LIVRE î
le 1(^18 da Castean-Cambresis soit 'assez malaisé poar loger une armée^ si fùt-ii coDchid d'y aller loger (qui estoit la teste droic t à rendemy ) , et qoMl ettoit phis honorable de Taller chercher, que de tourner autour dn pot ; et, pour visiter ce logis da Casteau, forent ordonnés monsieur de Sainot-Pol, Famiral d'Annebault, le marescbal du Blez, et quelques autres.
Autres mirent en avant que, puisqu'il estoit ainsi résolu de prendre ce logis, ils estoient d'advis que, pendant que le roy feroit teste, on envoyast à Guise et à Yervin quelque homme cognoissant le pays, lequel feist assembler tout le bestial gras qui se trouveroit le long de la rivière de Gère et dq pays de Laonnois, avecques toutes les farines qu'on pourroit trouver, et soudainement lever tous les chevaux de labeur qu'on trouveroit, tant audit pays de Laonnois que SoisMnnois, pour, tout assemblé, le faire eondom à la Cappelle, et porter à dos de chevaux lesdites fietrines, ne faisant chacun sac fort pesant, afin que le paysan peust aHer sur sa beste et sur le sac, pour finrê plus grande di- Kg^oce, et que, ce temps pendant que le roy tiendroit l'empereur amusé pour le combat, on mist lesdites Sirines, bœufs et moutons, dedans Landrecy. Geste opinion fut approuvée. Pour la conduitte de laqfuelle fui ordonné le sieur de Langey, avecques pouvoir d'estre obéy, comme la personne du roy, par le pays susdit ; el fut mandé à sa compagnie, laquelle venoit de Luxeoibourg, età celîedu prince de Melphe, à celle du comte de Brienne, et au seigneur de Sansac, qu'ils le vinssent trouver à Yervin : desquels ne s'y trouva que ledit Sansac avecques sa compognie, et celte dudit seigneur de Langey. L« eomte de Sainet-Pol, ledit sieur unirai, et autres ayant visité le logis du Casteau-Cam^ bresis, te roy marcha audit Cambresis et y lo-* gea son armée.
. Deux jours après ksdits cotnte et amiral, ad- Tcrtys que les forces de l'empereur estoient deslogéês de delà l'eaue, et retnrées deçà, et aussi qn'il avoit quelque peu discontinué la batterie qu'il faisoit si farieuse, sentant le roy et son armée logés si près de luy, allèrent passer à Castilion, pour retirer de Landrecy les soldats, les^ qQels y avoient tant souffert, et à la refreschir dé soldats nouveaux. Aussi aisémentyeust passé toute l'armée ; mais j'ay étendu depuis qu'on «voit si mal pourveu pour les vivres et envitailr
lement, qu'on li*àVoît tin setit chari^oy, fly tocimement vivres que bien estroittemei^ pour nourrir le camp, qui fut cause que l'opinion plus apparente, d'aller loger audit Castlllon, ne futsuivye. En somme, mesdits sieurs de Sainct- Fol et d'Annebaulty entrèrent sans danger de l'ennemy, et ea tirèrent les sieurs d'Essé et de la Lande, et le capitaine la Chappelle Hainsouhi, avec leurs soldats, et y laissèrent pour lieutenant du roy te sieur de Yervin, ayant charge de miUe hommes da Boutonnois, de la légion de Picardie, et te capitaine Rochebaron, frère dd sieur de LIgnon de Boolonnois, avecques autres cinq cens hommes. Lesteur d'Essé et autres estans arrivés au camp, le roy, pour rémunération de leurs agréables services, les^hMOra t il féit le sieur d'Essé gentilhomme de sa chambre ; lêi sieurs de la Lande et de la ChappeHe, tes feit sei maistres d'hostel ordmaires ; à tous tes soldats qui avoient forfûct, leur donna grâce et tes anoMit leurs vies durant ; et, quant aux jemes hommes qui y estoient entrés potr leur plaisir et honneur acquérir, tes décora selon teor quaKté.
Durant ce temps, les deux armées n^estoient sans grosses escarmouches d'un camp à Pautire. Or, entre celuy de l'empereur et tenostre, y avoit une grande vaHée, au fon^ de laqueHe passe un ruisseau, lequel, venant du Casteau- Cambresis, va tomber à Happre, gros village et prieuré my-chemin de Cambrày à Yalenciennés ; et, combien qu'il soit petit, si êst-tt mat guayabte, pour estre hauhde bords. Environ te vingt-huictiesme jour dudit mois d'octobre, l'empereur, estant venu du Quesnoy en son camp, accompagné des régimens du duc Maurice et de Martin Yanrosson, feit présenter M hault de la montagne, de son costé, bon nombre de chevaux légers meslés d'arquebouziers, derrière lesquels estoient, en un vallon, deux on trois gros batailtonsde lansquen^etdegendar* merie pour les soustenir, qui n'estoient appercem. L'alarme se donne en nostre camp : soudain le sieur de Brissac, lequel estoit général des chevaux légers, passa ledit ruisseau, et d'arrivée repoulsa tes Impériaux bien avant ; maiK; ayant cognoissance desdits gros bataMionsrdia gens de cheval et de lansquenets qui marcholeoiî pomr soustenir leurs gens, ftit contraint détente bride ; de quoy il adverttt le roy, lequel, esUtnf narlanumtagne, de soacostéyConsîdéraatqQdr
si caste escarmouche estoit continuée, le ponrroit amener à la battaille à son désavantage (car n'estoit raisonnable de passer le ruisseau, et aller combattre son ennemy à pied en montant), envoya monsieur Tamirai d'Annebault pour la fairere tirer. Sur laquelle retraitte nous perdismes quelques gens par trop s'avanturer; entre autres, le sieur d'Ardouins y fut frappé d'une arquebouzade, dont il mourut. Cependant le roy estoit en battaille, monseigneur de Vendosme, d'autre part, avecques un escadron, monseigneur de Guise d'autre, et un chacun au lieu où ildevoit combattre ; mais l'empereur ne fut conseillé de passer sur nous, ains se retira en son logis.
Le seigneur de LAngey, lequel ce temps pendant estoit à Vervin pour exécuter ce qui luy estoit ordonné, feit teUe diligence, que le vingtneufviesme jour dudit mois d'octobre il eut assemblé douze cens moutons, neuf-vingts bestes à cornes, comme bceuCs et vaches grasses, et six cens sacs de burine, avecques autant de bestes à somme pourieportdesditssacs. Et ledit jour vint coucher à laCappelle, auquel lieu se trouva tout ledit esquippage, spécialement le sieur Sansac, lequel venoit du mont Sainct Jean en Luxembourg, où le roy l'a voit laissé ; mais des compagnies du prince de Melphe ny du comte de Brienne n'estoient nouvelles. Si est-ce que lesdits sieurs de Langey et de Sansac regardèrent que, s'ils faisoient séjour, attendant lesdites compagnies, et l'ennemy en estoit adverty, il ne seroit en leur puissance par après d'achever cestedite entreprinse. A ceste occasion, advertirent le roy que le lendemain ils estoient délibérés de se mettre en chemin, afln que, à cedit jour, il mist ordre de faire dresser l'escarmouche au camp impérial, pour l'empescher d'avoir la cognoissance de leur faict. Le lendemain, qui estoit jour de Toussaincts, s'acheminèrent, suivant leur dessein, avecques environ deux cens hommes de pied, qu'ils prindrent audit lieu de la Cappelle seulement, pour conduire l'envitaillement jusques hors des bois, car ils n' estoient délibérés de les passer outre, de peur que, lescuidans sauver, si l'ennemy survenoit, eux-mesmes fussent deffaicts. Et, pour faire plus grande diligence , feirent monster chaque paysan sur son sac de farine que portoit sa besle, tellement que la fortune leur fut si dexlre, qu'ils arrivèrent hors des bois, près de Prisse, sans
rencontre, où ils laissèrent lesdits gens depied, réservés trente ou quarante, pour la ooiMimue dudit bestial. Mais, estans en la plaine, descoovrirent, à leur main gauche, mille oq dôme cens chevaux des ennemys, qui avoieat pam l'eaue à CastiUon ; à raison de quoy ils entrèrent en dispute s'ils dévoient poursuivre leur eot^^ prinse, ou l'interrompre. Toutesfoys le siffmk Langey, qui avoit promis au roy de l'exécater (sinon qu'il fust mort ouprins), résolot de passer outre; mesmes le sieur de Sansac, encores qu'il n'eust parlé au roy pour cest efifect, ayant seulement entendu dudit sieur de Langey le service que ce seroit au roy, fit pareille rénlQtion. Par quoy ils advisèrent de prendre le ckmin à main droicte pour esloigner rennemy, et pour interposer entre hiy et eux on petit ruisseau qui passe au Longfavary, coochans qu'ayans mis les vi\ res en sauveté, ils mettroient peine de se r^irer, ou, au moins i debieo vendre leurpeau.Etfpourcequ'iln'estoitbesoindeioog séjour, soudain conclurent de parad^ever ieor chemin, faisans marcher les paysans sur lem chevaux en battaille; et leur bailla ledit aev de Langey le capitaine Marville, soa lieoteoaDt, avecques dix chevaux, afin qu'il leur fistftine bonne mine, et marcher comme gens degient Les ennemys, qui de loin les descoavrment (à ce que depuis ils m'ont dit ), les voyanssor leurs bestes et C&rines, jugèrent qu'ils estoient gens de guerre ; à cause de quoy ils tiodrent bride, espérans nous avoir au retour, ce qnil n'advint; car, ayans rendu nos vivres en seareté, fismes remonter chaque paysan sur sa beste, pour faire diUgence, et nous retirasms le chemin de Cartigny, contraire à cday auquel nous attendoient les ennemys: de sorte que, sans riens perdre, revinsmes seurementà la Cappelle. Et, au partir de devant LaDdreeji pour nostre retraitte, le sieur de Sansac et on gentilhomme de la bande du sieur de Langeti avec un bon guide que ledit sieur de Langey leur bailla, entreprindrent d'aller advertir le roy de leurdite exécution. Lesquels passans par les marais qui sont à la queue da vivier d'Oisy , sans danger arrivèrent au Casteaa, veis ledit sieur, et ledit sieur de Langey, passant près de Roque-Roy pour éviter la rencontre, ramena ceste trouppe à la Cappelle, et fxk de là retourna trouver le roy à l'heure delà retraitte de nostre armée.