‹ Le loyal serviteur [pseud.] Chronique de Bayart.--Guillaume de Marillac. Vie du connétable de Bourbon.--Antoine de Laval. Continuation de Marillac.--Jacques Buonaparte. Sac de Rome in 1527.--R. de La Marck, sgr de Fleurange. Mémoires du jeune adventureux.--Louise de Savoye. Journal.--Martin et Guillaume du Bellay. MémoiresChapitre 391 sur 428 · LIVRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE IX

que Sa Majesté tisàst dé lA Mgbeur quMls Tnéri-* toient, (cherchèrent tous mbyenà de se réconéilier, et remettre du tout à sôtt obéissance. Et le premier jour de janvier s'assemblèrent au jardin de la maison où il avoit prins son logis^ pour luy demander publicquemént pardon de là rébellion attentée par eux en plusieurs voyei contraires à l'obéissance que le subject doit à son prince et souverain seigneur. Et le t^y es-* tant audit lieu, assis en son tribunal, et iceUx ayant les testes nues, les mains joinctes, et les larmes aux yeux, avecques ceux dés isles pn)* chaittes, foirent faire une requeste publicque, demandans miséricorde par l'advocat, à ce que l'on disoit, desdites isles, qtli pArla en ceste fa^ çon : * La malheureuse journée, lire, ei détestable à jamais, en laquelle, nous, vos très humbles et très obéissans subjects dé ceste vostre ville de la Rochelle et deS isles, avons esté tant délaissés dé bon Sens, de bon jugement et dé raison, qu'oubliant la douceur et bénignité de Vostre Majesté royale, les bienfaicts envers nous, et les mérites d'icelle, sommes tombés eà tel inconvénient, que d'avoir ôiilly à recognolstre l'obligation et le devoir que nous vons devons par les raisons dessusdites, et par tout droict tant divin qu'humain, ayanS commis chose, sire, par laquelle nous devons encourir vostre indignation, et perdre vostre bonne grâce, par nos meflktcts; de sorte que de tant est la foultc que nous confessons plus grande, que vostre humanité et bonté envers nous est plus éogneue et apparente ; dont là lïoulpé de ces pauvres misérables que Vbus voyei prosternés à vos pieds pour requérir vostre miséricorde, est (quant à nous et nostre péché) Indigne de là recouvrir. Mais quant à la grandeur et infinité de vos pitiés, ainsi que le roy psàlmiste David se éonfioit en la grandeur des miiséricordes de son àelgneur,nous avons espérance, sire, que vous entendrez la voix, et recevrez les confessions à merey de ceux lesquels présentement baisent les pieds du trosne de VoStre Majesté, vous suppliant très humblement, sire, âveô desplaîsîr au cueur de vous avoir ôfféhcé, et les larmes aux yeux, ne regarder du tout à ce meffaiét qui nous est advenu, pour raison duquel nous crions publicqUement à haute voix, et demandons vostre miséricorde : ains, sire, ayet, s'il vous plaist, esgard à vostre bonté et clémence accoustu*

mée. «* Et ainsi piteosement criant miséricorde, et se mettant à genoux, avecques une voix tremblante, piteuse et lamentable, assez long-temps iceluy advocat, comme continuant sa harangue, dist: M A la mal-heure, sire, nous nous sommes tant oubliés que de commettre chose qui nous ayt faict encourir vostre indignation, et perdre vostre bonne grâce et la réputation en laquelle par le passé nous avons esté tant envers vous que vos prédécesseurs roys, pour estre présentement spectacle à tout le monde de desloyauté et de désobéissance, pour laquelle, sire, nous vous supplions très humblement nous vouloir faire miséricorde.*» Et le peuple incontinent commença de rechef à crier miséricorde, jusques à ce que ceste voix piteuse tira les larmes des yeux des assistans et du roy mesmes, qui bien peu commença à respondre en ceste manière : « Je ne suis venu icy pour vous dire Fennuy que je receus, quand, moy estant empesché en personne et mes enfiams pour Taugmentation et tuition de mon honneur et démon royaume, les nouvelles me furent apportées de la misérable rébellion que présentement vous confessez , mais bien pour vous dire, mesamys(car amys vous puis-je appeller, maintenant que vous estes retournés à la recognoissance de ^ostre oQence), que le mal que vous avez faict, quand vous avez oublié (comme vous-mesmes confessez) Toflice et devoir de subjects envers vostre prince , est un crime si grand et si nécessaire à punir, qu'il ne pourroit estre plus, pour les inconvéniens qui s'en ensuivent ; car tout estât de monarchie et de république bien institué ne consiste qu'en deux poincts, c'est à sçavoir, au juste commandement des princes et supérieurs, et en la loyale obéissance des subjects; ou si l'un des deux fault, c'est autant comme en la vie de l'homme la séparation du corps et de l'ame, laquelle vie dure tant seulement autant que l'ame commande et le corps obéist. Dieu me doint grâce de ne Caillir au commandement qu'il m'a donné sur vous, et lequel je tiens et recognois de lu^, comme chose de laquelle il me fault rendre compte ; et, combien qu'en ce commandement soit comprise la punition de la désobéissance, en laquelle je n'ay faulte d'exemples, tant vieux que nouveaux, que je puis suivre pour l'exécution de justice aspre et rigoureuse qui a souv(;n(efois esté nécessaire pour remédier à l'in-

solence d'un peuple, il me semble toutesfoys n'estre moins raisonnable et convenable à m prince (mesmement qui en toute sa vie a eo ce propos de préférer tousjours miséricorde à sévérité et rigueur de justice ) de recevoir, après la confession de la coulpe, son peuple se repentant et demandant pardon, qu'il est droictft équitable au peuple d'obéir et garder la foyi son prince, qui use plus de démence qoe de justice. Je scay bien que la pitié et misériconle enseignée par nostre Seigneur Jésos-Chrisl preschée par ses disciples et apostres et manifestée par tout le monde, pourroit non senkment non corriger, mais aussi corrompit œ peuple de mauvaise volonté; mais je scay los que vous êtes enfans de si bons pères, àesfpà la fidélité a esté expérimentée par tant de dos prédécesseurs , et vous-mesmes josqnes icy m'avez esté si bons et si loyaux subjects, q» j'ayme trop mieux oublier ce meffaict récotet nouveau, que vos vieils et anciens bieDiaicts,A aussi peut convient à vos coustumes précédeDtfi de désobéir, comme à ma nature de ne ît)« pardonner ceste ofTence présente. Fassent ks autres et exercent rigoureusement leur puissance ; je seray tousjours, tant qu'il me sera possible, pour la pitié et miséricorde, txnt^ ray jamais volontairement âmes subjects ce(p( l'empereur a faict aux Gantois, pour moinibe ofTence que la vostre, dont il a mainteoaoti's mains sanglantes, et je les ay, la mercy ^ Dieu, encores sans aucune teincture de sio^ démon peuple; aussi a-il, avec l'effosioD <it sang des siens, la perdition de tant de tcstfseï de tant d'ames, perdu semblablement lesîth lontés et les cueurs. Et j'espère que ma mismcorde et clémence confemiera vos coonp^ en sorte que, de bons et loyaux subjects qot vous avez tousjours esté par le passé, pour Fuivenir serez encores meilleurs. Etjevouspn« oublier ceste offence qui est survenue, eldeoa part il ne m'en souviendra jour de ma vie ; «mîs aussi je vous prie qu'il vous souvienne tantseelement d'estre tels que vous avez esté parcydevant, et Dieu me doint grâce de faireen«J5 vous encores mieux que je n'ay faict. Quant » l'offence et à l'inconvénient qui vous est n* guères advenu, Dieu nostre Seigneur et créiteur le vous vueille pardonner; quant à ce f me touche, je vous remets tant le criminel î* le civil totalement, et voi?s pardonne sans ci

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eepter aucune chose, moyennant ce qu'avez accordé, que j'estime toutesfoys beaucoup moins que vos cueurs repentans, scachant très bien que le bien du prince gist en la loyauté des cueurs de ses subjects plus qu'en autre chose. »» Et à ceste parole le peuple commença à crier Vive le roy! priant nostre Seigneur luy donner bonne vie et longue, et continuant tousjours, jusques à ce que le roy dist davantage : « Je veux que tous les prisonniers soient délivrés présentement, et que les clefe de vostre ville vous soient rendues, et vos armes, et que les garnisons de gens, tant à pied qu'à cheval, s'en aillent, et que vous soyez réintégrés et restitués totalement en ma grâce, en vostre liberté et vos privilèges, et veux aujourd'huy demeurer en vostre garde ; et , pour la resjouissance Bt congratulation, je veux que vous sonniez vos cloches, tiriez vostre artillerie, fassiez feu de joye, en rendant grâces à Dieu, et vous et moy , pour ceste bonne estraine.»» Et telle fut la fin de l'oraison du roy, avecques larmes, tesmoignant sa bonne affection et charité envers son peuple. Après la fin de ceste harengue, la voix du peuple, reconforté et resjouy merveilleusement, ï'esleva tout en un coup, et cria soudainement, în invoquant nostre Seigneur, le suppliant pour a longue vie, santé et prospérité du roy, lejuel, en cest acte ainsi qu'en plusieurs autres, aissa suffisant tesmoignage de la clémence et )onté dont il a tousjours usé aussi souvent ;omme l'occasion y a esté disposée.

Au mesmes temps, messire Martin du Bellay, gouverneur de Turin, ayant eu nouvelles du respas du sieur de Langey , son frère, demanda ;ongéau roy, pour se retirer en France et pour- ^eoir à ses affaires ( car il estoit mort endebté le trois cens mille livres ); toutesfoys ce ne fut ians mettre en seureté la ville de Turin de plulieurs praticques que l'ennemy avoit dessus. L'une desquelles estoit, qu'environ trois mois lu précédent, le juge de Turin, natif de Quiers, uy avoit porté paroles que, lors que ladite *^ille de Quiers avoit esté prinse par le marquis lu Guast ( estant dedans le chevalier Assal, linsi que cy -devant avez entendu ), ledit mardis l'avoit enhorté que, se retirant à Turin, et (u'il eust moyen de luy faire service, il le re- :ognoistroit, ainsi que l'empereur avoit accousumé de rémunérer ses serviteurs : disant pour lonclusion audit gouverneur, qu'il avoit moyen XVI' SIÈCLE, Chron. et Méin.

de luy faire un grand service, car il en voy croit devers ledit marquis pour luy faire entendre qu'estant parvenu à cest estât de juge de Turin ( comme il estoit ), il auroit moyen de luy mettre la ville entre les mains ; et, par ce moyen, ledit gouverneur, estant adverty du temps et heure que le marquis viendroit, pourroit audit marquis apprester une amorce, et le prendre, et tailler en pièces tout ce qui seroit en sa compagnie. Le gouverneur, ayant ouy ceste induction, voulut encores par autres moyens plus amplement cognoistre la fantaisie du juge ; par quoy luy feit entendre qu'il la trouvoit bonne, mais il falloit temporiser pour quelque raison, et que, sur sa vie, il n'eust à passer plus outre sans son exprès commandement.

Or est-il que de long temps le gouverneur avoit souspeçon sur ledit juge, parce que, dès le temps du sieur de Montejean, iceluy Montejean eut opinion, durant la trefve, d'avoir de sa part im ambassadeur à Milan, près du marquis du Guast, et y envoya l'un des sieurs de la Mole, de Provence ; le marquis luy envoya à Turin le maistre de camp de la tierce de Lombardie, un Espagnol autant subtil et advisé qu'il fust en Italie, lequel demanda à loger en la maison dudit juge, qui avoit trois filles, courtisanes des plus magnifiques du pays. Ledit maistre de camp faisoit despence ordinairement de cent ou six vingts livres par jour, chez lequel se retiroient coustumièrement les soldats, spécialement les Navarrois et Basques ; chose qui tousjours depuis avoit rendu suspect le juge audit gouverneur, craignant qu'il fust corrompu à cause de sa pauvreté ; par quoy il mist sur tous les passages gens pour surprendre lettres qui se porteroient à Quiers, où estoit le marquis. Finablement, un marchand de Turin, nommé Luquin Bergue, que le gouverneur avoit adverty, s'asseurant de sa fidélité, feit surprendre un garson portant lettres dudit juge, par lesquelles il mandoit au marquis que l'heure estoit venue qu'il luy pourroit livrer la ville de Turin, car, estant mort le sieur de Langey, ils ne dévoient plus eslre en doubte d'estre descouverts ; et qu'il eust à luy envoyer un sien fidèle transvesty, qui passeroit sur le pont du Pau, avecques deux ou trois jumens chargées de vin, lequel, ayant passé le pont, prendroit le chemin à la main gauche, venant chercher la porte du palais qui tire à la Douaire ; et, si on luy de-

dague sous une robe de toile, au premier pont, les porliers leur demandent : «« D'où vient ce foin?»» Ils dirent : «DeLigny,»» et monstrèrent leur sauf-conduit du sieur de Boutlières; à ceste occasion, on les laissa passer. Estant le chariot arrivé devant le logis du capitaine Raimonet , qui avoit la garde de la porte avecques sa bande, nn ject de pierre dedans la ville, le capitaine Raimonet demanda à acheter le foin; le bouvier luy feit bien cher, espérant le conduire jusques à la place. Quoy voyant, ledit Raimonet commanda à son lieutenant, le capitaine Pcrrichon, qu'il eust à donner d'une corcesque dedans ledit foin , parce que le gouverneur, au partir, leur avoit faict ceste ordonnance , de laquelle il se souvint ; ce qu'il feit, et la retira toute sanglante. Soudain les deux costés de la cage tombèrent, servans de ponts à ceux qui estoient dedans pour descendre. Sortant, le premier donna un coup d'espée dedans le corps au capitaine Raimonet, et luy couppa un doigt : Raimonet le saisit au corps, et à coups de dague le tua ; les autres donnèrent droict à la place. Cependant, les autres quatre chariots, voyant leurs compagnons descouverts, se jettèrent dehors, et forcèrent la garde de la porte, tellement qu'ils leur feirent abandonner leur garde, et en furent seigneurs et maistres, ensemble de leurs armes estans aux râteliers. Sans point de faulte, si ceux qui estoient au moulin de la Sye eussent faict leur devoir de diligenter, la ville estoit perdue, sans espérance d'y résister. Or, y avoit-il ordinairement un esquadre, tant de nuict que de jour, à la garde de la place ; de fortune, ce jour-là il touchoit au capitaine Salvateur d'Aguerre, lequel, oyant l'alarme à la porte et crier Savoy e ! tourna la teste droict auditlieu avecques son esquadre ; si qu'il rencontra, au droict de l'hostcllerie de la couronne, les cinq soldats qui estoient eschappés du premier chariot, qui jà estoient au combat ; mais, les ayant mis en fuitte, suivit tousjours son entreprinse de gaigner la porte. Pendant ce combat , un mareschal de la ville, qui se tenoit près la porte, estant bien ad visé, monta dessus icelle porte , et , avecques son gros marteau , feit tomber la sarasine qui estoit attachée d'une chesne , mais, à cause de la rouille, ne pouvoit descendre; toutesfoys, à force, rompit la chesne, et tomba la herse, qui osta le moyen aux Impériaux, qui jà estoient mille ou douze cens sur

le bord du premier pont, de pouvoir entrer. Sor ces entrefaictes, y arrivèrent les sieurs de Mtières et de Monnin, et quant et quant fat famée la porte, où fut enfermé, entre la herse « ladite porte, un Espagnol. Il n'y a point de doubte que, si ceux qui avoient à conduire ks chariots en eussent versé un dedans U porte, on seulement dételé les bœuis, la ville estoilpetdv; car on n'eust peu ny abattre la herse ny fem» la porte, et desjà leur armée estoit sor lebd du premier pont , quand la herse tomba, (ise de Naples, voyant avoir falHy à son dessm, se relira avecques peu de perte, honnis le lieifr nant, qui fut tué d'un coup d'artillerie, et cm qui estoient sortis des charettes, encores m partie se sauva , car , estant la berse tnf courte, aucuns repassèrent par dessous, qs eschappèrent. Tel fut le progrès et Tissuc de ceste entreprinse ; après, le sieur de Boottière. regardant sa lettre, reçue la nuict, trouva (p c'csloit Tadvertissement qu'on luy en avoit eovoyé, mais ne l'avoit encore veu, au moins bj avoit-il pourveu.

Peu de temps après Pasques 1543, iertij, estant adverty que sa ville de ThérooenDe es^ toit mal pourveue de vivres, manda à moosegneur Antoine, duc de Vendosmois,quiesî<Ht son lieutenant général en Picardie, d'assemUff son armée pour la renvitailler : lequel à ce^ occasion mist tel ordre, qu'au commeDcenfl^ d'avril se trouva l'armée ensemble près de Bédin, dans laquelle estoient monsieur FraDcob de Lorraine, duc d'Aumalle, (ils aisné do (te de Guise ; monsieur de Nevers. le mareschal (fe Biez, le seigneur de Lorges, colonel des légiofr naires ; le régiment d'Allemans du capitaine Ludovic, et environ le nombre de cinqoQ ^ cens hommes d'armes et six cens chevaux fcgers. Partant dudit lieu, alla camper à Gownay, qui est un village au-deçà de la forest^^ Foucamberge, lieu fort à propos pour to conduire les vivres en son camp, venans* Ilédin, sans troubler ravitaillement de la viD^^ qui venoit de Montreul ; et estoit icelajcaœf si bien ordonné, qu'il estoit malaisé à ïeoDm) de coupper les vivres, ny d'un costé ny d*aoirfaudit lieu séjourna douze ou quinze jours, (b* rant lesquels il mit dedans Tliérouenne ceip estoit nécessaire.

Pendant ce temps , monsieur d'AumaB^; jeune prince de grande volonté, désirant ^f

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