LIVRE X
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que SainctLaurens, lequel le lendemain fut renvoyé en eschange du lieutenant de Roquendoife. Leroy, de ce adverty, les contremanda de se retirer devers luy pour Tentreprinse de Luxembourg; mais, àvray dire, c'estoit craignant qu'ils n'en fissent encores de semblables ou plus mal, au moyen de quoy sa ville pourroit estre en hazard. Le roy, ce pendant, estoit autour de Reims, pour conclure du chemin plus expédient pour secourir le duc de Clèves. Toutes choses débattues, se trouva n'y avoir chemin plus expédient que d'assaillir le duché de Luxembourg, pour, par ce moyen, divertir les forces de l'empereur, ou, à tout le moins, ayant prins Luxembourg, d'avoir le passage plus &cile pour luy envoyer une armée à son secours. Et, pourceste£fect,dépescha le sieur de Longueval , et en sa compagnie, le sieur de Langey , le sieur de Dampierre et le sieur d'Escars, pour aller à Stenay, ville sur la Meuse, entre Verdun et Mouzon, à l'entrée dudit duché de Luxembourg, laquelle, depuis peu de temps, îl avoit eue du duc Antoine de Lorraine, en eschange d'autres terres, pour faire les préparatifs, tant vivres qu'autres choses, pour le passage de son arm6e. Ce que lesdits sieurs ayans exécuté, et bien entendu, par espies et autres advertissemens, en quel estât estoient les affaires de Luxembourg, ledit sieur de Langey retourna en poste devers le roy, lequel il trouva en un village à trois lieues de Reims. Auquel il feit entendre ce qu'ils avoient négocié, et aussi de la grand armée que l'empereur amenoit, tant d'Italie que d'Allemagne, laquelle estoit preste, ou pour marcher contre le duc de Clèves, otf (comme il estoit plus à conjecturer) pour secourir son pays de Luxembourg, s'il estoit assailly. Quelque récit que ledit seigneur de Langey eust faict au roy de ceste armée que menoit l'empereur, si est-ce qu'il ne se divertit de sa délibération, ayant déterminé que là où l'empereur marcheroit en pers<mne, aussi de s'y trouver pour le combattre en son pays, et tenter la fortune si ledit empereur auroit cest heur estant présent, comme il avoit eu par ses ministres. Et, au cas que sondit ennemy marchast, conclud aller à Sainct-Menehoult, place sur l'entrée du Luxembourg, pour y estre plustost joinct à son armée, ou pour devancer son ennemy. Aussi considéroit combien ce luy seroît grande réputation de lever de ses mains une
daché des pldâ ancteimes de ia cfaréstlente, demi il estoit sorty etnq empereart, la plospart des«quels ont audit lieu leurs sépultures, au cas que Tempereur, estant proche de là avecques toutes ses forées d'Espagne, d'Italie et d'Allemagne, ne osast entreprôidre de la venir secourir.
Pour ladite eiécittion, ledit seigneur ordonna monseigneur le duc d'Orléans, son fils puisné, et avecques luy, à raisonde sa jeunesse, pour la conduitte de son armée, l'amiral d' Annebault.
Estant donc le roy résolu de bire son entreprinse, il manda au prince de Melphe (lequel, à son retour de devant Landrecy, après l'avoir fortifiée, il avoit laissé son lieutenant général à Guise ) se retirer devers luy, prenant le chemin de Reims, avecques U gendarmerie, chevaux légers et gens de pied estans en sa compagnie. Et manda au duc de Vendosme, qui estoit, comme fay dit, en la basse Picardie, qu'il se retirast audit lieu de Guise avecques les forces qu'il avoit, tant de clieval que de pied, pour favoriser, en tout ce qu'il serait nécessaire, la ville de Landrecy. Le prii¥^ de Melphe , pour obéir au commandement du roy, d'autant que la plus grande part des chevaux légers estoient logés en deux villages par delà, en l'abbaye de Bonhourie, une lieue au-dessoubs de Guise, sur la rivière d'Oyse, tirant le chemin de Bohsine et de Landrecy, commanda au sei^ gneur de Brissac de les faire retirer à Guise, pour partir le lendemain tous ensemble à la poincte du jour. Le sieur de la Hunauldaye, capitaine de deux cens cbe . aux, et le capitaine Théode Bedaigne, Albaoois, ayant pareille charge, se trouvans bien logés, délibérèrent de coucher audit lieu, laiasans partir leursdits com^ pagnons, espérant déloger si matin qu'ils seroienl à Guise avant le deslogement du seigneur de Brissac, leur général. Mais de fortune les forces que l'empereur avoit en eeste frontière a'estoient assemblées ce jour -là, pour aller assaillir le chameau de Bohain, et, comme elles estoient sur leur chemin , le seigneur de Lieques, lieutenant de la compagnie du duc d'Arscot, fot adverty par ses espies que lesdites bandes de chevaux légers estoient demourées seules audit lieu, dressa entreprinse de les aller surprendre et deffaire; et, pour cest effect, tira des trouppcs impériales huict cens c hevaux e»lcus bourguignons, et deux cens anglois, et
MÉMOIRES Bfi Dtl BËLLAV,
quatre enseignes de geos de pied. Etait Bl^ ché, et voyant des^à le soleil levant, et angn de pied marcher trop lentement, priât ki<kvans avecques la cavalerie , se fnsant toivre par les gens de pied. Craignant arrîTer tuf tard sur le logis de nos chevaux légers, im arrivée assaUlit le logis du capitaine TWode Bedaigne, lequel ne voyant point degensde pied, et se voyant seulement sorprins de hca- Valérie, ferma la porte de son logis, et, p» dant le temps que les ennemys deseestreità pied et s'amusèrent à rompre la portfe Sm grange où il estoh logé, mit le bariois n le dos et monta à cheval, la hnoe ssr II cuisse, età la désespèrade sortit, estantliport rompue, et de fiirie donna peslemeale, de artt
qu'il ftralsa ce qu'il trouva devant hy^etc vînt joindre avecques sa trouppe, um i» mage, et avecques celte du seigneur de h Honanidaye, qui estoit à chevil. Ce pendait le seigneur d'Aché, ayant charge dedenem arquebouxiers à cheval, et Bertran de Foisf. seigneur de Crené, oyans Falamie, èstémhps à l'abbaye de Bonhourie, montèrent à chevilet forcèrent le pont que les ennemys gardoieDt, et vindrent au secours des chenaux légen,lrt' queb, voyans leurs secours, priodreateonr. de sorte que, avecques l'aide des arquetoo^ à cheval, repoulsèrent les ennemys. Eatam^ nue rabrme à Guise, le capitaine Théode Vines, qui estoit logé aux foutxbourgs de Gàs^ avecques deux cens chevaux légers, iwrti « cheval par le commandement du seîgDRff ^ Brissac, général de la cavalerie, pour Msioir ses compagnons, pendant que ledit seigaeorde Brissac ( d'autant que desjà ses ttmsn^ i^ toient adieminées le chemin de Marie) enprunta du prince de Melphe environ soixfflte chevaux pour suivre ledit Théode, pour sefoorir ses compagnons ; avecques laquelle troi^ passa l'eaue à Guise, par iefouxboarg, poors jetter entre les bois et la rivière, e$fiénsA qœ les ennemys, estans travaillés du ïoog d^u^ qu'ils avoient faîct, el leurs chevaux dAifti les trouvans en cest estât, leur poorroit toe recevoir une honte. Ayant faict un mille, ettfrivés sur un hault, fut adverty, par le <sï»taine Théode Bedaigne, q^ie les enaemyi ««f mençoient à bransler, penauis nostre tf»* estre toute sur leurs bras, par quoy il esk^if* spin de les chai^ derairt q^'ib e»*^ Wf
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LIVRÉ X
de te reeognoistre, ce qni fut faict; 'car »'es- | q^^ \^ village auquel estoîent les ennemy» es-
taBS rassemblées tootes ses trooppes ensemble^ fiireat chargés de telle vigueur, que leur cavalerie foi renversée sur leurs gens de pied , de sorte que tout s'en alla à vau-de-roupte, et forent suivis si cbauldement, qu*il en demoura sur la place trois cens de morts et six cens prisonniers, et les quatre enseignes de gens de pied {Nrinses, avecques deux cornettes de la cavalerie. Le reste de Tannée impériale, qui estpit allé assaillir Bohain, ayant eu nouvelles de ladite défàlcte, pensans que nostre armée fust toute ensemble, entrèrent en XA effroy que, sans parachever leur entreprinae, se retirèrent au Quesnoy-le-Ccmte.
Deqà estoit arrivée à Stenay une partie de Farmée, entre autres, monseigneur d'Aumalle, monseigneur le marquis du Haine, son frère; le seigneur de Longueval, le vicomte d'Estauges, le sieur de Dampierre, le sieur de Langey, le sieor d'Eacars, et quelque autre nombre de gendarmerie, jusques à troia cens hommes d-armes, et six ou buict cens chevaux légers, avecques le régiment de quatre mille lansqueneli du seigneur du Fresnay, et environ sqpt ou huict cens hommes de pied françois, att(»i* dans la venue du duc d'Orléans et de l'amiral d'Annebault, et du reste de l'armée. Ledit sieor de Longueval fot adverty que ceux qui dévoient entrer dedans Luxembourg (lesquek pouvoient e«tre trois mille hommes de pied et quatre cens chevaux ) estoîent logés à six lieuea dt ladite viHe de Sttnay, par-^ela les bois, en un grand village près de Saincte-Marie, au comté de Signy, lien malaisé à y condaîre «ne armée, auqud ils dévoient faire leurs monatccs et recevoir denicar^, pour, au partir de là, ae mettre dedans Luxembourg. Cela bien eonaidéré, avecques Tadvis des capitaines, fat ordonné de les y aller sorpiendre . Et pour cest eSfect, parlismes dudit Stenay avecques deux canons et deux longues coulevrines, afin que, si ksentitmys,noas sentans venir, se retiroient à Samete-Màrk et autres petits chasteaux des environs, on eost moyen de les forcer, ou bien an CM qu'ils ne s'y retirassent, les ruiner, à ce qno Fenncmy ne mist gens de cheval dedans, poor nous compre les vivœs quand nous serions devant Luxembourg.
toit à un quart de lieue delà les bols , en la plaine, sur un petit ruisseau , et un quart de lieue outre ledit village, pareillement y avoit un autre bois, pour obvier qu'ils ne s*y retirassent, fat ordonné le sieur d'Escars, avecques deux cens chevaux, pour marcher devant, et autres quatre censche vaux qui le dévoient suivre pour le soustenir, et puis trois cens hommes d'armes^avecques les lansquenets, marcheroient après, le plus tost que leur seroit possible. Semblablement luy fat ordonné, quand il seroitarrivéà la saillie du bois, qui pourroit estre au poînct du jour, qu'il donnerait à toutes brides dedans ledit village , pour les surprendre dedans leurs llcts , et les empescher de se jetter en battaille, pendant que monseigneur d'Aumalle, avecques lesdits quatre cens chevaux, le suivroît pour lesoustenif. Ledit sieur d'Escars , arrivant au bord du bois à l'heure qu'il estoit dit, dépescha le capitaine la Chappelle de Biron , avec trente sallades , pour donner à toutes brides dedans le village , et luy le devoit suivre aux talons. Ledit la Chappelle exécuta ceste charge , et trouva la pluspart des annemys, les uns sellans leurs chevaux, autres en chemise, effiroyés comme sont gens surprins en leurs logis, desqueb il deffeit quelques-uns. Mais les ennemys,le voyans n*estre suivy, se recogneurent, et, se remettans ensemble, le contraignirent de tenir bride ; ce pendant , ils sauvèrent leur bagage et l'argent de leur payement, et eux aussi se retirèrent sans grande perte, car les bois estoient prochains. Il est évident que, qui eust poursuivy aUisi qu'il estoit ordonné, et en la sorte qu'il s'offroit, on eust foiet grand service au roy, car on rompoit toutes les forces que Tempereur avoit deçà , et mesmes on saisissoH le payement desdits trois mHIe hommes de pied qui se devoit fiiire après disner. Monseigneur d' AuroaKe et monsieur de Longueval, voyans que ceste entreprinse avoît foilly, tournèrent leurs forces sur le chasteau de Saincte-Marie, lequel endura le canon. Mais il se rendit, avec plusieurs autres petites places circonvolsines, lesquelles forent toutes rasées , si que l'ennemy, pour ce voyage, ne s'en pouvoit prévaloir. Après ceste exécution , leKfits sieurs ae mirent à leur retraitte. repassans les bois ; mais à grande difliculté pourent retirer
Ayans marché josques à rentrée des boia, il i leur artillerie, car deux Jours et deux mricts la l^floit envinm demy-heiore de noiet, et, parce phiye neeessa, attendit mesmes <jpe le paysest
desoy fort enfondré, et qu'il y avoit grand nom bre de bois abattu qui empeschoit les chemins. Si est-ce qn'avecques grand travail nous vint* mes loger à Nostre-Dame d' Aneau, à deux lieues de Stenay et une de Montmédy, deçà les bois, laquelle ville de Monlmédy, ensemble celle d'Yvoy, estoient en Tobéissance du roy,dèsIa première conqueste que avoit faite monseigneur d'Orléans, et Danviller estoit abandonnée.
Audit lieu d'Aneau arriva monseigneur l'amiral , pensant venir à temps pour ladite entreprinse, un peu malcontent de ce qu'on y avoit esté sans luy ; mais il n'y avoit eu ordre de le surattendre, parce que Tennemy le lendemain en devoit desloger pour aller à Luxembourg. Après avoir séjourné un jour audit lieu, nous aUasmes loger àVireton, petite place du duché de Luxembourg, laquelle estoit abandonnée des ennemys : audit lieu se trouva monseigneur le duc d'Orléans. La nuict séquente , les mareschaux de camp deslogèrent pour prendre le chemin d' Arlon, et avecques eux , le seigneur de Brissac et toute la cavalerie légère. Arlon est, comme j'ay dit ailleurs, petite ville sur le hault d'une montagne, en assez forte assiette. Le sieur de Brissac , pendant qu'on faisoit l'assiette du camp, alla , en attendant l'artillerie , rinvestir , à ce que personne n'y peust entrer ou en sortir. Les soldats de dedans, qui pouvoient estre quatre cens hommes, n'attendirent l'arrivée de tout le camp, ains, voyans marcher l'artillerie de loin ( estant la pUce éminente ), demandèrent à parlementer, ce qui leur fut accordé. Lesquelsenfin sortirent leurs bagues sauves, et les citadins firent le serment de fidélité; et y fut laissé pour la garde , par monseigneur d'Orléans, un soldat, nommé le capitaine Tavemier, avecques cinq cens hommes de pied. Le lendemain, qui pou voit estre le dixiesme jour de septembre, nous partismes pour aller assiéger Luxembourg, et y arrivasmes environ les dix heures du matin. Dedans Luxembourg estoient quatre cens chevaux et aussi bon esquippage qu'il est possible; et, entre autres capitaines, y estoit Gilles de Levant, homme fort estimé par les Impériaux, et Jehan de Heu, Tun des seigneurs de Mets, et trois mille cinq cens hommes de pied, aussi bien armés et esquippés que j'en veis oncques.
Estant le duc d' Orléans arrivé devant Luxembourg, Alt logé près d'une église, en une pe-
tite vallée tirant le chemin dudit Luieinboarg au mont Sainct-Jehan, à la portée d'une coQi^ vrine [Hrès de la ville tellement que les boolets venans d'icelle ville, passoient pardessus son logis. Et avoit devant luy logé le régiment d'Allemans du capitaine Ludovic, et à sankiio droicte celuy du capitaine Fresnay , et sur la gauche les légionnaires de Normandie et de Champagne ; et estoient la gendarmerie ^ <kvaux légers campés aux lieux pkis avantageai, pour empescher l'entrée et saillie de la ville, couverts toutesfoys de gens de pied. Lassîettede Luxembourg est fort bizarre : la moitié delàquelle, tirant vers France, tient le hauU,el,i l'opposite , y a une poincte de roche, tendiot vers les bois , sur laquelle est assis lechastao fort antique et superbe des anciens dues et empereurs issus de Luxembourg. Au bas de la basse-court d'iceluy est une abhaye, en laquelle y a deux ou trois empereurs ent^rés en sépultures fort riches et magnifiques; parailement y est inhumé le roy de Bohème, qui mourut à la bataille de Cressy, estant venu au secwn du roy Philippe de «Valois , contre £dolIart•l^ Conquérant, roy d'Angleterre : le fib doquei roy de Bohème estoit empereur. A b b^ droicte dudit chasteau est la basse ville, à laquelle respondent trois grandes et profcoi» vallées où courent trois torrens. Et sont ces vallées en roches taillées, dont malaisément oo peut descendre à pied, sinon par quelques eodroicts; et par là se peuh de jour ai autre ineitre secours dedans la ville, sans le pouvoireiDpescher , car on y vient tout à couvert dej Ardennes. Qui fut cause que, dès la nuict qie nostre camp arriva, on feit diligenter les approches, et fut délibéré de faire deux batteries à une encoigneure de la haolte ville, à ianoi» dextre, du costé de France, en les travcrsurf l'une sur l'autre. De l'une desquelles batteries print la charge monseigneur d' Atimalle, et avecques luy le seigneur d'Assier, grand-maistrede Tartillerie ; de l'autre, le seigneur Pierre Strocr» gentilhomme Florentin, cousin du feu pqieClement, lequel nouvellement estoit venutfltalie, ayant amené trois cens soldats Toscans, toossignalés , ayans esté ou capitaine8,oo lieuteoii^ enseignes. Et estoioit armés de corseieCs dorf^ avecques chacun un cavalin viste et dispo^» ^ deux paris portans la picque, et la tierce ranpebouze, allans tousjours avecques les cov^i
et, s'il estoit besoin de combat ou d'assaillir un fort, ou garder un passage, ou le conquérir soudain, se mettoient à pied , et ne leur falloit nul sergent pour les mettre en battaille, parce que d'eux-mesmes chacun scavoit qu'il avoit à &îre, car ils avoient tous commandé.
Monseigneur d'Aumalle, ayant la principale bresche en sa charge avec ledit sieur d'Assier , fdt telle diligence qu'une heure avant le jour ses pièces furent en batterie , et pour recognoistre quelque endroict de la ville ( car il désiroit, si assault se donnoit, y aller) sortit hors de la trenchée, habillé de blanc, comme il avoit esté toute la nuict,pour estre cogneu des siens, à cause de l'obscurité ; mais soudain qu'il fut hors de ladite trenchée , fut descouvert de dessus la muraille, et frappé d'un mousquet ou arquebouzade à croq , qui luy percale dessus du col du pied, près de la cheville, dont on fut contraint le reporter au logis , et de là à Long-vie, cinq lieues au-deçà dudit Luxembourg , si fort blessé, que,sans le secours des chirurgiens du roy, et aussi du duc de Guise, son père, lequel vint le faire penser, il estoit en danger de mort, car le coup estoit fort dangereux , pour raison des neris et os qu'il avoit froissés.
Le jour venu, monsieur l'amiral d'Annebault, lequel avoit la charge de l'armée soubs monseigneur d'Orléans , et avoit esté toute la nuict aux trenchées , feit saluer la place de cinq ou six volées de canon. Mais après , ceux de dedans demandèrent à parlementer , et à quatre des principaux fut baillé sauf-conduit pour venir vers mondit seigneur d' Orléans. Enfin «plusieurs choses débattues d'une part et d'autre , fut accordé aux gens de guerre de leur en aller avec les armes et bagues sauves; quant aux citadins, ceux qui voudroient demeurer, faisans serment de fidélité , jouiroient de tous leurs biens meubles et immeubles , les autres pourroient aller seuremcnt où bon leur sembleroit. Environ deux heures après midy , les Impériaux sortirent de la ville, à sçavoir trois mille cinq cens hommes de pied et quatre cens chevaux , en fort bon esquippage, prenans lechemindeBastongneau comté de Signy. Audit Luxembourg fut mis le seigneur de Longueval en possession du gouvernement, et entra dedans sa compaignie de gens d'armes, et le seigneur de Fresnay, aveoques deux mille lansquenets, pour pour veoir à ce qu'elle ne fîist saccagée : les habitans demourè-
XVI' SIECLE, Chron. et Mém.
LÏVRE X.
rent la pluâpairt aveéqties leurs biens et franchises, hormis les présidens et conseillers du parlement, qui se retirèrent en la compagnie desdits gens de guerre impériaux.
Cela faict , monseigneur le duc d'Orléans assembla tous les capitaines en son logis, pour consulter de ce qui estoit à faire, considéré que tout le duché de Luxembourg estoit en l'obéissance du roy, hormis Thionville, petite ville forte sur la rivière de Moselle, quatre lieues au-dessoubs de Metz, leur proposant d'aller assaillir ladite ville. Ce dont les capitaines ne furent d'advis, alléguans qu'il y avoit danger que, s'allant attaquer audit Thionville ( estant l'hyver à dos), on n'eust ce pendant le moyen d'envitailler Luxembourg, si le roy avoit délibéré de la garder. Mais il fut conclud qu'il seroit envoyé devers ledit seigneur un gentilhomme, lequel luy remonstreroit les choses que l'on cognoissoit sur le lieu; c'estoit que malaisément ou pouvoit fortifier Luxembourg, à cause de l'assiette et des montagnes qui regardent la basse ville, et qu'il ne se trouvoit autre expédient que de retrencher la haulte ville d'avecques la basse, chose qui seroit longue et de grande despence ; et ores qu'elle seroit fortifiée, si estoit-il malaisé de l'envitailler; pareillement, estant envitaillée pour cinq ou six mois, que toutesfoys il falloit dresser une armée bonne et gaillanle, pour la renvitailler, s'il y avoit continuation de fçuerre ; qui ne seroit sans grands frais et onéreuse despence, d'autant que l'ennemy, ayant l'Allemagne à son cul, pouvoit en peu de temps (voyant ladite ville diminuée de vivres) jetter vingt mille Allemans devant, qui ne luy cousteroient qu'un escu pour homme ; quant au roy, partant seulement de sa frontière, luy falloit, pour le moins, sept journées de camp, l'aller et retour comprins, car il y en avoit, de Stenay jusques à Luxembourg, trois journées, et autant de retour, et une pour descharger. Et, pour conclusion , il sembloit à la plus saine part des capitaines que le meilleur et plus expédient estoit de faire abattre les murailles d'icelle ville, et fortifier Arlon, plus fortifiable et facile à envitaiiler. Aussi fut advisé, en attendant sur ce l'intention du roy, d'aller loger le camp audessous du mont Sainct-Jean, quatre lieues de Luxembourg, tirant le chemin de Thionville et de Metz, afin de n'empescher les vivres que ce
temps pendant on mettroit audit Lnxembourg; et si le plaisir du roy estoit qu'on assaillist Thionville, Tarmée estoit à la porte.
Pour aller devers le roy luy faire lesdites remonstrances, fut ordonné le seigneur de Langey, Martin du Bellay, lequel trouva ledit seigneur à Saincte-Menehoult, ayant avecques luy le comte de Sainct-Pol, et le cardinal de Tournon, qui a voit le maniement de ses allEaires en Tabsence de monseigneur Tarairal. El feit entendre au roy amplement et par le menu tout ce qui avoit esté mis en avant et débattu par les capitaines estans près de la personne de monseigneur d'Orléans. Monsieur de Sainct- Pol, le cardinal deToumon, et autres estans près du roy, turent bien d'advis que Ton devoit raser Luxembourg, veu la difliculté de Tenvitaillement ; mesmes que le président Olivier, depuis chancelier de France, lequel avoit la superintendance des vivres, leur avoit mandé qu'à peine a voit-il le moyen (pour la faulle de charroy ) d'envitailler le camp, et, à plus forte raison, de mettre vivres dedans Luxembourg. Mais le roy, quelque persuasion que on luy feist, demeura en son opinion de garder ceste ville, disant que elle estoit son héritage, et si Tempereur luy détenoit contre raison le duché de Milan, luy, par mesmes moyen, et avecques raison, pou voit tenir celuy de Luxembourg; ores qull n'y eust autre droit (comme il avoit), et s'il ne tenoit la ville principale, il ne seroit nommé duc de Luxembourg. Par quoy il envoya tous ses maistres d'hostel, les uns à Semiers, autres à Estain, pays de Lorraine, et autres à Metz, pour avoir vivres pour la fourniture de sa ville, et manda quérir le seigneur de la Bourdaizière, auquel il en bailla la superintendance, estimant qu'il fostpour bien l'exécuter ; et aussi résolut de luy-mesmes aller à Luxembourg, renvoyant ledit sieur de Langey devers monseigneur d'Orléans, pour luy déclarer son intention et afin d'envoyer escorte au-devant de luy.
Le vingt-cinquiesme jour de septembre, le roy partît de ^Saincte-Menehoult , passant par Stenay, par Jamets et Long-vie, et arriva en son camp, au-dessoubs du mont Sainct- Jean, et logea audit mont SainctJean, qui es^t un cbasteau sur une montagne, lequel il bailla en garde au seigneur de Sansac, capitaine de deux cens chevaux légers, après y avoir séjoumq