LIVRE X
print le chemin de Verceil et d'Yvrée, et, y ayant mis en son obéissance plusieurs petites places, assiégea Sainct-Germain, qui est sur le grand chemin de Chivas à Yerceil, espérant la surprendre: mais il la trouva pourveue de gens de guerre; à ceste cause, il fit planter.son artillerie contre le lieu que Ton jugea le plus débile. Vray est que c'estoit une ville ny flancquée ny fort remparée, mais le fossé en esloit bon, et estoit le bord d'iceluy fossé aussi hault que la muraille, de sorte que rartillerie ne pouvoit plonger jusques au pied d'icelle; toutesfoys il y fiit faict quelque bresche, non moins digne que desraisonnable d'estre assaillie. Ce nonobstant, nos gens de pied françois, voyans qu'il y avoit jour à ladite muraille, donnèrent dans le fossé, et mesmes le capitaine Achau, Basque, qui portoit renseigne colonelle du sieur de Thays,' et le capitaine Garrou, autre Basque, lieutenant dudit sieur, et le capitaine Saincte- Marie, aussi Basque, lieutenant du capitaine Renouart, donnèrent jusques sur le hault de la bresche, suivis de beaucoup de bons compagnons. Mais aussi furieusement que ils assaillirent ils furent repoulsés; et y moururent lesdits capitaines Garrou et âaincte-Marie. Et le capitaine Achau , porteur de l'enseigne colonelle, y receut trois ou quatre arquebouzades, tant dedans les bras que le corps, et fut renversé, l'enseigne au poing, dedans le fossé. Duquel lieu ne pouvant partir, pour ses blessures et pour le trait de l'arquebouzerie de ceux de la ville, se rangea, son enseigne au poing, contre la muraille, au costé de la bresche, dont on ne le pouvoit desloger qu'à coups de pierre» parce que ladite ville n'estoit flancquée; et y demeura jasques au matin, que nos gens se preparoient de foire nouvelle batterie, pour donner nouvel assault. Les assiégés, estonnés de la hardiesse et fureur des nostres, n'osèrent plus attendre, ains parlementèrent, à telle condition qu'ils s'en allèrent leurs bagues sauves, laissans la \ille, avecques les munitions de vivres et d'artillerie, en l'obéissance du roy. Ledit seigneur de Bouttières, ayant pourveu à ladite place, marcha devant Yvréc, laquelle il assiégea de toutes parts; mais, durant ce siège, qui fut environ Nouel de ladite année 1543, le roy, adverty que ledit de Bouttières n'estoit bien obéi en son jarmée , flépescha monseigneur François de Bourpony sieur d'Enguien,pour aller, en lieud'ice
luy sieur de Bouttières, estre son lieutenant général en Piémont. D'autre part, le roy n'avoit trouvé bon que ledit de Bouttières eust piumis l'ennemy si légèrement fortifier et envitailler Carignan, sans l'en avoir empesché.
(1544) Monseigneur d'Enguien, arrivé qu'il fut en poste à Turin, sçachant que le sieur de Bouttières estoit devant Yvrée, luy feitentendre sa venue, à ce qu'il eust à luy envoyer escorte jusques à Chivas, pour le conduire au camp en seureté. Le sieur de Bouttières, ne voyant espérance qu'il peust prendre Yvrée, ou bien malcontent d'estre destitué de sa charge, se résolut de lever son siège, et d'aller avecques toute l'armée au-devant de luy; lequel il vint rencontrer à Chivas, auquel lieu mondit sieur d'Enguien print l'armée en main, et le sieur de Bouttières se retira en sa maison en Dauphiné. Ce faict, monseigneur d'Enguien, par l'advis des capitaines, lesquels avoient la cognoissance du pays, marcha avecques l'armée contre bas le Pau, et y mit en son obéissance la ville de Pallezol, Cressentin, Desanne, et autres petites places circonvoisines, auxquelles il laissa bonnes garnisons et moyen de les fortifier. Puis, à raison que l'intention du roy estoit de remettre en ses mains Carignan, qui luy estoit une espine en son pied, attendu qu'elle tenoit toute la plaine du Piémont en subjection, conclud y aller; et, pour cest effect, print le chemin de Montcallier, duquel lieu, pour oster la commodité d'un pont que les ennemys avoient sur le Pau, par lequel ceux de Carignan, de jour en autre, pou voient estre refreschis de Quiers, d'Ast, et autres places de leur domination, dépescha bon nombre d'hommes pour la nuict aller brusler ledit pont; laquelle expédition fut exécutée, mais non sans grand travail, pour l'extresme gelée qu'il faisoit, dont plusieurs soldats eurent les pieds et mains estropiés. Et, pour autant que la place de Carignan estoit en plain pays, composée de cinq beaux bastions de terre, avecques les courtines et beau fossé, et que dedans icelle estoient quatre mille hommes des plus aguerris de toute l'armée de l'empereur, fut advisé, selon l'opinion de tous les capitaines, n'est re raisonnable d'entreprendre de la forcer, considéré mesmes que les hommes de dedans suffiroient pour faire une avant-garde, mais la conclusion fat prinse de l'affamer. Et, pour cest effect, s'en aUa ledit sieur d'Enguien
camper à Yimeu, deux milles deçà Carignan, pour empescher les vivres que les emiemys prenoieht deçà le Paa : aussi, pour autant que du costé tirant à Pancalter et des environs, venoit aux ennemys grand refreschissement, fut ordonné de faire un fort à un quart de mille de Carignan, tirant sur ledit chemin de Pancalier à une église fondée de Sainct-Martin; et y furent mises deux enseignes de gens de pied italiens : et ainsi leur fut levée Tespérance de plus estre refreschls de ce costé-là.
Quelque temps après, le sieur d'Enguien, adverty que Fennemy se renforçoit à Quiers, pour, du costé delà le Pau, donner refreschissement aux assiégés, délibéra de passer Teaue, laissant garnisons dedans Yimeu, Carpenay et autres petits forts, pour empescher Fcnnemy de faire saillies à son plaisir du costé deçà le Pau. Et , pour le passage dudit sieur d'Enguien, fut advisé un lieu contre-bas la rivière, tirant à Montcallier, deux milles au-dessoubs de Carignan, auquel fut faict un pont de batteaux en un lieu nommé les Sablons; et, afin que ledit pont servist pour noslre commodité, tant deçà que delà l'eaue, et que Tennemy ne nous le peust oster, fut ordonné à cbacim bout dudit pont un fort, au&quels furent mis quatre enseignes de gens de pied italiens, sçavoir est, Hercules Bou- • tigères, Hercules Viconte, Bernardin Corse, ei un autre. Cela faict, nostre armée partit de Yimeu, et, passans le Pau par le pont des Sablons, vint loger à Yilledestellon, qui est entre Carignan et Quiers, distant de deux milles de Carignan et trois de Quiers, pour empescher les ennemys de venir secourir ou refrcschir ledit Carignan; car du costé d'Ast leur estoit malaisé sans nous combattre, à cause de Yilleneufve d' Ast, que nous tenions en nostre obéissance. Estans audit lieu de Yilledestellon, nous y fortifiasmes noslre camp, et, au bout de delà du pont que nous avions bruslé fut faict un fort, auquel furent logées deux enseignes de gens de Dauphiné, sçavoir est, le capitaine Passin et un autre. En ce point demoura nostre camp depuis environ la Chandeleur jusques en quaresme, non sans qu'il y eust ordinairement de belles escarmouches; car les jeunes gens du camp, désirans à faire armes, de jour en autre passoient le pont, et, à la faveur de la garde d'iceluy, et des garnisons de Yimeu et du fort de Sainct-Martin, se faisoient do belles entrcprii^
ses et de beaux faîcts d'armes, qndqorfoys à Tavantage des nostres, autres foys ao prooffit des assiégés, d'autant qu'ils estoient qoatre mille Espagnols et lansquenets desphs agnerrit de l'Europe.
Environ le mois de mars 1544, maieépm d'Enguien eut nouvelles que le marquis dnGoast faisoit diligence d'assembler ses forces, pow secourir les assiégés : et, pour cest efîect, Mit marquis a voit délibéré de venir prendre k lops de Carmagnolle, lequel s'il eust prins, il estoH en son pouvoir, sans hazard, de les rcfreachir; car, se fortifiant audit lieu , il y eust pu faire on pont pour passer deçà Teaue, et nous laisser de là mourir de faim, parce qu'il eust trooW le marquisat de Sallucesremply de tous bi«s.et nous n'avions que tout pays mangé; (kva^ tage, nous estions contraintsde Quiers, Asl,Fo8san, Montdevis, Cony, Busqué, et autres plices, tellement qu'il estoit malaisé d'avoir rivres qu'avecques les armes. Ces nouveUesenteodoes, ledit seigneur assembla le conseil, auquel, tprès plusieurs opinions diverses (car aucuns estoient d'advis qu'on devoit demeurer à YiDedestelloo), fut conclud de prévenir à CarmagnoHe, pour oster à Fennemj cette commodité defeirenn pont pour avoir vivres au marquisat de Silîuces.
L'armée françoise estant à CarmagnoBe, te Impériaux assiégés entrèrent en plus gncde nécessité de vivres que devant ; par qooy admtirent le marquis du Guast que, si dedans la myavril ils n'estoient secourus, la famine lescootraindroit de faire ce qu'ib n'avoient défibérê s'ils estoient refreschis. Le marquis ayant m cest advertissement, fit de toutes parts diiigenter ses forces, et contremanda quatre œifc lansquenets, lesquels estoient à Gennes prêts d'embarquer, qu'ils se vinssent joindre arecques 'uy. De quoy monseigneur (FEnguien adverty, dépescha un gentilhomme de^'crsleroj pour le luy faire entendre, que son bon plaJsir fust d'envoyer le payement de trois mois de» à ses gens de pied, car il craignoit qu'arrirant la nécessité de combattre, par &ulte de \f^ soulde, ils en feissent refus, spécialement te Suisses, desquels estoit sa principale force atee les vieilles bandes françoises. Outre pte» ^ manda au roy, sçavoir si le marquis se présc»toit en lieu raisonnable, il luy plairoit fanthoriser de bazarder la battailleplustost que laissa
leconrir une ville, laquelle lny &y oit tant cousté pour estre réduitte en ceste extrémité. Audit seigneur d'Enguien le roy fit response que de brief il lay dépescheroit le sieur de Langey» gouverneur de Turin, lequel luy porteroit argent, et qu'il l'avoit retenu près de luy pour eest efFeet; quant à la battaiiie, le remettoit à eu user par Tadvis des capitaines qui estoient auprès de luy, lesquels pouvoient mieux cognoistre, estans sur les lieux, ce que la nécessité commanderoit à ses affaires, que luy, qui ne le voyoit à Tœil.
Estant publié par la cour que le roy avoit permis au seigneur d'Enguien de donner la battaille, la jeunesse de la cour cognent bien que noakisément se passeroit la partie sans qu'il y eust du passe-temps. Par quoy, selon qu'est la eoustume de la noblesse de France, chacun se prépara pour s' y trouver : les uns partirent sans congé, et les autres avecques congé du roy, entre autres, le sieur de Sainct-André, le sieur de Dampierre, de la maison de Clermont en Dauphiné, tous deux fort favoris de monseigneur le dauphin; le sieur de Jamac, Gaspar de Colligny, sieur de Chatillon ; François de Yendosme, vidiBime de Chartres ; les deux frères Bonnivet ; le sieur de Bourdillon; le sieur ded'Escars; les deux frères de Jenlis; le «eurd'Assier, capitaine de l'artillerie, lequel avoit sa compagnie de cinquante hommes d'armes en Piémont ; le sieur de la Hunaudaye, fils unique de l'amiral d'Annebault ; le sieur de Rochefort ; le sieur de Lusarche; le sieur de Wartis, et le sieur de liassigny : de sorte que peu de jeunesse demeura en la cour, principalement de celle qui saivoit monseigneur le dauphin. Il faut entendre que les finances de mondit seigneur d'Enguien eirtoient si courtes, qu'il n'y avoit plus rien entre les mains, ni des thrésoriers ni d'hommes du camp ; par quoy ceste arrivée fut commode, car, pour estre gens de maison, chacun avoit apporté le bmàs du coffre, lequel soudain mcMKlit seigneur d'Enguien vuida de leurs boistes pour contenter les soldats, attendant la venue de l'argent du roy.
Le vendredy de la Passion, le roy, lequel estoit à Ennet, ayant journellement nouvelles que le marquis du Guast avançoit son armée pour secourir les assiégés ; considérant que monsieur d'Enguien l'avoit adverty que la bultede payement pourroit décourager les soklatflY^^m^is
LlVhE X.
aussi a voit-il autre considération, que trois ceng millelivres n'eussent satisfaict audit payement, et qu'il avoit à soustenir une autre grande armée, laquelle l'empereur dressoit en Allemagne pour entrer en son royaume, avecques celle dont le roy d'Angleterre préiendoit l'assaillir par autre part ; et que finalement le fonds de ses finances pourroit difficilement fournira tout cela, toutesfoys il dépescha en poste le sieur deLangey, messire Martin du Bellay , gouverneur de Turin, pour aller trouver son armée en Piémont. Auquel, passant par Paris, il feit délivrer quarante huict mille escus, qui n'estoient la quarte partie de ce qui estoit deu aux estrangers, mais luy donna charge de chercher tous moyens possibles da contenter les gens de guerre, de sorte que ouïes menast au combat.
Le jeudy de la sepmaine saincte, qui estoit le cinquiesme jour d'avril 1544,' avant Pasques, arriva ledit Langey à Pignerol, où il eut nouvelles que l'armée de l'empereur approchoit de la nostre ; et, pour autant que, pour aller à Carmagnolle, où estoit nostre camp, falloit passer à la portée d'une coulevrine de Carignan, où, comme dit est, estoient quatre mille hommes de guerre, trouva que seurement ne pou voit passer sans escorte. Par quoy, par divers messagers, afin que, si l'un estoit prins, l'autre passast, advertit monseigneur d'Enguien de son arrivée, en lettres de chiffre ; lequel le vendredy sainct luy envoya le sieur Bertin de Solliers, l'un des seigneurs de Morette, aveeques quarante sallades nouvellement venus du camp impérial au service du roy, parlapraticque de Fesleu de Riez, sieur de Cantal; et, par ledit de Solliers, luy manda qu'à Cercenas et à Yimeu, et au pont des Sablons, il trouveroit nouvelles escortes. Le seigneur deLangey fut en difficulté si sur l'asseurance de ceste escorte il devoit bazarder les deniers qu'il portoit, attendu que c' estoient Italiens qui n'avoient encores faict serment ny prins la soulde du roy ; car il considéroit que, perdant cest argent. Testât du roy demoureroit en hazard, et si, par faulted'iceluy, nos gens faisoient reffus de combattre, on l'en pourroit bla^mer. Toutesfoys, plustost qu'endommager le service du roy, résolut de mettre et luy et l'argent au vueilde fortune, concluant que, si mal en advenoit, il seroit plus reprochable à ceux qui luy avoieni envoyé l'eseorte qu'à luy ; joinct aussi qu'il
avoit espérance à Pautre escorte, laquelle il espéroit Inmver à Cercenas et Vimea. Mais à tous deux ne trouva homme ordonné pour ceste afibire, de sorte qu'il fut en opinion de prendre le chemin de Montcallier, pour mettre Targent en seureté, craignant qu'en passant par devant Carignan, si les ennemys faisoient une saillie , ceux mesmes qui le conduisoient le saccageassent. Mais, estant adverty par le sieur de Cercenas et par Tabbé de Morette, lesquels il trouva audit lieu de Cercenas, que le camp impérial estoit à Monta, sept milles près du nostre, en apparence de vouloir dedans deux jours donner battaille, passa jusques au pont des Sablons, où il trouva aussi peu d'escorte qu'aux autres lieux, sinon qu'il feit monter à cheval le capitaine Bernardin, Corse, avecquestous les arquebouziers à cheval, tant de sa compagnie que de Hercules Boutigères et de Hercules Yisconte, qui estoient à la garde d'iceluy pont, lesquels toute nuict le conduisirent à Carmagnolle, auquel lieu il arriva une heure après minuict, au logis de monseigneur d'Enguien. Incontinent il fut divulgue par tout le camp que ledit Langey estoit arrivé avecques l'argent pour le payement de l'armée; qui donna grande réjouissance et bonne affection à tous les soldats.
Pour résoudre ce qui estoit à faire, monseigneur d'Enguien manda quérir tous les capitaines qui estoient au camp, en l'assemblée desquels le sieur de Langey déclara le peu d'argent qu'il avoit apporté, et que le roy, pour les autres urgens affaires qu'il avoit à supporter, à l'occasion des armées que l'empereur et le roy d'Angleterre préparoient pour l'endommager ailleurs, n'avoit sceu fournir plus grande somme, ne voulant desgarnir les finances qu'il avoit disposées pour cest effect. Ce néantmoins, le roy, se confiant à leurs expériences, espéroit qu'ils inventassent ïes moyens de faire marcher les soldats au combat. Après avoir entendu que l'argent qu'il avoit apporté n'estoit pour payer la simple paye d'un mois aux estrangers, ores qu'il leur fust deu le paiement de trois, advisèrent, afin que la bonne opinion en laquelle estoient les gens de guerre ne leur fust divertye, qu'on feroit tout à l'heure donner l'alarme dedans nostre camp, à ce que chacun se trouvast au lieu ordonné pour combattre, et que ce temps pendant le jour viendroit ; et qu'alors on feroit retirer les enseignes à part pour faire les n)ons-
tres particulières, enseigne pour enseigne, sans autre chose déclarer, sinon de toucher argeni, et qu'il seroit publié que leur payement ae feroit à la banque : par ce moyen, le samedy de Pasques se passeroit à faire la monstre , et le joor de Pasques, selon les ad vertissemens, ne se passeroit que Tennemy ne fust si près, qu'en liea de faire le payement il faudrait combattre,avant que les soldats eussent la cognoissance du deffault des deniers. Ceste déiibérationfateiécotée : l'alarme se donna; chacun avecques lanternes et falots (d'autant que la lune n'esdairoit) se jeta en battaille; le jour survint avant qu'on eust rangé les battailles en la forme qu'elles dévoient marcher au combat; pois, ks bandes séparées et les monstres faites, le joor se passa : par quoy fut le payement reoùs a lendemain, et se retira chacun en son logis.
Incontinent après arriva le capitaine Bbfossé, qui ce jour estoit sorty de prison de mains des Impériaux , par le moyen d'un gentilhomme serviteur du roy estant à la soulda de l'empereur, lequel advertit monseignnff d'Enguien que le marquis du Guast, avecques l'armée impériale, partoit cedit jour de la Monta, délibéré de venir à CerisoUes, en intention qu'estant audit lieu, il pourroit aHerà Villedestellon, que nous avions abandonnée, et forcer le pont des Sablons (chose que ne poovions empescher) et passer deçà le Pau, pour nous contraindre de demeurer delà l'eaue, sans vivres et sans argent : et , au cas que vinssions pour luy empescher le logis de Yillcdesiellon, il prendroit le chemin de Ranconis, et par les marais, afin que ne le pussions combattre (craignant nostre gendarmerie), gaigneroit le derrière de Carmagnolle, pour venir à Lombriast et Casalgras dresser un pont de batteaux qu'il menoit quand et luy pour passer le Pan dedeçà; car il estoit asseuré qu'il trouveroil dedans le marquisat de Salluces vingt ou trente mille sacs de bled ( mesmes dedans Cony en avoit quinïe mille) qui fourniroient pour envitailler son camp et la ville de Carignan, et puis nouscontraindroit de nous retirer ; qui eust esté entière ment nostre ruine, parce que, nos gens n'estant payés, il estoit malaisé de tenir la campagne; et ne la tenans, ains nous retirans aux villes,» marquis estoit délibéré de faire le gast partout le Piémont, brusler le plat pays, et enlever tout le bestial pour oster le moyen de labourer; et,