‹ Le loyal serviteur [pseud.] Chronique de Bayart.--Guillaume de Marillac. Vie du connétable de Bourbon.--Antoine de Laval. Continuation de Marillac.--Jacques Buonaparte. Sac de Rome in 1527.--R. de La Marck, sgr de Fleurange. Mémoires du jeune adventureux.--Louise de Savoye. Journal.--Martin et Guillaume du Bellay. MémoiresChapitre 392 sur 428 · LIVRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE IX

les ennemys, s'en alla à Tbérouenne avecques environ cent chevaux de gentilshommes volontaires, qui raccompagnèrent pour leur plaisir, ayant en sa compagnie le sieur de Laval . le sieur de Sainct -André, le sieur de Dampierre , le sieur de la Chasteigneraye, et autre bon nombre de jeunesse de la nourriture de monseigneur le dauphin. Estant audit lieu , alloit de jour en autre à la guerre, accompagné du sieur d'Âiguilly, lieutenant de la compagnie du sieur de Villebon, gouverneur de Tbérouenne, avecques sa compagnie de cinquante hommes d'armes, de sorte qu'il se faisoit ordinairement, tant devant Aire que Sainct-Omer , de belles entreprinses. Entre autres, un jour, estant sorti le seigneur d'Aumalle, et, en sa compagnie, outre les dessus nommés, le sieur d'Escars avecques les deux cens chevaux légers de sa charge, après avoir esté long-temps à l'escarmouche devant Aire , pour trouver moyen d'attirer les ennemys au combat, voyans qu'il estoit tard , et qu'il n'y a voit apparence qu'ils voulsissent sortir , se mirent à la retraitte par le chemin qui vient de Bonny et de Hédin; et demoura ledit seigneur d'Aumalle sur la queue , espérant que ceux de la ville sortiroient sur sa retraitte, et que, par ce moyen, feroit quelque faict d'armes ; mais , estant sur le chemin pour se retirer à Tbérouenne, Falarme se donna environ de quatre cens chevaux des ennemys , qui venoient de rebourser le chemin entre Hédin et nostre camp,espérans rompre nos vivres. Monseigneur d'Aumalle cognent bien que le nombre des ennemys estoit beaucoup plus grand que le sien ; mais , se confiant à la vertu des siens , délibéra de combattre , et , pour autant que c'estoit force aux ennemys de se retirer par un pont prochain , les y attendit , et y feit une charge brusque et furieuse , en laquelle furent portés par terre bon nombre de gens de cheval des ennemys. Si ert-ce qu'ils passèrent ledit pont pesle-mesie, monseigneur d'Aumalle et sa compagnie, parce que la force estoit leur; mais aussi ne fut-ce sans grande perte des ennemys, car tousjours furent chargés par monseigneur d^Aumalle, jusques aux portes d'Aire, dont luy et les siens revindrent plus sanglans du sang des ennemys et de leurs chevaux que du leur, et amenèrent jusques à cent hommes de cheval prisonniers dedans Tbérouenne. La cause qui fcit retirer lec|it seigneur d'Aumalle , fat qu'il

estoit sorti grosse trouppe de gens de pied d'Aire, pour luy coupper chemin au pont par où il falloit qu'ik feissent leur retraitte , et sans cela il eust faict plus grand effort.

Le vingt- cinquiesme jour d'avril de ladite année 1543, monseigneur de Vendosme dépescha devers le roy, qui estoit à Sainct-Germainen-Laye, pour luy faire entendre que le payement de son armée failloit à la fin d'iceluy mois d'avril, et que, s'il luy plaisoit envoyer encores de quoy la soudoyer un mois, il avoit moyen (estant le pays de l'empereur dépourveu d'hommes) conquérir quelque ville de sa frontière , mesmement la ville et le chasteau de Bapaume. Le roy , qui, environ sur la fin de may , vouloit en personne marcher en campagne, comme vous orrez cy-après , ne voulut qu'il passast outre, ayant crainte de rompre son entreprinse. L'occasion pour laquelle la frontière d'Artois et Hénault estoit si despourveue, c'estoit à cause que le duc de Clèves faisoit la guerre au pays de Brabant , et desjà avoit prins deux ou trois places sur l'empereur, par quoy il avoit tourné toutes leurs forces pour luy faire teste.

Entre tant qu'on alla devers le roy sçavoir son intention et luy faire entendre le deffault de paiement, monseigneur de Vendosme, adverty d'une place , laquelle faisoit grand ennuy au pays du roy, nommée Lillers, entre Bétune et Aire, à l'entrée des marais, délibéra d'employer le reste du payement de son armée à la lever des mains de l'ennemy; puis, estant arrivé devant , commença les approches. Ceux de dedans , qui estoient cinq cens hommes de pied et deux cens chevaux , d'arrivée firent bonne mine , mais la fin ne fut telle que le commencement; car, après la bresche faicte, voyans nos gens se préparer pour l'assault , demandèrent composition ; laquelle leur fust accordée , et après plusieurs parlemens , sortirent leurs bagues sauves, remettans la ville entre les mains de mondit sieur de Vendosme; chose qui vint bien à propos , car le feu s'estoit mis en nos amonitions , en manière qu'à peine avoit-on peu retirer nostre artillerie, que les afiusts ne fussent bruslés. Aussi monsieur d'Aumalle, jeune prince d'insigne volonté, estoit prest pour aller luy-mesmes à l'assault, et le duc de Vendosme, ne l'en pouvant dissuader, s'estoit aussi préparé pour y aller, encores qu'il fust lieutenant du roy, dont n'en pouvoit qu'advenir in^

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convénient , là où Ton d'eux , oa tons deox (comme il pouvoit estre vraysemblaUe), 7 fassent demotirés, d'autant qu'ils eussent voulu faire la poincte.

La ville estant rendue, y fut mis le feu, et les portes abattues pour la rendre inutile à l'en-^ nemy ; et, après avoir rasé plusieurs petits chasteaut» tant aux environs de Thérouenne, de Sainct-Omer» d^Aire, que de Bétune, s'ache^ mina le camp pour là retraitte» attendant des

notivelles du roy, en lien dont en un jour il M peust retirer et licencier rarmée, ou mard» en pays, selon qu'il seroit recommandé. Pour ceste commodité, fut ad visé de se retirer k Fervens, sur la rivière de Cancbe auquel liea iiseorent nouvelles du roy, lequel leur maxHb de mettre Farmée dedans les garnisons sânsrios licencier, hormis les légionnaires, lesquels») peu de temps on pourroit rassembler; chose qui fbt exécutée.

DIXÏESME LIVRE.

Vannée ensuyvant, le roy fcit la guerre en Bënault, gaste le terroa?r d*Avennés, et destrtiit quelques forts et chasteanx. Monsieur de Vendosme prend Bapaume, satis lé fthasteau. Landrecjr^ que les Bourguignons abandonnèrent, fbt troufé commode pour estre fortifii^; à ceste câuse^ le roy, pour en favoriser la fortiflcation^ tient longuement un camp à Marolles; ce pendant Maubeuge et Emery sont prinses par monsieur le dauphin Henry; mais il 61b Jt à prendre Bains^ pour n'avoir moyen d'y camper plus de deux jours. Monsieur d'Enguien perd quatre galères, cuidant prendre le chasteau de Mice, abusd de ce que le sieur de Grignan, gouverneur de Marseille, y pensoit avoir intdiigence. Monsieur d'Orléans prend pour la seconde fois Arlon et Luxembourg. Peu de temps après, estant à peine fortifit' Landrecy, Pempereur Passiëge, le deffendans la Lande et d'Hessé. Le prince de Melphe avitaille Luxembourg à grande difficulté. Landrecy est refreschi de gens et de vivres, à la faveur de l'armée du roy, qui y estoit en personne, lequel se retire après *, l'empereur le suit quelque peu, puis lève le siège, et bastit une citadelle k Cambray, pour l'opposer k Landrecy» Barberosse prend la ville dt Nice, assiège pour néant le chasteau, et le marquis du Guast, venant au seoDors* prend Nontdeviset Carignan qu'il fortifie. Le sieur de Bouttières, lieutenant pour le rey en Piémont, prend $ainct*Ger main-, mais il est blasmé d'avoir laissé fortifier Carignaa sans l'empescher, pour l'importance dont il estoit à la campagne du Piémont. Le roy envoyé en son lieu monsieur d^Engiiien, qui prend Cresseiitin, Palezol et Desane, et assiège Carignan; le marquis du Guast le veult secourir, dont vint l'occasion de la battaille de Cerizolles, après laquelle Carignait et plusieurs villes en Piémont et Montferrat furent prinses par nos gens. L'empereur et le roy d'Angleterre, courroucés de ceste victoire, assaillent la France de deux parts. Le h>y d'Angleterre assiège Boulongtie, et la prend par la faulte du gouverneur. L'empereur prend Luxembourg, Ligny etSaintdisier, vient jusquesè Espernay, puis tourne vers Picardie, et accorde la paix au roy, le laissant en guerre avec l'Anglois^ contre lequel le roy tourne ses forces de mer et de terre. Monsieur le dauphin prend et perd en un moment la Basse-Bou longue; le fort d'Outreau se dresse pour arrester les courses des Anglois, qui sont deffaits par les nostres en plusieurs rencontres. L'amiral d' A nnebault, a vecques grand nombre de galères et navires, ne pouvant attirer sur mer les Anglois aucombat, pille leur coste. La paix se fait avecques le roy d'Angleterre, lequel, peu après. Va de vie à trespas; le roy François n'arreste guères à le »uyvre, et déiède à Hambouiiiet, 154T»

Desjà estoit la fin du mois de may 1543, que le roy, estant à Villiers^Costercts, ordonna de rassembler de toutes parts armée, pour se jeiter

en campagne, selon ce qu'il arresteroît en sott conseil. Les uns estoient d'ad vis qu'ildevoil marcher à Lillers, nouvellement prinse et brosiée

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par monseigneur de Vendosme, et la fortifier ; car il estoit aisé, parce qu'elle est en forte assiette, dos deu^i parts fermée d'un marais, et n'y a qu une advenue à fortifier du costé tendant à Pemes ; et quant et quant fortifier Sainct^ Tenant, qui est à deux lieues plus outre, sur la rivière du Lis, fort de nature, d'autant qu'il est en une isle triangulaire, environnée de toutes parts d'icelle rivière et de marais, laquelle on peult oster, de sorte qu'il n'y a ordre d'y arriver que par deux chaussées, et le tenant on pourroit courir librement tout le bas pays de Flandre, sans trouver ou ville ou passage qui fasse obstacle : puis à Sainct-Pol ou bien à Pemes faire un obasteau, pour asseurer le chemin à LillersaveeTbérouenne, qui est à quatre lieues de là, sur la main gauche, tirant de Pemes audit lieu, pour y mener vivres ; car tenant Thérouenne, Pemes et Lillers, et Hédin à la queue, le pays seroit suffisant pour s'avitailler sans le secours d'autruy.

Les autres disoient qu'estant la ville d'Avennes dégaray e d'hommes, à cause que la garnison estoit à la guerre contre le duc de Clèves, l'allant investir à l'improviste, avant que l'ennemy eust l'opportunité de la secourir, on la prendroit; sinon, on prendroit Landrecy, qu'on pourroit fortifier, et le chasteau d'Emery, et quelques autres, pour avoir entrée au pays de Uénault. Qui fut l'opinion à laquelle le roy s'arresta ; et dépescha l'amiral de Brion, mort à Paris, à ce qu'il prinst le droiet chemin, pour, en attendant son arrivée, clore ladite ville d'Avenues, et empescher qu'il n'y entrast secours. Et manda à monsieur de Yendosme de rassembler son armée vers Abbeville, et prendre son chemin à travers le pays de l'ennemy, pour vivre à ses dépens sans fouUer le sien, et le venir rencontrer au Cateau-Cambresis. Et par ce moyen il avoit l'armée que menoit l'amiral , en forme d'avant-garde , à sa main dextre, et celle de monseigneur de Yendosme à sa gauche, et luy estoit au milieu.

L'amiral ayant prins congé du roy à Yilliers-Costerets, alla coucher à Soissons, de là à Montcornet en Tiérasse, auquel lieu il assembla les forces qu'il devoit mener; de Montcornet alla camper à Estrée-au-Pont, sur la rivière d'Oyse ; duquel lieu, après avoir faict repaistre les chevaux, dès jour couché, fit partir le sieur de JLongo^val, avecqq^ cinquante bonunes

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