay pourquoy ny pour quelle raison, on demoura. Seulement fut envoyé le capitaine Francisque Bernardin de Yimarca, avecques deux cens chevaux légers, pour les recognoistre, lequel trouva les choses ainsi qu'elles avoient esté mises en avant, et print sur leur queue plusieurs butins et bagages. Uentreprinse estoit indubitable, car les ennemys n'estoient que trois mille lansquenets et mille Espagnols, qui estoit leur force d'estrangers ; ainsi, deffaisant ceste trouppe, on pouvoit marcher en pays, parce qu'il ne demouroit au marquis que les Italiens, sans teste d'Allemans.
Finablement, le sieur de Langey, voyant qu'on ne vouloit exécuter ce dont il avoit tant travaillé et faict de si gros frais, tant à l'entretenement des hommes que pour la fourniture de ce qui y estoit nécessaire, considéra bien que le pareil luy seroit faict en autres choses ; à ces causes, pour la débilité de ses membres (car il estoit perclus à cause des longs travaux), avecques le congé du roy, partit de Turin en une littière pour venir devers luy , auquel il désiroit, avant que mourir, déclarer beaucoup de choses pour son service, qu'il ne vouloit mettre en la bouche d'autruy, craignant de Caire tort à ceux qui en luy s'estoient fiés ; mais il ne luy fut possible d'y parvenir, car, le neufviesme jour de janvier 1543, il trespassaà Sainct-Saphorin, sur le mont de Tarare, au grand regret de plusieurs gens de bien, de scavoiret d'expérience.
L'amiral d'Annebault, ayant failly d'exécuter telles entreprinses, alla loger à CarmagnoUe, d'où estoit deslogé l'ennemy, auquel lieu il eut nouvelles des sieurs d'Aussun et de Carses, lors estans à Savillan, que dedans Cony y avoit si peu d'hommes, que, s'il vouloit faire diligence de marcher pour l'investir, afin que se* cour^ n'y entrast, et amener artillerie pour faire
batterie, il ne failliroit de l'emporter de première venue, parce qu'il n'y avoit gens suffisamment pour soustenir un assault. Ayant cest advertissement, partit avecques quatre canons, laissant le sieur Martin du Bellay, gouverneur de Turin, lieutenant du roy deçà le Pau, pour pourveoir à tout , d'autant que les forces de l'ennemy estoient vers le pont d'Esture. Le lendemain, ledit du Bellay, ayant nouvelles que le régiment de Riquerog estoit arrivé à Ri vole, et qu'il leur falloit venir trouver le pont du Pau de Turin pour passer l'eaue ( car celuy de Carignan et de Montcallier estoient rompus), leur y feit préparer le logis et les vivres, espéraiit d'en tirer du service en passant chemin. Or, à trois milles de Turin, delà l'eaue, sur la montagne de Montferrat, y avoit trois ou quatre petites places, à sçavoir la tour de Sainct-Bony, Chatillon et Sainct-Raphaêl, qui portoient grand ennuy à Turin , d'autant qu'elles descouvroient tout ce qui en sortoit, de sorte qu'on ne pouvoit aller à Cazal, Bourbon, ny autres places que nous tenions au Montferrat (dont il nous venoit beaucoup de vivres, mesmes des vins), sans estre descouvert ; lesquelles places il avoit failly peu devant de surprendre, et, entre autres, le sieur de Malicome, du Maine, capitaine de gens de pied, y avoit esté estropié de tout un costé d'une arquebouzade. Ledit gouvernement délibéra, à la faveur d'iceux lansquenets, les emporter de force; par quoy feit mettre en ordre quatre canons avecques leur esquippage, et prendre des bœufs par la ville pour les conduire ; et au matin, feit partir de Turin, avecques lesdits Aliemans, une partie de la compagnie du sieur d'Annebault, celle de monsieur de Langey son frère, lequel estoit sur le chemin de France, où il mourut, comme ditest , et la sienne, avecques trois enseignes de François,delagamisonde Turin. Estans arrivés devant Sainct-Bony, fut plantée l'artillerie, de laquelle en peu d'heures fut faict un trou, auquel fut donné l'assault par les lansquenets, qui l'emportèrent de furie, et furent tous ceux de dedans tués, hormis le capitaine, qui fut pendu, pour avoir esté si outrageux de vouloir tenir une si meschante place devant le canon. Puis feit marcher à Chatillon, petite ville sur une montagne, qu'on ne peult battre, sinon d'une autre montagne opposite, mais il est impossible d'y mener artillerie sans engin
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ou force de bras, car les chevaux n'y peuvent monter. Lea lansquenets, qui avoient eu curée de ceux de Sainct-Bony, mirent la main à rœuvre, de telle façon qu'ils montèrent deux canons aussi aisément que si ce n'eust esté qu'un fftuoonneau. Les assiégés, lesquels estoient quatre cens hommes de guerre en fort bon esquippage, considérans le traittement qu'on avoit faiot à ceux de Sainct-Bony, aussi voyans ceste grosse armée de France venue à Timproviste, entrèrent en tel efTroy, que, sans laisser tirer I se rendirent, leurs bagages sauves, et sortirent quatre cens hommes, aussi bien armés et aussi bon visage de soldats qu'il y eust en Italie. S'ils eussent faict leur devoir, estant l'assiette telle, il y eust eu de l'honneur à les assaillir. Ceux de Sainct-Raphaél n'attendirent qu'on allast à eux, mais envoyèrent au* devant se rendre ; aussi fcirent deux ou trois autres petits forts, tous lesquels furent rasés, excepté la ville de Cbatillon, en laquelle fut mise garnison pour garder le passage, car elle estoit deffensable. Ce faict, il envoya passer les lansquenets à Montcallier, le long de la montagne, lesquels se rendirent le lendemain avec* ques monsieur l'amiral, qui marcboit à Cony.
Auquel lieu de Cony estant arrivé avecquet toute son armée, planta son artillerie au lieu qui luy fut dit estre ks plus débile \ mais on l'abusa, car c'estoit le mieux remparé. Et, après que la bresche fut faicte, on donna l'assault ; nos gens, arrivés sur le bault, U*ouvèrent un rempart derrière la brescbe, pourveu de bons hommes, de sorte qu'après avoir combattu une heure sur le hault da la brescbe, ils furent contraints de se retirer. Il y mourut des nostres beaucoup de gens de bien, entre autres le capitaine Bricotte, formant, son lieutenant et enseigne ; le comte Guillaume de Biendras, Montferratin, et son lieutenant; le lieutenant et enseigne du capitaine Sainct-Petre, Corse, et luy fort fouUé de coups de pierres ; Sainct-Estève, enseigne du capitaine Ca vagues; et plusieurs capitaines et ^fiseignes blessés. Estant retiré, deux cens che* vaox et sept ou huict cens hommes de pied envoyés par le marquis du Guast la nuict entrèrent en la ville par l'autre costé de la batterie. Le jour venu, monsieur l'amiral, ayant cûgnoissance de ce renfort, et voyant ses munitions d'artillerie Mlir, ordonna de se retirer ; Ofi disoit que, tlH eust mené josques à huict
canons et leur suitte, pour (aire defx batteries, afin de divertir les forces de dedans qui estoient petites, il y avoit apparence, ou qu'oa les m forcés, ou qu'ils se fussent rendus; car, asttit lantpar plusieurs endroiets, ilsn'estoiaatpoor respondre à tout ; mais ce ne fut le voaloirè Dieu. Sur la retraitte, le comte Maxiine-Antm et le sieur de Marville, lieutenans du seignev Martin du Bellay, et le capitaine Théode l^ daine, Albanois, rencontrèrent deux œos à^ vaux impériaux près de Bra , vis-à-yi» (k Quiéras, lesquels ils chargèrent et les deffirent, dont ils prindrent la pluspart. Voilà ce qw fat faict en ce voyage.
Le sieur d' Annebault , de retour à CamgnoUe, se voyant n'avoir moyen de faire nouvelles entreprinses, pour l'hyver qu'il avoit à dos, après avoir remis en l'obéissance duroy quelques petites places, comme ViUeoeQbt d'Ast, Poiring, Cambian et Rive de Qaiers,(|Qe les ennemys avoient abandonnées, roinpitsA armée, laissant le sieur de Bouttières, en m absence, lieutenant du roy en Piémont, et î Turin, le seigneur Martin du Bellay, priece d'Yvetot; pour gouverneur à Pignerol,lesia2r de Vassé; à Cbivaset Vorling, le sieur Ludone de Birague; à Savillan, le sieur de Termes; le reste de l'armée licencia, hormis deoi mille Suisses, soubs la, charge du sieur de Sainct^*^ lian, et feit retourner en France le eolooel Riquerog , a vecquesson régiment de lansquaseU^ pour estre employés aux Ueux queleroyordosneroit; et puis il partit pour retourner deven le roy, environ le premier jour de janvier, prenant le chemin du mont Ceny. ArrÎTant à la NouvaUixe, on luy feit entendre que la tourmente estoit sur la montagne ; ce nonobstant, on ne luy sceut dissuader de passer ce jour là, pensant corrompre le temps, contre l'opliûoB de tous les marrons, qui sont ceux qui cogpôtr sent las tourmentes de la montage, cooifflt font les mariniers celles de la mer; mais estant à my-chemin de la moatagne, entre la fetnat et la plaine de l*Hospitalet , U tourmente survint si extresme, que la pluspart de ceoxfù estoient en sa compagnie furent en baïaid d'estre péris, quelque bons guides ^^ eussent. Il s'en perdit bon nombre sûiibs lii neiges, et entre autres le seigneur de Carrooges, jeune homme de bonne maifoo ; aigres y ptf* dirent la veae, autres les pioda» et b phv
grand part depuis né furent en isanté ; semblablement plusieurs soldats alleuans et atitres, lesqd&ls, sotlÉ espérance qu'tin tel personnage que monsieur Fahilral ne s'estoit mis en chemin sans avoir consulté du passage, Tavoient suivy, qui Se perdirent. Quant àlUy, ayant gaigné la plaine, il demoura si perdii, lily et ses marrons qui le conduisoienti que, Sans des hommes qui estoietit dedans les tavernettes qui sont au hault de la plaine, lesquels sortirent à son secours, indubitablement il eust faict pareille fin que les autres. Le sieur deMaugiron, cognoissant la nature du pays, mesmes que la tourmente venoit , demoura à FHospitalet, au pied des eschelles, jusques à lendemain, ayant retiré quelques gentilshommes passahs par là, demy gelés , lesquels furent sauvés par son moyen. Ce danger procède à cause qti'à main droicte de ce passage^ montant de la Ferriëre pour venir à Lanebourg, y a une haulte montagne, et une autre à main gauche, qui font le chemin estroit, lequel est entre deux, et quand la tourmente se lève sur îcelles, vous verriez des pelottes de neige que le vent pousse coiltre bas, qui se font, estant amassées au hault de la montagne, fort petites (se monstrent-elles), maiSi avant qu'arriver au passage, se font aussi grosses qu'une montagne, tellement qu'elles périssent tout ce qui se trouvé en ce destroict en temps de toiirmenté; mesmes la |)laine est si couverte et les éhemins, que les propres guides s'y perdent, et mènent leur stiltte périr dedans les éâVains remplis de neiges. Ledit sieur amiral, eschappé de cesté fortune, arrivé qu'il fht à Lanebourg, au pied de deçà la moiltagne, print la poste, parce qu'il avdil eil notivélles du roy pour lé venir trouver en Chastelleraudais.
Lé roy, à son partement dé Montpellier, après qu'il etit retiré son camp de devant Perpignan, eût advertissement que les habitàns de la Rochelle s'estoient mtitinés, et avoient ikict quelque effort contre ses officiera de là gabelle ; passant pays pour se retirer vers Chastelleratid, et de là à Paris, les Vt)ulul chastier, et en ceste iiltention feit marcher en sa compacte te capitaine Ludovic, eolbnel d'un régiment dé lansquenets, qtii estoit celuy qu^avoit eu le comte de MansfeM, lequel s'estoit retiré en Allemagne. Maisarrivé qu'il fùtàlaRochelle, tous les babitans, non sans catise, eraignans